Surplus du consommateur et du producteur illustré par des billets en euros

Les notions de surplus du consommateur et du producteur sont des éléments essentiels de la théorie microéconomique. Ils sont à la base de la prise de décision et des échanges en économie. La maîtrise de ces notions est donc incontournable pour réussir en Économie (B/L et ENS D2) et en ESH (ECG). Dans cet article, tu découvriras leur définition et leurs applications en exercices. On te donne donc toutes les clés pour les comprendre et les utiliser en dissertation et dans des exercices d’économie !

Le surplus du producteur

Définition et applications en exercices

C’est la différence entre le prix minimal pour lequel l’entreprise était prête à vendre et le prix auquel elle a effectivement vendu. Il est égal à la somme, pour chaque unité produite, de la différence entre le prix de vente du bien et le coût marginal de production.

Zoom sur la formule mathématique :$$SP = pQ – \int_0^Q Cm(x)\ dx = pQ – CV(Q)$$

En fonction des données de l’énoncé, il peut y avoir trois méthodes pour déterminer sa valeur :

  • Si on possède le profit et les coûts fixes de l’entreprise comme information, on utilise la formule suivante : $$ SP = \pi + CF $$ Note que cette formule est pratique, car elle permet, à partir du surplus des producteurs, de retrouver le profit individuel \({\pi}\).  Attention, le profit est toujours individuel !
  • Si on s’appuie sur une représentation graphique, comme celle-ci :

 

Surplus du producteur représenté sur un graphique d'offre et de demande
Surplus du producteur : graphique d’offre et de demande

On peut calculer l’aire du triangle grâce à la formule suivante : \(SP = \frac{b \times h}{2}\).

  • Si on a la fonction de demande inverse et la fonction d’offre, on obtient le surplus du producteur grâce au calcul intégral : $$\int_{a}^{b} p(x) \, \mathrm{d}x – \int_{a}^{b} \text{offre}(x) \, \mathrm{d}x\,. $$

 

La notation offre(x) fait référence à la fonction d’offre de l’énoncé, ou la fonction d’offre que tu as déterminée auparavant dans l’exercice. 

Que veut dire le surplus du producteur ?

Concrètement, le surplus du producteur est essentiel pour comprendre l’activité économique. L’existence de ce surplus est ce qui motive les producteurs à produire. Celui-ci peut, sur un marché concurrentiel, vendre son produit plus cher que le prix minimal auquel il est prêt à le céder. Ainsi, sans lui, il ne pourrait donc pas y avoir de production. De manière symétrique, le surplus du consommateur est la différence entre le prix et une disposition à payer. Ainsi, les surplus du consommateur et du producteur sont à la base de tous les échanges marchands.

La willingness to pay ou le surplus du consommateur

Il s’agit de la différence entre le prix de réserve et le prix effectivement payé. Ce prix unitaire maximum est indiqué par la fonction de demande inverse. En effet, chaque consommateur, selon ses préférences, est prêt à payer un certain prix pour un bien donné. On construit donc la courbe de demande inverse, où le prix payé pour le bien est fonction des quantités demandées.

Zoom sur la formule mathématique :$$SC = \int_0^Q p(x)\ dx – pQ$$

À noter : comme pour le surplus du producteur, nous pouvons retrouver le surplus du consommateur à partir d’une représentation graphique.

Surplus du consommateur représenté sur un graphique d'offre et de demande
Surplus du consommateur : graphique d’offre et de demande

Il suffit de calculer l’aire du triangle gris qui y correspond (cf. graphique ci-dessus). Dans notre graphique, il est égal à 8. Effectivement, il est plutôt simple à trouver puisqu’il te suffit de te remémorer la formule de l’aire d’un triangle rectangle !


La théorie du consommateur – fiche

 

Le surplus total en concurrence pure et parfaite

Comme son nom l’indique, il s’agit simplement du surplus total. C’est-à-dire la somme des surplus du consommateur et du producteur.

$$ST = SP + SC$$

Attention : il est toujours maximal à l’équilibre en concurrence pure et parfaite ! Autrement dit, il n’y a pas de système d’allocation des ressources qui permettent un aussi grand surplus total. Dans le cas du monopole, par exemple, le surplus du producteur est plus grand. Mais la perte du surplus du consommateur est telle qu’on parle de perte sèche. Concrètement, la somme des utilités est moindre qu’en CPP. Il y a donc un manque à gagner. C’est une des raisons pour lesquelles les marchés concurrentiels sont souvent désignés comme le mode d’allocation le plus efficace, selon des critères strictement économiques.

Surplus et politiques publiques : l’apport de la perte sèche

L’analyse en termes de surplus devient particulièrement puissante lorsqu’on étudie l’effet d’une intervention publique. Prenons le cas d’une taxe forfaitaire t prélevée sur chaque unité vendue. Elle crée un écart entre le prix payé par le consommateur et le prix reçu par le producteur, ce qui réduit la quantité échangée en dessous de son niveau concurrentiel Q∗.
Conséquence : une partie du surplus du consommateur et du surplus du producteur est transférée à l’État sous forme de recette fiscale. Mais une autre partie disparaît purement et simplement : c’est la perte sèche (deadweight loss), qui correspond aux échanges mutuellement avantageux qui n’ont plus lieu à cause de la taxe.
Graphiquement, elle prend la forme du fameux « triangle de Harberger ». Ce raisonnement s’applique symétriquement aux subventions, aux prix plancher (comme le salaire minimum) et aux prix plafond (comme l’encadrement des loyers), qui génèrent tous une allocation sous-optimale des ressources.
C’est ici que la notion prend toute sa valeur en dissertation : elle permet de chiffrer le coût de l’inefficacité et d’alimenter un débat classique en ESH, celui de l’arbitrage entre efficacité et équité. Une politique peut très bien réduire le surplus total tout en le redistribuant vers les agents les plus vulnérables.

Surplus, monopole et discrimination par les prix : aller plus loin

L’article évoque le cas du monopole, mais il mérite un développement pour bien saisir l’enjeu. Face à une demande décroissante, le monopoleur ne prend pas le prix comme une donnée : il le fixe lui-même en égalisant sa recette marginale à son coût marginal. Comme sa recette marginale est inférieure au prix, il produit une quantité plus faible qu’en concurrence pure et parfaite et vend plus cher.
Résultat, une partie du surplus du consommateur est captée par le producteur, mais une autre partie se transforme en perte sèche : ce sont tous les consommateurs qui auraient acheté le bien à un prix concurrentiel et qui en sont désormais exclus.
Le cas devient encore plus riche avec la discrimination par les prix. Un monopoleur capable de faire payer à chaque consommateur exactement son prix de réserve (discrimination parfaite, ou du premier degré) récupère l’intégralité du surplus du consommateur.
Paradoxe intéressant à souligner en copie : dans ce cas extrême, le surplus total redevient maximal, la perte sèche disparaît, mais il est entièrement accaparé par le producteur. On mesure alors combien la maximisation du surplus total, prise isolément, ne dit rien de sa répartition.

Les limites de l’analyse en termes de surplus

Un bon candidat sait aussi prendre du recul. D’abord, le surplus additionne des utilités individuelles comme si elles étaient directement comparables : c’est l’hypothèse contestée de la comparabilité interpersonnelle des utilités. Un euro de surplus gagné par un ménage très aisé pèse-t-il vraiment autant qu’un euro perdu par un ménage modeste ? Rien n’est moins sûr.
Ensuite, le critère du surplus total repose sur la logique de l’optimum de Pareto et du critère de Kaldor-Hicks : une situation est jugée efficace si les gagnants pourraient théoriquement compenser les perdants, même si cette compensation n’a pas lieu dans les faits. La maximisation du surplus est donc un critère strictement économique, aveugle aux questions de justice sociale, d’externalités environnementales ou de pouvoir de marché.
Enfin, la construction même du surplus suppose des préférences stables et une information parfaite des agents, deux hypothèses que l’économie comportementale a largement remises en cause.

Nos conseils méthodologiques pour les concours

Trois réflexes te feront gagner des points. Premièrement, identifie toujours la méthode adaptée aux données de l’énoncé : profit et coûts fixes, représentation graphique, ou fonctions d’offre et de demande. Deuxièmement, n’oublie jamais que le profit est individuel, alors que le surplus peut être agrégé à l’échelle du marché entier. Troisièmement, en dissertation, ne te contente pas de définir : mobilise le surplus comme un véritable outil de démonstration, notamment pour discuter l’efficacité comparée de la concurrence pure et parfaite, du monopole et de l’intervention publique.

Exercice d’application : calculer le surplus du consommateur et du producteur

Voici un exercice simple pour t’entraîner à calculer les différents surplus sur un marché en concurrence pure et parfaite.

Énoncé

Sur un marché, la fonction de demande inverse est :

 

P=100Q 

La fonction d’offre est :

 

P=20+Q 

  1. Détermine le prix et la quantité d’équilibre.
  2. Calcule le surplus du consommateur.
  3. Calcule le surplus du producteur.
  4. Déduis-en le surplus total.

Corrigé

Étape 1 : déterminer l’équilibre

À l’équilibre, l’offre est égale à la demande :

 

100Q=20+Q 

80=2Q 

Q=40 

Le prix d’équilibre est donc :

 

P=10040=60 

L’équilibre du marché est donc :

  • Prix d’équilibre : 60
  • Quantité d’équilibre : 40

Étape 2 : calcul du surplus du consommateur

Le prix maximal que les consommateurs étaient prêts à payer est de 100, tandis qu’ils paient finalement 60.

Le surplus correspond donc à l’aire du triangle situé entre la courbe de demande et le prix d’équilibre.

 

SC=(10060)×402 

SC=40×402=800 

Le surplus du consommateur est donc égal à 800.

Étape 3 : calcul du surplus du producteur

Le prix minimal auquel les producteurs acceptaient de vendre la première unité est de 20, mais ils vendent finalement à 60.

Le surplus est donc également une aire triangulaire.

 

SP=(6020)×402 

SP=40×402=800 

Le surplus du producteur est donc égal à 800.

Étape 4 : calcul du surplus total

Le surplus total correspond à la somme des deux surplus :

 

ST=SC+SP 

ST=800+800=1600 

Le surplus total est donc égal à 1 600.

Et voilà ! Tu as toutes les clés pour comprendre cette notion et passer à des concepts économiques plus complexes. Si certaines notions ont pu t’échapper, n’hésite pas à consulter notre lexique consacré à la microéconomie.


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