L’épreuve de composition de sciences sociales à l’ENS PSL est à la fois l’une des plus exigeantes et des plus passionnantes de la filière B/L. Ne t’inquiète pas, ce n’est pas une montagne infranchissable ! Pour t’aider à la conquérir, nous avons décortiqué les rapports de jury des dernières années et préparé pour toi un guide de méthodologie inspiré par les meilleures copies.
Comprendre et problématiser le dossier
Trouver le cœur du sujet
La première étape, et la plus cruciale, est de problématiser le sujet. Un sujet est un énoncé accompagné d’un dossier documentaire. Le jury insiste année après année sur ce point : une simple reformulation du sujet ou une analyse superficielle mène directement à une note inférieure à la moyenne. Pour problématiser, il faut donc décortiquer la question à la lumière des pistes proposées par les documents. Normalement, les documents sont suffisamment variés (tableaux statistiques, enquêtes sociologiques, etc.) pour que des oppositions apparaissent à la lecture. Tu auras une première idée des grandes tensions en les parcourant.
Néanmoins, évite la dichotomie simpliste. L’erreur la plus courante est d’opposer de manière schématique les logiques économiques aux déterminants sociologiques. À la lecture du dossier, la tentation sera forte, car parfois les deux méthodes peuvent se contredire. Mais rappelle-toi que les deux disciplines sont complémentaires et les meilleures copies sont celles qui les articulent de manière fluide. Pour éviter cet écueil, on te conseille de réfléchir rapidement à la problématique avant même d’avoir lu le dossier documentaire. Cela te permettra de ne pas raisonner en commentaire de documents, mais bien en dissertation.
Comment disserter sur documents ?
La lecture du dossier est un moment critique. Il est souvent long et fastidieux. Il te faut donc éviter de tomber dans le piège de l’exhaustivité. Sache quoi cibler et omettre : tu dois aller vite en ne gardant que ce qui est utile pour étayer ta démonstration. En même temps, il te faut aussi accepter que certaines pistes proposées par le dossier enrichissent ta réflexion préalable. Tu es un véritable funambule pendant cette phase de lecture !
Quelques règles peuvent cependant te guider. Tous les documents doivent être incorporés au moins une fois à ta réflexion. Certes, tu auras parfois un peu de mal avec certains, comme les enquêtes sociologiques qualitatives. Dans ce cas, la meilleure technique est de proposer une réflexion non pas sur le document, mais sur la pertinence de sa méthode dans le cadre de ton questionnement. Autre règle importante : le devoir est une dissertation, c’est-à-dire une réflexion relativement personnelle. Tu seras moins pénalisé(e) si tu omets quelques pistes que si tu essaies d’exploiter tous les documents à fond. Le jury insiste : l’épreuve n’est pas un commentaire de documents !
Élaboration du plan parfait
Le type de plan attendu
Pour l’élaboration du plan, il y a la théorie et la pratique. En théorie, on attend de toi un beau plan fluide et progressif. En pratique, la finesse n’est pas de mise. La dialectique doit être claire, voire assez grossière. Le seul interdit est un plan avec des parties qui opposent économie et sociologie. En cas d’impasse, tu peux, dans les deux premières parties, opposer nettement les pistes du dossier documentaire.
Dans la troisième partie, tu peux te demander : « Et maintenant qu’on a dit ça ? » En effet, l’économie, cela reste un problème d’organisation des ressources à l’échelle de la population mondiale. Donc, si tu as l’impression que rien n’a été proposé dans les deux premières parties pour mieux les organiser, c’est la piste que ta troisième partie doit explorer. C’est là qu’entrent en scène des ouvertures, forcément assez modestes, sur l’économie de l’environnement par exemple.
L’équilibre disciplinaire
La modalité la plus insolite de l’épreuve est que tu seras corrigé(e) deux fois : une fois par un sociologue et une fois par un économiste. Ta note sera donc la moyenne des deux. Tu le vois donc venir : l’idéal est d’équilibrer à 50/50 les deux disciplines. Il faut que chacune des parties soit relativement équilibrée.
Si l’un des correcteurs lit une partie entière sans y trouver la moindre trace de sa discipline, il y verra un manquement, et à raison. C’est assez difficile, mais tu dois constamment garder en tête que tu seras corrigé(e) par deux personnes pour éviter les « tunnels » dans une des disciplines.
Comment mobiliser les références ?
Un autre équilibre difficile à trouver est celui entre les références personnelles et les exemples du dossier. En théorie, il faut éviter de citer de manière trop superficielle des auteurs ou des ouvrages. En pratique, on ne va pas se mentir, une partie de ta note est réservée à ta capacité à lister des auteurs pertinents. Bien sûr, tu dois les rattacher avec rigueur au sujet, mais il faut en citer un grand nombre quand même.
Tu l’auras compris, les références personnelles doivent donc parfois prendre le pas sur les documents. Le plus sûr est d’utiliser ceux-ci uniquement comme des illustrations, là où les références peuvent occuper le cœur de ta réflexion.
Derniers conseils de forme
L’orthographe est ton alliée. Une mauvaise orthographe, surtout sur les noms d’auteurs (comme Hardin, Kuznets, Ostrom), peut évidemment discréditer toute ta copie. Par ailleurs, bannis les anglicismes et les néologismes inutiles, comme impacter, solutionner ou plateformisation. Reste sobre, car les néologismes agacent en général le jury : ce ne sont pas des jeunes cadres en conseil, mais des professeurs rigoureux !
Enfin, tu dois faire preuve d’une grande rigueur sur certaines expressions. Tu devras bannir de ton vocabulaire : « les pauvres », « les riches », « les vieux »… tout ce qui simplifie excessivement des réalités complexes. La meilleure astuce est d’utiliser, pour désigner ce genre de catégories, le vocabulaire présent dans les documents.
La gestion du temps est peut-être l’épreuve la plus compliquée. Tu dois analyser le sujet, lire le dossier, construire ton plan et rédiger ta copie, le tout en six heures ! Malgré tout, on te conseille de ne pas passer moins de trois heures et demie à la rédaction. En fait – et c’est un secret assez bien gardé –, c’est plutôt la phase de lecture du dossier que tu dois écourter.
En bref, l’épreuve de sciences sociales est un vrai parcours de funambule. Le nombre d’équilibres (souvent précaires) à trouver pour parvenir à faire une bonne copie est assez intimidant. Pour cela, il n’y a qu’une solution : la pratique et la lecture de bonnes copies dans notre grange à copies !



