Cerro Rico, Potosí

Située à plus de 4000m d’altitude en Bolivie, Potosí fut l’une des villes les plus riches du monde au XVIe siècle grâce aux mines d’argent du Cerro Rico (« colline riche » en français). Mais aujourd’hui, la réalité est tout autre. Frappée par la « malédiction des ressources », Potosí repose sur une économie précaire et souffre d’un quotidien marqué par les inégalités. Comprendre son histoire et ses défis te permettra d’illustrer les enjeux de l’extractivisme en Amérique Latine !

L’extractivisme, un modèle économique hérité et contesté

  1. Définition et caractéristiques

Pour comprendre pleinement le cas de Potosí, il faut d’abord revenir sur ce que signifie l’extractivisme, ses mécanismes et les principaux défis qu’il entraîne.

L’extractivisme désigne un modèle de développement basé sur l’exploitation intensive des ressources naturelles destinées à l’exportation : métaux, hydrocarbures, produits agricoles. Héritage direct de la colonisation, il domine encore largement les économies nationales latino-américaines et repose presque exclusivement sur le secteur primaire. Cela en fait un modèle dépendantprécaire et éphémère car il repose sur des ressources non renouvelables et sur la fluctuation des cours mondiaux.

  1. Les limites de ce modèle

Si l’extractivisme génère des devises et attire des investissements étrangers, ses effets sont profondément inégalitaires. Les richesses produites profitent rarement aux populations locales. Elles alimentent des rentes, des élites ou des entreprises étrangères, tandis que les communautés proches des sites d’extraction vivent souvent dans la pauvreté. Ce modèle est également insoutenable sur le plan social et environnemental : pollution, déforestation, maladies, destruction des écosystèmes. Il rend en outre les pays de la région vulnérables aux aléas du marché mondial puisque lorsque les prix des matières premières s’effondrent, c’est toute l’économie qui vacille.

Le cas de Potosí pour illustrer les paradoxes de l’extractivisme

  1. Le Cerro Rico à l’origine d’une richesse historique

Fondée en 1545, Potosí s’est rapidement imposée comme l’une des villes les plus riches et peuplées du monde grâce à l’exploitation du Cerro Rico qui abritait une quantité très importante d’argent. Mais cette prospérité s’est construite au prix du travail forcé des Indiens soumis à la mita (système de travail obligatoire instauré par les colons) et de millions de morts causées par la silicose, les éboulements ou l’empoisonnement au mercure. Déjà à l’époque, la richesse ne bénéficiait pas aux habitants car elle partait vers l’Europe, laissant derrière elle pauvreté et dépendance.

  1. Une économie encore dépendante du travail des mineurs

Près de cinq siècles plus tard, le Cerro Rico continue d’être exploité, non plus pour l’argent mais pour l’étain, le zinc et le plomb. Aujourd’hui, les mines sont gérées par des coopératives : les mineurs sont rémunérés selon la qualité de ce qu’ils extraient, ce qui rend leur emploi à la fois précaire et dangereux. Ils travaillent par ailleurs dans des conditions très difficiles, avec des outils rudimentaires et dans une atmosphère de poussières de silice, d’arsenic et d’amiante. Sans sécurité sociale, ni salaire fixe, ils travaillent jusqu’à épuisement. Les accidents sont fréquents : chaque semaine, entre trois et cinq mineurs perdent la vie, généralement dans un éboulement. L’espérance de vie dépasse rarement 45 ans.

Malgré l’extraction intensive de minerais précieux, les recettes générées par ces activités ne bénéficient quasiment pas aux habitants de Potosí. La majeure partie des profits part vers d’autres villes ou à l’étranger, ne permettant pas de financer des services sociaux ou d’améliorer les conditions de vie des mineurs. Les familles restent donc dans la pauvreté, tandis que l’économie locale peine à se développer.

  1. Une ville frappée par les inégalités

Bien que Potosí soit célèbre pour ses mines, il est surprenant de constater que certains habitants du centre-ville ignorent tout de la vie sur le Cerro Rico, pourtant accessible en quelques minutes de transport. Des familles y vivent dans des conditions qu’il est difficile d’imaginer, isolées et sans aucun confort. Leur accès à l’eau potable, aux soins et aux services de base est très limité, alors qu’au centre-ville, ces infrastructures sont plus faciles à atteindre.

La hiérarchie dans les mines accentue encore ces inégalités : au sommet, les chefs de coopératives et entrepreneurs perçoivent la majeure partie des bénéfices, tandis que les mineurs et guardas touchent des salaires dérisoires, souvent inférieurs à 100 € par mois, alors que le pays est frappé par une grave crise économique et une inflation grandissante.

Conclusion

L’avenir de Potosí reste incertain : le Cerro Rico, véritable cœur économique de la ville, s’affaisse progressivement après des siècles d’exploitation intensive. Alors que la ville a été classée au patrimoine mondial de l’UNESCO en 1987, elle a également été inscrite sur la liste des patrimoines en péril en 2014. Malgré tout, Potosí reste un lieu vibrant, notamment à travers ses parades, ses traditions et ses légendes.

C’est un exemple incontournable (tout en étant original) pour comprendre les défis de l’extractivisme en Amérique latine. Il illustre une richesse produite à grande échelle, mais éphémère, qui profite peu aux populations locales et entraîne des conséquences sociales, économiques et environnementales durables. Potosí montre que l’exploitation des ressources naturelles doit être accompagnée de mesures concrètes pour éviter que la prospérité ne se transforme en tragédie.

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