histoire

C’est l’épreuve reine et la plus crainte en prépa B/L : la dissertation d’histoire. Six heures de lutte acharnée avec ton sujet, mais aussi et surtout une préparation intense et intelligente en amont. On te donne toutes les clés de méthodologie pour réussir ta prochaine dissert !

Les attendus généraux

C’est bien connu : pas ou peu de programmes en B/L. L’histoire ne fait pas exception, tes seuls repères étant des bornes chronologiques (la France de 1870 à 1995, le monde de 1918 à 1991). Il va donc te falloir approcher le sujet intelligemment, en saisir tous les grands enjeux et surtout répondre à la question qui t’est posée de la manière la plus efficace possible.

Et c’est à peu près tout. En fait, une dissertation en histoire, surtout avec un programme généraliste, n’est pas un concours d’exhaustivité. C’est un exercice très formalisé et codifié, au début duquel une question bien précise te sera posée, et au terme duquel tu y auras, avec notre aide, répondu !

La problématisation

Ça paraît tout bête, mais il faut avant tout comprendre la question qui est au cœur du sujet. C’est cette compréhension qui va te permettre de trouver une réponse, et cette réponse qui va te permettre de trier, de hiérarchiser, voire d’élargir tes éléments de réflexion.

Comment cerner la problématique ?

Prenons par exemple le sujet Ulm de 2014 : « Incarner la République en France des années 1870 aux années 1990 ». Au premier abord, c’est un sujet assez vague dans lequel on serait tenté de faire rentrer nombre de connaissances dispersées. Mais gare au hors-sujet !

La première étape sera donc de cerner que la question portait sur une évolution historique bien précise : de l’incarnation du projet républicain en France (Gambetta, « commis voyageur de la République ») à l’incarnation de la République française (le sigle « RF » par exemple).

On a aussi le questionnement, qui traverse l’histoire de Mac-Mahon à De Gaulle, de la légitimité républicaine : Parlement ou président ? C’est d’emblée un questionnement beaucoup plus précis, qui évite le hors-sujet.

Une fois que tu as trouvé, dans les grandes lignes, la ou les problématiques, le plan est avant tout un exercice de polyvalence. Le cœur de ton épreuve va être de croiser un grand nombre de lectures pendant ta phase d’élaboration du plan pour parvenir à saisir tous les enjeux du sujet.

Pour plus d’astuces sur l’analyse de sujets en histoire, tu peux consulter cet article !

Traiter tous les pans du sujet

C’est clairement le gros défi : parvenir à identifier ce qui ne doit en aucun cas être oublié. Pour ça, la meilleure technique est de découper l’histoire en plusieurs parties pendant tes révisions. Un découpage entre politique, économie, société, culture, institutions et relations internationales permet par exemple de bien segmenter le programme.

À partir de là, tu arriveras en dissertation avec les idées plus claires et tu pourras affronter tout sujet. Surtout, n’oublie pas que tu fais des sciences sociales et que c’est une discipline qui entre très bien dans les copies d’histoire ! Alors n’hésite pas à croiser tes lectures entre les matières (l’ouvrage Bains de foule de Nicolas Mariot est par exemple bienvenu dans notre sujet).

Face au sujet, le jour J, le plus simple est de mettre en lumière les changements entre le début et la fin de la période, pour chacun de ces aspects. Ce n’est clairement pas d’une incroyable finesse intellectuelle, mais c’est d’une grande efficacité. Dans notre sujet, par exemple : la gauche perd l’apanage de la légitimité républicaine (politique) ; la Ve République tranche avec la IIIe sur la question de la légitimité parlementaire (institutions) ; une fois installée, la République n’a plus à être incarnée par les intellectuels, l’art officiel ou les instituteurs (culture)…

L’organisation du plan

Aller du simple au complexe

Face aux nombreuses pistes que tu auras trouvées, le premier, et le plus important, des attendus est le suivant : il faut dire ce qui est évident. La dissertation n’est pas un exercice de raffinement, mais d’organisation et de clarté. Tu n’as que 6 heures, alors il faut te demander si tu les as utilisées au mieux. Le meilleur conseil qu’on peut te donner, c’est de toujours bien hiérarchiser les événements et les pistes de réflexion. Demande-toi, dans un premier temps, comment tu expliquerais le sujet à un collégien. Fais pareil ensuite pour un lycéen, puis atteins progressivement le niveau prépa. N’aie pas peur de dire des choses évidentes !

Plus encore, n’aie pas peur, pendant les révisions, de relire des manuels niveau lycée (voire collège, comme l’a fait ton humble rédacteur à deux semaines des concours). Pour savoir comment organiser tes révisions en histoire, on a déjà sorti cet article ! Tous les rapports du jury insistent sur la nécessité d’aller du simple au complexe, en n’oubliant surtout pas le simple. Et pour construire le plan, c’est donc sur le niveau collégien qu’il faut compter. En effet, une dissertation, c’est deux ou trois parties, comportant trois sous-parties chacune. Ne te complique pas trop la vie : tout découpage doit forcément être simplificateur.

Éviter « l’écueil de la constance nominale »

Un autre conseil précieux est de ne jamais prendre un sujet ou un terme du sujet pour acquis. Il y a fort à parier que la signification des mots sur lesquels tu dissertes varie grandement entre le début et la fin de la période du sujet. Par exemple, République veut dire des choses plurielles (un projet, un régime institutionnel…) et variables (sa réalité institutionnelle change de sens entre la IIIe et la Ve République). Il est donc important de toujours garder en tête le sens qu’a un mot à une période donnée.

Le meilleur exemple est Europe, qui prend des dimensions totalement différentes entre 1918 et 1991. On passe d’une réalité géographique et culturelle à une réalité institutionnelle, sans oublier que la guerre froide nous pousse à réfléchir sur sa division. Ce genre de variations peut grandement aider à construire un plan et à faire parvenir ta réflexion au niveau des attendus du jury d’Ulm !

Aller du macro vers le micro

Dans la continuité des deux conseils précédents, un moyen de réaliser le découpage d’un plan est de le mettre en relation avec les grands événements (et évolutions) nationaux et mondiaux. Autrement dit, tu connais déjà une périodisation passe-partout (1870-1914, 1914-1945, 1945-1995) qui est ponctuée d’événements structurants pour tout sujet.

Par exemple, dans le sujet de 2025, « Les femmes dans les sociétés européennes », on pouvait s’en sortir sans connaissances spécifiques, en se posant simplement de manière systématique la question : comment une telle dynamique a-t-elle pu affecter les positions socioéconomiques et politiques des femmes ? On peut par exemple penser à l’essor de la société de consommation, à la Seconde Guerre mondiale, à la féminisation de la main-d’œuvre au moment des Trente Glorieuses, à la guerre froide…

Donc, si tu trouves six ou neuf (selon si tu as deux ou trois grandes parties) grands événements historiques qui éclairent la progression du sujet, c’est une bonne façon de construire ton plan. Pars du sens commun pour répondre au sujet de manière claire et structurée. C’est pourquoi le plan type sera chronologique entre grandes parties et thématique entre sous-parties.

Les attendus pour le plan

La lecture des rapports du jury nous informe sur une chose : l’immense majorité des sujets d’écrit appellent un plan chronologique. Aux yeux du jury (et à nos yeux aussi), le plan le plus élégant est en trois parties. Dans la première partie, les sous-parties sont thématiques. Cela permet de définir et distinguer avec beaucoup de rigueur les termes du sujet, de poser les bases et de montrer que tu sais à peu près de quoi tu parles.

Dans le cadre du sujet « Incarner la République », tu peux envisager un découpage très simple entre le débat institutionnel (institutions), l’appropriation de la légitimité républicaine par la gauche (politique) et la naissance d’une culture républicaine (culture). Ça reprend le découpage du programme qu’on a évoqué plus haut, tout en donnant une plus grande impression de clarté et de rigueur.

Une fois que tu as fait preuve de cette rigueur, tu as gagné le droit de dérouler dans les deux parties suivantes. Tu peux passer à des sous-parties organisées de manière chronologique. Sans une première partie rigoureuse, ça passerait pour de la confusion. Mais, si tu as bien défini ton approche au préalable, tu y es tout à fait autorisé(e).

L’introduction et la conclusion

L’introduction

Pas beaucoup de surprises de ce côté-ci : le triptyque classique accroche-problématisation-annonce de plan est souvent la seule option. Pour l’accroche, trouve un événement tout juste antérieur au sujet qui ait un écho dans ta dissertation. Par exemple, partir du fait que le Second Empire était très incarné, et même que les républicains le trouvaient trop personnifié, donne un excellent point de départ pour une réflexion sur les difficultés d’une incarnation de la République.

La problématisation doit donc découler naturellement de l’accroche et établir le sens des bornes : pourquoi se poser la question en 1870 et pourquoi cesser de se la poser vers 1990 ? Dans quels domaines ce questionnement a-t-il un sens ? Une introduction n’est donc pas un résumé de ce que tu vas développer. Elle pose les jalons essentiels de ta réflexion : ses angles d’attaque, ses mouvements, les ouvertures sur d’autres problèmes…

Enfin, nous te rassurons : la problématique n’est pas obligatoirement une question. Bien souvent, tu ne parviendras qu’artificiellement à trouver une question qui finira par être trop vague. Tu peux simplement formuler, en une phrase, le sens de l’évolution que tu as notée. Dans notre sujet par exemple : « Si le projet républicain n’est plus incarné du fait de son accomplissement, le régime républicain est devenu, lui, bien plus incarné que lors de sa proclamation en 1870 ». À toi de choisir ce avec quoi tu es à l’aise !

La conclusion

De manière similaire, la conclusion n’est pas un résumé de ton développement. Si tu dois (très) rapidement rappeler ton point de vue, tu ne dois surtout pas t’étendre sur toute la conclusion. Le plus important est de montrer que la question reste intéressante après les bornes du sujet.

Pour cela, tu as deux possibilités. Tu peux d’abord montrer que la suite des événements a corroboré l’évolution que tu as soulignée. Ou alors, tu peux montrer que les années suivantes ont au contraire ouvert à des nouvelles évolutions. Par exemple, le passage au quinquennat présidentiel et ses implications sur les rapports du président au pouvoir législatif sont intéressants pour conclure un sujet sur l’incarnation de la République ! Mais attention, interdiction (à peu près) formelle de conclure sur le temps présent !

Derniers conseils

La gestion du temps

Eh oui, on en a dit beaucoup, donc tu te demandes sûrement comment faire tout ça en 6 heures ! C’est une durée à la fois très longue et très courte, qu’il faut donc bien gérer. L’épreuve d’histoire est, à cet égard, particulière. En effet, ne passe pas plus de 1 h 30 au brouillon. Tu auras besoin de tout le temps qu’il te faut pour rédiger.

Dans cette heure et demie, mets l’accent sur l’analyse du sujet et la recherche des informations à ne surtout pas oublier. Encore et toujours : le niveau collège ! Les informations annexes te viendront pendant la rédaction.

À la BCE

Si tu passes les concours des écoles de commerce, tu devras faire tout ça… en 4 heures ! Cela te forcera à être encore plus synthétique et à te focaliser sur les informations essentielles. Pour le brouillon, tu devras y passer entre 45 minutes et 1 heure. C’est pourquoi le format est un excellent exercice pour progresser en méthodologie pure.

L’équilibre entre révisions et entraînement

Tu as la chance de vivre à l’ère d’Internet, donc tous les rapports du jury sont disponibles ! Ça te fait un grand nombre de sujets de type concours corrigés. C’est aussi un moyen extrêmement efficace de mettre à l’œuvre de manière active tes révisions. Ce qu’on te conseille, c’est de te faire confiance et de « sacrifier » une heure de lecture par semaine pour prendre le temps d’analyser un sujet.

C’est comme ça que tu gagneras en expérience et en confiance, les deux choses nécessaires pour performer au concours !