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Le mythe de la trajectoire rectiligne est l’un des plus grands fardeaux de l’étudiant en classe préparatoire. En Terminale, on nous incite souvent à suivre une voie « naturelle », dictée par nos spécialités et nos facilités du moment. On est un « bon élève », et la suite logique est de s’orienter vers une classe préparatoire. Pour ma part, j’avais des spécialités entièrement scientifiques. En résumé : j’avais les notes, les spé, et donc, par une sorte de déterminisme scolaire, j’ai intégré une prépa scientifique. Pourtant, ce qui devait être une suite logique s’est rapidement transformé en une impasse. C’est ici qu’intervient l’audace du pas de côté.

L’impasse de la « voie logique »

À travers ce témoignage, je ne souhaite pas simplement retracer mon parcours, mais m’adresser à ceux qui, aujourd’hui, se sentent en décalage. Si tu as l’impression d’être « nul(le) » ou de ne plus comprendre le sens de tes efforts, sache que le fait de faire preuve de l’audace du pas de côté et de renoncer à une voie qui nous éteint pour se réinventer ailleurs est tout sauf un aveu de faiblesse.

Le cercle vicieux de l’inertie scolaire

On imagine souvent l’échec en prépa comme un mur que l’on percute de plein fouet, et, en effet, ça y ressemble ! Au début, face aux premières difficultés en colle et en DS, ma réponse fut celle que tout bon élève connaît : l’acharnement. Je travaillais deux fois plus, je m’obstinais à vouloir maîtriser des concepts qui ne suscitaient chez moi aucune envie d’apprendre, aucune curiosité.

Puis, progressivement, la machine s’est grippée. J’ai commencé à travailler de plus en plus mal, car le cœur n’y était plus. On ne peut pas nourrir sa réflexion quand la matière nous est étrangère, voire hostile. Ce sentiment d’impuissance est délétère : on finit par s’enfoncer, non par manque de capacité intellectuelle, mais par épuisement du sens. Chaque mauvaise note n’était plus un signal pour progresser, mais une confirmation de mon « illégitimité ».

La réorientation : entre doute administratif et soulagement personnel

Décider de terminer mon année tout en préparant ma sortie fut ma première véritable décision d’adulte. Le passage par Parcoursup, alors qu’on est déjà dans le système, est une expérience singulière, presque déstabilisante. On se retrouve à nouveau dans l’attente alors qu’on n’est pas prioritaires. Il faut accepter cette part d’incertitude et ce moment de flottement.

J’ai choisi de rester dans le même établissement pour intégrer une B/L (Lettres et Sciences sociales). Ce choix n’était pas un aveu de faiblesse, mais une quête d’équilibre. J’étais portée par un unique objectif : celui de ne plus subir ma scolarité.

La B/L : l’audace du pas de côté qui permet la découverte d’un équilibre intellectuel

L’arrivée en B/L fut une révélation intellectuelle. J’y ai découvert les Sciences économiques et sociales, un domaine qui m’était totalement inconnu et qui m’a immédiatement captivée. L’économie et la sociologie m’ont offert des clés de lecture sur le monde que je n’aurais jamais soupçonnées.

J’étais aussi très heureuse de retrouver des matières qui me plaisaient, comme les lettres et la philosophie. Après une année d’abstraction scientifique pure, pouvoir à nouveau manier les concepts, analyser les textes et lier les disciplines entre elles a agi comme une véritable bouffée d’oxygène.

Parce que j’avais connu l’aridité d’une année qui ne me correspondait pas, j’avais une conscience aiguë de la chance d’être là. Cette « soif » d’apprendre, née de ma frustration passée, est devenue mon moteur. Mes résultats n’ont pas simplement progressé, ils ont changé de nature car ils étaient portés par l’intérêt.

Le choix de la polyvalence

Le parcours d’un étudiant « perdu » l’est souvent jusqu’au bout. Au moment des concours, j’ai refusé de choisir entre la voie académique pure de l’ENS et le monde des écoles de commerce via la BCE. Pourquoi se fermer des portes quand on a enfin trouvé un profil équilibré ?

Si j’ai finalement choisi d’intégrer l’EM Lyon, c’est pour refuser, une fois de plus, une spécialisation précoce. Intégrer une Grande École, c’est s’offrir un champ de possibilités professionnelles et personnelles immense, sans sacrifier cette polyvalence qui m’est chère.

Conclusion

En définitive, si tu dois ne retenir qu’une chose de mon expérience, c’est celle-ci : rien n’est gravé dans le marbre. L’échec n’est souvent qu’une erreur d’aiguillage. Si tu te sens « nul(le) » aujourd’hui, c’est peut-être simplement que tu n’es pas sur le terrain où ton talent peut s’exprimer. Avoir l’audace du pas de côté, le courage de se réorienter, de « perdre » un an ou deux pour trouver sa voie, n’est pas une perte de temps. C’est, au contraire, un gain de maturité inestimable.

On atterrit toujours là où l’on doit atterrir, pour peu que l’on ait la force d’écouter ses propres résistances. Ne force pas une voie qui t’éteint : explore celle qui t’anime.