Quatre ans après la refonte des classes prépas économiques et commerciales, conséquence directe de la réforme du lycée de 2019, quels sont les impacts de cette dernière sur le recrutement post-prépa des écoles de management ? Dans cet article, nous allons comparer le “SIGEM”, c’est-à-dire le tableau d’affectation des candidats école par école, de 2019, soit deux ans avant la réforme des prépas, et celui du dernier millésime en date, 2025. L’objectif est ainsi de mettre en lumière quatre tendances structurelles qui ont émergé suite à cette réforme.

En préambule : remise en contexte des réformes du lycée et de la prépa

En 2018, le gouvernement révèle les grandes lignes de sa réforme du lycée par la voie de son ministre de l’Education Nationale, Jean-Michel Blanquer (qui dirigeait auparavant l’ESSEC, deuxième école de commerce de France).

La mesure la plus notable est évidemment, en voie générale, la fin des filières S, ES, en L, remplacées par un régime de spécialité au choix des étudiants (trois en Première, puis deux parmi les trois en Terminale).

Or, la prépa économique et commerciale en voie générale se divisait à l’époque en deux sous-filières : ECS pour celles et ceux qui venaient du bac S, ECE pour les titulaires d’un bac ES. Dans ces conditions, la prépa EC a donc dû se réinventer, et les parties prenantes ont opté pour un quasi statu quo. L’ECG (G pour générale) se décline à partir de 2021 en 4 sous filières. Les étudiants ont le choix d’une part entre maths approfondies et maths appliquées, peu ou prou maths ECS ou maths ECE, et entre HGGMC (Histoire, Géographie, Géopolitique du Monde Contemporain) et ESH (Économie, Sociologie, Histoire) d’autre part.

Les évolutions pour les écoles de commerce suite à la réforme

Moins d’affectés dans les écoles en 2025 par rapport à 2019

7515 préparationnaires ont rejoint une école après le SIGEM en 2019, contre 7127 en 2025. Même si la réforme a quelque peu été digérée par les lycéens, la filière n’est pas encore parvenue à combler la chute brutale de 13% de ses effectifs en 2021.

Soyons clairs, la principale cause réside dans le recul des maths au lycée. Dans la réforme Blanquer, elle est la matière sacrifiée à partir de la Première, elle qui constitue pourtant un indispensable pour espérer réussir en ECG.

Le conséquence pour les écoles est immédiate. Cette nouvelle donne provoque l’effondrement des barres d’admissibilité pour les écoles hors top 10, dans la mesure où ce dernier absorbe près de 9 étudiants sur 10 désormais.

Les « maths appliquées » sont toujours plus nombreux

Il y a désormais plus de maths appliquées que de maths approfondies. On était à 50% d’ECS et 50% d’ECE en 2019, nous sommes à 57% de maths appliquées parmi les affectés. Ce n’est pas étonnant, la filière est plus rentable au concours pour les étudiants qui ont un niveau moyen (même si cela a tendance à s’équilibrer sur les derniers concours). Pourtant, les écoles les plus sélectives – notamment les trois Parisiennes – recrutent encore massivement en maths approfondies, car le fort coefficient en maths est favorable à celles et ceux qui parviennent à décrocher de hautes notes en maths approfondies.

À sélectivité comparable, la répartition appro/appli par école ressemble à celle d’ECS/ECE autrefois, avec, mécaniquement, davantage d’étudiants en maths appliquées aujourd’hui.

Un peu plus d’ECT dans les top écoles

La proportion d’ECT par rapport aux ECG est restée la même (14% d’ECT), avec toujours cette logique implacable : plus une école est sélective, moins elle accueille d’ECT au sein de sa promotion. Néanmoins, c’est un peu moins vrai en 2025 qu’en 2019, et ce n’est pas à cause des bonifications aux boursiers (ou très très marginalement). C’est l’introduction de l’épreuve Audencia en 2023 qui a fait bondir la moyenne des ECT en culture générale dans les top écoles. Quand ils étaient notés avec les ECG, leur moyenne tournait autour de 6/20, contre 10/20 aujourd’hui.

Une chute brutale du nombre de filles (surtout dans le top 3)

En 2019, 53% des intégrés étaient des filles. Aujourd’hui c’est 53% de garçons.

Le biais d’intégration en faveur des hommes dans les top écoles a connu la même trajectoire : en 2019, 44% des étudiants admis dans le top 3 étaient des étudiantes, contre 38% aujourd’hui.

Ceci s’explique simplement par l’effondrement du nombre de filles qui font des mathématiques au lycée. Autrefois, les bonnes élèves allaient mécaniquement en S (ou en ES) et faisaient donc des maths jusqu’en terminale par la force des choses. Désormais, beaucoup d’entre elles privilégient d’autres spécialités dès la première. La France a ainsi reculé, en deux ans, au niveau des années 1990 sur la féminisation des sciences dures.

Par conséquent, beaucoup moins d’étudiantes sont éligibles à la prépa ECG et, dans la mesure où le top 3 sélectionne en grande partie sur les mathématiques, elles sont encore moins représentées qu’auparavant.