séisme

Le séisme dévastateur qui a frappé les Philippines fin septembre 2025 rappelle à quel point les catastrophes naturelles peuvent bouleverser à la fois nos sociétés, mais aussi certains fondements économiques. Plus qu’un drame humain, c’est une épreuve pour la résilience des modèles de développement. Comme l’écrivait l’économiste Schumpeter : « La destruction est aussi créatrice. » En effet, une catastrophe, bien que tragique, peut devenir un moteur de transformation économique, à condition d’être anticipée et gérée avec intelligence.

Un choc humain et économique majeur

Le séisme de magnitude 6,9 à Cebu, suivi d’une secousse de 7,4 à Mindanao, a provoqué des destructions massives et un arrêt brutal de l’activité dans plusieurs régions. Selon la Banque asiatique de développement, les pertes économiques pourraient représenter plus de 2 % du PIB philippin en 2025.

Ce choc illustre la théorie keynésienne des déséquilibres. Lorsqu’un événement exogène frappe l’économie, la demande globale s’effondre, tandis que l’investissement public devient le principal levier de stabilisation. L’État joue alors le rôle « d’assureur en dernier ressort ». Ce que soulignait Keynes dans Théorie générale de l’emploi, de l’intérêt et de la monnaie (1936).

Les leçons économiques de la catastrophe

Cette tragédie met en lumière plusieurs enseignements économiques fondamentaux.

La résilience des infrastructures comme capital productif

Dans la logique du modèle de Solow (1956), la croissance repose sur l’accumulation de capital et le progrès technique. Or, une catastrophe naturelle détruit ce capital, réduisant ainsi temporairement la productivité globale.

L’investissement dans des infrastructures parasismiques devient donc un facteur de croissance à long terme, et pas uniquement une dépense de précaution.

L’importance du risque et de l’incertitude

Frank Knight (1921) distinguait le risque mesurable de l’incertitude non mesurable. Les catastrophes naturelles relèvent de cette dernière. Elles ne peuvent être parfaitement prévues, mais leurs conséquences économiques doivent être anticipées.

Les politiques publiques doivent ainsi créer des mécanismes d’assurance et de mutualisation, afin de transformer l’incertitude en un risque gérable.

La catastrophe comme opportunité de « reconstruction verte »

La reconstruction peut devenir une chance pour accélérer la transition écologique. Les économistes du développement parlent ici d’un « dividende de résilience ». Chaque dollar investi dans la prévention et la durabilité permet d’économiser plusieurs dollars de pertes futures.

Selon les travaux d’Amartya Sen, les États doivent concevoir la résilience non seulement comme un bouclier économique, mais surtout comme un vecteur de capacités humaines et sociales.

L’impact macroéconomique et géopolitique

À court terme, la catastrophe exerce un effet récessif : baisse du PIB, inflation locale, déficit budgétaire accru. Mais, à moyen terme, la relance par la reconstruction produit un effet multiplicateur keynésien. La dépense publique soutient l’emploi et la consommation, relançant l’activité privée.

Pour autant, la situation illustre aussi les limites du modèle de croissance dépendant des infrastructures, sans gouvernance solide. Le risque est celui d’un endettement excessif ou d’une reconstruction inégale.

Sur le plan géopolitique, la gestion de la crise devient un test de crédibilité. Un État qui fait preuve d’efficacité administrative et de transparence budgétaire renforce sa légitimité et son attractivité auprès des investisseurs, selon la logique de la « stabilité institutionnelle » développée par Douglass North (1990).

Vers une stratégie économique de la résilience

Les catastrophes naturelles invitent à repenser la stratégie économique sous l’angle du risque.

Comme l’expliquait Ulrich Beck dans La Société du risque (1986), les sociétés modernes ne sont plus menacées par la rareté, mais par les dangers produits par leur propre développement. Anticiper, mutualiser et adapter deviennent les nouveaux impératifs économiques.

Pour les Philippines, cela signifie investir dans la prévention, diversifier les chaînes d’approvisionnement et renforcer la coopération régionale face aux chocs climatiques. La résilience devient alors un pilier de compétitivité : un pays capable d’absorber les crises attire davantage de capitaux et d’entreprises.

La stabilité et la prospérité reposent sur la capacité d’un système à encaisser l’imprévu

Le séisme de 2025 aux Philippines rappelle que la croissance économique, sans résilience, n’est qu’une illusion. Les grandes théories économiques, de Keynes à Solow, de Knight à Beck, convergent sur un point : la stabilité et la prospérité reposent sur la capacité d’un système à encaisser l’imprévu.

Face aux catastrophes naturelles, l’économie du futur ne sera pas celle de la seule expansion, mais celle de la robustesse. Comme le disait Sen, « le développement est la liberté » : celle de se relever, de reconstruire et de transformer la fragilité en force.