cacao

Le chocolat est aujourd’hui consommé dans le monde entier, depuis les régions productrices de cacao jusqu’aux marchés de transformation et de consommation. Explore l’histoire et le cheminement de la précieuse fève pour comprendre les enjeux économiques, culturels et stratégiques qui façonnent le marché du chocolat.

L’histoire du chocolat

Des racines anciennes

La consommation d’une boisson à base de fèves de cacaoyer est très ancienne. Dès le premier millénaire avant J.-C., les Olmèques d’Amérique centrale boivent des mélanges d’eau et de cacao pilé. Ils y ajoutent d’ailleurs souvent d’autres produits : piment, graines de roucou…

À l’époque, la boisson est davantage liée à la religion qu’au plaisir gustatif du chocolat chaud que nous connaissons aujourd’hui. Cependant, le nom cacao est déjà présent. On parle de kakau en langue mixe-zoque olmèque, puis de cacahuatl chez les Aztèques.

Diffusion du chocolat en Europe

Un succès d’abord timide auprès des Européens

Le succès du cacao auprès des Européens n’est pas immédiat, bien au contraire. On assimile parfois la consommation de la fève à de la coprophagie. Un élément change la donne : le sucre.

Au XVIe siècle, aux Antilles, les colons espagnols ont en effet l’idée d’associer le cacao avec les produits des plantations de sucre. On appelle la boisson ainsi créée chocolat. Le mets plaît et voyage rapidement en Espagne. Les premières cargaisons commerciales arrivent à Séville en 1585.

Une boisson à la mode…

La consommation de chocolat, d’abord chasse gardée des ordres religieux espagnols, se répand ensuite auprès de toute la société. Au XVIIIe siècle, l’article « L’Espagne » de l’Encyclopédie laisse même entendre : « Manquer de chocolat chez les Espagnols, c’est être réduit au même point de misère que de manquer de pain chez nous. »

Le succès de la boisson s’étend rapidement à toute l’Europe. En France, par exemple, le chocolat se fait connaître via l’appui de Mazarin. Il fait venir d’Italie au milieu du XVIIe siècle d’habiles cuisiniers pour le préparer. À cette époque, le chocolat est encore peu connu en France. Sa popularité grandit sous le règne du Roi-Soleil, son épouse Marie-Thérèse raffolant du breuvage. Rapidement, la Suisse, l’Angleterre et les Pays-Bas adoptent à leur tour la boisson.

Plus que dans la géographie, la mondialisation du cacao s’illustre au cœur des habitudes de dégustation des élites.

… rendant urgente la production de la plante

Dans Le Monde dans nos tasses, Christian Grataloup nous dit : « L’émergence du petit déjeuner est bien la conséquence de la mainmise européenne sur les régions tropicales. » Le cas du chocolat ne fait pas exception. Au vu de la popularité grandissante de la boisson auprès des Européens, il devient urgent pour ces derniers d’organiser au mieux la production et l’acheminement de la fève.

Les Hollandais, en mesure de tisser des réseaux commerciaux entre villages amérindiens isolés, excellent dans la gestion de la production. Ce sont d’abord des pays comme le Mexique, le Venezuela ou l’Équateur qui sont prisés pour la production.

Plus tard, à partir du XIXe siècle, de nouveaux foyers de production émergent, comme la Côte d’Ivoire ou le Ghana. Des bateaux acheminent ensuite la précieuse marchandise jusqu’en Europe. Les galions espagnols transportent ainsi les fèves avec l’or et les épices. Le chocolat met donc en relation les différentes parties du monde et constitue dès ses débuts, le miroir de la mondialisation.

Une évolution de la forme et de la consommation du chocolat

Le chocolat solide, nouvelle révolution

Jusqu’au XVIIIe siècle, le chocolat que l’on consomme est une boisson liquide. On la tient hors de portée des enfants, car on la considère comme aphrodisiaque. Cependant, l’ouverture de la première chocolaterie à Bristol par Joseph Fry popularise le chocolat solide, notamment pour les plus jeunes. La famille de quakers Fry compte en effet à l’époque sur le chocolat pour évangéliser les enfants.

Le chocolat au service de la religion

Étonnamment, un objet de consommation aussi banal que le chocolat a été au centre des courants religieux qui ont traversé l’Europe. En 1847, la première tablette de chocolat moulée apparaît. Alors que l’Europe méridionale voit encore le chocolat comme un excitant nocif pour les enfants, les avis sont différents en Europe du Nord. Les calvinistes y sont effectivement plus sensibles à la notion de récompense.

Ainsi, le développement rapide de l’industrie chocolatière s’explique notamment par la présence de réseaux d’entrepreneurs alliant quakers britanniques et calvinistes suisses. Le chocolat est empreint des manières de penser de ces groupes. Par exemple, le calvinisme est adepte du fractionnement des tablettes en carrés égalitaires, ce dernier poussant au partage.

Le développement de futurs grands industriels du chocolat

C’est à la fin du XIXe siècle que naissent de grands noms du chocolat. Aujourd’hui, ils demeurent des acteurs de poids dans la mondialisation du précieux mets. Par exemple, en 1879, l’inventeur du chocolat au lait, Daniel Peter, et celui du lait concentré, Henri Nestlé, s’associent pour fonder le géant Nestlé.

Même si les Suisses dominent le marché du chocolat jusqu’à la Seconde Guerre mondiale, les États-Unis arrivent en force dans le monde du chocolat dès les années 1920. C’est par exemple en 1923 qu’est créée la barre Milky Way. Distribuée aux soldats américains lors de la Seconde Guerre mondiale, elle est toujours présente dans les boîtes de Celebrations.

Le chocolat à l’époque contemporaine

Un produit multiforme

La particularité du chocolat est la multiplicité des formes sous lesquelles on le consomme aujourd’hui dans le monde. De simple boisson mélangée à du sucre, le chocolat est à l’heure actuelle consommé de multiples façons : cacao en poudre, chocolat solide, brut ou ultra-transformé…

Dans des pays d’Europe de l’Ouest ou d’Amérique du Nord, on ne perçoit plus le chocolat comme un mets luxueux et inaccessible. Il est devenu un plaisir du quotidien. En Asie, son raffinement persiste encore, tandis que dans beaucoup d’États africains, il demeure encore assez peu consommé.

Un business colossal

Une production et une consommation mondiales…

La production mondiale de cacao se concentre surtout en Afrique de l’Ouest. Cette région fournit en effet près de 70 % du cacao mondial grâce à la production de la Côte d’Ivoire, du Ghana ou encore du Nigeria et du Cameroun. D’autres régions du monde, comme l’Asie du Sud-Est (Indonésie) et l’Amérique du Sud (Équateur, Brésil, Pérou), sont également à l’origine d’une part significative de la production mondiale.

Si les foyers de production se concentrent donc dans quelques États, les foyers de consommation du chocolat sont beaucoup plus diversifiés. L’Europe consomme environ 30 % du chocolat dans le monde, suivie de l’Amérique du Nord et de l’Asie Pacifique, ce dernier marché étant encore en croissance.

… soutenant des géants de l’industrie du chocolat

Le marché mondial du chocolat est de taille : il pèse environ 125 milliards de dollars en 2024. Il continue à croître, notamment porté par l’augmentation de la popularité du produit dans les pays émergents.

Quelques grands acteurs de la mondialisation du chocolat dominent le marché. On peut citer notamment Mars Inc (M&M’s, Snickers, Twix…), Mondelez International, Nestlé ou encore Ferrero Group mondialement connu pour des produits comme le Nutella ou les Kinder. Malgré le grand nombre de marques locales et artisanales, ces grands noms continuent de dominer le marché du chocolat.

Le cas de la Côte d’Ivoire

Le premier producteur mondial

Aujourd’hui, la Côte d’Ivoire est le premier producteur et exportateur mondial de fèves de cacao utilisées dans la fabrication de chocolat. Elle représente à elle seule près de 40 % de la production mondiale.

Les commerçants portugais introduisent la précieuse fève dans le pays à la fin du XIXe siècle. De petits exploitants agricoles cultivent en majorité la fève. Elle continue de mobiliser des acteurs variés : producteurs mais aussi collecteurs, chargés de parcourir les régions pour acheter et rassembler les récoltes, transporteurs… Le cacao représente une manne financière énorme pour le pays. Il pèserait entre 15 % et 20 % du PIB national et contribuerait largement aux recettes fiscales du pays.

Une maîtrise incomplète de la production

Malgré la place d’importance dans la production mondiale de cacao, la Côte d’Ivoire est encore cantonnée au seul rôle de producteur. La majorité des fèves du pays sont en effet broyées et destinées à l’exportation vers des fabricants de chocolat. Très peu de produits finis sont donc réalisés sur place. Cela empêche le pays de bénéficier du plein potentiel de la précieuse cabosse.

D’autre part, chaque année, une partie de la production de cacao s’évapore dans les trafics. Entre 2023 et 2024, environ 200 000 tonnes de fèves auraient quitté illégalement le pays. La procédure est simple : les contrebandiers s’adressent directement aux producteurs et leur proposent des prix plus hauts que ceux du marché. Une fois qu’ils ont acheté le cacao, les contrebandiers lui font passer les frontières via les mêmes routes que celles utilisées pour les autres trafics. Le manque à gagner serait chaque année pour la Côte d’Ivoire de plus de 350 milliards de francs CFA.

Aujourd’hui, un marché en transformation

Une flambée des prix du cacao en 2024

En 2024, le marché du cacao a connu une très forte volatilité avec une flambée des prix. Cela s’explique notamment par des récoltes plus faibles que prévu dans de gros pays producteurs, comme la Côte d’Ivoire et le Ghana, mais aussi par des stocks globaux mondiaux plus bas que d’habitude.

Par ailleurs, l’attente de l’inclusion du cacao dans les indices de matières premières importants a suscité la spéculation des investisseurs et donc la pression sur les prix. Les prix ont finalement baissé en 2025, au regard d’une demande mondiale légèrement affaiblie et de récoltes meilleures que prévu.

De nouvelles exigences de production et de consommation

De plus en plus de producteurs font face à de nouveaux standards de production du cacao. Par exemple, La Côte d’Ivoire et le Ghana ont mis en place une nouvelle norme de durabilité et de traçabilité ARS 1000. Cette dernière impose des standards de traçabilité des fèves du producteur jusqu’à l’exportation et exige la prévention de la déforestation.

Du côté des consommateurs, les exigences s’affinent de plus en plus également. Beaucoup prêtent une attention grandissante à la provenance des fèves, aux conditions de leur récolte ou de leur transport. Certaines marques entendent ces nouvelles exigences et s’y adaptent. Par exemple, l’entreprise française Grain de Sail limite l’impact environnemental du transport de son chocolat en l’acheminant par voiliers cargos.

Conclusion

Le chocolat illustre donc parfaitement les dynamiques de la mondialisation, en reliant des régions productrices de cacao aux grands centres de transformation et de consommation. Derrière ce produit du quotidien se cachent des enjeux économiques, sociaux et environnementaux majeurs, qui interrogent les conditions de production et les choix des consommateurs.

Utiliser l’exemple du chocolat dans une copie

Le chocolat constitue un exemple très concret pour illustrer la mondialisation des produits agricoles et agroalimentaires dans une copie. Il est en effet un produit mondialisé par excellence et le reflet d’une forte division du travail. La production se concentre dans des pays en développement, tandis que les pays développés captent la transformation et la consommation.

Le chocolat permet aussi de montrer que la mondialisation repose sur des acteurs puissants, comme les firmes transnationales. Enfin, ce produit alimentaire capture aussi les paradoxes de la mondialisation, ses tensions et régulations : volatilité des prix, spéculation, normes environnementales ou encore attentes éthiques des consommateurs.