La Biélorussie est un État de 9,5 millions d’habitants. Depuis 1994, elle est dirigée d’une main de fer par Alexandre Loukachenko, un allié très proche du président russe, Vladimir Poutine. Sur un plan démographique, la population biélorusse accueille une immigration conséquente, composée de Russes, d’Ukrainiens, de Baltiques, etc. Quant à la diaspora biélorusse, elle est loin d’être négligeable et est estimée à trois millions d’habitants.
Contexte historique
Le concept de nation biélorusse est relativement récent. En effet, le pays a longtemps vécu sous dépendance des puissances voisines. Ce fut notamment le cas de la Russie, de l’URSS ou encore de la Lituanie et de la Pologne.
Au XIXe siècle, les tsars russes entreprirent de russifier le territoire biélorusse, alors sous emprise polonaise. Alexandre II abolit notamment le servage afin d’éviter toute rébellion. À la fin du XIXe siècle, en particulier avec l’industrialisation et l’exode rural, des courants nationalistes biélorusses commencent à se développer.
Un début de XXe siècle compliqué pour la Biélorussie
Les choses s’accélèrent lors de la Première Guerre mondiale. La Biélorussie est rapidement perdue par la Russie, et toute une frange de la population est décimée. Les Allemands en profitent pour attiser le nationalisme biélorusse contre les Polonais et les Russes. Le biélorusse peut enfin être enseigné dans les écoles.
Le 25 mars 1918, divers partis et associations politiques proclament l’indépendance de la Biélorussie. Sauf qu’en 1919, après la défaite de l’Allemagne, la Russie s’empare de nouveau du territoire. S’ensuit un affrontement entre Russes et Polonais, avant que le traité de Riga ne vienne clarifier les choses. Commence alors l’histoire de la République socialiste soviétique de Biélorussie. Lénine se montre plutôt complaisant avec la culture biélorusse, encourageant les Biélorusses à embrasser leur langue et leurs traditions. Mais la situation change brusquement sous J. Staline, qui impose la langue et la culture russes.
En 1941, lorsque l’Allemagne nazie rompt le pacte germano-soviétique de 1939, la Biélorussie tombe rapidement. Des massacres sont alors perpétrés, entraînant la destruction rapide d’une grande partie de la population juive du territoire. Une résistance communiste se met progressivement en place, en menant une sorte de guérilla face à l’occupant. Cela perdure jusqu’à ce que l’Armée rouge libère le pays. Le bilan de la Seconde Guerre mondiale est très dur pour les Biélorusses : plus d’un million de personnes auraient perdu la vie, soit un quart de la population.
La Biélorussie soviétique
L’après-guerre permet à la Biélorussie ruinée de retrouver des couleurs, notamment grâce à l’industrie automobile et à l’agriculture. La situation sociale s’améliore progressivement. En témoigne la fin de l’analphabétisme. Cela justifie notamment la popularité du régime au sein de la population. La Biélorussie était même considérée comme étant le pays le plus soviétique de l’URSS.
On ne peut évoquer la Biélorussie sans penser à la catastrophe nucléaire de 1986. Le 26 avril, la centrale nucléaire ukrainienne de Tchernobyl explose. Bien que située en Ukraine, la proximité avec la frontière biélorusse et surtout les vents soufflant vers le Nord font que la Biélorussie est le pays le plus touché par la catastrophe, recevant 70 % des retombées radioactives. Des millions de personnes sont concernées par des séquelles sur le long terme (en plus de celles qui meurent sur le moment et dans les jours qui suivent). Dans son livre La Supplication, Svetlana Alexievitch, prix Nobel biélorusse de la littérature, décrit avec authenticité les stigmates et les blessures qui ont marqué à jamais le peuple biélorusse.
En 1991, c’est à Minsk que s’écrit le dernier chapitre de l’URSS. Les Accords de Minsk officialisent la dislocation et la disparition de l’Union soviétique.
En 1994, lors des premières élections présidentielles du pays, Alexandre Loukachenko l’emporte. Nostalgique de l’époque soviétique, il freine considérablement le tournant libéral que prenait le pays. Au fur et à mesure des années, il modifie la Constitution pour accroître ses pouvoirs et met en place un régime qualifié d’autoritaire.
La nostalgie de la période soviétique structure l’ensemble de la propagande d’État, à commencer par son drapeau (le président s’inspire du drapeau soviétique, en ôtant la faucille et le marteau). Quant à l’économie du pays, elle est très dirigiste avec des industries d’État.
Les relations entre la Biélorussie et la Russie
La proximité entre la Russie et la Biélorussie ne se limite pas au nom. La Biélorussie est un allié fidèle de la Russie. Les deux pays ont même déjà envisagé de fusionner. Cette proximité s’explique d’abord par celle de leurs présidents. En effet, Loukachenko et Poutine sont connus pour être de grands nostalgiques de l’URSS. Le président russe a même qualifié la chute de l’Union soviétique comme étant la plus grande catastrophe du XXe siècle. Pour la Russie, la Biélorussie constitue d’ailleurs un glacis qui protège son territoire de l’UE et de l’OTAN. Cela en fait un territoire très stratégique pour Moscou.
Mais cette alliance repose aussi sur une proximité économique. L’économie biélorusse est grandement dépendante de la Russie. On le voit bien avec les importations de gaz et de pétrole (à tarifs d’amis). De son côté, Minsk exporte vers Moscou divers produits manufacturés (automobile et électronique) ainsi que des produits agricoles. La Russie détient d’ailleurs la moitié de la dette publique biélorusse et les deux États signent régulièrement des accords de coopération.
Mais cela a des répercussions parfois négatives sur les industries biélorusses. Certaines sont vieillissantes, souvent peu rentables, mais elles sont subventionnées par l’État et continuent de fonctionner grâce aux prix plus que préférentiels du pétrole et du gaz russes.
Une proximité qui se renforce au fil du temps
En 2014, la création de l’Union économique eurasiatique renforce davantage les liens entre les deux pays, ainsi qu’avec d’autres pays d’Asie centrale, comme le Kazakhstan. Le 11 janvier 2025, Moscou et Minsk annoncent la reconnaissance mutuelle de leurs visas. Cela permet aux voyageurs de circuler librement entre les deux pays.
De plus, les sanctions occidentales vont progressivement pousser la Russie et la Biélorussie à accentuer leur interdépendance. La Biélorussie n’a pas d’autre choix, du fait de son isolement diplomatique international. Au premier trimestre 2024, les entreprises russes représentaient 57 % du marché en Biélorussie.
Cependant, contrairement à la Russie, il y a encore un certain nombre d’entreprises européennes qui sont présentes. On peut le voir au niveau du marché automobile, avec Volkswagen, Mercedes, Renault, etc.
Le régime de Loukachenko
Loukachenko a été élu en 1994 et n’a jamais quitté le pouvoir depuis. Il a été réélu en 2001, 2006, 2010, 2015, 2020 et 2025. La plupart de ces scrutins ont été entachés d’irrégularités, en particulier les deux derniers, non reconnus par les Occidentaux.
Qualifié par les Européens de « dernier dictateur d’Europe », il est accusé d’avoir éliminé toute opposition et de restreindre les libertés publiques. Dès 1996, il commence à élargir son pouvoir et ses prérogatives, et réprime ceux qui manifestent contre lui. Les oppositions n’ont plus le droit de s’exprimer à la télévision, à la radio ou dans les journaux. Il mène aussi la guerre au Parlement, qui s’oppose à ses démarches autoritaires. En 1997, il emprisonne 89 des 110 députés du Parlement, s’attirant les foudres des démocraties occidentales et de l’ONU.
Le tournant de 2020
C’est à ce moment que Loukachenko commence à s’en prendre véritablement à l’Occident, l’accusant de comploter contre lui. Les relations avec l’UE sont mauvaises et se dégradent davantage après 2020. En effet, lors des élections de 2020, entachées d’irrégularités et dénoncées par divers pays occidentaux, des manifestations massives secouent le pays. Sa principale opposante, Svetlana Tikhanovskaïa, s’enfuit en Lituanie, pendant que la répression s’abat sur les manifestants.
La séquence de 2020 est très importante, car ces élections présidentielles donnent un nouveau souffle démocratique, autour de la personne de Svetlana Tikhanovskaïa. Celle-ci incarne aujourd’hui, y compris aux yeux des Européens, la véritable opposition à Loukachenko. Le soir des résultats des élections, la foule est descendue dans les rues armée de simples rubans : c’est la « révolution des pantoufles ». Le mouvement s’étend rapidement malgré la répression. Ce tournant peut s’expliquer par les difficultés économiques et la mauvaise gestion de la crise de la Covid. En effet, il n’y a pas eu de confinement, ce qui a d’ailleurs contribué à faire connaître le championnat de football biélorusse, qui fut pendant des mois la seule possibilité de jeu pour les parieurs.
Loukachenko face aux Européens
Un an plus tard, en 2021, le président biélorusse provoque de nouveau l’ire des Européens et des Américains lorsqu’un avion Ryanair, avec à son bord un opposant politique, est détourné vers Minsk.
Mais dans son opposition avec l’UE, la Biélorussie a trouvé un moyen de pression efficace : le chantage migratoire. En 2021, le pays provoque une crise avec la Lituanie, puis avec la Pologne. Les migrants concernés proviennent principalement du Moyen-Orient. La Biélorussie leur promet un accès direct à l’Union européenne, le but étant de déstabiliser ses voisins et d’exercer un chantage sur l’UE. Le Premier ministre polonais de l’époque a même qualifié ces agissements de « terrorisme d’État », accusant Minsk d’utiliser les migrants comme des « boucliers humains ».
La guerre en Ukraine
La guerre en Ukraine vient ajouter de l’huile sur le feu. L’agression de l’Ukraine est lancée à partir du territoire biélorusse. Des lanceurs de missiles russes sont également positionnés à la frontière ukrainienne. Rappelons que la Biélorussie et l’Ukraine partagent plus de 1 000 km de frontières communes. Cependant, Loukachenko, tout en aidant et en soutenant son grand allié si nécessaire, évite soigneusement d’entrer en guerre avec l’Ukraine. Divers rapports indiquent qu’une guerre avec l’Ukraine serait grandement impopulaire en Biélorussie, en plus de causer des dégâts humains et matériels.
La Biélorussie aide également son voisin à contourner les sanctions imposées par les Occidentaux. Par exemple, Minsk fournit à Moscou des équipements industriels européens qu’elle ne peut se procurer seule.
La Biélorussie face à son isolement
Face à son isolement, Minsk tente de retrouver un chemin vers la communauté internationale. En juin 2025, plusieurs prisonniers politiques ont été libérés après la visite d’un émissaire américain. La Biélorussie a tenté de reprendre le dialogue avec son voisin polonais, sans succès.
Elle trouve un meilleur accueil du côté de l’Empire du Milieu. Minsk a rejoint l’Organisation de coopération de Shanghai (OCS) en 2024. Des exercices militaires avec la Chine ont même eu lieu à l’été 2024 en Biélorussie, à 5 km de la frontière polonaise et à 50 km de l’Ukraine. C’est évidemment une première. Cela permet aux Biélorusses de sortir de leur isolement et aux Chinois de défier les Occidentaux.
Un an plus tard, en juin 2025, Loukachenko a été accueilli par son homologue à Pékin et a participé au sommet historique de Tianjin célébrant les 25 ans de l’OCS. Il a d’ailleurs lui-même affirmé que son ambition était de « courir vers la Chine », image représentant à ses yeux l’élan que prenait l’amitié entre les deux pays.
Conclusion
La Biélorussie apparaît ainsi comme un État profondément marqué par son histoire, tiraillé entre une identité nationale tardivement affirmée et un héritage soviétique encore très présent. Dirigée depuis plus de trente ans par Alexandre Loukachenko, elle demeure étroitement liée à la Russie sur les plans politique, économique et stratégique, au prix d’un isolement croissant vis-à-vis de l’Occident.
Les événements de 2020 ont toutefois révélé l’existence d’aspirations démocratiques au sein de la société biélorusse, même si celles-ci restent durement réprimées. Face aux sanctions et aux tensions géopolitiques, Minsk tente aujourd’hui de diversifier ses partenariats, notamment en se tournant vers la Chine, illustrant la recherche d’un nouvel équilibre dans un contexte international de plus en plus polarisé. L’OCS est une des rares organisations qui permet à la Biélorussie de faire entendre sa voix et, surtout, d’exister diplomatiquement.
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