Drapeaux ukrainiens et européens illustrant les tensions entre Vladimir Poutine et l’Europe

Vladimir Poutine est souvent perçu comme le grand rival de l’Europe, et plusieurs dirigeants ont été accusés d’avoir été trop naïfs envers lui. Sauf que sa guerre en Ukraine a au contraire davantage soudé les européens, notamment des pays comme la France, l’Allemagne, la Pologne et l’Italie.

Introduction

En avril 2023, Emmanuel Macron évoque l’idée de « l’impensé stratégique » pour l’Union européenne (UE) à l’Élysée. Lors de ce discours, il a insisté sur la nécessité pour l’UE de développer une autonomie stratégique face aux défis géopolitiques mondiaux, critiquant l’absence d’une réflexion stratégique européenne suffisante dans des domaines clés comme la défense, l’économie et l’énergie.

Dès lors, cela relance le débat de l’Europe-puissance. Le concept d’Europe-puissance est une vision géopolitique qui vise à doter l’Union européenne d’une autonomie stratégique et d’une influence internationale plus affirmée. Cette notion repose sur l’idée que l’Europe doit dépasser sa simple fonction de marché économique et devenir un acteur géopolitique capable de défendre ses intérêts de manière autonome. Il faut que l’UE arrive à faire, faire faire, empêcher de faire et refuser de faire, selon la définition de puissance de Serge Sur. C’est donc toute une conception de la puissance européenne.

Toutefois, l’UE a mis ce concept sous le tapis et la guerre en Ukraine du 22 février 2022 a mis un électrochoc aux pays membres. Certains pensent à une véritable prise de conscience, un éveil de cette puissance mais cela ne semble pas être véritablement le cas.

Problématique : La réaffirmation de la Russie de Vladimir Poutine fait-elle prendre conscience à l’Union européenne l’importance de renforcer le concept d’Europe-puissance ou cet éveil provoqué par la guerre en Ukraine n’est-il que partiel ?

Vladimir Poutine et la guerre en Ukraine : les étapes clés de l’escalade avec l’Europe

Chronologie du contexte et des événements clés de la guerre en Ukraine
Date Événement Acteurs Enjeu Conséquence
Nov. 2013 – Fév. 2014 Euromaidan et changement de pouvoir à Kyiv Ukraine / UE / Russie Orientation pro-européenne de l’Ukraine Rupture durable avec Moscou
Mars 2014 Annexion de la Crimée Russie (Vladimir Poutine) / Ukraine Contrôle stratégique de la mer Noire Premières sanctions occidentales
Avril 2014 Début de la guerre dans le Donbass Ukraine / séparatistes / Russie Dé-stabilisation de l’Est ukrainien Conflit gelé puis réactivé
Sept. 2014 – Fév. 2015 Accords de Minsk I puis Minsk II Ukraine / Russie / France / Allemagne Cadre de cessez-le-feu Application partielle, tensions persistantes
2019 Élection de Volodymyr Zelensky Ukraine Relance des négociations Résultats limités sur le terrain
Printemps 2021 Concentrations de troupes russes aux frontières Russie (Vladimir Poutine) / Ukraine Pression militaire et diplomatique Montée des alertes occidentales
21–22 fév. 2022 Reconnaissance des entités séparatistes (Donetsk/Louhansk) Russie / Ukraine Rupture du cadre de Minsk Prétexte politique à l’offensive
24 fév. 2022 Invasion à grande échelle de l’Ukraine Russie (Vladimir Poutine) / Ukraine Changement d’équilibre en Europe Guerre ouverte + sanctions massives
2022–2023 Aide militaire et économique occidentale accrue UE / États-Unis / Ukraine Soutien à la résistance ukrainienne Internationalisation du conflit
2023–2024 Guerre d’usure et adaptation stratégique des deux camps Russie / Ukraine / partenaires Tenue du front, production, ressources Conflit long, coûts humains et économiques élevés

À retenir : cette chronologie met en évidence comment la séquence 2013–2015 (Crimée, Donbass, Minsk) a créé un conflit durable, puis comment l’offensive du 24 février 2022 a fait basculer la crise dans une guerre totale, au cœur des enjeux stratégiques européens liés à Vladimir Poutine.

 

Un projet d’Europe-puissance mis de côté au profit d’une Union européenne douce

Tout d’abord, l’Union européenne est une puissance douce, c’est-à-dire qu’elle n’inclut pas la dimension militaire de l’influence. Elle a longtemps considéré qu’un retour de la guerre en Europe relevait de l’impossible. L’UE a donc délégué les questions militaires à l’OTAN, dont la plupart de ses membres font partie. De plus, elle ne s’appuie pas sur une vision réaliste des relations internationales comme les Etats-Unis mais sur une vision libérale, qui met l’accent sur le commerce pacificateur, qui reprend la théorie du commerce doux de Montesquieu. La sécurité et la défense sont confiées à l’OTAN et elles ne relèvent pas de la compétence de l’UE.

De plus, on assiste à des divergences internes : le projet d’Europe-Puissance est majoritairement porté par la France et rejeté par l’Allemagne, confortable dans sa situation de dépendance et de coopération avec l’OTAN et les Etats-Unis. Angela Merkel a notamment eu cette posture de ménagement de la Russie. S’il est vrai qu’elle n’était pas la seule, Emmanuel Macron a au contraire toujours prôné une souveraineté européenne, y compris dans le domaine de la défense. Rappelons toutefois que c’est la France de Pierre Mendès France qui avait fait capoter la CED (Communauté Européenne de la Défense), en 1954. Aujourd’hui, les vents ont bien tourné.
Enfin, la Russie de Vladimir Poutine ne considère même pas ce projet d’Europe-Puissance : le livre blanc russe n’évoque même pas l’UE. Poutine considère que l’UE n’est qu’unvassal des Etats-Unis, comme Brzezinski.

Focus : Vladimir Poutine face à Angela Merkel

Du fait de leur longévité au pouvoir, Angela Merkel et Vladimir Poutine ont entretenu une relation très particulière. La chancelière a souvent tenté de ménager le président russe. On ne peut pas en dire autant de ce dernier, comme le montre bien la fois où il a amené un chien à une rencontre avec A. Merkel, sachant pertinemment qu’elle avait une phobie des chiens.

La chancelière allemande a longtemps pensé qu’elle pourrait garder Moscou dans le giron occidental en créant une interdépense économique entre l’Europe et la Russie. Elle a souvent été traité de naïve a posteriori. Il est vrai que sa politique a conduit à une dépendance vis-à-vis de la Russie. Cette dépendance, notamment énergétique, s’est révélée fatale au lendemain du début de la guerre en Ukraine. Les gazoducs Nord Stream l’illustrent bien, d’autant plus qu’A. Merkel avait (unilatéralement) arrêté le nucléaire en 2011. De plus, les crises de la Georgie (2008) et la Crimée (2014) auraient du lui mettre la puce à l’oreille. Mais ce ne fut pas le cas.

La guerre en Ukraine a-t-elle renforcé l’unité européenne face à Vladimir Poutine ?

La guerre en Ukraine à faite émerger une prise de conscience certaine au sein de l’UE. Dès le 24 février 2022, le discours d’Olaf Scholz condamne l’agression de Poutine. Puis, il apparaît une volonté forte de coopérer entre les Etats européens pour soutenir l’Ukraine.

De plus, on assiste à la mise en place de stratégies et de politiques communes pour faire face à la Russie dans plusieurs domaines. Pour reprendre la définition de Serge Sur, « la puissance est la capacité de faire, faire faire, empêcher de faire et refuser de faire », l’UE apparait comme une puissance car elle fait et empêche de faire. Elle met en place des aides de soutien pour l’Ukraine avec des livraison d’armes, des aides financières, des missions EUAM et l’accueil des réfugiés.

Cette position européenne contraste clairement avec la position tenue en 2008 lors de la crise en Géorgie ou en 2014 lors de l’annexion de la Crimée. La livraison d’armes est une première pour l’Union. Surtout, cette livraison d’armes est plutôt populaire, et il y a un véritable soutien à l’Ukraine, en tout cas au début de l’invasion. Le président Zelensky est alors vu en héros, accueilli dans les capitales occidentales et ovationné dans les Parlements.

Vladimir Poutine serrant la main de Viktor Orbán lors d’une rencontre officielle
La rencontre entre Vladimir Poutine et Viktor Orbán interroge l’unité européenne.


Guerre en Ukraine : Poutine est-il le seul coupable ?

Mais qui semble se heurter à des limites : il y a eu une inflexion mais pas une rupture

Tout d’abord, les effets des sanctions de l’UE appliquées contre la Russie ont un faible impact, la puissance russe est résiliente. Il y a une absence de solution du conflit par la voie diplomatique. Les sanctions économiques, si elles ont eu des effets, n’ont pas mis l’économie russe à genoux. Loin de là.
De plus, les Etats ne se positionnent pas d’une seule et même voie. La France et l’Allemagne n’ont pas les mêmes positions. La République Tchèque, et surtout la Hongrie, ont des divergences majeures avec la majorité des Etats. Lorsque la Hongrie prend la présidence de l’UE, l’un des tous premiers déplacements de son président Viktor Orban est à Moscou…

Et malheureusement, ce contexte de guerre froide entre les Etats-Unis, la Chine et la Russie semble davantage démontrer la dépendance de l’Union européenne aux Etats-Unis plutôt qu’une véritable prise de distance de cette dépendance. Des pays à la base non-atlantistes et pacifistes se tournent vers l’OTAN pour assurer la sécurité de leur territoire, comme la Suède et la Finlande.

Cependant, l’arrivée au pouvoir de Donald Trump bouscule l’ordre des choses. Sa posture vis-à-vis de l’Ukraine est clairement ambivalente. On a tous en mémoire son sommet houleux avec V. Zelensky dans le bureau ovale. De plus, l’UE elle-même est visée par les vélleités du milliardaire américain. Il exige en effet le Groenland, poussant les Européens dans leurs retranchements face à une situation inimaginable il y a encore quelques années.

Conclusion : Vladimir Poutine face à l’Europe

La guerre en Ukraine et la Russie de Vladimir Poutine ont semi-réveillés l’Union Européenne sur le sujet de la défense. Il reste cependant clair que l’on assiste à une inflexion plutôt qu’à une rupture et un véritable éveil. Pour autant, les budgets militaires européens se sont tous envolés, à commencer par celui de l’Allemagne.


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