dette commune

En février, puis en avril 2026, Emmanuel Macron a réaffirmé à plusieurs reprises son soutien à l’idée d’une dette commune européenne, destinée à financer des investissements dans des secteurs stratégiques d’avenir, comme l’environnement ou les technologies, notamment l’intelligence artificielle. Depuis la Grèce, le 25 avril 2026, le président de la République a également exprimé son souhait d’étaler la dette commune contractée par les Européens pendant la crise de la Covid plutôt que de vouloir la rembourser le plus vite possible.

Vers de nouveaux emprunts communs ?

Depuis Athènes, le 25 avril 2026, Emmanuel Macron a rappelé l’intérêt pour les pays européens de contracter une dette commune afin de financer des projets stratégiques d’avenir et de souveraineté, tels que la défense, le spatial, le quantique, les technologies, l’intelligence artificielle ou encore la transition écologique. Selon l’Élysée, les investissements nécessaires dans ces domaines s’élèveraient à 1 200 milliards d’euros par an.

Le président de la République estime que cette mesure est la seule façon pour l’Union européenne de combler son retard et de rester dans la course à l’innovation et à la souveraineté. Il souhaite par ailleurs que l’UE mobilise davantage l’épargne des Européens pour financer des projets industriels clés sur le continent.

L’eurobond, un sujet politique « radioactif » chez les 27

Alors qu’Emmanuel Macron plaide pour de nouveaux emprunts communs ciblés, certains pays, l’Allemagne en tête, s’y opposent. Ces derniers veulent réserver la dette commune à des situations exceptionnelles, comme la crise sanitaire de 2020. Face à cette résistance, le chef de l’État avance trois options : « Soit ils décident de ne pas investir, ce qui serait une erreur stratégique énorme ; soit ils augmentent leur contribution nationale, mais ils n’en ont pas envie ; soit on trouve de nouvelles ressources. »

Pour rassurer ses alliés, Emmanuel Macron a précisé, dans un entretien accordé à plusieurs journaux européens, dont Le Monde, que cette dette commune n’entraînerait pas de mutualisation des dettes nationales.

Bien au-delà du débat, l’endettement est déjà une réalité

Des précédents qui ont marqué un tournant

Si certains États restent réticents à l’idée d’une nouvelle dette commune, les Européens ont pourtant déjà franchi le pas, et ce, sous divers programmes.

Pendant la crise sanitaire de la Covid-19, les 27 ont contracté ensemble une dette dont son remboursement débutera en 2028 pour financer le programme SURE (qui visait à soutenir l’emploi et à maintenir les personnes au travail pendant la pandémie de Covid-19) et le plan de relance NextGenerationEU.

Plus récemment, l’aide destinée à l’Ukraine

Plus récemment, en avril 2026, l’Union européenne a validé l’octroi d’un prêt de 90 milliards d’euros à l’Ukraine, dont 60 milliards sont destinés à la modernisation de son armée. Initialement, les 27 souhaitaient financer ce prêt via le gel des avoirs russes, mais la Belgique a bloqué cette solution.

Faute de mieux, l’UE a finalement opté pour un emprunt commun de 90 milliards d’euros. Les intérêts seront remboursés par les pays volontaires, ainsi que par le Royaume-Uni et la Norvège, si l’Ukraine passe commande auprès d’industriels britanniques ou norvégiens, à hauteur des montants engagés.

1 300 milliards d’euros d’obligations en circulation

La Commission européenne est même devenue le cinquième plus grand émetteur de dette en Europe, derrière la France, l’Allemagne, l’Italie et l’Espagne. Notée AAA par les agences de notation, elle figure également au troisième rang mondial des émetteurs de dette publique de cette catégorie, derrière l’Allemagne et le Canada. En 2026, elle prévoit d’émettre 160 milliards d’euros supplémentaires, ce qui pourrait la propulser à la deuxième place.

L’émission d’eurobonds doit faire l’objet d’un accord unanime des 27 et s’inscrire dans le cadre de programmes précis, avec une durée encadrée. À travers tous ses organismes et ses agences, l’Union européenne aurait actuellement émis 1 300 milliards d’euros d’obligations, selon Bruxelles. Parmi ces structures, on trouve notamment la Commission européenne, la Banque européenne d’investissement ou encore le Mécanisme européen de stabilité.

Des émissions qui restent insuffisantes

Néanmoins, pour les économistes Olivier Blanchard et Angel Ubide, comme le rapporte Le Monde, ces obligations européennes restent insuffisantes. Les investisseurs les traitent comme des obligations supranationales et en limitent la part dans leurs portefeuilles. Contrairement aux obligations d’État, ces eurobonds bénéficient d’une demande réduite, ce qui les rend plus coûteux.