Ce qu’il faut retenir sur la crise du coronavirus Ce qu’il faut retenir sur la crise du coronavirus
La crise du coronavirus dans laquelle nous sommes encore plongés a déjà marqué l’histoire économique et sociale en raison de ses conséquences dramatiques et... Ce qu’il faut retenir sur la crise du coronavirus

La crise du coronavirus dans laquelle nous sommes encore plongés a déjà marqué l’histoire économique et sociale en raison de ses conséquences dramatiques et de son originalité. L’histoire économique a longtemps été ponctuée par des crises liées à des chocs d’offre ou de demande. Cette pandémie nous fait alors découvrir un nouveau type de crise, inédit, où se conjuguent une chute de l’offre et de la demande.

 

Un choc de demande

Le choc sur la demande a évidemment plusieurs causes qui se cumulent. Les revenus d’une partie de la population qui s’évanouissent malgré le chômage partiel qui se situe à hauteur de 80-85% du salaire, l’augmentation de l’épargne de précaution, le report des consommations de biens et services jugés non nécessaires ou encore rendus impossible pour cause de sécurité sanitaire. Puisque les dépenses de l’un font les revenus de l’autre, la demande s’écroule.

A cela se sont ajoutés les krachs boursiers – le jeudi 12 mars 2020 le Cac40 chute de 12,28 points, il s’agit alors de sa pire séance depuis sa création en 1988 – ce qui généralise l’épargne de précaution et déprime davantage la demande globale.  Aux États-Unis, il n’aura fallu que quinze jours de confinement pour que près de 10 millions d’Américains se retrouvent au chômage. En France, l’INSEE estime qu’un mois de confinement nous coûte 3 points de PIB. Le PIB a ainsi reculé de 5,8% en France au premier trimestre 2020, du jamais vu depuis 1949 et le premier recensement.

 

Un choc d’offre 

Le choc d’offre est une conséquence directe du confinement imposé par les gouvernements. Les entreprises se sont retrouvées, du jour au lendemain, dépourvues de leur personnel et leur capacité de production s’est logiquement écroulée. Le travail s’est donc mis « en grève » involontaire. Ce n’est pas seulement une crise keynésienne d’insuffisance de la demande (car ceux qui ont des liquidités ne peuvent pas les dépenser, devant rester chez eux), c’est aussi une crise de l’offre.

 

Une crise sociale

Cette pandémie a de façon évidente accru les inégalités internationales, reflétant notamment l’efficacité des systèmes de protection sociale. Si de nombreux auteurs, à l’instar de François Bourguignon, ont souligné une baisse des inégalités entre pays depuis les années 1990, cette crise remet en question ce constat. En effet, les inégalités vont augmenter à court terme, en raison des conséquences de la crise sur les économies des pays à bas revenus. Mais également à moyen terme, parce que la relocalisation de certaines activités, très probable, se fera à leurs dépens.

De plus, la baisse du prix des matières premières comme celui du cuivre, du cacao ou de l’huile de palme risque de replonger des millions de personnes de la « classe moyenne émergente » vers l’extrême pauvreté. Enfin, l’expérience d’Ebola en Afrique a montré que la fermeture des écoles – adoptée par 180 pays dans le monde – se traduit souvent par un abandon définitif de la scolarité. Mais la covid a également contribué à l’accumulation des inégalités au niveau national. Certaines professions peuvent travailler -au moins en partie- à domicile, pour d’autres c’est beaucoup plus difficile voire impossible.

 

Quels sont les impacts de cette crise sur nos modes de production ?

En 2015, la moitié des biens manufacturés achetés par les ménages français provenaient de l’étranger. Parmi eux, plus de la moitié venait d’autres pays de l’Union européenne. Mais même les biens considérés comme « fabriqués en France » contiennent une part de composants étrangers, qui peuvent être considérés comme des importations indirectes. En prenant en compte cette part supplémentaire, c’est près des deux tiers de la valeur de la consommation en biens manufacturés des Français qui provient de l’étranger, d’après l’INSEE. Nous sommes dans une économie dans laquelle il n’est plus possible de produire certains biens dans un seul pays.

Ce système extrêmement fracturé ou « modulaire » (Suzanne Berger) est fragilisé par la crise sanitaire et économique actuelle. La crise a révélé aux firmes les risques d’être trop dépendant d’un seul site de production. Un certain nombre d’intrants spécialisés étaient créés en Chine, difficile de trouver des substituts à court terme ce qui explique en partie le chômage technique. Ce risque de rupture d’approvisionnement est un élément stratégique de l’organisation des firmes, qui devront revoir leur grille d’évaluation des risques, liés notamment à la concentration géographique. « Il nous faut […] produire davantage en France, sur notre sol. Le jour d’après ne ressemblera pas au jour d’avant, nous devons rebâtir notre souveraineté nationale et européenne », clamait Emmanuel Macron fin mars.

 

Quelles réponses ont été apportées pour limiter les coûts de la crise ?

D’abord, un peu comme en 2008, où il avait fallu faire face à l’urgence de la situation, des mesures étatiques ont été mis en place, avec une politique de recherche massive pour trouver un traitement. Dans un second temps il y a eu une mise en place rapide de plans de soutien. L’état accepte d’accroitre l’endettement et en parallèle une coordination des plans de relance au niveau européen s’est instaurée. En Europe on insiste ainsi à la suspension des règles du TSCG (Traité sur la stabilité, la coordination et la gouvernance, 2012).

 

Quelques exemples marquants de politiques de relance 

Le premier est celui signé par Donald Trump aux Etats-Unis, le 27 mars 2020 : « Je viens de signer le CARES Act, le plan plus grand plan de soutien de l’histoire des Etats-Unis, deux fois plus important que n’importe quel autre plan de soutien jamais mis en œuvre », a écrit le président américain sur Twitter. Ce plan de sauvetage massif de l’économie américaine, de 2.000 milliards de dollars, vise à soutenir les industries, les petites entreprises et les citoyens affectés par l’épidémie par l’injection de liquidités. Parmi les 2.000 milliards de dollars, 500 milliards sont destinés aux entreprises industrielles les plus affectées via des prêts ; 290 milliards sont également prévus pour les aides directes aux citoyens.

Le plan adopté par l’Allemagne a lui aussi été inédit puisque le Bundestag a décidé de contourner sa règle d’or budgétaire en adoptant le 25 mars 2020 des mesures d’un montant proche de 1.100 milliards d’euros, destinées à permettre à la première économie européenne de faire face aux conséquences de la pandémie de coronavirus.

Enfin, le gouvernement japonais a opté pour une mesure novatrice en optant pour une application de la théorie de l’hélicoptère monnaie, développée par Friedman en 1969. Ainsi, 1er ministre japonais Shinzo Abe a décidé, en avril 2020, de faire verser à chaque citoyen un chèque de 850€.Cette politique vise à répondre au choc de demande et permettre de faire face par la suite au choc d’offre.

 

Vous risquez d’entendre encore beaucoup parler de cette crise, que nous traversons jusqu’à vos concours. Lisez l’actualité, documentez-vous, actualisez vos données statistiques sur le sujet (taux de chômage, baisse du PIB, taux d’endettement…). N’oubliez pas que les sujets pour les concours seront choisis à la fin de l’année 2020, et que les concepteurs s’inspirent de l’actualité pour les établir.

 

Edouard Martin

Etudiant à HEC Paris après 2 ans de prepa ECE à Danielou puis une troisième année à Franklin.