Major Prépa > Actualité > Un manque à gagner de 22,5 millions d’euros pour 16 écoles du SIGEM 2025
Chaque nouvelle édition du SIGEM voit se confirmer une tendance inquiétante pour la pérennité de la filière prépa/Grande École : les écoles de la première moitié du tableau absorbent de plus en plus d’affectés quand celles qui figurent après le Top 10 peinent à remplir leurs promotions. En 2025, les trois Parisiennes ont ouvert 45 places en plus (+ 15 pour HEC qui a également utilisé sa marge de sécurité de 5 ; + 15 pour ESSEC ; + 10 pour ESCP). Elles ne sont pas les seules à avoir choisi de recruter des promotions plus importantes cette année, ce qui a renforcé cet effet d’aspiration. Avec quelles conséquences en termes économiques pour les écoles ? Zoom sur le chiffre d’affaires engendré par les affectations du SIGEM 2025, et les pertes, qui s’élèvent cette année à 22,5 millions d’euros.
Aux 45 places supplémentaires ouvertes cette année par les Parisiennes s’ajoutent les 125 places proposées en plus aux préparationnaires de la voie EC par les écoles occupant les rangs 4 à 11 du SIGEM 2025. Ces mêmes écoles ont ouvert 50 places supplémentaires pour les littéraires aspirant à l’intégration d’une école de management. Soit 175 places en plus, sans compter celles disponibles via les marges de sécurité qu’elles ont toutes choisi de faire fonctionner pour le vivier des EC et/ou des littéraires, à l’exception de l’ESSEC et ESCP. Au total, 220 places étaient disponibles en plus en 2025 au sein des 11 premières Grandes Écoles de management du classement SIGEM. Pour rappel, à l’automne dernier, la Cdefm (en concertation avec les responsables des concours et du SIGEM) avait fixé à 15 le nombre de places maximum que chaque école pouvait choisir d’ouvrir pour cette édition 2025 des concours.
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Places ouvertes au SIGEM 2025 : entre abondance et restrictions
Dans le même temps, les écoles figurant de la 12e à la 23e place du classement SIGEM ont « fermé » 140 places qu’elles avaient l’an dernier destinées aux candidats des voies EC, soit 140 affectés potentiels auxquels elles ont dû renoncer. Un nombre à « moduler », de nouveau, avec les marges de sécurité que 8 d’entre elles avaient indiqué souhaiter pouvoir solliciter. Ces 8 écoles ont donc chacune pu déclarer affectés 5 candidats de plus. RAS en 2025 du côté des places que six de ces écoles réservent aux littéraires : une augmentation annule deux baisses et la marge de sécurité n’a été déclenchée que par l’une d’elles.
Somme toute, 7 652 places attendaient les candidats BCE et ECRICOME en 2025. Pas réparties tout à fait également dans les 23 écoles du SIGEM cependant. La scission s’opère sans surprise juste après la 11e place : les onze écoles de la première moitié du tableau ont ouvert exactement 6 000 places, soit 78,4% de celles disponibles au SIGEM. Si l’on inclut celles proposées par Rennes SB et MBS, ce sont 6 635 places ouvertes par le Top 13. Dans les 10 écoles suivantes, seulement 865 places étaient disponibles pour les candidats. Ici, pas d’analogie avec l’univers du luxe : la rareté ne fait pas la valeur. Ces places n’étaient en effet pas les plus convoitées, les 9 729 candidats recensés en 2025 ayant matière à viser plus haut.
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+15% de candidats renoncent à une intégration en 2025
Avec 9 729 inscrits aux concours BCE (+4,6% de candidats en plus pour la banque regroupant 19 écoles de management) et ECRICOME 2025 (+4,2% de hausse des candidats), les écoles pouvaient compter sur 443 candidats de plus qu’en 2024 pour « tous comptes faits » 126 places supplémentaires. 7 127 ont été affectés à l’issue du SIGEM. C’est 60 de plus que l’an dernier (+0,8%) et sensiblement le même nombre qu’en 2023. « Une hausse un peu décevante comparée à la forte progression du nombre de candidats qui était de 4,7% », observe Anne Rivière, présidente du SIGEM.
Sur cette nouvelle édition des concours, les chiffres SIGEM indiquent que 992 candidats ont choisi de ne pas intégrer alors qu’ils auraient pu. C’est 130 de plus qu’en 2024, soit 15%. Une hausse significative qui semble confirmer la tendance des préparationnaires à préférer stopper le processus des concours plutôt que d’intégrer une école qui ne figure pas dans le Top 5 ou 10. On les comprend : les places disponibles au sein de ces business schools sont, nous venons de le voir, de plus en plus nombreuses.
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Un « resserrement » du nombre d’écoles que les prépas veulent bien intégrer
Le SIGEM « perd » en effet des candidats à trois moments très identifiés du processus. D’abord, certains admissibles ne rejoignent pas la procédure SIGEM. Ils peuvent être déçus par leurs admissibilités et choisir de ne pas s’engager dans un tour de France des oraux. En toute logique, ils ne valident pas leur participation à la procédure SIGEM. Ils sont presque 11% à être sortis des radars du concours de cette façon en 2025. C’est 1 point de plus qu’en 2024. « Nous enregistrons également un recul du nombre de candidats ayant exprimé au moins un vœu, indique Anne Rivière. Ils sont 77,5% cette année versus 79,8% en 2024. »
Enfin, dernier moment de perte de candidats : les démissions. Elles aussi ont augmenté en 2025, passant de 384 à 455, soit 71 candidats de plus. Le pourcentage de démissionnaires passe au-dessus des 5%. « Malgré la grande qualité de toutes les écoles du SIGEM, il y a une forme de resserrement du nombre d’écoles que les candidats veulent bien intégrer, regrette Anne Rivière. Certains changent d’orientation, d’autres vont cuber. Le SIGEM n’a aujourd’hui pas les moyens d’identifier les futurs cubes. » En attendant de savoir lesquels des candidats 2025 deviendront des intégrés 2026, les départs / abandons / démissions de cette année ont un effet direct sur les nouvelles promotions des écoles de management : à la rentrée prochaine, 527 places seront vacantes au sein de 16 d’entre elles si l’on considère l’ensemble du vivier ainsi que les marges de sécurité.
SIGEM 2025 : 22,5 millions d’euros de « manque à gagner » pour 16 écoles
En 2024, 496 des 7 526 places ouvertes pour les préparationnaires des voies EC et L étaient resté vacantes, engendrant une perte de 19 millions d’euros pour les 15 écoles concernées. L’année précédente, 12 écoles étaient affectées par les 755 places inoccupées, perdant 23 millions d’euros. Cette année, le manque à gagner pour les 16 écoles concernées est de 22,5 millions d’euros.
Toutes ne sont bien entendu pas affectées dans les mêmes proportions. Sans considérer les marges de sécurité, deux d’entre elles ne perdent pas d’argent. Mais les 4 et 5 affectés manquants respectivement à HEC et à IMT Business School leur font perdre 287 000€ et 140 500€ euros. TBS Education, qui remplit sa promotion à 1 affecté près + 5 de marge perd autant qu’HEC.
Le manque à gagner se chiffre ensuite entre 426 000 et 857 000 pour les six écoles auxquelles il manque entre 12 et 21 candidats (Brest BS, KEDGE, l’ISC Paris, MBS, SCBS et l’INSEEC). Quatre de leurs consœurs perdent entre 1 et 2 millions d’euros. Dans l’ordre du volume de pertes : l’EM Strasbourg, GEM, Rennes SB et Clermont SB. Celles auxquelles il manque le plus grand nombre de candidats pâtissent du manque à gagner le plus important : Excelia attendait 63 affectés supplémentaires et perd presque 2,3 millions d’euros ; 73 places ouvertes restent vacantes à ICN pour une perte de presque 3,2 millions quand BSB ne remplit pas 120 de ses places et enregistre une perte de presque 5,4 millions d’euros.
Ces chiffres, obtenus en multipliant le nombre de places laissées vides (marge de sécurité incluse) par les frais de scolarité pratiqués à taux plein (de nombreux étudiants bénéficient de modulations et/ou de bourses d’établissement) conduisent à dépeindre le tableau le plus sombre. Quelles nuances pouvons-nous y apporter ?
Vers des stratégies différentes pour les écoles dont les prépas se détournent
Le nombre d’écoles concernées par des places vacantes tombe à 9 si l’on ne considère que le vivier des candidats EC sans regarder la marge de sécurité : BSB, ICN, Excelia, Clermont SB, EM Strasbourg, INSEEC, SCBS, ISC Paris et Brest BS. Toutes étaient déjà concernées en 2024 et en 2023. Pour deux d’entre elles, le recrutement de préparationnaires ne s’opère qu’à la marge. Brest BS intègre 8 candidats cette année et le nombre d’affectés prépa pour SCBS tombe pour la première fois à zéro. Pour Clermont SB, le recrutement des EC est difficile depuis plusieurs saisons également.
Mais nous avions annoncé de la nuance… Elle est peut-être à chercher du côté de l’EM Strasbourg dont les projections 2025 se rapprochent de la réalité : en ouvrant 120 places (30 de moins qu’en 2024), elle intègre 96 candidats EC et parvient à remplie 80% de sa future promotion vs. 42% en 2024. Autre élément de mise en perspective des pertes enregistrées sur le concours prépa : les écoles qui ont diversifié leurs voies de recrutement PGE sont affectées moins durement, tout comme celles qui ont élargi le portefeuille de leurs programmes ou qui appartiennent à des groupes.
Moins de littéraires au sein des écoles de commerce à la rentrée 2025
Quid du comportement des littéraires ? Alors que les 15 écoles leur dédiant une voie de recrutement spécifique ouvraient 50 places de plus à leur attention en 2025 (soit 525 au total), ces dernières restent tout ou partie vacantes au sein de 10 d’entre elles à l’issue du SIGEM 2025. Audencia, l’EDHEC, emlyon, NEOMA et SKEMA accueilleront en septembre prochain autant d’étudiants issus des CPGE littéraires qu’elles le souhaitaient, soit 327 au total.
Les 76 autres ex-prépas A/L, B/L et LSH affectés se répartissent au sein des 10 autres écoles… Ou plutôt 9, car aucun des 30 khâgneux qu’elle souhaitait accueillir à la rentrée prochaine n’intégreront Rennes SB. 5% des places ouvertes aux littéraires sont pourvues à MBS quand 76% le sont à TBS Education et 70% à KEDGE. Le taux de remplissage des places ouvertes aux littéraires varie entre 10% et 30% pour Excelia, BSB, IMT Business School, ICN, EM Strasbourg et GEM. L’an dernier, 14 écoles accueillaient 430 littéraires. En 2025, 15 en accueillent 403.
L’enjeu de communication auprès des classes préparatoires littéraires reste important, avec des candidats qui semblent manquer d’informations et d’accompagnement. « Le sujet des littéraires en école de management doit continuer d’être travaillé par les écoles et les classes préparatoires ensemble. Pour leur présenter les possibilités en école et une fois diplômés, mais aussi pour mieux les sensibiliser au calendrier de la procédure SIGEM. Il y a des efforts communs à faire », estime Anne Rivière.
88% du CA post-prépa est absorbé par les 11 premières écoles du SIGEM
Le SIGEM 2025 ne rend définitivement pas justice aux écoles qui perdent ou « manquent à gagner ». Toutes membres de la CGE, visées et gradées par l’État, elles disposent d’accréditations internationales qui leur permettent de figurer parmi les meilleures business schools européennes identifiées par le Financial Times. Leurs équipes fournissent un travail colossal pour attirer et former les meilleurs étudiants.
Les presque 46 millions d’euros de revenus que les écoles occupant le 12e au 23e rang SIGEM enregistrent en 2025 grâce à leurs 1 071 affectés EC et L suffiront-ils à couvrir leurs dépenses de fonctionnement (immobilier, salaires…) et à réaliser des investissements capables d’assurer leur développement ? Les choix stratégiques qu’elles opéreront ces prochains mois seront déterminants. Les 11 premières écoles du classement SIGEM 2025 absorbent pour leur part 88% du CA post-prépa soit un chiffre d’affaires de 338 650 320€. C’est 7 fois plus que les 12 suivantes.








