Le mythe de Médée Le mythe de Médée
En quoi connaître le mythe de Médée te sera-t-il utile ? Avoir des connaissances de mythologie est un atout majeur en colle de culture... Le mythe de Médée

En quoi connaître le mythe de Médée te sera-t-il utile ? Avoir des connaissances de mythologie est un atout majeur en colle de culture générale. Non seulement les mythes peuvent être invoqués pour des tas de sujets différents, mais ils sont un signe clair de culture. En particulier, Médée est à la fois un personnage de la mythologie grecque et le personnage éponyme d’une pièce de Corneille. En maîtrisant son histoire, vous faites d’une pierre deux coups !

Médée est un personnage mythologique d’ascendance divine. Elle est plus précisément petite fille d’Hélios, dieu du soleil, et fille d’Aiétès. Elle s’inscrit dans la famille de femmes considérées comme puissantes. Par exemple, son ancêtre Gaïa est la déesse de la terre et sa tante Circé, une puissante magicienne.

 

Les principaux récits du mythe de Médée

Le personnage de Médée apparaît avec le récit de la naissance des dieux (Théogonie) d’Hésiode. La pièce d’Euripide le popularise en 431. Corneille en reprend l’intrigue en 1635. Avec sa pièce, il fait de Médée un personnage tragique par excellence. Par ses actes excessifs et ses émotions puissantes, elle permet la purgation des passions des spectateurs (catharsis).

 

La rencontre entre Médée et Jason

Dans leur quête de la Toison d’Or, gardée par Aiétès, Jason et les Argonautes se rendent en Colchide. Tombée amoureuse de Jason, Médée trahit sa lignée pour l’aider à voler la Toison d’Or, grâce à ses pouvoirs magiques. Elle fuit ensuite avec Jason, qui lui a promis de l’épouser en échange de son aide. Pour que son père ne puisse pas les poursuivre, elle tue son frère Absyrtos dont elle jette les morceaux à la mer, obligeant Aiétès à s’arrêter en chemin pour les récupérer. Il s’agit du premier meurtre commis par Médée par amour pour Jason, qui n’est que le début d’une longue série.

Pélias, le roi d’Iolocos, avait envoyé Jason à la conquête de la Toison d’Or par Pélias, car il espérait ainsi se débarrasser de lui. Pendant son absence, Pélias pousse sa mère au suicide et tue son frère. Pour le venger, à son retour, Médée fait tuer Pélias. Elle fait en effet croire à ses filles que si elles le découpent en morceaux et le font bouillir, il deviendra immortel.

 

La trahison de Jason et l’infanticide

Après la mort de Pélias, son fils Acaste chasse Jason et Médée d’Iolcos. Ils se réfugient en Corinthe où ils vivent heureux quelques années. Or Créüse, la fille du roi Créon, n’a pas de descendance, si bien que Créon promet à Jason sa protection s’il accepte de l’épouser. Jason accepte, trahissant la promesse de mariage faite à Médée. Cette trahison blesse profondément Médée. Saisie de fureur, celle-ci offre à Créüse avant son mariage une tunique qui lui brûle la peau, et incendie le palais de Créon. Ses deux ennemis morts, elle supprime le dernier lien qui la relie à Jason : elle égorge les deux enfants qu’elle a de lui.

Cet infanticide est le cœur de la version du mythe représentée par Euripide, il définit le personnage de Médée. Les actions précédant l’arrivée de Jason et Médée en Corinthe ne sont que rapportées.

 

Le personnage de Médée, coupable ou victime ?

 

Un personnage ambivalent

Le nom « Médée » vient de la même racine que le termes « médique » (guerres médiques). Pour les Grecs, cette racine renvoie à des peuples barbares, les Perses. Pour le peuple grec, Médée représente donc l’étrangère, un élément inhabituel capable de perturber l’équilibre grec. On la considère d’emblée comme une menace.

Ce caractère est confirmé au fil des événements. Elle tue son frère, pousse des filles à tuer leur père, puis tue ses propres enfants. Ces actes sont tous contre-nature, au-delà d’être des meurtres. Notamment l’infanticide, meurtre d’enfants par leur mère, empêche le renouvellement des générations. Il porte donc atteinte ainsi à la pérennité des sociétés humaines. Ils confirment que Médée est un personnage à rejeter, qui menace l’ordre humain. En cela, et par la folie dont témoignent ses actions, Médée peut être considérée comme un « monstre », une folle furieuse. Pourtant, les actes de Médée ne sont pas motivés par une folie spontanée, mais par une souffrance amoureuse. Mettons-nous à sa place : après avoir quitté sa famille, avoir tué pour Jason, celui-ci la trahit sans remords pour s’attirer les faveurs de Créon.

 

La relecture moderne du mythe

Chez certaines relectures modernes du mythe de Médée, celle-ci est de façon nette présentée comme une femme blessée. C’est le cas de la relecture romanesque de Christa Wolff, qui explore par un jeu de monologues l’état d’esprit de Médée. Celle-ci y est innocente des meurtres de son frère et de ses enfants. Elle n’en est accusée que par jeu politique par une société grecque corrompue. Dans cette version, Médée incarne la figure du bouc émissaire. Son rejet par l’ensemble de la société permet de rejeter la violence en-dehors de l’ordre humain. Accuser Médée d’être folle, c’est prétendre que la violence dont elle est accusée n’a pas sa place dans une société humaine. C’est une façon pratique d’affirmer l’innocence des hommes contre la culpabilité de l’intrue, sans reconnaître la violence propre à l’homme, celle dont Jason fait d’ailleurs preuve en trahissant Médée.

Devant ce rejet, la seule réaction de Médée est celle de la violence. Cette réaction peut révéler plusieurs choses : l’intensité de sa souffrance, devant laquelle aucun dialogue n’a sa place. Mais ce dialogue est même rejeté par la société grecque. Celle-ci refuse d’échanger avec cette femme considérée comme barbare, car un dialogue signifierait se placer sur pied d’égalité. On observe une opposition entre deux langages, celui du dialogue et celui de la violence. Paradoxalement, ces deux langages sont humains et la violence inhumaine dont Médée fait preuve n’est qu’une réponse à celle qu’elle a elle-même subie.

 

Le conflit entre profane et sacré

 

La double nature de Médée

Médée apparait d’abord comme un personnage d’origine sacrée qui rejette sa nature divine pour choisir le monde profane. Le couple formé par Jason et Médée est d’emblée mal assorti : l’un est de sang humain, l’autre de sang divin. Cette confrontation entre humain et divin se poursuit lorsque le personnage de Médée quitte le monde divin pour le monde humain. Elle est aussi présente dans le personnage-même de Médée. Elle est tiraillée entre ses sentiments humains et sa puissance d’origine sacrée. En effet, le sentiment de femme trahie qu’éprouve Médée est profondément humain. Il permet au spectateur de s’identifier à Médée, alors même que par la monstruosité des meurtres qu’elle a commis, elle est inhumaine.

 

La rupture avec le sacré

En tuant son frère Absyrtos, Médée rompt brutalement le lien qui la liait à sa divinité. Elle refuse sa divinité volontairement, pour devenir humaine, et dans son humanité, rejoindre Jason. Or, elle peut refuser sa divinité, mais ne peut pas la supprimer. En effet, ses efforts pour gagner l’amour de Jason, alors même qu’ils montrent son humanité, sont si démesurés qu’ils trahissent en même temps son inhumanité. Cette divinité la poursuit malgré elle, puisqu’elle reste considérée par son entourage comme une étrangère.

 

La réconciliation avec sa nature sacrée

Après la trahison de Jason, Médée n’agit plus par amour, mais par douleur. A nouveau, ses actes sont humains par leur motif mais monstrueux par leur démesure, comme malgré elle. Cependant, c’est par le dernier de ses actes qu’elle s’émancipe définitivement des lois profanes : l’infanticide. En tuant ses propres enfants, elle supprime ce qui la reliait à Jason et perd son statut humain de « mère ». Son acte la prive d’humanité car il va contre l’amour naturel d’une mère pour ses enfants. Ainsi, cet acte commis, plus rien ne la rattache à la société humaine. Sa fuite tirée sur un char tiré par des dragons montre qu’elle épouse désormais sa nature divine, qu’elle n’a plus besoin de cacher.

 

Conclusion : comment utiliser le mythe de Médée en culture générale ?

Vous pouvez invoquer le mythe de Médée pour plusieurs types de sujets :

  • Ceux qui vous invitent à vous intéresser au personnage tragique, ni entièrement coupable, pour que le spectateur puisse s’identifier à lui, ni innocent.
  • Le thème de l’ « étranger », l’ « anomalie », le « monstre », le « bouc émissaire » ou tout autre thème qui invite à considérer un élément exclu d’une communauté.
  • Le thème du « divin », de l’ « humain » et de ce qui les oppose.
  • Le thème de l’ « amour », la « fureur », la « trahison » ou tout autre thème explorant le personnage de Médée comme femme aimante et blessée.

Tu aimes les articles portant sur la mythologie ? Découvre le mythe de Theuth ici !

Marie Murat

Etudiante en M1 à HEC Paris après deux ans de prépa ECS à Sainte-Geneviève