L’enfer c’est l’internat en prépa L’enfer c’est l’internat en prépa
Cet article est avant tout à visée humoristique. Tout au long du texte, à l’exception du dernier paragraphe, les conseils... L’enfer c’est l’internat en prépa

[AVIS AU LECTEUR ] Cet article est avant tout à visée humoristique. Tout au long du texte, à l’exception du dernier paragraphe, les conseils donnés par l’auteur pour échapper aux multiples pièges de l’internat ne sont pas sérieux. Il n’est pas interdit de les suivre, toutefois l’auteur ne saurait être tenu responsable des conséquences (très probablement un violent râteau).

« Je gagnerai du temps pour travailler », « je serai dans un cadre rassurant, on se soutiendra les uns les autres », « mes parents me les brisent, au moins je les verrai plus », « je vais serrer un max » … Toutes ces perspectives, aussi honorables soient-elles, t’ont conduit à prendre cette décision lourde de conséquences : tu vivras à l’internat cette année, 5 jours par semaine. Cet univers, peut-être en es-tu déjà famillié, mais peut-être aussi le découvres-tu. Toujours est-il que tu nourries de hautes ambitions, parmi lesquelles on retrouve les incontournables « intégrer HEC » ou encore « séduire la charmante Thérèse-Sylvie/l’irrésistible Jean-Yoann afin de passer avec elle/lui une nuit endiablée ». L’internat, fort du cadre studieux qu’il représente, et de la proximité qu’il permet avec ta cible, semble en effet constituer le tremplin idéal à la réalisation de tes nobles desseins. MAIS, jeune padawan, méfie toi. Car ces apparents bienfaits peuvent rapidement – bien plus que tu ne veux bien l’imaginer – se retourner contre toi. Il te faudra donc disposer des clés nécessaires à la compréhension de ce monde complexe, afin de peser dans ce dangereux game qu’est l’internat. Analyse.

 

L’internat : au delà de l’institution, le lieu de tous les possibles.

Avec le temps, tu as appris à te connaître. Ainsi, tu peux aujourd’hui affirmer en toute certitude que jamais tu ne seras capable de bosser chez toi. Tes compos d’histoire, tu les as toujours finies pendant la pause qui précédait le cours, souvent en recopiant le travail du très sérieux André-Wenceslas. Quant à tes exercices de maths, c’est peu dire que tu ne les respectes plus depuis au moins trois ans. C’est donc très logiquement que tu t’es dit « A l’internat, ce sera pas le même bail. Je vais adopter un rythme de travail régulier en approfondissant les cours et je ne prendrai plus de retard ». Cette intuition a de bonnes chances d’être fondée. En effet tes voisins de chambre, Mourad-Emmanuel à gauche et Steven-Henri à droite, abordent la rentrée de la même manière. Ainsi tu ne compteras plus les heures passées en salle de travail, les cartouches d’encre usées et les livres empruntés au CDI qui constitueront votre principal dénominateur commun.

Loin des clichés véhiculés sur la prépa, l’internat créera entre vous des liens puissants et vous rendra plus forts dans les moments difficiles. Tu seras présent(e) aux côtés de Karine-Mathilde lorsqu’elle devra affronter une douloureuse peine de cœur due à sa rupture avec Stanislas-Brandon (dont on soulignera le caractère prévisible, ce dernier la trompait depuis près de 8 mois). Tu soutiendras David-Karim après qu’il se sera ramassé un énième 4/20 en colle de maths, en lui expliquant que le travail paiera (même si au fond tu sais que le brave David-Karim est absolument irrécupérable). Toi même tu n’échapperas pas à ces dures épreuves de la vie, car viendra le jour où Bubulle, ton poisson rouge, succombera. Et alors, tu pourras compter sur l’indéfectible soutien de Karine-Mathilde (qui s’est entre-temps trouvé un nouveau copain) et de David-Karim (lequel a fini par se faire une raison, et sèche à présent toutes ses colles de maths).

Revenons à présent à Thèrèse-Sylvie/Jean-Yoann. Elle/il est celle/celui que ton cœur a choisi(e), et, chance, elle/il est à l’internat, chambre 21. Nul ne pourra alors contester que votre double présence en ce lieu t’offrira l’avantage non négligeable d’être près d’elle/lui en permanence et qui plus est d’être proche de sa chambre, pièce où tu souhaites séjourner avec elle/lui, juste le temps d’une nuit. Les opportunités sont multiples : il te sera possible par exemple d’engager avec elle/lui à table une conversation, apparemment anodine, mais intéressante, qui mériterait d’être prolongée, et pourquoi pas jusqu’à la fin du repas, jusqu’au moment où elle/il rejoint sa chambre. Tu auras alors un prétexte solide pour l’accompagner en ce lieu. La suite t’appartient. Si tu as cette chance de majorer en maths, le subterfuge suivant est un classique mais reste rudement efficace. Tu l’auras deviné, il te suffit de lui proposer un cours particulier « dans ma chambre ou dans la tienne, comme tu veux » lui diras-tu. Cela peut tourner en ton avantage.

Tu l’auras compris, l’internat te donnera de nombreuses possibilités pour atteindre tes objectifs. Cependant, nombreux sont les vents contraires et les cercles vicieux qui viendront t’empêcher de les mener à bien. Tâchons maintenant d’en répertorier quelques uns.

 

Des fantasmes à la PLS perpétuelle : l’internat et ses traquenards

Tu t’en es sûrement déjà aperçu depuis la rentrée : outre tes fidèle acolytes, loge également à l’internat un individu, que l’on nommera ici Kévin-Auguste. L’internat de toutes les prépas de France comporte toujours un Kévin-Auguste, et c’est en lui que résident tous les vices qui nuiront à ta réussite scolaire.

Kévin-Auguste ne sait pas pourquoi il est là. Il est arrivé en prépa par défaut et n’en a pas assimilé les principes. A ce stade de l’année, il a déjà ramené sa console dans la salle télé de l’internat, et cherche déjà à vendre des substances illicites à d’innocents bizuths. Mais ce n’est pas tout. Car au-delà de ses aspects folkloriques, Kévin-Auguste est un mec marrant, super sympa et ultra-charismatique. Aussi lieras tu avec lui des liens sincères, forts et dangereux. Tu ne pourras jamais lui refuser une partie de FIFA, ou « une p’tite clope parce que ça fait déjà une demie-heure qu’on bosse, quand même ». Pourquoi ne seras tu pas capable de lui refuser ces activités chill et chronophages ? Le plus simple serait de tout lui mettre sur le dos. Mais comme tu es honnête avec toi même, tu comprendras que Kévin-Auguste ne fait que te prouver ton manque de volonté, il ne fait que te lancer un défi. Seras-tu capable de refuser ce 7ème Chelsea-Bayern de la soirée, sans que ce refus ne soit motivé par la rage que tu as, due à cette énième manita qu’il vient de t’infliger ? Sauras tu seulement dire « Bon là faudrait qu’on s’arrête parce qu’il est quand même 4 heures du mat’ » ? Là est tout l’enjeu. La tâche sera ardue, car il te poussera dans tes retranchements en titillant ton égo, te soupçonnant de commettre un humiliant rage-quit. Par conséquent, tu devras faire preuve d’un mental d’acier pour ne pas céder aux assauts répétés de Kévin-Auguste. Rien ne t’empêchera pour autant de le provoquer en duel périodiquement pour sauver ton honneur (mais je t’en supplie, te cède pas aux sirènes de l’ignoble L1-triangle). Il en va de ta réussite scolaire, mais également de ton amitié avec Kévin-Auguste.

Enfin, évoquons le cas de Thérèse-Sylvie/Jean-Yoann. Tu nourries l’espoir de la/le pécho, grand bien te fasse, on est tous derrière toi ! Seulement, si l’internat semble constituer le cadre idéal à la quête de ce Graal, il peut également tuer ce projet dans l’œuf. Pourquoi ? La réponse en un seul mot : FRIENDZONE. Oui on le sait, un frisson a parcouru ton échine au rappel de ce risque présent dans toute entreprise de conquête, ce terme qui a fait vaciller les meilleurs d’entre nous. Tu as dû déjà le comprendre si, pauvre de toi, tu es famillié de cet état sans fin : l’internat, si tu ne fais pas attention, devient une friendzone grandeur nature. Si tu ne t’en es pas rendu compte, prends deux secondes pour faire un point sur la situation. Tu seras entouré(e) en permanence d’une centaine de personnes (plus ou moins selon les prépas), tu mangeras avec eux tous les jours, dormiras près d’eux toutes les nuits. Tu commences à comprendre ? Le cadre est avant tout familial, la proximité n’a rien d’intime et ta target est avant tout là pour péter le score aux concours. Dans ce contexte, il sera extrêmement difficile de passer entre les mailles du filet, d’autant que dans le milieu Thérèse-Sylvie est déjà surnommée « Lucky-Luke » car elle friendzone plus vite que son ombre. Dans ce game de la séduction à l’internat, seuls les plus habiles, ceux qui ont le bon timing, le bon feeling parviennent à faire de ce lieu leur – passez moi l’expression – terrain de chasse, et à échapper à ce piège irréversible qu’est la friendzone. Cela reste à ton appréciation, mais comprends bien que ce nouveau cadre ne te facilite pas la tâche. Il te sera sans doute plus simple de te concentrer sur les concours, tout en faisant abstraction des assauts de Kévin-Auguste.

Ainsi – profite bien de ce conseil, c’est le seul sérieux que tu liras dans ce texte – il est préférable de façon générale de ne pas s’éparpiller, et c’est particulièrement vrai pour les internes. Se laisser absorber dans le cercle vicieux de la procrastination, ça va très vite. Ton fidèle serviteur n’est bien sûr pas là pour te dire comment vivre ta prépa, mais pour te faire part d’un avertissement qui pourrait bien t’être très utile : garde bien en tête l’ordre de tes priorités. Nouer des liens fort et s’enjailler avec tes frères de la galère c’est très bien, même très important, et c’est largement compatible avec le boulot. Mais n’oublie pas que c’est sans doute pour passer des concours et donc intégrer la meilleure école de commerce possible que tu es en prépa, et que ces concours seront ton fil rouge pendant deux ans. Ils sont beaucoup trop importants pour te laisser l’occasion d’avoir des regrets. En espérant que ce texte ché-per et l’humour douteux de son auteur ont pu accrocher ton attention, et te permettront de voir arriver assez tôt le spectre de la décadence afin de lui résister. On n’attendait pas meilleur mot en guise de conclusion.

 

Bonus : le bizutage d’un membre de l’équipe Major-Prépa

 

Corentin Marchal

19 ans, étudiant à l'EDHEC et ancien de la prépa ECE Charles de Gaulle à Caen. A fait de l'ESH son cheval de bataille sur Major Prepa.