Mercosur

Après plusieurs reports, les 27 ont enfin donné leur feu vert, le 9 janvier 2026, pour la signature de l’accord Mercosur, prévue le 17 janvier au Paraguay, qui assure actuellement la présidence tournante du bloc sud-américain. Ce traité de libre-échange historique, le plus important jamais signé par l’UE, couvre des secteurs clés, comme l’agroalimentaire, l’automobile et le textile. Il promet de renforcer les échanges commerciaux entre les deux blocs tout en intégrant des mesures environnementales et des mécanismes de protection pour les consommateurs et les industries européennes. Mais il suscite également de vives inquiétudes, notamment dans le monde agricole et la classe politique française, qui craignent une forme de concurrence déloyale contre l’agriculture européenne.

En quoi consiste l’accord du Mercosur ?

L’accord du Mercosur est un accord de libre-échange entre l’Union européenne et les pays du Mercosur, à savoir l’Argentine, le Brésil, l’Uruguay et le Paraguay. La Bolivie, pourtant membre du bloc depuis 2023, ne sera en revanche pas concernée par cet accord commercial.

Pour renforcer les liens commerciaux entre les deux blocs, l’accord prévoit notamment la suppression progressive de la quasi-totalité des droits de douane, ainsi qu’une protection accrue de 344 produits européens contre les imitations, comme le roquefort, le comté ou le champagne.

L’accord prévoit également une augmentation de certains quotas d’importation en Europe, notamment pour la viande bovine, dont le quota atteindra désormais 99 000 tonnes par an.

L’accord pourrait également favoriser les exportations européennes, notamment dans les secteurs automobile, textile et viticole, actuellement pénalisés par des droits de douane élevés dans les pays du Mercosur.

Un accord en négociation depuis 1999

Pensé dès les débuts de la construction européenne, le traité de libre-échange UE–Mercosur est longtemps resté à l’état de projet. Ce n’est qu’à partir de 2019 que les négociations s’accélèrent. Le 6 décembre 2024, l’Union européenne et les pays du Mercosur décident d’y intégrer une dimension environnementale, en s’appuyant notamment sur les accords de Paris.

Avec plus de 40 milliards d’euros d’échanges commerciaux, l’accord UE–Mercosur deviendrait le plus important accord commercial jamais signé par l’Union européenne.

Derrière cet accord, une volonté de l’UE de diversifier ses échanges commerciaux

Face à la concurrence de la Chine et des États-Unis, l’Union européenne cherche à diversifier ses débouchés à travers des accords de libre-échange et des partenariats économiques. Ces dernières années, elle en a notamment signé avec le Japon en 2019 et la Nouvelle-Zélande en 2023.

Dans un contexte de transition énergétique, l’Union européenne entend sécuriser ses approvisionnements en minerais stratégiques, comme le lithium, le cobalt ou le graphite, essentiels à la production de véhicules électriques. Des ressources dont l’Amérique latine est largement pourvue.

Un traité qui ne fait pas l’unanimité

Malgré le soutien d’une majorité d’États membres, le traité UE–Mercosur divise au sein de l’Union européenne. La France, sous la pression des manifestations agricoles, mais aussi la Hongrie, la Pologne, l’Irlande et désormais l’Italie, s’y opposent. Un front de refus qui n’a toutefois pas permis d’enrayer le processus.

Initialement, l’accord devait inclure un volet politique et un volet commercial, impliquant un vote à l’unanimité. La Commission européenne a finalement tranché en séparant les deux dimensions, permettant ainsi l’adoption du seul volet commercial à la majorité qualifiée.

Adopté par les 27, le traité devra néanmoins obtenir l’aval du Parlement européen, où une majorité favorable n’est pas garantie. D’ici là, il pourrait entrer en vigueur de manière provisoire, jusqu’à ce que les eurodéputés se prononcent définitivement.

Le Parlement européen pourrait saisir la Cour de justice de l’Union européenne pour vérifier la régularité de la procédure adoptée par la Commission, accusée par ses opposants de contourner les parlements nationaux en séparant le volet commercial du volet politique. Une décision qui ne devrait pas intervenir avant plusieurs mois et qui devra trancher sur le respect du droit européen.

En cas de saisine par le Parlement, l’accord serait suspendu. S’il s’agit d’un État membre, l’accord continue de s’appliquer.

Dernières nouvelles :

21/01/2026 : Ce mercredi 21 janvier 2026, la Parlement européen a voté en faveur de la saisine de la Cour de Justice de l’Union européenne malgré un vote serré : 334 pour ; 324 contre et 11 abstention. La Cour va maintenant examiner la conformité de l’accord du Mercosur avec les traités de l’Union européenne. L’une des principales motivations des eurodéputés de saisir la CJUE est bien la division par la Commission européenne du volet politique et commercial. La résolution remet également en cause le “mécanisme de rééquilibrage” qui pourrait permettre aux pays du Mercosur d’adopter des mesures compensatoires si de nouvelles directives ou règlementations européennes entraînent une chute des exportations vers l’UE.

23/03/2026 : En attendant la décision de la Cour de justice de l’Union européenne qui devrait se prononcer d’ici un peu plus d’un an, la Commission européenne a annoncé appliquer provisoirement l’accord avec le Mercosur à compter du 1er mai 2026.

En France, cet accord suscite de vives inquiétudes dans le monde agricole et la classe politique

Présenté par la Commission européenne comme un atout économique et géopolitique, l’accord UE–Mercosur provoque de vives inquiétudes, quasi unanimes, chez les agriculteurs et au sein de la classe politique française, de tous bords.

Les agriculteurs craignent l’arrivée massive de produits agricoles sud-américains, notamment de viande bovine, nettement moins chère en raison de coûts plus faibles (main-d’œuvre, foncier, etc.) et de normes moins strictes que dans l’Union européenne. Ils dénoncent une concurrence déloyale envers l’agriculture européenne. Plusieurs enseignes de la grande distribution ont annoncé leur soutien aux producteurs français en refusant d’importer certains produits provenant des pays du Mercosur. C’est notamment le cas de Coopérative U, dont le PDG, Dominique Schelcher, estime inacceptable d’importer des produits agricoles issus de conditions de production « moindres que celles exigées en France ».

La France n’est pas totalement opposée à un accord commercial avantageux avec le Mercosur, mais elle aurait souhaité que certaines mesures soient davantage négociées par la Commission européenne, comme l’intégration de clauses miroirs visant à harmoniser les normes des produits échangés. Le gouvernement insistait également pour le maintien de clauses de sauvegarde, permettant de rétablir temporairement les droits de douane si les importations de produits sensibles menaçaient la stabilité du marché intérieur.

Intégrée dans le traité malgré son ambition moindre par rapport aux attentes françaises, la clause de sauvegarde permet à la Commission européenne de réagir si les importations augmentent de plus de 8 % ou si les prix chutent de 8 % par rapport à la moyenne des trois années précédentes.

Les gagnants et les perdants de cet accord de libre-échange

Un traité de libre-échange repose avant tout sur des compromis entre les parties. Il est impossible que l’une d’elles l’emporte sur tous les points, et chacun doit accepter de faire des concessions pour que l’accord fonctionne.

Le monde agricole, grand perdant de cette histoire…

L’accord entraîne une réduction des droits de douane européens sur des produits agricoles du Mercosur, tels que la viande bovine, le poulet ou le sucre, renforçant leur compétitivité. Mais face à des normes moins strictes en Amérique latine (pesticides et antibiotiques interdits dans l’UE y étant autorisés), une clause miroir a été ajoutée pour garantir une certaine équité avec les standards européens.

Mais qui sont les gagnants ?

La baisse drastique des droits de douane vers le Mercosur pourrait bénéficier à plusieurs secteurs européens. Les vins et spiritueux, taxés aujourd’hui de 17 à 35 % selon les pays, devraient voir leur accès au marché sud-américain facilité.

L’accord profite également à l’industrie automobile. Les droits de douane de 35 % devraient être supprimés progressivement, renforçant la compétitivité des voitures européennes, notamment allemandes, françaises et italiennes, sur le marché sud-américain. La Commission européenne anticipe une hausse des exportations de voitures et de pièces détachées de l’ordre de 114 %.

Selon la Commission européenne, les exportations de produits textiles devraient s’envoler de 424 %, un gain nettement supérieur à celui attendu pour d’autres secteurs.

L’industrie laitière européenne pourrait également bénéficier de l’accord. Les droits de douane sur les produits laitiers devraient être progressivement supprimés et les quotas d’exportation élargis. La Commission européenne estime que les exportations pourraient ainsi augmenter d’environ 121 %.

Si le traité UE–Mercosur ouvre de nouvelles perspectives économiques pour l’Europe, son application finale reste conditionnée à la ratification par le Parlement européen et à l’examen de la Cour de justice de l’UE.