compétitivité

Selon le rapport The Future of European Competitiveness, rédigé par Mario Draghi en 2024, l’Union européenne fait face à un déclin progressif de sa compétitivité sur la scène internationale, principalement en raison d’un retard technologique et d’un manque d’investissements dans les secteurs d’avenir. Ce constat soulève une interrogation centrale : qu’est-ce qui fait aujourd’hui la compétitivité d’un pays ou d’un territoire ? Tu l’auras compris, il s’agit d’un thème d’actualité qui peut tout à fait tomber au concours.

Introduction

Selon Flora Bellone, dans La Compétitivité des pays (2016), la compétitivité désigne « la capacité d’un pays à tirer avantage de son intégration internationale ». En clair, la compétitivité, c’est la propension d’un territoire à exporter davantage que ses concurrents ou bien à attirer plus d’entreprises que ces derniers.

La compétitivité d’un pays se décompose en deux volets : 

  • compétitivité prix (coût du travail et du capital) ;
  • compétitivité hors prix (savoir-faire du territoire). 

Les indicateurs de compétitivité

ACR (avantage comparatif révélé)

Un ACR élevé pour un produit indique que le pays se spécialise dans ce produit et a un avantage comparatif dans sa production et son exportation. Pour identifier un ACR, il suffit de comparer le poids du secteur dans les exportations d’un pays et le poids du même secteur dans les exportations mondiales.

Pour illustrer cette notion, les voitures représentent 19 % des exportations allemandes. Or, les voitures ne représentent que 10 % des exportations mondiales. Dès lors, l’Allemagne exporte plus de voitures que la moyenne internationale, elle a donc un avantage comparatif. 

CSU (coût salarial unitaire)

Permet de mesurer la performance du facteur travail dans un pays. 

CSU = coût salarial total d’une industrie/Valeur ajoutée de l’industrie

Cet indicateur est intéressant, car il prouve qu’un pays où la main-d’œuvre est coûteuse peut demeurer compétitif dès lors qu’il crée beaucoup de valeur. 

IDE (investissement direct étranger)

Cet indicateur est trivial, plus un pays reçoit d’investissements étrangers, plus il est considéré comme attractif et compétitif. 

La compétitivité : un facteur de croissance

Les théories et les leviers de la compétitivité

Smith : Recherche sur la nature et les causes de la richesse des nations (1776)

Selon Smith, la compétitivité d’un pays découle de sa capacité à se spécialiser dans un secteur particulier. En effet, cette spécialisation a deux effets : accroître les volumes de production, et donc diminuer les coûts à travers une logique d’économie d’échelle (compétitivité prix), et participer à la réallocation des ressources à destination du développement technologique (compétitivité hors prix).

Modèle H.O.S (1941)

Selon ce modèle, la compétitivité d’un pays découle de sa dotation en facteur de production (exemple : l’Arabie saoudite et la Russie, riches en pétrole, se sont spécialisées dans l’extraction et l’exportation de cette ressource).

Posner : International Trade (1961)

Toutefois, pour Posner, la compétitivité n’est pas seulement déterminée par les capacités naturelles d’un territoire. Il peut aussi accroître sa présence sur un secteur par le biais d’une politique structurelle d’investissements  (c’est le cas de la Chine dans le secteur des hautes technologies).

Duchêne : Importation et production nationale (1986)

Aujourd’hui, la compétitivité des biens et des services s’explique moins par leurs faibles coûts que par leurs qualités intrinsèques (exemple : les voitures allemandes).

Lundvall : National System of Innovation (2022)

Pour les pays développés, la compétitivité dépend de leur capacité à innover, c’est-à-dire à se saisir en premier des nouvelles opportunités de marché. Dès lors, un appareil de recherche fonctionnel au sein des territoires est nécessaire. 

Jean-Marc Daniel : tribune dans Les Echos (2023)

Pour cet économiste libéral, la baisse de la fiscalité peut améliorer la compétitivité d’un pays. De fait, une faible fiscalité conduit à une diminution des coûts de production (notamment sous l’effet d’une baisse des charges salariales). En conséquence, le territoire maximise la compétitivité prix de ses produits à l’exportation tout en attirant davantage d’IDE. 

Rodrik : La Mondialisation sur la sellette (2018)

La stabilité du pays (politique, économique et sociale) joue un rôle majeur dans sa capacité à être compétitif. Les entreprises étrangères cherchent un marché stable, propice aux investissements et à la croissance. 

Les conséquences sur le plan de la croissance

La compétitivité d’un territoire participe à l’accroissement du PIB de plusieurs manières.

À travers la hausse des exportations

Pour prouver cela, nous allons nous appuyer sur la formule du calcul du PIB par la demande. 

PIB = (consommation finale + Formation brute de capital fixe + Variation des stocks + Exportations – Importations)

Ainsi, une hausse des exportations conduit directement à une augmentation de l’indice. 

À travers l’accroissement des IDE

Pour cela, nous allons nous appuyer sur la formule du PIB par la production.

PIB = (Σ Valeurs ajoutées + TVA + Taxes sur importations – Subventions sur produits)

Or, les entreprises étrangères qui investissent en France permettent de réaliser plus de valeur ajoutée, conduisant donc aussi à une hausse de l’indice. 

Les limites et les critiques de la compétitivité

Pour Krugman dans Geography and Trade (1991), la poursuite de la compétitivité est une « obsession dangereuse » qui produit trois effets néfastes pour l’État concerné. Des pertes fiscales découlant d’une politique libérale, des délocalisations brutales d’industries à faibles valeurs ajoutées, fruits d’une politique de spécialisation et, enfin, des tensions géopolitiques du fait d’une concurrence exacerbée entre les nations.

Nous étudierons donc ici plusieurs théories indispensables pour comprendre les limites de la compétitivité. 

Blanchard : tribune sur Alternatives économiques (2024)

En cherchant à tout prix à attirer des entreprises étrangères, la France a cherché à réduire depuis 2017 l’imposition sur les grandes fortunes, notamment par le biais de la suppression de l’ISF. Il en résulte une perte de 4,7 milliards d’euros par an pour l’État. 

Théorème de Stolper-Samuelson (1941)

La recherche de compétitivité est à l’origine d’une vague d’externalisation des combinaisons productives (délocalisation) dans les pays développés. Or, celle-ci a conduit à l’appauvrissement de certaines régions, renforçant ainsi les inégalités au sein de la population (exemple : Le nord de la France après la perte de l’industrie du textile). 

Prebisch : The Economic Development of Latin-America (1950)

Selon Prebisch, la poursuite de la compétitivité renforce les structures inégalitaires entre les pays. Si les pays développés peuvent investir dans les secteurs et activités à forte valeur ajoutée, les pays en voie de développement n’ont d’autre choix que de se spécialiser dans le secteur primaire ou secondaire, freinant ainsi leur expansion économique. 

Rodrik : La Mondialisation sur la sellette (2018)

La compétition entre les nations conduit à un manque de coopération et parfois même à des conflits directs ou indirects. C’est le cas, par exemple, entre la Chine et les États-Unis. Cependant, ces tensions géopolitiques n’encouragent pas les acteurs économiques à investir. Au contraire, elles conduisent à une forme « d’austérité panique » et à une baisse des investissements productifs. 

Conclusion

La compétitivité est un levier essentiel de croissance en ce qu’elle renforce les exportations et l’attractivité d’un pays. Mais poursuivie sans limites, elle peut creuser les inégalités, fragiliser les États et aggraver les tensions internationales. L’enjeu actuel est donc de bâtir une compétitivité durable, fondée sur l’innovation, la qualité et la stabilité.