retraites

Avec un déficit du système des retraites prévu à 6,6 milliards d’euros pour 2030, soit 0,2 % de notre PIB, la question des retraites n’a pas fini d’enflammer l’actualité. Elle occupe une place très importante dans le déficit global de la protection sociale, jouant un rôle dans l’augmentation de notre dette publique, qui représente aujourd’hui 115 % de notre PIB. Ainsi, le dérapage actuel dans le financement des retraites représente un sujet brûlant pour 2026, avec le risque qu’il fait peser sur notre équilibre budgétaire et sur la viabilité de notre protection sociale.

Un système de financement des retraites à bout de souffle

Un système bismarckien qui montre ses limites

La population active française est vieillissante, avec un ratio cotisé/retraité qui ne cesse de se détériorer et qui pourrait descendre à 1,1 d’ici 2070. Ce poste budgétaire, qui était déjà considérable avec 407 milliards d’euros en 2024, est donc voué à s’alourdir, mettant alors en danger le financement de notre protection sociale.

Avec un système qui repose sur les revenus d’activités, c’est-à-dire que les actifs cotisent pour financer les prestations retraite des inactifs, le vieillissement de notre population rend notre système de financement obsolète.

Une protection sociale sous pression

Le dérapage de ce poste budgétaire est alors une menace pour la globalité de notre protection sociale. En effet, un récent rapport de la Cour des comptes révèle une crise de liquidité à venir. La raison de cette crise est un déficit de la Sécurité sociale qui devrait atteindre 24,1 milliards en 2028, où le dérapage des retraites joue un rôle crucial.

Les institutions financières ont alors des difficultés à financer les nouveaux déficits. Aujourd’hui, c’est l’ACOSS (Agence centrale des organismes de sécurité sociale) qui se charge des nouveaux déficits. Malheureusement, cette institution est limitée à des emprunts sur 25 mois, qui ont des taux d’intérêt élevés, alourdissant notre charge d’intérêt.

Cette crise de liquidité menace directement le financement de la protection sociale, remettant alors en question la viabilité de l’État-providence.

La sauvegarde de ce système : un casse-tête social et économique

La situation est-elle sans solution ? Le dernier rapport du Conseil d’orientation des retraites propose plusieurs réponses pour éviter une explosion des déficits qui divisent autant qu’elles se montrent indispensables aux yeux de leurs partisans.

Augmenter la contribution retraite

Il peut s’agir d’une hausse de la contribution retraite des employeurs : on réduit alors le déficit en ciblant les employeurs avec une augmentation de leurs charges. Une solution que cherche toutefois à écarter le Medef, appelant à la préservation de leur compétitivité. En effet, cette décision porte directement atteinte à la compétitivité-prix des entreprises en augmentant les charges salariales.

On peut aussi mettre en place une hausse de la contribution retraite des salariés, qui permettrait alors d’augmenter les recettes. L’objectif serait donc de réduire le déficit en demandant un effort supplémentaire aux salariés. Une mesure qui ne semble pas forcément faire l’unanimité parmi le facteur travail, associé à une perte de pouvoir d’achat. Une baisse de la part de revenu à consommer est donc peu viable dans un contexte macroéconomique où la croissance économique est faible.

Augmenter l’âge de départ à la retraite

Une solution qui a pour finalité d’améliorer le taux d’emploi. Les salariés cotiseraient donc pendant plus d’années tout en améliorant le ratio actifs/passifs. Une année de report supplémentaire équivaudrait à un gain de 0,7 point de PIB, selon la Direction générale du Trésor.

Cependant, elle semble peu réaliste dans un contexte où le passage à la retraite à 64 ans a provoqué un mécontentement social très important.

Cibler les retraités

On modère la progression des pensions nettes de prélèvement, on cherche ici à cibler les retraités en limitant la hausse annuelle des pensions de retraite après impôts et cotisations. Le pouvoir d’achat des retraités serait impacté avec, par exemple, un salaire qui ne suit plus à la même vitesse l’inflation.

Il n’y a donc pas de solution miracle, le déficit des retraites est alors enclin à s’aggraver de manière exponentielle. Il est difficile d’opérer une mutation du système sans engendrer une crispation d’une composante de notre système des retraites, que ce soit les employeurs, les salariés ou les retraités. Les décideurs politiques manquent de marge de manœuvre pour impulser des solutions.

On retrouve comme exemple historique le Plan Juppé de 1995 qui visait à maîtriser les dépenses de Sécurité sociale et à réformer les retraites. Une épreuve qui s’est montrée périlleuse. Les politiques doivent donc maîtriser leurs discours pour ne pas en payer les conséquences dans les urnes, la dépense sociale étant un pilier pour l’opinion publique.

Une analyse plus nuancée de la situation est possible

Un dysfonctionnement du système dans sa globalité et non des retraites

Une lecture plus nuancée du rapport du Conseil d’orientation des retraites est possible : le dérapage viendrait des dépenses sociales et non de notre système des retraites. Ce système serait alors soutenable à moyen terme et c’est la gestion globale des dépenses publiques qui pose problème.

Des perspectives de solutions

Pour atténuer la situation, des innovations financières sont proposées. Le Medef propose une capitalisation boursière du système des retraites. Les cotisations seraient alors placées en Bourse, ce qui permettrait d’obtenir un rendement et de réaliser des excédents. D’autres pistes sont à envisager, comme la situation des femmes en temps partiel qui pourrait améliorer le taux d’emploi.

En définitive, le système français des retraites, basé sur la répartition, subit une forte pression liée au vieillissement de la population. Ce contexte fragilise l’ensemble de la protection sociale et alimente les tensions sur les finances publiques. Les solutions proposées, qu’il s’agisse d’augmenter les cotisations, de reculer l’âge de départ ou de modérer les pensions, restent controversées et irréalisables.

L’évolution de la question des retraites est donc un sujet à suivre attentivement.