Bien que la dette publique soit un sujet récurrent et très important dans nos sociétés actuelles, plusieurs visions sur l’importance d’une réduction se sont développées au cours de l’histoire économique, créant une réelle dichotomie entre deux courants économiques majeurs : les libéraux, courant datant du XVIIIe siècle, représenté par Adam Smith (fondateur de la théorie de l’avantage absolu), et les keynésiens, datant du XXe siècle et logiquement représentés par l’économiste britannique J-M. Keynes.
Mise à jour sur la dette publique mondiale
La dette publique mondiale, selon les rapports de l’IFF, n’a jamais autant augmenté en raison de la nécessité de financement de la majorité des pays. En effet, au cours des trois premiers mois de 2025, elle a encore augmenté de 7,5 billions de dollars, portant son total à environ 324 billions de dollars, le plus haut jamais enregistré.
Le point de vue libéral
Les libéraux, défendant la liberté individuelle et les mécanismes de marchés, ont une vision pessimiste de la dette publique et sont en faveur d’une réduction, qu’ils justifient par cinq grands points.
Une meilleure soutenabilité financière
Une trop grosse dette peut vite devenir insoutenable si les taux d’intérêt venaient à augmenter, ce qui alourdirait la charge de la dette et pourrait donc causer des problèmes de soutenabilité. Alors, la réduction de sa dette permet à un État de préserver son attractivité et sa capacité à emprunter à des taux raisonnables, voire intéressants.
Un évitement de l’effet d’éviction
L’effet d’éviction est un concept économique qui nomme un phénomène de remplacement du secteur public par le secteur privé. Alors, une dette trop importante pourrait détourner l’épargne normalement allouée aux entreprises et aux ménages vers la réduction de cette dernière, créant un effet d’éviction, ce qui aurait comme conséquence une baisse de la croissance économique due au manque de fonds disponibles afin d’investir ou de consommer.
Une manière de préparer l’avenir
Une réduction dès aujourd’hui de la dette publique permettrait selon les libéraux de limiter le prix que les générations futures devront payer afin de rembourser la dette, qu’elle soit actuelle ou future. Cependant, cet argument est nuançable par le principe du roulement de la dette et par son « infinité » théorique.
Une solution pour renforcer sa crédibilité
Une dette réduite et donc sous contrôle offre une plus grande confiance de la part des investisseurs et des marchés financiers, ce qui entraîne un cercle vertueux qui stabilise l’économie et incite à l’investissement. Une dépendance d’un pays aux marchés financiers peut également limiter la souveraineté de ce dernier.
Le respect des institutions et des règles
Bien que ce point ne concerne quasiment que l’Union européenne, il reste absolument central et pertinent : un pays membre de l’UE est soumis au Pacte de stabilité et de croissance (PSC), qui est le principal moyen de surveillance dont dispose l’UE afin de faire respecter les critères de Maastricht, et qui impose des normes strictes sur la gestion de la dette publique.
Le déficit d’un pays doit être inférieur à 3 % de son PIB et sa dette publique ne doit pas dépasser les 60 % de son PIB. Même si presque aucun pays européen ne respecte ces règles, elles sont toujours en vigueur et ne sont pas à oublier.
Le point de vue keynésien
La nécessité de soutenir l’économie
En temps de crise, une réduction trop rapide de la dette peut aggraver la situation économique à cause de coupes budgétaires limitant les dépenses publiques nécessaires pour soutenir deux des quatre axes du carré magique de Kaldor, la croissance et l’emploi, ce qui affecterait les dépenses publiques et creuserait les inégalités sociales.
C’est en partie ce que dénonce P. Krugman dans End this depression now! (2012), affirmant que l’austérité en période de récession est contre-productive, car cela freine la demande globale, augmente le chômage, ralentit la reprise et donc aggrave la récession.
L’opportunité des taux d’intérêt bas
Durant des périodes très précises, comme celle post-2018 ou durant la pandémie de Covid-19, les taux d’intérêt étaient (très) bas, voire négatifs, rendant le coût de la dette négligeable. Par exemple, en 2020, les taux d’intérêt français étaient négatifs, ce qui faisait que le pays était payé pour emprunter.
La vision à long terme des investissements productifs
Des investissements à long terme peuvent nécessiter de grandes dépenses, ce qui peut expliquer et justifier une grosse dette publique. Ces investissements pourront stimuler une possible croissance future, ce qui générera des revenus qui rembourseront la dette.
Conclusion
Il est donc primordial de comprendre cette divergence sur la place de la dette dans nos sociétés entre libéraux et keynésiens, ayant tous deux des arguments clairs, compréhensibles et tout à fait pertinents.



