Velvet

Fin avril, Velvet a dévoilé sa première motrice à la presse. La nouvelle compagnie ferroviaire, qui prévoit de lancer ses premiers trains dès 2028 entre Paris et la façade atlantique, marque ainsi une étape clé. Pour la première fois depuis l’ouverture à la concurrence, une entreprise 100 % française, fondée en 2024 par une ancienne cadre de la SNCF, s’apprête à entrer sur le marché. Jusqu’ici, seules des compagnies étrangères, comme l’espagnole Renfe ou l’italienne Trenitalia, exploitaient des lignes à grande vitesse en France, à l’image de la liaison Paris-Lyon. Leur arrivée a déjà eu des répercussions concrètes pour les voyageurs et pour la SNCF.

Velvet, une nouvelle compagnie ferroviaire

Depuis l’ouverture à la concurrence du rail, seules des entreprises étrangères avaient osé se lancer sur le marché en raison des nombreuses barrières à l’entrée (homologation, coût du matériel roulant…). Mais l’attente touche à sa fin : Velvet, nom commercial de la société Proxima TopCo, va bientôt devenir la première compagnie ferroviaire privée entièrement française à se positionner. Cette nouvelle venue entend bousculer les codes du secteur.

À sa tête, Tim Jackson, investisseur britannique et ancien dirigeant des activités de la RATP au Royaume-Uni, ainsi que Rachel Picard, une figure emblématique du ferroviaire français. Après avoir dirigé Voyages SNCF, elle a notamment supervisé le lancement de Ouigo en 2013. Aujourd’hui, elle occupe les fonctions de présidente et cofondatrice de la nouvelle compagnie, aux côtés de son associé britannique.

Un milliard d’euros déjà levés pour Velvet

La jeune compagnie ferroviaire Proxima TopCo (marque Velvet) a finalisé en 2024 une levée de fonds d’un milliard d’euros, menée par le fonds d’investissement français Antin Infrastructure Partners, désormais actionnaire majoritaire. 850 millions d’euros de cette enveloppe seraient consacrés à l’acquisition de rames et à leur maintenance.

Fondé en 2007, Antin Infrastructure Partners est un fonds d’investissement français spécialisé dans les infrastructures liées aux télécommunications, aux transports, à l’énergie et à l’environnement.

Un contrat sur près de 20 ans signé avec Alstom

Velvet a déjà passé commande de 12 rames Avelia Horizon auprès d’Alstom, dont la livraison s’échelonne de 2028 à 2029, à raison d’une rame par mois. Le constructeur en assurera la maintenance dès 2028, pour une durée minimale de 15 ans. La compagnie a opté pour le même modèle que les futurs TGV M de la SNCF, des trains qui consomment 20 % d’énergie en moins, coûtent moins cher en maintenance que les générations précédentes et qui peuvent atteindre plus de 300 km/h.

Dévoilé fin avril à la presse, ce nouveau train, reconnaissable à sa livrée vert foncé accompagnée de motifs rose lilas, devra encore subir une série de tests avant sa mise en service.

Pour se démarquer, Velvet a choisi des couleurs bien plus visibles que le gris pâle des TGV M de la SNCF. Comme l’a souligné Rachel Picard dans Le Figaro : « L’extérieur est la première chose que les gens verront, c’est notre outil de communication. »

L’aménagement intérieur, lui, reste encore secret. Plusieurs cadres de l’entreprise auraient passé des jours entiers à voyager en train, en avion ou en bus pour étudier les pratiques des autres opérateurs et en retenir le meilleur. « Le principal défi, reconnaît Rachel Picard, est de concevoir un intérieur qui convienne à tous les types de clients et de situations : des familles en week-end aux voyageurs professionnels. » Plusieurs prototypes de sièges ont déjà été testés par des passagers potentiels de différentes morphologies, et les éclairages ont été éprouvés sur une maquette grandeur nature.

 

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Une compagnie qui couvrira l’Ouest de la France

Velvet prévoit de lancer sa première liaison commerciale dès 2028, après la réception de ses quatre premières rames. La première ligne reliera Paris à Bordeaux, suivie de dessertes entre Paris et Rennes, puis Paris, Angers et Nantes.

La nouvelle compagnie se positionnera ainsi en concurrente de la SNCF, sans pour autant chercher une confrontation directe. Les axes qu’elle vise sont aujourd’hui saturés : les trains de la SNCF y affichent souvent complet plusieurs semaines à l’avance, laissant près de 15 % des voyageurs sans billet faute de places disponibles. Velvet ambitionne d’y ajouter jusqu’à 10 millions de places supplémentaires par an, entre la capitale et la façade atlantique.

Quel impact sur les prix des billets ?

Velvet ne communique pas encore sur sa future politique tarifaire, mais la compagnie précise d’ores et déjà qu’elle n’adoptera pas un modèle low cost, à l’instar des Ouigo de la SNCF. Néanmoins, l’arrivée d’un concurrent sur un marché a souvent pour effet une baisse mécanique des prix. Sur la ligne Paris-Lyon, par exemple, l’arrivée de Trenitalia aurait entraîné une diminution moyenne de 10 % du coût des billets, selon l’Autorité de régulation des transports.

Cette tendance s’explique par la nécessité, pour le nouvel acteur, de séduire les voyageurs et de les inciter à abandonner la compagnie historique. De son côté, cette dernière, pour conserver sa part de marché, est souvent contrainte de réajuster ses tarifs à la baisse.

Cependant, Velvet reconnaît investir à perte pour l’instant, une situation classique chez les start-up, notamment en raison des lourds investissements matériels nécessaires dans le secteur ferroviaire à l’exploitation d’une ligne.

Confort, fiabilité, ponctualité : les défis de Velvet face à la SNCF

Les voyageurs ne se contentent pas de chercher le billet le moins cher : ils attendent aussi une certaine qualité de service et confort. Les deux cofondateurs souhaitent que leurs trains soient adaptés à différents usages et profils de voyageurs, offrant ainsi la possibilité aux voyageurs de télétravailler ou encore aux familles de profiter du voyage.

Pour s’imposer, Velvet devra aussi rivaliser, voire surpasser l’opérateur historique, notamment sur des critères comme la ponctualité et la gestion des aléas sur le réseau ferroviaire, reconnaît sa cofondatrice.

La course aux rails est lancée dans l’Ouest

Parmi les nouveaux acteurs ferroviaires, Velvet semble être le plus abouti. Pourtant, ses ambitions pourraient bientôt être concurrencées par Le Train, une compagnie bordelaise créée en 2020. Cette dernière a annoncé dans Les Échos en 2024 son intention de lancer ses premiers trains dès 2027, soit potentiellement un an avant Velvet.

Le Train a déjà commandé 10 rames au constructeur espagnol Talgo et vise 50 trains quotidiens dès sa première année d’exploitation dans le Grand Ouest. Ses projets de desserte incluent des liaisons comme Bordeaux-Nantes (sans passer par Paris), Bordeaux-Rennes, Rennes-Paris et Bordeaux-Paris, des trajets qui recoupent en partie ceux de Velvet. La compagnie mise sur des prix stables et compétitifs, sans pour autant adopter un modèle low cost.

Cependant, malgré plusieurs levées de fonds auprès d’investisseurs, Le Train semble avoir récolté un montant total inférieur à celui de Proxima (Velvet). Sa capacité promise est également plus modeste : 5 millions de voyageurs par an, contre 10 millions pour Velvet.