Frais de scolarité des écoles de commerce : une hausse moins marquée en 2021 Frais de scolarité des écoles de commerce : une hausse moins marquée en 2021
Voilà maintenant six années que nous réalisons notre désormais traditionnelle enquête des frais de scolarité des écoles post-prépa pour leur Programme Grande École (PGE).... Frais de scolarité des écoles de commerce : une hausse moins marquée en 2021

Voilà maintenant six années que nous réalisons notre désormais traditionnelle enquête des frais de scolarité des écoles post-prépa pour leur Programme Grande École (PGE). On pourrait résumer ce marronnier estival par ces quelques mots : les frais de scolarité augmentent.

La raison de ces hausses répétées est d’ailleurs tout aussi immuable. Les écoles font en effet face à des besoins de financement croissants à mesure que la concurrence nationale et internationale s’intensifie. De l’autre côté de la balance, ces mêmes écoles doivent désormais se passer de l’aide pécunière des Chambre de Commerce et d’Industrie (CCI), de plus en plus exsangue financièrement, desquelles elles dépendaient autrefois.

En somme, nos chères business schools sont devenues au fil des années de véritables PME, certes toujours sous le statut associatif pour le plupart, mais soumises à des enjeux d’équilibre financier majeurs. C’est ainsi qu’entre 2009 et 2020, les frais de scolarité auxquelles doivent s’astreindre les ex-prépas (et les AST) ont bondi de plus de 80%, pour atteindre quelque 42 337€ (lorsque l’on pondère avec le nombre d’étudiants).

Pour autant, cette enquête 2021 nous a conduits à nous poser avec plus de force encore des questions déjà esquissées l’année dernière. Sur la pérennité d’un tel modèle d’abord, alors que la hausse moyenne dépasse les 4% d’une année à l’autre depuis plus de 10 ans ; cette interrogation amène de fait celles des éventuelles alternatives pour les écoles. Sur les conséquences de la pandémie quant à cette politique tarifaire ensuite, alors que des mouvements de contestation des frais de scolarité ont émergé sporadiquement au sein des écoles de management.

Si l’année 2021 semble donc être une année charnière en termes de frais de scolarité pour les écoles de commerce, elle le sera aussi en raison de la généralisation des initiatives de différenciation tarifaire. Une solution qui pourrait se révéler viable pour les écoles, obligées d’augmenter leurs ressources et pourtant enjointes à garantir une ouverture sociale encore très imparfaite.

 

Frais de scolarité 2021 : une hausse globale plus mesurée qu’à l’accoutumée

En 2021, l’augmentation des frais de scolarité des PGE d’école de commerce est indéniablement moins marquée que ces dernières années. Il suffit de regarder le pourcentage d’augmentation d’une année à l’autre (en considérant cette fois la moyenne des écoles indépendamment du nombre d’intégrés) pour s’en rendre compte. À noter que les chiffres avancées se basent uniquement sur les trois années de frais de scolarité normalement effectuées ainsi que sur l’année de césure (payante dans la plupart des écoles).

 

Augmentation annuelle relative des frais de scolarité (2016-2021, sans pondération du nombre d'étudiants)

École2021202020192018201720162015 
HEC Paris54450539204995046050451504245041250
ESSEC52985511004740045000435004170040500
ESCP BS54300532504915047400432004140039000
EDHEC BS50880492004730046800450004500045000
emlyon bs48200482004450044500440004400037500
Audencia BS46200458504510041450413503600034000
SKEMA BS46000430004250042500365003350031690
Grenoble EM44360434704140037528375283411833573
NEOMA BS44650405003760035500343803264032640
TBS39750397003670035700321503080030700
KEDGE BS40100392003885036000356403495034200
Rennes SB39800372003550033600324003120028800
Montpellier BS38500369003600032700327003150031125
IMT-BS24350243502225022250196501875016950
BSB35200345003370031500276002760025500
EM Strasbourg26300267002670026928269282682822500
La Rochelle BS35690332503320031100297002835028350
ICN BS35650327003220031600307002870027800
EM Normandie34575345753232530400291002737026770
INSEEC SBE34350344003440032850328503185031850
ISC Paris BS37150363003730034300343003285032340
ESC Clermont28550285502855028550247502475024750
SCBS26400264002685025500250002520024500
Brest BS32300305002900027500275002550025500
MOYENNE39890385323701835300338163237531116
Pourcentage d'augmentation (N-1)2,80%4,09%4,87%4,39%4,45%4,05%/

Dans le détail, cette hausse mesurée s’avère être le fait de l’ensemble des écoles, à quelques exception près. Voici celles qui se distinguent particulièrement cette année :

 

HEC marque le pas

Si ce tassement de l’augmentation des frais de scolarité se vérifie globalement, HEC Paris est sans doute celle qui incarne le mieux ce phénomène. Alors que depuis 2016, les frais de scolarité augmentaient en moyenne de plus de 6% par an, cette hausse n’atteint pas le pourcent entre 2020 et 2021. Il faut néanmoins nuancer ce constat : cette augmentation n’est pas linéaire d’année en année, et celle-ci a été particulièrement importante ces deux dernières années (comme pour l’ESSEC et ESCP, les trois parisiennes ayant tendance à synchroniser leurs hausses).

Faut-il voir dans le départ en octobre dernier de Peter Todd , qui dirigeait HEC depuis 2015 et qui avait initié cette politique d’augmentation des frais de scolarité « de 6 à 8% par an », la raison de cette hausse modérée ? Plus probablement, on peut estimer que l’école jovacienne marque un coup d’arrêt dans cette augmentation des frais de scolarité après deux années successives à 8% d’augmentation, et que la crise sanitaire a amplifié ce phénomène. Il sera donc intéressant de connaître le montant de la hausse prévue par HEC pour l’année 2022.

 

L’EDHEC passe la barre des 50 000€

Six ans après avoir atteint les 40k de frais de scolarité, l’EDHEC passe à nouveau une barre symbolique cette année, celle des 50 000€ sur l’ensemble du cursus (50 880€). Elle rejoint ainsi les trois Parisiennes dans ce club restreint. Il est intéressant de souligner que l’école creuse l’écart avec l’emlyon, qui se maintient à 48200€ pour la seconde année consécutive.

 

NEOMA, SKEMA, KEDGE : les fusionnées accélèrent

Les trois écoles issues de la fusion de deux institution que sont NEOMA, SKEMA et KEDGE ont toutes trois choisi d’augmenter leurs frais de scolarité en 2021. SKEMA en particulier passe haut-la-main la barre des 45 000 euros, avec une hausse de 6,5%. Celle-ci dépasse les 10% pour NEOMA, qui atteint donc 44650€ au total. Du côté de KEDGE, la hausse est plus modérée, mais elle permet à l’école bordo-marseillaise de dépasser les 40 000€.

TBS devient de facto la seule école du top 11 (légèrement) en dessous des 40 000€ de frais de scolarité, elle qui a par ailleurs annoncé une indexation des frais de scolarité sur les revenus (nous y reviendrons).

 

Une baisse inédite pour l’EM Strasbourg

Quand nous vous disions que cette année était hors norme… il est en effet très rare de voir une école diminuer ses frais de scolarité d’une année à l’autre. C’est le cas cette année de l’EM Strasbourg, dont la césure passe de 1200€ à 800€.

 

Cette hausse globale limitée des frais de scolarité est-elle partie pour durer ?

La Covid aura-t-elle temporairement tempéré les ardeurs des écoles de commerce post-prépa, ou bien cette hausse limitée des frais de scolarité annonce-t-elle une dynamique plus structurelle ? La question mérite d’être posée. En 2015, le DG de Grenoble EM, Loïck Roche, imaginait un plafond de verre à 50 000€ pour l’EDHEC et l’emlyon (nous y sommes donc) et à 40 000 pour ses poursuivantes ; un seuil déjà franchi depuis quelques années. Autre constat intéressant, la corrélation entre  les frais de scolarité et le choix  de l’école est en réalité très faible, comme nous le soulignions dans notre enquête de 2018.

De ce fait, la crise sanitaire que nous traversons aujourd’hui a de toute évidence freiné cette hausse visiblement inexorable des frais de scolarité. Pour autant, les écoles semblent dans leur ensemble toutes disposer d’une marge de manœuvre encore confortable. Faut-il le rappeler, même si la hausse des frais de scolarité dépasse celle des salaires de sortie sur une période donnée, faire un PGE dans une école de commerce post-prépa est tout à fait rentable : il suffit de voir l’écart de salaire entre les diplômés de ces institutions et d’autres formations comparables.

Néanmoins, dans un pays comme la France où de nombreuses formations de supérieur sont quasi-gratuites, le débat pèse avec davantage de force que dans d’autres pays de l’OCDE (les Etats-Unis en tête, où formation de qualité rime nécessairement avec frais de scolarité exorbitants). Il s’agit donc à court terme d’une question éminemment sociétale et sociale, et moins de quelque considérations quant au « retour sur investissement » des écoles de commerce post-prépa.

À moyen terme en revanche, les hausses devront certainement s’éroder et les écoles n’auront alors d’autres choix que de trouver des alternatives substantielles pour amortir leurs besoins croissants. Les pistes sont ici nombreuses, et plus ou moins explorées selon les écoles. Citons notamment les dons émanant des alumni (tradition très ancrée en Amérique du Nord mais qui peine pour le moment à s’imposer en Europe), le renforcement de la formation continue et en ligne, l’investissement dans un parc immobilier conséquent, ou encore l’ouverture du capital à des acteurs privés (à l’instar de l’emlyon, désormais sous le statut de Société Anonyme).

 

Vers la modularisation généralisée des frais de scolarité ?

Nous le disions en introduction, la solution consistant à pratiquer des tarifs différenciés selon le revenu des familles des étudiants, celle que nous préconisions déjà dans cet article en 2018, a connu un engouement spectaculaire cette année. Alors que le débat autour de l’attribution de point bonus aux boursiers divise grandement l’écosystème classe prépa / Grande École depuis deux ans, une poignée d’écoles ont adopté des mesures d’indexation des frais de scolarité en fonction du revenu des familles, avec pour objectif affiché d’accroitre l’ouverture sociale en leur sein.

Cette pratique est déjà de mise à HEC Paris, qui finance une partie considérable des frais de scolarité des boursiers par le biais de sa fondation. IMT-BS exonère également tout à fait les boursiers de droits de scolarité, et a même introduit un tarif intermédiaire pour les étudiants issus des classes moyennes l’année dernière après avoir augmenté significativement ses tarifs pour ses autres élèves, et ce afin d’éviter un effet de seuil trop important.

Ce deux écoles ont donc été rejointes cette année par l’ESCP (qui renonce par ailleurs à attribuer des points bonus aux étudiants les plus modestes), TBS, ou encore l’EDHEC avec à chaque fois des dispositifs et des remises plus ou moins ambitieuses. Ajoutons que l’ESSCA, qui est l’une des écoles post-bac les plus réputées de France, opte aussi pour cette politique tarifaire à la rentrée. Ailleurs, les dispositifs de bourses se renforcent, conduisant aussi à une tarification indirectement différenciée entre étudiants en fonction de l’origine sociale.

Il y a fort à parier qu’à l’heure où les écoles de commerce (et plus généralement les Grandes Écoles françaises) sont exhortés à s’ouvrir davantage socialement, cette troisième voie pour concilier financement efficace des écoles et accessibilité pour les publics les moins favorisés fasse des émules dans les années à venir. Rendez-vous en 2022 pour connaître la suite de l’histoire !

 

Les frais de scolarité 2021 des écoles de commerce post-prépa

École Frais de scolarité 2021 des écoles de commerce
HEC Paris 54 450 €
ESSEC 52 985 €
ESCP BS 54 300 €
EDHEC BS 50 880 €
emlyon bs 48 200 €
Audencia BS 46 200 €
SKEMA BS 46 000 €
Grenoble EM 44 360 €
NEOMA BS 44 650 €
TBS 39 750 €
KEDGE BS 40 100 €
Rennes SB 39 800 €
Montpellier BS 38 500 €
IMT-BS 24 350 €
BSB 35 200 €
EM Strasbourg 26 300 €
La Rochelle BS 35 690 €
ICN BS 35 650 €
EM Normandie 34 575 €
INSEEC SBE 34 350 €
ISC Paris BS 37 150 €
ESC Clermont 28 550 €
SCBS 26 400 €
Brest BS 32 300 €

 

Les recettes issues des frais de scolarité des Grandes Ecoles de commerce post-prépa

 

ÉVOLUTION ANNUELLE FRAIS DE SCOLARITÉ

Dimitri Des Cognets

Rédacteur en chef de Major-Prépa