travailleurs

L’Espagne est aujourd’hui l’un des principaux pays d’accueil de migrants en Europe. C’est en effet le deuxième pays européen à accueillir le plus de migrants, après l’Allemagne. La ministre espagnole de la Sécurité sociale et des Migrations qui s’occupe de la situation est Elma Saiz. Dans l’opinion publique, le pays a largement échappé à la montée du sentiment anti-immigration observable dans d’autres pays européens. En 2025, 37 000 migrants irréguliers sont entrés dans le pays et 90 % des emplois nouvellement créés entre janvier 2024 et mars 2025 ont été occupés par des migrants. Dès lors, la place du travail des sans-papiers dans l’économie espagnole pose question.

Actualités récentes

Le président Sánchez a annoncé une régularisation de 500 000 travailleurs sans papiers en 2026. Le décret a été approuvé le 27 janvier 2026. Il s’agit d’un décret royal, c’est-à-dire d’une réglementation constitutionnelle publiée au Journal officiel sans passer par le vote du Parlement.

Cette réforme fait suite à une initiative populaire signée par plus de 600 000 personnes et soutenue par environ 900 associations. Ce décret concerne les personnes séjournant en Espagne depuis au moins cinq mois à la fin de 2025, ainsi que les demandes déposées avant fin 2025. Les personnes concernées ne doivent pas avoir de casier judiciaire.

Sous ces conditions, elles peuvent solliciter un permis de séjour d’un an via une procédure accélérée. Cette réforme leur offre un parcours progressif sur plusieurs années pour obtenir le droit légal de vivre, travailler et, à terme, acquérir la citoyenneté. L’objectif est d’offrir à ces migrants « l’opportunité de bénéficier d’une égalité totale de droits ». Les bénéficiaires de ce dispositif pourront ensuite travailler dans n’importe quel secteur, partout dans le pays. Enfin, les demandes pourront être déposées jusqu’au 30 juin.

Position du gouvernement espagnol sur l’immigration

Pour Pedro Sánchez, l’immigration est cruciale

Pour Pedro Sánchez, affilié au parti de gauche PSOE, les migrants jouent un rôle crucial dans le maintien de l’État-providence. Selon lui, cette intégration dans l’économie formelle ne fera que renforcer les systèmes de sécurité sociale du pays. Il a déclaré : « L’Espagne doit choisir entre être un pays ouvert et prospère ou un pays fermé et pauvre. » (España debe elegir entre ser un país abierto y próspero o un país cerrado y pobre.)

Par ailleurs, il existe en Espagne des politiques migratoires qui orientent les étrangers vers certains secteurs en manque de main-d’œuvre, précisément parce que ces secteurs offrent de mauvaises conditions de travail. La Moncloa assume pleinement cette politique pro-immigration.

Je te conseille cet article qui développe la position du président espagnol sur l’immigration.

Alors que pour la droite, l’immigration est problématique

Santiago Abascal, leader du parti d’extrême droite espagnol Vox, a vivement réagi à l’annonce de cette régularisation massive. Il appelle à la remigration, slogan d’extrême droite qui prône l’expulsion massive des personnes nées à l’étranger, y compris parfois des citoyens naturalisés.

Cette réforme suscite une vive inquiétude quant aux conséquences pour l’espace Schengen au sein de la droite et de l’extrême droite espagnoles, qui dénoncent l’absence de vérification des antécédents pénaux. Le Partido Popular (PP) s’oppose lui aussi à cette régularisation.

Pourtant, selon le ministère de l’Intérieur, si le nombre d’étrangers a doublé en vingt ans, le taux de criminalité a reculé de 9 points. Certains habitants partagent néanmoins les inquiétudes de la droite et de l’extrême droite, comme dans la région de Murcie où des émeutes anti-migrants ont éclaté en juillet 2025, suite à l’agression d’un sexagénaire. Des violences se sont prolongées pendant plusieurs jours.

Si tu veux en savoir plus sur ce sujet, tu peux lire cet article de la BBC en espagnol.

Des mouvements pro-migration existent aussi. C’est le cas de Regularización Ya, une organisation antiraciste et un mouvement de collectifs de migrants fondé en 2000, dont l’objectif est : « Escribir nuestra historia y promover un cambio de paradigma en el diseño de las políticas migratorias y sociales que nos atraviesan. »

Dans un contexte européen contre l’immigration

Cette régularisation va à contre-courant des politiques migratoires restrictives menées à l’échelle européenne. Elle suscite des tensions au sein de la Commission européenne, particulièrement de la part de la droite et de l’extrême droite. Elle intervient au moment même où l’Union européenne réduit drastiquement les droits des demandeurs d’asile.

La Commission européenne ne prévoit pas de conséquences négatives, mais elle reste prudente : régulariser ces migrants implique de leur accorder la liberté de circulation dans l’espace Schengen. Cette tension s’est notamment exprimée le 10 février 2026 au sein du Parlement européen, lors du vote autorisant les États membres à renvoyer les demandeurs d’asile vers des pays tiers jugés « sûrs » par l’Union européenne.

Profils des travailleurs migrants en Espagne

Les migrants qui arrivent en Espagne sont majoritairement originaires du Venezuela, de la Colombie, de l’Équateur et du Maroc. Ceux qui viennent du Maroc transitent par les exclaves espagnoles de Ceuta et Melilla, situées sur le territoire marocain. En règle générale, les migrants entrent en Espagne légalement ; or, la durée de validité de leur visa, souvent touristique, expire rapidement, ce qui les contraint à travailler sans autorisation pour continuer à percevoir un revenu.

Par ailleurs, les enfants des migrants sans papiers rencontrent fréquemment des difficultés scolaires, ce qui complique à la fois leur intégration sociale et leur insertion professionnelle. Leur niveau de qualification scolaire constitue ainsi un facteur déterminant pour leur intégration sur le marché du travail.

Secteurs d’activité concernés

Les sans-papiers et les migrants espagnols occupent en grande majorité des emplois peu qualifiés :

  • construction ;
  • agriculture ;
  • commerce ;
  • hôtellerie-restauration ;
  • services à domicile (cuisine, ménage, garde d’enfants).

 

Tu peux retenir ce chiffre : 73 % des travailleurs étrangers affiliés à la sécurité sociale espagnole exercent dans le secteur des services. Selon un rapport du groupe de réflexion Funcas, « même pendant les années où le chômage dépassait 25 %, le soutien à l’immigration est resté largement stable ». Certains secteurs sont ainsi structurellement dépendants de l’immigration : services domestiques, hôtellerie, construction et activités administratives.

À l’inverse, les secteurs qui emploient le moins d’immigrés sont l’éducation, l’administration publique et la sécurité sociale. La précarité administrative de ces travailleurs, dont le visa est souvent périmé, les pousse à accepter des conditions de travail difficiles et des salaires faibles.

Ces emplois se caractérisent par leur pénibilité physique, leur caractère manuel, leur faible niveau de qualification requis et une formation essentiellement acquise sur le terrain. Des inégalités de genre s’observent dans la répartition du travail : plus de 70 % des femmes étrangères travaillent dans un secteur dont la rémunération est inférieure à la moyenne du marché du travail espagnol.

Répartition selon les types de professions des Espagnols et étrangers en Espagne

Rôle des migrants dans le système espagnol

Dans l’économie espagnole

Les étrangers représentent 14 % des travailleurs en Espagne et près de 70 % d’entre eux occupent un emploi. L’objectif de la régularisation annoncée par Sánchez est de soutenir la croissance et de dynamiser l’économie espagnole. Aujourd’hui, certains domaines en dépendent complètement. Par ailleurs, l’économie espagnole est l’une des plus dynamiques de l’Union européenne. Avec un taux de croissance de 2,6 % au dernier trimestre de 2025, elle est supérieure à la moyenne européenne de 1,7 %.

Les travailleurs sans papiers et les migrants constituent ainsi un moteur de croissance pour l’économie espagnole, en comblant les pénuries de main-d’œuvre dans des secteurs délaissés par les travailleurs nationaux. Ce système forme un cercle vertueux : les étrangers sont attirés par la croissance économique espagnole et ils contribuent en retour à l’alimenter. 90 % des emplois nouvellement créés entre janvier 2024 et mars 2025 ont été occupés par des migrants.

Taux de chômage

Cet article de la BBC te permettra de développer l’aspect économique de la migration en Espagne.

Dans la démographie espagnole

Au-delà de l’économie, l’Espagne a besoin de l’apport migratoire pour faire face à ses défis démographiques. Son taux de fécondité est de 1,12 enfant par femme, contre 1,38 en moyenne dans l’Union européenne, le deuxième plus bas après Malte. Face au vieillissement de sa population, l’Espagne a besoin d’une main-d’œuvre active pour maintenir son dynamisme économique, main-d’œuvre qu’elle trouve notamment parmi les personnes qui fuient leur pays d’origine.

Les migrants représentent aujourd’hui plus de neuf millions de personnes en Espagne, soit 18 % de la population. Leur contribution est essentielle au financement d’un système de sécurité sociale mis sous pression par le vieillissement de la population. Sur le plan politique, la gauche s’appuie sur ces arguments pour justifier sa politique pro-immigration : elle permet à la fois de compenser le vieillissement de la population et de soutenir la croissance économique.

Conclusion

Le travail des migrants sans papiers en Espagne constitue un pilier de la prospérité économique espagnole, dans un défi démographique et économique. La régularisation annoncée par Sánchez vise donc à pérenniser ce cercle vertueux, en offrant à ces travailleurs une reconnaissance juridique qui bénéficiera à l’ensemble du pays.

Je te conseille cet article sur l’immigration dans le monde hispanophone.

Vocabulaire

  • les sans-papiers : las personas indocumentadas
  • régularisation : regularización
  • plaider en faveur de : abogar por…
  • s’indigner : indignarse
  • antécédents pénaux : antecedentes penales
  • étrangers : extranjeros
  • émeutes : disturbios
  • aller à contre-courant : ir a contracorriente
  • demandeurs d’asile : solicitantes de asilo
  • trouver du travail : encontrar/conseguir trabajo
  • échec scolaire : fracaso escolar
  • marché du travail : mercado laboral
  • secteurs dépendants : sectores dependientes
  • services domestiques : servicios domésticos
  • situation administrative irrégulière : situación administrativa irregular
  • des travaux peu rémunérateurs : trabajos barratos
  • tâches manuelles : trabajos manuales
  • inégalités de genre : desigualdades de género
  • soutenir la croissance : sostener el crecimiento
  • source de croissance : fuente de crecimiento
  • mettre en place un système : poner en marcha/implementar un sistema 
  • cercle vertueux : círculo virtuoso
  • taux de fécondité : tasa de fecundidad
  • main-d’œuvre : mano de obra
  • fuir : huir
  • prospérer : prosperar/crecer
  • pallier : sustentar