Le 1er janvier 2026, l’Espagne a fêté les 40 ans de son entrée dans l’Union européenne. Aujourd’hui, elle occupe une place importante au sein des 27. Ce pays de la péninsule ibérique est un acteur majeur de l’Union européenne, sans pour autant être sur le devant de la scène. Nous t’expliquons dans cet article la place de l’Espagne dans l’UE depuis la dictature de Franco jusqu’à aujourd’hui.
Caractéristiques de l’Espagne dans l’Union européenne
Quatrième économie de l’Union européenne et quatrième pays le plus peuplé d’Europe avec près de 49 millions d’habitants, l’Espagne reste néanmoins derrière l’Allemagne, la France et l’Italie dans ces classements. Voici un panorama de sa place actuelle dans l’espace européen sur les plans économique, politique et démographique.
Sur le plan économique
- Son PIB par habitant, qui s’élève à 34 500 €, est inférieur à la moyenne de l’UE (38 100 €). Il représente 8,7 % du PIB total de l’UE.
- Économiquement, le tourisme permet au pays de se démarquer : c’est son premier secteur économique et des touristes de toute l’Europe s’y rendent (Allemands, Britanniques et Français sur le podium).
- En ce qui concerne le chômage des Espagnols, le pays n’est pas bon élève, puisqu’en 2022, il avait l’un des taux les plus hauts d’Europe, avec 12,5 % de la population sans emploi.
Sur le plan politique
- Sur un total de 720 représentants de tous les pays au Parlement européen, l’Espagne en compte 61.
- Aussi, le pays communique avec les institutions européennes grâce à sa représentation permanente à Bruxelles (Bruselas).
Sur le plan démographique
Fin 2024, avec ses presque 49 millions d’habitants, l’Espagne figure parmi les pays les plus peuplés d’Europe (83 millions d’Européens) derrière l’Allemagne, la France et l’Italie.
Les migrations
La position géographique de l’Espagne la place comme un acteur clé de la politique migratoire. Et c’est surtout sa proximité avec le détroit de Gibraltar, passage de migrants du Maghreb vers l’Europe, qui fait d’elle un acteur clé des flux migratoires en Europe, aux côtés d’autres pays d’Europe du Sud. Le détroit de Gibraltar, mesurant près de 15 km, sépare l’Espagne du Maroc. C’est une des routes maritimes les plus fréquentées de la planète.
On parle donc d’un pays en première ligne des routes migratoires occidentales, passant par le Maroc, puis les côtes espagnoles. C’est aussi le seul pays européen à avoir une frontière terrestre avec l’Afrique subsaharienne. Effectivement, les enclaves espagnoles de Ceuta et Melilla sont bien frontalières au Maroc. L’Espagne doit donc faire preuve de coopération avec ce pays pour refouler les migrants qui tentent de traverser la frontière pour arriver en Europe.
En juin dernier (2026), l’Espagne, le Royaume-Uni et l’Union européenne ont scellé un accord historique sur la question migratoire. Cet accord prévoit l’entrée de Gibraltar dans l’espace Schengen, afin de permettre la libre circulation des personnes.
L’intégration de l’Espagne dans l’UE
La tentative d’adhésion sous la dictature de Franco
Le parcours de l’Espagne pour entrer dans l’Union européenne n’a pas été linéaire. Du fait de son passé dictatorial, l’Espagne a dû davantage négocier pour faire partie de l’organisation. Dès 1962, alors que la péninsule est encore sous dictature, des négociations s’ouvrent avec la Communauté économique européenne (CEE).
L’intégration n’a pas pu se faire à ce moment-là, car Franco était encore au pouvoir, mais la CEE restait quand même ouverte à une relation commerciale. C’est finalement en 1970 qu’un accord commercial préférentiel est signé entre l’Espagne et la CEE : c’est le début des exportations espagnoles vers les autres pays européens.
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Après la mort de Franco
Cependant, la condition sine qua non à une adhésion totale à la CEE reste un changement de régime. C’est donc en 1975, avec la mort de Franco et le début de la période de la transition démographique, que peuvent réellement débuter les démarches pour intégrer l’organisation européenne. Le gouvernement d’Adolfo Suárez met tout en œuvre pour que l’Espagne puisse y adhérer.
Par exemple, c’est lors du premier Conseil des ministres que l’homme politique approuve l’envoi de la demande officielle d’adhésion. Il en fait une priorité absolue de ses fonctions. De plus, le consensus autour de l’adhésion de l’Espagne à la CEE dans l’hémicycle a été un facteur déterminant dans son intégration. Suárez avait l’ « appui de tout l’hémicycle ».
Cependant, pour les autres pays de la CEE, l’accord n’était pas unanime. La France, par exemple, était réticente face à la concurrence économique de l’Espagne. C’est pourquoi la Grèce a pu adhérer en 1981 alors que l’Espagne et le Portugal ont dû continuer à négocier.
Puis, en 1982, le PSOE remporte la majorité absolue des sièges au Congrès des députés et au Sénat (Congreso de los diputados y Senado : las dos cámaras, alta y baja, de las Cortes Generales). Cela a eu une forte répercussion sur son adhésion en Europe. L’Espagne et la CEE ont signé le 12 juin 1985 le traité d’adhésion de l’ancienne dictature à la CEE. Son adhésion à l’Europe représente la fin de son isolement causée par la dictature de Franco, qui lui a coûté, notamment économiquement.
Finalement, le 1er janvier 1986, l’Espagne et le Portugal adhèrent officiellement à la CEE, après huit années de négociations. Cette adhésion représente aussi pour l’Espagne une reconnaissance internationale de sa démocratie naissante. Comme les autres pays de la Communauté économique européenne, l’Espagne est entrée dans l’espace Schengen en 1995 et a adopté l’euro en 1999.
Voici un tableau des acteurs clés de l’intégration de l’Espagne dans la CEE
| Photo | Nom | Fonction | Période | Parti politique |
|---|---|---|---|---|
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Adolfo Suárez | Presidente del Gobierno de España | 1976-1981 | UCD |
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Leopoldo Calvo-Sotelo | Ministro para las Relaciones con las Comunidades Europeas | 1978-1980 | UCD |
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Gabriel Ferrán de Alfaro | Embajador y Jefe de Misión de España ante las Comunidades Europeas | 1981-1985 | — |
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Felipe González | Presidente del Gobierno de España | 1982-1996 | PSOE |
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Fernando Morán | Ministro de Asuntos Exteriores | 1982-1985 | PSOE |
Évolution de la place de l’Espagne dans l’UE
José Luis Rodriguez Zapatero a été président du gouvernement espagnol de 2004 à 2011. Affilié au PSOE, il est favorable à l’intégration européenne. Il soutient avec ferveur le projet de traité établissant une Constitution pour l’Europe, approuvé en février 2005. En Espagne, lors du referendum qui a mené 11 millions de personnes à voter, 76 % ont dit être « pour » la Constitution européenne. De plus, à plusieurs reprises, des Espagnols ont occupé des hautes fonctions au Parlement européen.
C’est le cas :
- d’Enrique Baron Crespo (PSOE), qui a été président du groupe Parti socialiste européen au Parlement européen de 1999 à 2004.
- de José Maria Gil-Robles, président du Parlement européen de 1997 à 1999.
- de Josep Borrell (PSOE) qui a été vice-président de la Commission européenne de 2019 à 2024 et président du Parlement européen de 2004 à 2007.
Apports de l’Union européenne à l’Espagne
Espagne et crise financière et économique de 2008
La crise financière mondiale de 2008 a eu de grandes répercussions économiques et sociales pour l’Espagne. Depuis le début de son adhésion à l’UE, l’Espagne y gagne économiquement, puisque l’organisation des 27 l’aide à son développement économique, notamment en favorisant ses échanges commerciaux avec l’extérieur.
L’UE a spécifiquement aidé l’Espagne lors de la crise financière de 2008 qui a entraîné une crise économique. Cette période est aussi appelée « crise de la dette » (crisis de la deuda) dans la zone euro, puisque plusieurs États européens se sont confrontés à des difficultés financières. Pour ce qui est de l’Espagne, le pays a pu bénéficier du Fonds européen de cohésion, qui a permis de relever le niveau de vie des Espagnols.
En juin 2012, alors que l’Espagne est en pleine crise, un accord est conclu entre le gouvernement de Rajoy et l’Union européenne pour mettre en place une recapitalisation bancaire. L’aide, d’un montant pouvant aller jusqu’à 100 milliards d’euros, avait pour objectif de sauver le secteur bancaire espagnol, en grande difficulté à ce moment.
Cependant, au mois d’avril qui a suivi, le président de la Commission européenne de l’époque, José Manuel Barroso, déclare : « Autant je pense que cette politique ‘de rigueur’ est fondamentalement bonne, autant je pense qu’elle a atteint ses limites. Pour être couronnée de succès, une politique doit non seulement être conçue correctement, mais elle doit recueillir un minimum de soutien politique et social. » (Por mucho que considere que esta política de ‘austeridad’ es fundamentalmente positiva, también creo que ha llegado a sus límites.)
Ainsi, l’Union européenne a accordé deux ans supplémentaires à la Moncloa pour ramener son déficit sous la barre des 3 % du PIB.
Espagne et crise sanitaire et économique de la Covid-19
L’Espagne a enregistré 13 millions de cas de Covid et un peu moins de 120 000 décès dus au virus. Elle paraît donc, auprès de 14 autres pays européens, être parmi les 20 pays les plus touchés dans le monde sur le critère du nombre de décès confirmés par million d’habitants. Les institutions et organismes de l’Union européenne ont donc préconisé des recommandations et actions sur la dimension sanitaire et les conséquences économiques et sociales.
Concernant l’Espagne, avec l’Italie, ce sont des pays qui ont été très affectés par la chute des activités de services. Ils ne font donc pas partie, avec les autres pays de l’Union, de ceux qui auraient dû retrouver leur niveau d’activité de fin 2019 à la fin de 2021 ou le début de 2022.
De plus, suite à la crise sanitaire, l’endettement des 27 est passé de 77,6 % à 90,8 % du PIB. Dans sept pays, la dette publique dépasse 100 % du PIB, dont l’Espagne avec 120 % (la France est à 116 %).
Dans les pays déjà très endettés avant la pandémie, l’endettement est encore plus élevé. Par exemple, pour l’Espagne, son endettement a augmenté de 25 points (18 pour la France).
La solidarité des membres de l’UE envers l’Espagne
Au sein de l’UE, on a pu remarquer un manque de solidarité général, qui touche entre autres l’Espagne. Il a quand même été mis en place un « Fonds de relance ». Et des mouvements de solidarité, à petite échelle.
Concernant l’Espagne, tu peux prendre comme exemple :
- Le Luxembourg, qui lui a fourni 1,44 tonne de matériel destiné à réaliser des vêtements de protection individuelle pour le corps médical.
- La Tchéquie, qui lui a offert 10 000 combinaisons de protection et 50 respirateurs.
En ce qui concerne le plan de relance européen, il s’élève à 79,85 milliards d’euros de subventions au total et 83,16 milliards d’euros de prêts demandés. L’Espagne est le deuxième pays bénéficiaire de ce plan. Pour les subventions, elle aurait dû toucher un peu moins de 80 milliards d’euros, selon la Commission européenne.
Finalement, l’Espagne a reçu 30 % de ce qu’elle demandait, soit 48 milliards d’euros. Elle rembourse progressivement ses prêts. En mars 2025, elle avait déjà remboursé 27 % de son prêt à l’UE.
Repower UE
L’Europe prévoit d’investir 210 milliards d’euros d’ici à 2027 pour faire face à la dépendance au gaz russe. En effet, en janvier 2026, le Conseil de l’Union européenne a donné son feu vert définitif à une interdiction des importations de gaz russe.
Les aides de l’UE sont réparties selon une formule qui tient compte de plusieurs critères, dont le nombre d’habitants et leur dépendance aux combustibles fossiles. L’Espagne est l’un des premiers pays bénéficiaires. La part du gaz russe représente 13 % de ses importations de gaz naturel.
Les enjeux actuels
Environnement
Sur le plan environnemental, l’Union européenne a mis en place le Pacte Vert (Pacto Verde Europeo). Par conséquent, l’Espagne a elle-même introduit une loi afin de remplir les objectifs européens : la Ley Europea del Clima.
L’objectif du Pacte Vert est de transformer l’UE en une économie moderne et efficace dans l’usage des ressources naturelles. Cela comprend :
- un arrêt des émissions nettes de gaz à effet de serre d’ici 2050 ;
- une croissance économique dissociée de l’utilisation des ressources ;
- que personne ni aucun endroit ne soit laissé pour compte.
La Ley Europea del Clima de l’Espagne a elle pour objectifs :
- d’investir dans des technologies respectueuses de l’environnement ;
- de soutenir l’industrie innovante ;
- de déployer des systèmes de transports publics et privés plus propres et sains ;
- de décarboner le secteur des énergies ;
- de garantir le fait que les immeubles soient plus efficaces énergétiquement ;
- de collaborer avec des partenaires internationaux pour améliorer les normes environnementales mondiales.
Intelligence artificielle
Concernant l’intelligence artificielle, l’Espagne se positionne comme un pôle majeur en Europe. Elle a massivement investi dans l’IA et le cloud, ce qui s’est notamment traduit par l’implantation de Microsoft à Madrid et des investissements faits par Oracle. Tout comme pour les normes environnementales, elle aligne ses lois sur les directives européennes, permettant à ses avancées technologiques de rester conformes aux normes de sécurité et de respect de la vie privée.
De plus, le gouvernement espagnol a approuvé un projet de loi qui garantit une supervision humaine et un usage fiable de l’IA. Celui-ci permet de renforcer la place de l’Espagne comme un pays référent en matière d’IA, mais aussi de régulation de celle-ci.
Conclusion
Tu connais maintenant toute l’histoire de l’intégration de l’Espagne dans l’UE ! Et si tu veux terminer ta colle, tu peux utiliser cette information en ouverture : lors du sommet de l’OTAN à La Haye, en juin 2025, l’Espagne a rejeté publiquement le relèvement de l’objectif de dépenses de défense de l’alliance de 2 % à 5 % du PIB (demande du président Trump). Cette position audacieuse et assumée (saluée mais aussi critiquée) montre que la coalition gouvernementale est soucieuse de préserver les investissements sociaux face aux appels à un « keynésianisme militaire » européen.
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