intelligence artificielle

Depuis quelques années, alors que l’intelligence artificielle commence à se développer à l’échelle mondiale, l’Espagne cherche à devenir pionnière européenne dans ce secteur. Pedro Sánchez, chef du gouvernement espagnol depuis 2018, présente en effet l’IA comme une opportunité économique et a donc mis en place des aides publiques pour soutenir et dynamiser cette activité. Mais, parallèlement, le gouvernement espagnol cherche aussi à réglementer et à encadrer l’intelligence artificielle de manière plus ambitieuse que ce que propose la Commission européenne.

L’intelligence artificielle : un secteur majeur en Espagne

Un tissu entrepreneurial en forte expansion

De nombreuses entreprises centrées autour de l’intelligence artificielle (IA) se développent en Espagne, soutenues aussi bien par des investissements étrangers que locaux. Ainsi, des start-up émergent, comme Sherpa.ai (spécialisée dans l’IA prédictive) ou bien Turing Technologies (IA pour la santé). Ce dynamisme des start-up est aussi permis par les incubateurs technologiques mis en place à Barcelone ou à Valence. Aussi, la main-d’œuvre espagnole, de plus en plus qualifiée, notamment en formations d’ingénierie ou de data science, permet ce développement de l’IA dans le pays.

De grandes entreprises mondiales choisissent aussi l’Espagne comme porte d’entrée pour installer leurs infrastructures liées au numérique, et plus particulièrement l’intelligence artificielle, en Europe. Ainsi, Google a ouvert en 2022 un centre européen de cybersécurité à Malaga. Une autre entreprise américaine, Microsoft, a décidé d’investir à Madrid dans un data center cloud, qui intègre des outils d’IA et qui est une installation majeure pour le développement de ces solutions numériques. Ainsi, l’Espagne, progressivement reconnue comme un pôle d’innovation devient aussi pionnière dans l’IA en Europe.

La recherche en intelligence artificielle

Au-delà des entreprises d’intelligence artificielle, l’Espagne attire aussi des centres de recherches en IA. Cela s’explique notamment par un fort soutien de l’État, que nous développerons plus tard. De grandes entreprises, comme IBM (entreprise mondiale de solutions informatiques), collaborent étroitement avec le gouvernement espagnol pour faire progresser la stratégie nationale en matière d’IA et créer des modèles d’IA en langue espagnole, la deuxième langue la plus parlée au monde. Un accord a ainsi été signé en avril 2024, notamment sur une collaboration à la recherche et au développement d’une plateforme d’IA générative complète en espagnol.

Un des projets majeurs dans le domaine de l’intelligence artificielle qui a vu le jour en Espagne est l’installation de l’une des premières « AI Factories » européennes au Barcelona Supercomputing Center. C’est un laboratoire à grande échelle dédié à la recherche sur l’IA. Ce projet, soutenu par la Commission européenne, cherche justement à démocratiser les infrastructures de supercalcul (alimentées par IA), ce qui peut être un vrai moteur d’innovation en Europe. La Catalogne soutient financièrement le projet, tout comme d’autres pays européens, comme le Portugal, la Turquie ou la Roumanie.

L’État : acteur majeur dans le développement de l’IA

Depuis 2020, le gouvernement a lancé la Stratégie nationale d’IA dans le cadre du plan España Digital 2026, dotée de plus d’un milliard d’euros pour soutenir la recherche, l’innovation et les start-up. Cette stratégie s’appuie notamment sur des aides aux entreprises, mais aussi un modèle de partenariats public/privé.

Des aides aux entreprises d’intelligence artificielle

Lors de la 15ᵉ édition du forum Spain Investors Day, le président du gouvernement espagnol, Pedro Sánchez, et la secrétaire d’État au Commerce, Amparo López, ont affirmé vouloir que l’Espagne redevienne « la meilleure économie du monde » en 2025. Cela prouve une réelle volonté de dynamisme économique qui passe notamment par le secteur de l’intelligence artificielle.

Dans ce contexte et à l’occasion de ce forum, le gouvernement espagnol a décidé d’allouer 150 millions d’euros supplémentaires sous forme de subventions destinées aux entreprises qui développent leur utilisation et l’intégration de l’intelligence artificielle, dont 20 millions destinés spécifiquement aux PME. Cela a pour objectif de renforcer la position de l’Espagne sur le numérique et les nouvelles technologies.

Ces investissements sont réalisés par la Sociedad Española de Transformación Tecnológica (SETT), une entité publique chargée du financement et de l’investissement dans les technologies avancées liées à la transformation numérique, aux télécommunications, à la microélectronique, aux semi-conducteurs, aux nouvelles technologies numériques ou au secteur audiovisuel.

Le développement de partenariats publics/privés

La très forte attractivité de l’Espagne dans le secteur s’explique par un fort soutien de l’État, mis en place notamment par les gouvernements successifs de Pedro Sánchez, mais aussi par le développement de plusieurs partenariats publics/privés, comme la collaboration avec IBM évoquée précédemment. Les communautés autonomes développent aussi leurs propres pôles d’innovation numérique, rassemblant entreprises, chercheurs et pouvoirs publics au même endroit afin de favoriser l’expansion du secteur et d’attirer les entreprises technologiques. C’est le cas notamment en Catalogne ou dans la communauté de Madrid.

Sánchez a aussi annoncé, à l’issue de l’évènement « HispanIA 2040 : comment l’intelligence artificielle améliorera notre avenir », en janvier 2025, la publication d’un LLM (Large Language Model) en open source sur le site du gouvernement, précisant qu’il s’agissait là d’un modèle d’IA public. Ce modèle, entraîné à la fois en espagnol, en catalan, en galicien, en valencien et en basque, promet d’être plus pertinent pour les Espagnols. En effet, les modèles d’IA mondiaux sont la plupart du temps entraînés en anglais, et sont donc moins efficaces lorsqu’ils sont utilisés en espagnol.

Enfin, il a annoncé que le gouvernement cherchait à intégrer l’IA dans son fonctionnement, avec notamment un chatbot interne pour l’Agence fiscale, permettant d’accélérer les procédures administratives.

Une régulation et un encadrement ambitieux de l’IA menés par l’État

Si le gouvernement supporte l’intelligence artificielle, il cherche aussi à en réguler et à encadrer l’utilisation de manière plus ambitieuse et profonde que les projets mis en place par la Commission européenne.

Une régulation de l’intelligence artificielle

Le 14 juin 2025, le Parlement européen a adopté l’AI Act, visant à encadrer les domaines traités par l’intelligence artificielle. Seulement, ce règlement n’entrera réellement en application que dans quelques années. L’Espagne cherche donc à prendre les devants, notamment car c’est un secteur en pleine expansion.

C’est ainsi qu’au mois d’août 2025, le Conseil des ministres a approuvé la création d’une Agence espagnole de supervision de l’intelligence artificielle (AESIA). Cette agence a pour mission d’encadrer le développement de l’IA, notamment d’empêcher le développement des deepfakes, des vidéos, photos ou enregistrements audio générés ou modifiés par IA pour tromper le public en simulant des contenus réels.

Le ministre de la Transformation numérique, Óscar López, a d’ailleurs signalé à ce sujet que « l’IA est un outil très puissant qui peut être utilisé pour améliorer nos vies… ou pour diffuser de la désinformation et attaquer la démocratie ». Le gouvernement considère donc que, si l’intelligence artificielle peut être une réelle opportunité économique, il faut aussi encadrer de manière stricte son utilisation.

De lourdes sanctions pour éviter les dérives

Les textes de loi accompagnant la création de cette agence mettent en place des sanctions élevées, notamment contre le non-étiquetage d’un contenu d’IA. Désormais, une telle infraction sera qualifiée « d’infraction grave », ce qui est passible d’amendes entre 7,5 et 35 millions d’euros, ou entre 2 et 7 % du chiffre d’affaires global annuel de l’entreprise. Cette mesure vise à rendre obligatoire l’étiquetage du contenu généré par IA et ainsi permettre aux individus de mieux discerner lorsqu’ils sont face à une photo ou vidéo créée par l’IA.

Mais ces sanctions ne restent pas que des promesses. En effet, l’Agence espagnole de protection des données (AEPD) a récemment infligé une amende à un individu pour avoir diffusé des images à caractère sexuel de mineurs, générées par IA, mais utilisant des visages réels. Les médias espagnols décrivent cette sanction comme historique, car il s’agit de la première réelle sanction financière pour ce type de contenu. Cette infraction enfreint d’ailleurs les lois européennes de protection des données.

Conclusion

Pour conclure, on peut dire que, si l’État espagnol cherche à faire de l’IA un réel levier de développement économique, il cherche avant tout à en éviter les dérives, mettant en place une réelle régulation et un encadrement de son utilisation. Cela permet aussi à l’Espagne de renforcer son influence croissante au sein de l’Union européenne.