Depuis son arrivée au pouvoir en 2018, Pedro Sánchez a profondément redéfini la diplomatie espagnole, en insufflant une orientation progressiste, pro-européenne et affirmée sur la scène internationale.
Les grands axes de la diplomatie espagnole sous Sánchez
Sous la direction de Sánchez, l’Espagne a adopté une politique étrangère marquée par des engagements clairs en faveur des droits humains, de la justice sociale et d’une autonomie stratégique vis-à-vis des grandes puissances.
Soutien à la Palestine
L’un des aspects les plus notables de cette diplomatie est le soutien sans équivoque à la cause palestinienne. En mai 2024, l’Espagne a officiellement reconnu l’État de Palestine, rejoignant ainsi l’Irlande et la Norvège dans cette démarche historique. Cette décision a entraîné une crise diplomatique avec Israël, qui a rappelé temporairement son ambassadrice à Madrid.
En cohérence avec cette position, le gouvernement espagnol a annulé un contrat d’armement avec une entreprise israélienne, illustrant sa volonté de ne pas soutenir militairement un gouvernement dont les actions à Gaza et en Cisjordanie sont jugées contraires au droit international.
Engagement au sein de l’OTAN
Parallèlement, Pedro Sánchez a renforcé l’engagement de l’Espagne au sein de l’OTAN en annonçant, en 2025, que le pays atteindrait pour la première fois l’objectif de dépenses militaires équivalant à 2 % du PIB.
Cette décision vise à répondre aux attentes des alliés tout en modernisant les capacités de défense nationale.
Soutien à l’Ukraine
Pedro Sánchez s’est aussi engagé activement en faveur de l’Ukraine, combinant soutien militaire, humanitaire et politique. En mai 2024, un accord bilatéral de sécurité a été signé entre l’Espagne et l’Ukraine, prévoyant une aide militaire de 1,129 milliard d’euros, incluant la fourniture de chars Leopard, de missiles Patriot et d’autres équipements militaires.
Ce soutien s’est poursuivi en 2025 avec l’annonce d’un nouveau programme d’aide militaire d’un milliard d’euros.
Parallèlement, l’Espagne a renforcé son aide humanitaire, en fournissant des générateurs électriques pour aider la population ukrainienne à faire face aux pénuries d’énergie causées par les attaques russes. Sur le plan diplomatique, Pedro Sánchez a exprimé son soutien à l’adhésion de l’Ukraine à l’Union européenne, faisant de cette candidature une priorité de la présidence espagnole du Conseil de l’UE.
Sur la question migratoire
Sánchez mène une politique plutôt volontariste, sans pour étant être laxiste. Ainsi, à peine arrivé au pouvoir en 2018, il accueille à Valence un navire affrété par SOS Méditerranée, après que l’Italie a refusé de le laisser accoster.
Pedro Sánchez et l’Amérique latine
L’histoire ensanglantée entre l’Espagne et l’Amérique latine rend la tâche de tout président de gouvernement espagnol plus complexe. Chaque année, des débats infinis reprennent lors de « l’Hispanidad », fête nationale qui célèbre la découverte de l’Amérique par Christophe Colomb.
En 2024, les débats ont été encore plus envenimés avec la décision de la présidente mexicaine, Claudia Sheinbaum, d’exclure le roi d’Espagne de sa cérémonie d’investiture. Elle exigeait d’abord des excuses officielles pour les crimes commis lors de la colonisation. Cette décision a été jugée « inacceptable » par Pedro Sánchez, qui a refusé d’envoyer un autre représentant pour la cérémonie, contre l’avis de certains membres de son parti.
Sur le plan culturel, Sánchez tente d’adoucir les choses
Il se prononce en faveur de la restitution d’œuvres d’art pillées aux populations indigènes d’origine. Mais il ne parvient pas à mener une vraie politique d’ampleur à ce sujet. Cela est notamment dû à l’opposition systématique de la droite et de l’extrême droite.
Premier ministre socialiste, Pedro Sánchez a souvent du mal à bien s’entendre avec les populistes d’extrême droite de l’Amérique latine. Ce fut le cas lorsque Jair Bolsonaro était président du Brésil. Plus récemment, c’est Javier Milei qui a provoqué la colère du dirigeant espagnol. Il s’en est pris verbalement au Premier ministre espagnol ainsi qu’à sa femme. Cela a provoqué une crise inédite entre les deux pays, qui s’entendaient plutôt bien. Madrid a notamment rappelé de manière définitive son ambassadrice à Buenos Aires.
Comme souvent, le Venezuela fait un peu figure d’exception
Les relations entre les deux pays sont assez mauvaises. Le gouvernement espagnol n’hésite pas à qualifier le régime de Maduro de dictature. Sánchez a même chaleureusement reçu Gonzalez Urrutia, le candidat de l’opposition qui revendique la victoire à la dernière présidentielle. Les deux pays n’en sont cependant pas au niveau de la rupture totale.
Mais, au-delà des brouilles diplomatiques, les liens entre les pays latino-américains et l’Espagne se sont bien renforcés sous Sánchez, du fait de sa politique migratoire volontariste.
Politique espagnole au Moyen-Orient
Sánchez s’est très vite démarqué de ses partenaires européens par sa critique des bombardements israéliens sur la bande de Gaza, tout en condamnant fermement les attaques du 7 octobre 2023. Il juge la riposte du Premier ministre Netanyahou comme étant disproportionnée.
Le 28 mai 2024, il frappe fort en annonçant la reconnaissance de l’État palestinien par l’Espagne, aux côtés de l’Irlande et de la Norvège. Pour le président du gouvernement espagnol, l’objectif est de pousser pour atteindre la paix à travers une solution à deux États. Mais il s’agit d’abord d’une mesure symbolique, ayant peu ou pas d’effet sur la réalité du terrain. Les relations avec Israël se sont durablement détériorées et, plus d’un an après, Sánchez n’est pas parvenu à convaincre ses collègues européens d’en faire autant.
Espagne, Maroc et Algérie
Ces dernières années, les relations entre l’Espagne et les deux voisins du Maghreb ont souvent été dépendantes de la question du Sahara occidental.
En 2021, une brouille diplomatique éclate entre Rabat et Madrid, lorsque le chef des indépendantistes sahraouis a été hospitalisé en Espagne. Quelques mois plus tard, une autre crise éclate, lorsque plus de 8 000 migrants marocains franchissent soudainement la frontière de Ceuta, l’enclave espagnole. Le Maroc est alors accusé d’avoir volontairement relâché le contrôle de sa frontière.
Chantage migratoire ou pas, la manœuvre marche et Sánchez opère une surprenante volte-face en soutenant le Maroc dans sa démarche de reconnaissance de la marocanité du Sahara. Les relations entre les deux pays s’améliorent alors grandement et n’ont peut-être jamais été aussi bonnes depuis l’indépendance. La coopération migratoire est, elle aussi, grandement renforcée. Symbole fort du réchauffement des relations Maroc-Espagne : l’organisation commune de la Coupe du Monde 2030 aux côtés du Portugal.
Mais cette volte-face est critiquée sur le plan intérieur en Espagne, que ce soit par la gauche radicale, soutien historique des indépendantistes sahraouis, ou par la droite, qui juge que Sánchez a fait trop de concessions.
Revers prévisible de la pièce, Alger condamne sévèrement le revirement espagnol et les relations se dégradent brusquement. Les mesures de rétorsion se sont alors succédé : rappel de l’ambassadeur, gel des échanges commerciaux…
Pedro Sánchez face au retour de Donald Trump
L’Espagne, en tant que membre de l’Union européenne, a été frappée de plein fouet par les tarifs douaniers imposés par le président américain. Sánchez a immédiatement appelé à une réponse commune et coordonnée de l’UE.
Il a également critiqué la posture protectionniste des États-Unis, assurant que « les sociétés grandissent lorsqu’elles s’ouvrent et se rétrécissent lorsqu’elles se ferment ». Selon lui, les chiffres avancés par l’administration américaine pour justifier ces tarifs sont totalement faux. Selon la Maison-Blanche, l’UE appliquerait des douanes de 39 % sur les produits américains. Pour Sánchez, ces tarifs sont plutôt de l’ordre de 3 %.
Le gouvernement espagnol a également averti l’administration américaine du fait que ces mesures risquent avant tout d’impacter les citoyens américains eux-mêmes, en provoquant une inflation, sans oublier les conséquences sur l’économie mondiale et les marchés financiers.
Au niveau des représailles, il considère qu’il faut un ensemble de contre-tarifs, notamment en cas d’échec des négociations. Sur le plan intérieur, il a annoncé un plan de réponse de 14 milliards d’euros pour avoir un double parapluie, national et européen. Ce plan repose d’abord sur la protection des entreprises et des emplois mis en danger par les décisions américaines.
Conclusion
Depuis son arrivée, Pedro Sánchez a mené une diplomatie qui contrastait avec les difficultés politiques qu’il a connues sur le plan intérieur. Alors qu’au début des années 2010, l’Espagne pouvait être vue comme un boulet pour l’Europe, il a tenté d’insuffler un vent de renouveau, en repositionnant le pays en tant qu’acteur important de l’Union européenne, aux côtés de la France, l’Allemagne et l’Italie.
Son réalisme géopolitique, y compris sur des questions comme l’immigration, a fait de lui un partenaire fiable, même pour des dirigeants européens d’un bord politique éloigné. Son revirement sur le dossier marocain, s’il a endommagé la relation avec l’Algérie, grand fournisseur d’hydrocarbures, lui a permis de sortir du casse-tête migratoire des enclaves espagnoles et d’avoir un partenariat solide, qui culmine avec la co-organisation de la Coupe du Monde 2030.
Si la diplomatie comme il l’envisage pour l’Espagne se veut ambitieuse et plus affirmée, cela le mène de temps à autre à des revers ou à des crises bilatérales. Sa mauvaise relation avec Javier Milei ou encore sa qualification de certains gouvernements européens de réactionnaires (l’Italie, par exemple) illustrent bien ces tensions.
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