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Dans cet article au titre provocateur, je vais te parler de l’actuel président uruguayen, Yamandú Orsi, et tenter de dresser un bilan aux teintes pessimistes après plus d’un an au pouvoir. Criminalité persistante, croissance économique limitée, dépenses publiques élevées, forte désapprobation dans les enquêtes d’opinion, coût de la vie excessif… Au regard du cumul des indicateurs au rouge, pouvons-nous vraiment dire que Yamandú Orsi est le pire président de l’ère contemporaine uruguayenne ?

Yamandú Orsi : du professeur de Canelones à la présidence

Avant de commencer, un petit rappel sur l’identité de Yamandú Orsi est nécessaire. Yamandú Orsi, né le 13 juin 1967 à Canelones dans un milieu modeste, est issu d’une famille dont le père était ouvrier agricole et la mère couturière, avant qu’ils ne tiennent ensemble un petit commerce. Diplômé en histoire, il a enseigné pendant plus de dix ans dans plusieurs départements du pays avant de s’engager en politique au sein du Frente Amplio, coalition de gauche, puis du Mouvement de participation populaire de José Mujica. Après avoir été secrétaire général de l’intendance de Canelones de 2005 à 2015, il en devient l’intendant, élu en 2015 puis réélu en 2020 avec plus de 60 % des voix.

Candidat du Frente Amplio à l’élection présidentielle de 2024, il remporte le second tour face au candidat de centre droit Álvaro Delgado et entre en fonction le 1er mars 2025 pour un mandat de cinq ans. Analysons maintenant ce qu’il s’est passé depuis.

Une popularité qui s’effondre en seulement un an

Une chute de popularité qui touche aussi les électeurs du Frente Amplio

Depuis quelque temps, la cote de popularité du président de la République orientale de l’Uruguay est en chute libre. En août 2026, seulement 26 % des Uruguayens approuvaient sa gestion, contre 55 % qui la désapprouvaient, selon l’institut Factum. Quelques mois auparavant, en juin, son approbation était même tombée à 24 %. La tendance est d’autant plus impressionnante qu’en août 2025, cinq mois seulement après son arrivée au pouvoir, Orsi bénéficiait encore de 44 % d’opinions favorables contre seulement 22 % de désapprobation. En un an, le rapport de force s’est donc complètement inversé.

Plus inquiétant encore pour le Frente Amplio, cette érosion ne concerne plus seulement les électeurs de l’opposition. Factum constatait au printemps 2026 une baisse de l’approbation également parmi les Uruguayens ayant voté pour le Frente Amplio en 2024. Autrement dit, Orsi ne peine plus seulement à convaincre ses adversaires : il commence également à décevoir une partie de son propre camp. Cette baisse significative de popularité est la conséquence de plusieurs facteurs.

Le coût de la vie, une source majeure de mécontentement

Premièrement, il est possible qu’en un peu plus d’un an les effets des politiques publiques engagées n’aient pas encore eu le temps de se faire pleinement ressentir auprès de la population. Malgré une inflation contenue autour de 4 %, les prix restent substantiellement plus élevés que chez de nombreux voisins latino-américains. Pour te donner une idée, en 2026, un Big Mac coûte environ 6,91 dollars en Uruguay, contre 5,79 dollars aux États-Unis. Il est donc environ 19 % plus cher, alors même que le revenu moyen uruguayen reste largement inférieur à celui des États-Unis. Les produits d’hygiène sont particulièrement onéreux, tout comme un simple expresso, qui coûte en moyenne autour de 3,60 dollars.

Ces prix élevés s’expliquent notamment par le poids de certaines taxes, mais également par des problèmes beaucoup plus structurels. Avec seulement 3,5 millions d’habitants, l’Uruguay dispose d’un marché intérieur réduit. Les entreprises bénéficient donc de moins d’économies d’échelle et certains secteurs connaissent une concurrence limitée. À cela s’ajoutent les coûts d’importation et de logistique. Le résultat est paradoxal : l’Uruguay est l’un des pays les plus stables et développés d’Amérique latine, mais également l’un des plus chers.

Insécurité et narcotrafic : le défi qui empoisonne l’Uruguay

Une violence toujours élevée malgré une légère amélioration

Mais ce n’est pas tout. Dans un pays confronté depuis plusieurs années à la délinquance et au narcotrafic, le niveau des homicides et des actes criminels reste particulièrement préoccupant. Vols, règlements de comptes sur fond de narcotrafic, balles perdues, tirs de représailles dans certains quartiers périphériques de Montevideo ou encore violences entre supporters de football, notamment entre ceux de Peñarol et du Nacional : les faits divers violents occupent régulièrement l’actualité.

En 2025, l’Uruguay a enregistré 369 homicides, soit 10,3 homicides pour 100 000 habitants, un taux très supérieur à celui observé en France. Il faut néanmoins apporter une nuance importante : ce chiffre est en légère baisse par rapport aux 382 homicides enregistrés en 2024. Les données officielles montrent également une diminution des vols avec violence et des cambriolages en 2025. Le gouvernement peut donc difficilement être accusé d’avoir provoqué une explosion générale de la criminalité sur sa première année. En revanche, le niveau de violence reste très élevé pour un pays de seulement 3,5 millions d’habitants et constitue toujours un problème majeur pour une partie de la population.

Le narcotrafic, un défi pour la réponse du gouvernement

Face à cette violence persistante, le gouvernement du Frente Amplio peine à convaincre de l’efficacité de sa réponse. Les autorités privilégient notamment le renforcement des forces de police, de la vidéosurveillance, de la prévention et des dispositifs spécialisés. Le gouvernement reste en revanche réticent à l’idée de confier à l’armée des missions de sécurité intérieure dans les quartiers les plus touchés. Une position qui suscite régulièrement les critiques d’une partie de l’opposition et des citoyens demandant une réponse plus ferme.

Le narcotrafic s’est justement fortement développé au cours des dernières années. L’Uruguay dispose d’une position géographique stratégique, entre le Brésil et l’Argentine, et d’un port de Montevideo connecté aux grandes routes commerciales internationales. Cette situation en fait une plateforme intéressante pour les réseaux cherchant à acheminer de la cocaïne sud-américaine vers l’Europe. Le problème dépasse évidemment la seule présidence Orsi. Mais son gouvernement doit désormais montrer qu’il peut contenir un phénomène qui menace directement l’image de stabilité dont l’Uruguay a longtemps bénéficié.

Une économie qui peine à accélérer

Une croissance modérée et une économie peu diversifiée

L’un des principaux enjeux du mandat d’Orsi était également d’« accélérer la croissance économique et stimuler l’investissement ». Or, plus d’un an après son arrivée au pouvoir, certains observateurs dénoncent l’absence de signaux suffisamment clairs permettant d’améliorer durablement la compétitivité du pays.

La croissance économique reste modérée et l’économie demeure fortement dépendante de ses activités traditionnelles. Le Fonds monétaire international prévoit une croissance de seulement 1,8 % pour l’Uruguay en 2026, contre 3,5 % pour l’Argentine. La comparaison doit évidemment être prise avec précaution : l’Argentine sort d’une période de crise profonde et bénéficie donc d’un potentiel de rebond plus important. Mais elle permet malgré tout d’illustrer la difficulté de l’Uruguay à retrouver une croissance plus dynamique.

Le pays produit des denrées alimentaires pour une population très largement supérieure à la sienne et exporte principalement de la viande, du soja, des produits laitiers ou encore de la cellulose. Son agriculture est extrêmement productive et constitue l’une de ses grandes forces. À l’inverse, son industrie manufacturière reste relativement limitée et son économie dépend fortement de ses échanges avec ses voisins, mais aussi avec la Chine.

Cette structure productive ne permet pas nécessairement, à long terme, de faire suffisamment baisser le coût de la vie. Elle pose également la question de la diversification de l’économie uruguayenne. Pour augmenter durablement sa croissance potentielle, le pays doit attirer davantage d’investissements, développer les secteurs à forte valeur ajoutée et améliorer sa productivité. C’est précisément sur ce terrain que le gouvernement Orsi est attendu.

Un coût de la vie difficile à faire baisser

Les propos du ministre de l’Économie, Gabriel Oddone, selon lesquels « l’Uruguay restera un pays cher », apparaissent à ce titre particulièrement révélateurs. Derrière cette déclaration se cache une réalité difficile à combattre rapidement : une partie du coût de la vie uruguayen provient de caractéristiques structurelles du pays. Mais pour une population qui attendait une amélioration de son pouvoir d’achat, ce discours peut aussi donner l’impression que le gouvernement reconnaît son incapacité à agir rapidement sur le problème.

Des dépenses prioritaires malgré un déficit croissant

Sur le plan budgétaire, la première année de Yamandú Orsi s’est accompagnée d’une nouvelle dégradation des comptes publics. Selon l’Observatoire de la conjoncture économique de l’Université catholique d’Uruguay, le déficit financier de l’ensemble du secteur public a atteint 4,9 % du PIB en 2025, contre 4,2 % en 2024. L’institution explique notamment cette détérioration par la progression des dépenses publiques et par la régularisation de paiements laissés en attente l’année précédente.

Pour le seul ensemble formé par le gouvernement central et la Banque de prévision sociale, le déficit s’est établi à 4,1 % du PIB, une fois exclues les recettes exceptionnelles provenant du fonds de sécurité sociale. Les dépenses primaires de cet ensemble ont parallèlement progressé de 28,1 % à 28,9 % du PIB entre 2024 et 2025.

Cette situation n’a toutefois pas conduit le gouvernement Orsi à renoncer à ses priorités de dépenses. Le budget quinquennal prévoit 140 millions de dollars de crédits supplémentaires dès 2026, montant qui doit progressivement atteindre 240 millions de dollars par an en 2029. Environ 40 % de ces nouvelles ressources doivent être consacrées à l’enfance et à l’adolescence. La sécurité, la croissance, la santé et la vulnérabilité sociale figurent également parmi les priorités.

Il faut donc nuancer l’idée selon laquelle ces dépenses seraient simplement incontrôlées. Le gouvernement affirme au contraire vouloir utiliser ces moyens pour investir dans des secteurs considérés comme prioritaires, tout en rétablissant progressivement les comptes publics. Son objectif est notamment de converger vers l’équilibre primaire à l’horizon 2029. Toute la difficulté sera donc de financer les promesses sociales du Frente Amplio sans laisser la situation budgétaire se détériorer davantage.

Lacalle Pou : le président que les Uruguayens commencent à regretter ?

Deux parcours, deux façons d’incarner la présidence

Désormais, comparons Yamandú Orsi et Luis Lacalle Pou, l’ancien président de l’Uruguay. Les deux hommes incarnent des trajectoires presque opposées. Orsi vient d’un milieu modeste, a été professeur d’histoire et a construit progressivement sa carrière dans la politique locale. Lacalle Pou est, au contraire, issu d’une véritable dynastie politique : son père, Luis Alberto Lacalle Herrera, a lui-même été président de l’Uruguay entre 1990 et 1995.

Mais au-delà de leurs parcours, c’est surtout leur manière d’incarner le pouvoir qui nourrit aujourd’hui une certaine nostalgie de l’ère Lacalle Pou. Plus présent médiatiquement, plus direct et davantage associé à un leadership personnel fort, l’ancien président avait quitté le pouvoir avec une image encore largement positive. En février 2025, plus de la moitié des Uruguayens approuvaient le bilan de ses cinq années de mandat, contre moins d’un tiers qui le désapprouvaient. Cifra estime même son approbation moyenne à 53 % sur l’ensemble de sa présidence, ce qui en fait l’un des présidents uruguayens les mieux évalués des dernières décennies.

La nostalgie de l’ère Lacalle Pou face à un Orsi plus discret

Face à un Orsi plus discret, dont l’action peine davantage à convaincre au-delà de son propre électorat, le style de Lacalle Pou peut aujourd’hui apparaître rétrospectivement comme celui d’un président plus visible et plus rassurant. Cette comparaison contribue donc à expliquer pourquoi les difficultés actuelles d’Orsi ne sont pas seulement jugées en elles-mêmes : elles le sont aussi à l’aune du souvenir encore récent d’un prédécesseur qui avait réussi à conserver un capital politique important jusqu’à la fin de son mandat.

Un début de mandat difficile, mais un bilan encore ouvert

Alors, Yamandú Orsi est-il réellement le pire président de l’ère contemporaine uruguayenne ? Il est évidemment encore trop tôt pour l’affirmer. Son mandat ne fait que commencer et certains problèmes, comme le narcotrafic, le coût élevé de la vie ou la faible diversification de l’économie, existaient bien avant son arrivée au pouvoir. Les chiffres de la criminalité montrent même quelques améliorations en 2025.

Néanmoins, son début de présidence est politiquement préoccupant. Sa popularité est passée de 44 % d’approbation en août 2025 à seulement 26 % un an plus tard, tandis que 55 % des Uruguayens désapprouvent désormais son action. Les tensions budgétaires, une croissance économique limitée et surtout la difficulté du gouvernement à répondre aux attentes placées en lui renforcent cette impression de déception. Pour Orsi, les prochaines années seront donc décisives : soit son gouvernement parvient à transformer ses promesses en résultats concrets, soit la nostalgie de l’ère Lacalle Pou risque de continuer à grandir.

J’espère que cet article t’aura éclairé sur la question politique en Uruguay. Si tu es intéressé par le sujet, je te conseille vivement de lire l’article suivant : “ L’Uruguay est-il vraiment la suisse de l’Amérique Latine ? ” où d’autres analyses t’attendent ! Bon courage !