Géopolitique Ecricome analyse

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Analyse du sujet 2 de géopolitique ECRICOME 2026

Sujet : Du Tiers-monde au Sud-Global : une unité impossible

NB : Tous nos corrigés/analyses sont rédigés sans IA, par des professeurs experts dans la matière, conscients des attendus du programme ECG/ECT.

 

Accroche : Le 12 octobre 2025, les gardes-côtes philippins ont accusé un bateau chinois d’avoir « délibérément » percuté un navire de Manille ancré près d’une île disputée en mer de Chine méridionale, tandis que Pékin a reproché aux Philippines d’être « entièrement responsables » de la collision. Cette altercation fait signe au conflit qui oppose les deux pays pour l’appropriation du récif Scarborough dans la mer de Chine méridionale, la Chine revendiquant un territoire appartenant, selon le tribunal de la Haye, aux Philippines. Cette dissension, une parmi une foule entre la Chine et ses voisins, questionne les propos tenus par Xi Jinping, lors du Sommet des BRICS à Kazan en 2024 : «  la Chine restera toujours attachée au Sud global et s’enracinera dans le Sud global. Nous sommes favorables à ce que plus de pays du Sud global nous rejoignent (…) comme membres à part entière ou pays partenaires, de sorte à unir les énergies puissantes du Sud global pour construire ensemble une communauté d’avenir partagé pour l’humanité ».

Définitions des termes du sujet et proposition de problématisation : 

  • L’unité entre des Etats n’est pas qu’une absence de conflits ou de simples relations diplomatiques, le concept renvoie un partage qui serait tel que les différents membres du tout agiraient de manière conjointe, soudée, comme s’ils n’étaient qu’« un »  seul Etat.
  • On peut par conséquent noter, qu’a priori, l’unité entre des Etats ne peut être jamais totale : c’est bien la nature d’un Etat d’agir selon ses intérêts. A première vue, on se dit donc bien qu’une unité totale entre Etats est impossible – ce qui ne peut être, ce qui n’est pas réalisable, qui n’existe pas.
  • On se rappelle la phrase du Général de Gaulle : « les Etats n’ont pas d’amis, que des intérêts ». Il est donc primordial de dire que, par nature, l’unité entre différents Etats est toujours limitée à la quantité d’intérêts qu’ils partagent. C’est donc une première condition de l’existence d’une unité inter-étatique : le partage d’intérêts. Si l’on admet une deuxième tendance des Etats, qui est de tendre « à la domination partout où leurs forces prévalent » (Thucydide parlent des hommes de manière générale, Histoire de la guerre du Péloponnèse, Veme siècle avant J.C), alors il importe qu’au sein du groupe d’Etats, existe également un rapport de force qui soit similaire, non trop disparate. Une deuxième condition pourrait donc être que les Etats aient une puissance similaire.
  • Or on constate bien un minimum de ces deux conditions en ce qui concerne le Tiers-monde – à savoir l’Inde, l’Egypte, la Chine, l’Indonésie, l’Amérique latine, l’Afrique Subsaharienne, et l’Asie du Sud-Est). En effet, les Etats du Tiers-monde, terme inventé par Alfred Sauvy (« Trois monde et une planète » in L’observateur, 1952), qu’il défini comme « l’ensemble de ceux que l’on appelle […] les pays sous-développés […]. Ce Tiers Monde ignoré, exploité, méprisé […] veut, lui aussi, être quelque chose », partagent les intérêts suivant : continuer l’émancipation par rapport au colonialisme, lutter contre l’impérialisme, se développer pour ne plus être marginalisé sur la scène internationale.
  • Toutefois, s’il est plus évident de dire que pour le Tiers-monde exista une unité, il apparaît plus difficile de dire cela du Sud Global. Le terme désigne « les pays autrefois dits du tiers-monde, la notion regroupe les États du sud, principales victimes des effets néfastes de la mondialisation et refusant de s’aligner sur l’un ou l’autre des puissants du Nord global, cet autre nom de l’Occident. », Marc Semo, « Le “Sud global”, cet ensemble hétérogène de pays non alignés », Le Monde, 26 octobre 2022). Une autre définition est donnée par le site de géopolitique géoconfluence : “Le Sud global est une notion géopolitique regroupant une variété de pays ayant peu de points communs, de grandes puissances comme la Chine ou l’Inde à des pays en grande précarité (…) n’est pas qu’un épouvantail d’une coalition anti-occident, mais désigne surtout une revendication, croissante et destinée à faire entendre sa voix, pour un ordre international plus multipolaire et moins unidirectionnel ». 
  • Ainsi, l’existence d’une unité au sein du Sud-Global, résiste-t-elle à ses contradictions ? Peut-on vraiment dire qu’à la manière du Tiers-monde, le Sud Global partage des intérêts tels qu’il serait unit ?

 

Voici une proposition de plan :

I. On constate l’existence d’un regroupement d’intérêts et de circonstances laissant croire en premier lieu à la possibilité d’un rapprochement, voire d’une unité du Tiers-monde, dont héritera le « Sud-Global »

A. Avant le « Sud Global » , le Tiers-monde est le fruit d’un héritage commun : le mouvement de la décolonisation

  • Décolonisation armée : guerre d’Indochine (1946-1954) et la guerre d’Algérie (1954-1962).
  • Décolonisation négociée : l’Inde (1947) avec le Royaume-Uni, ou de la majorité des pays d’Afrique subsaharienne française (1960)
  • Émergence de nationalismes : Nasser en Egypte, Hô Chi Minh au Vietnam, le panafricanisme, FLN en Algérie…

B. Naît ainsi un regroupement d’Etats aux intérêts communs et aux circonstances partagées nommé Tiers-monde

  • Conférence de Bandung (1955) : pour la première fois, 29 pays africains et asiatiques se réunissent sans les puissances blanches. Ils condamnent le colonialisme et affirment leur existence politique.
  • Le Non-alignement : Initié par Nehru (Inde), Nasser (Égypte) et Tito (Yougoslavie), ce mouvement vise à rester neutre face aux deux blocs pour préserver une indépendance réelle.

C. Subsistent toutefois des divergences au sein du Tiers-monde

  • Existence officieuse d’un positionnement pendant la Guerre-Froide : soit pour les Etats-Unis ou soit pour l’URSS, cela leur octroie une rente
  • Conflits entre des Etats du Tiers-monde : tensions entre l’Algérie et le Maroc, conflit entre l’Iran et l’Irak (1980-1988), multiples conflits entre l’Inde et le Pakistan

II. Le «Sud-Global » s’il existe, s’apparente ainsi un regroupement d’Etats partageant des intérêts communs en réaction à un « Occident collectif »

A.Les pays du Tiers-monde subissent une poursuite du colonialisme malgré la fin du colonialisme officiellement : de là naissent les germes d’un ressentiment, créant une continuité entre le Tiers-monde et le «Sud-Global »

  • Existence de la « Francafrique » 
  • Relations entre le Royaume-Uni et ses anciennes colonies
  • Contestations entendues au sein du « Groupe des 77 »

B. En outre, l’impérialisme des Etats-Unis et l’universalisme de certains Etats occidentaux menant à la constitution d’un monde occidentalo-centré, conduit à une contestation de cet ordre là par un « Sud Global »

  • Interventions au Moyen-Orient, mise en place du « regime change » : Irak (2003-2011), Afghanistan (2002-2022), Libye (2011)
  • Mise en place des plans d’ajustement structurels (PAS) par le Fonds Monétaire international (FMI) et « Consensus de Washington » 
  • Contestation de l’ONU : où ne se siège aucun Etat Africain, ou de l’Amérique du Sud

C. De là s’agrandit la distance entre les Etats-occidentaux et les Etats du Sud comme l’illustre le cas des relations entre la France et certains Etats de l’Afrique

  • Mouvement de rejet : au Mali (2022), Burkina Faso (2023) et Niger (2023-2024), les  bases militaires françaises ont été fermées sous la pression de juntes militaires soutenues par des manifestations populaires
  • Présence dans les réseaux sociaux d’un discours anti-français et anti-occidental en Afrique sub-saharienne

III.Force est de constater l’absence de conditions propices à une véritable unité du « Sud Global »

A. Les contours du concept de « Sud Global »  demeurent flous, la condition de l’existence empirique du « Sud Global » reste au moins, a fortiori d’un groupe institutionnel, qui n’existe pas officiellement

  • Le Sud Global n’est pas unit car c’est un agrégat de groupes distincts : le G77 + Chine. C’est le groupe le plus proche d’une représentation officielle aux Nations Unies, mais il est strictement limité aux négociations économiques et climatiques ; les BRICS+ : Ils sont le moteur politique et financier, mais ils ne représentent qu’une fraction des pays du Sud et sont perçus par certains (comme l’Argentine ou l’Indonésie) comme un club trop dominé par la Chine ; le Mouvement des Non-Alignés : Héritier de Bandung, il existe toujours mais manque de poids réel dans la gouvernance mondiale actuelle.

B. A la différence du Tiers-monde, s’affiche un déséquilibre flagrant des rapports de force entre les différents membres du « Sud Global », nuisant à la possibilité d’une unité pérenne. D’une part, l’existence d’un rapport de force différent comme illustré par les BRICS. Puis, cela résulte parfois, en un « cannibalisme » inter- « Sud Global ».

  • Divergence du poids économique : Quel point commun existe-t-il entre le Qatar (PIB par habitant parmi les plus élevés au monde), l’Inde (puissance spatiale et nucléaire) et le Soudan du Sud (en situation de famine et de guerre civile) ? Entre la Chine (PIB nominal de 18 000 milliards de dollars ) et l’Afrique du Sud (PIB nominal de 420 milliards de dollars)?
  • Divergence du mode de gouvernement : Le groupe rassemble des démocraties libérales (Brésil, Afrique du Sud), des monarchies absolues (États du Golfe) et des régimes autoritaires (Chine, Iran).
  • Cannibalisme du Sud-Global : Rôle de la Chine face à ses voisins en mer de Chine « intérieure », archipels de Senkaku, Paracels, Spratleys, récif de Scarborough ; conflits inter-africains (Ethiopie-Egypte, Rwanda-RDC avec le M23…) ; persistance des conflits Inde-Pakistan…

C. Du point de vue occidental, de l’ « Occident collectif », la volonté de construire une unité du « Sud-Global » , apparaît plutôt comme une instrumentalisation des Etats révisionnistes afin de favoriser leurs intérêts

  • Moyen pour la Chine de déployer le projet des « Nouvelles routes de la Soie »
  • Depuis la Guerre en Ukraine, la Russie investit davantage dans le narratif du « Sud Global » pour sortir de son isolement provoqué par les sanctions occidentales / la Russie nourrit également le ressentiment vis-à-vis de l’Occident en Afrique via la milice Wagner et sur internet

 


L’analyse du sujet 1

 

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