L’Arctique, nouvel espace de conquête ? L’Arctique, nouvel espace de conquête ?
Comme l’écrivait Michel Foucher en 2014 dans L’Arctique : la nouvelle frontière, il semble que l’Arctique soit devenu un nouvel espace de conquête susceptible... L’Arctique, nouvel espace de conquête ?

Comme l’écrivait Michel Foucher en 2014 dans L’Arctique : la nouvelle frontière, il semble que l’Arctique soit devenu un nouvel espace de conquête susceptible d’attiser les tensions entre puissances, plus ou moins grandes, riveraines ou non riveraines… Comment expliquer ce regain d’intérêt pour l’espace arctique ? Les considérations stratégiques et environnementales sont-elles conciliables ?

 

1. Un espace vaste et riche

Définition de l’espace arctique

L’Arctique est la région entourant le pôle Nord. Elle comprend huit pays : les États-Unis (avec l’Alaska), le Canada, l’Islande, la Norvège, la Suède, la Finlande, la Russie et le Danemark. C’est un espace habité par environ 4 millions de personnes dont la culture ancestrale (Inuit) tend à s’occidentaliser.

 

De nombreuses ressources 

L’Arctique est un espace riche en ressources. L’industrie de la pêche et de l’aquaculture pourrait profiter d’une augmentation des stocks de poissons en Arctique. En effet, les poissons migrent vers le nord (mer de Barents et mer de Béring) en raison du réchauffement des eaux de surface des océans.

L’industrie du pétrole et du gaz pourrait bénéficier de l’augmentation de l’accès physique aux ressources, y compris aux réserves offshore en mer des Tchouktches. La quantité totale de ressources arctiques non encore découvertes et potentiellement récupérables avec les technologies actuelles est estimée à environ 90 milliards de barils de pétrole, 1 669 milliards de pieds cubes de gaz naturel et 44 milliards de barils de gaz naturel liquide, avec environ 84 % du pétrole et de gaz non découverts offshore. Cela représente environ 30 % des réserves de pétrole et 13 % des réserves de gaz mondiales. Néanmoins, ces hydrocarbures sont difficiles d’accès.

Enfin, l‘industrie minière pourrait profiter d’une augmentation de l’accès physique aux ressources minérales telles que le plomb et le zinc en Alaska, l’or au Canada, les terres rares au Groenland, les diamants et le fer au Canada et au Groenland, l’aluminium en Islande et le nickel en Russie.

 

2. Un espace stratégique en raison de la fonte des glaces

Les impacts du réchauffement climatique

En Arctique, avec le réchauffement climatique et le recul de la banquise, des ressources et opportunités inespérées s’annoncent. Ainsi, cet espace devient un enjeu stratégique et économique pour les États riverains que sont la Russie, le Canada, les États-Unis, le Danemark, la Norvège et l’Islande, mais aussi pour les États non riverains tels que la Suède, la Finlande et la Chine. Les revendications des uns et des autres sur les plateaux continentaux, les riches fonds marins ou les fameux passages du Nord-Ouest et du Nord-Est provoquent de nombreuses querelles. Celles-ci portent plus sur des potentialités que sur des réalités prouvées de ressources exploitables, mais sont déjà l’objet de fortes tensions et de conflits de souveraineté.

 

Les conséquences pratiques pour les entreprises

Le transport maritime profiterait de la fonte de la banquise permettant une utilisation saisonnière accrue des routes maritimes arctiques et circumpolaires. Ces routes permettent de réduire les distances et le temps de transport, et donc les frais de carburant, et, dans un contexte où le prix du carburant augmente, cela les rend économiquement très attractives. Une réduction des coûts de transport de 40 % au prorata de la distance et des réductions « record » des coûts de transport entre l’Europe et l’Asie sont souvent citées pour illustrer l’attractivité économique de ces routes maritimes.

 

Les conséquences pratiques pour les États

L’Arctique n’est pas reconnu comme un continent par le droit international, mais comme une zone maritime gelée. De ce fait, avec la fonte des glaces, la modification du droit de la mer est en plein débat entre les États côtiers de l’Arctique (se référer à la convention de Montego Bay en 1982, non ratifiée par les États-Unis), ceux-ci désirant étendre leur droit pour augmenter leurs possibilités d’exploitation de ressources.

Par ailleurs, l’Arctique fait partie du système climatique mondial, avec un rôle dans la redistribution de la chaleur par les courants océaniques entre le pôle Nord et l’Équateur, ainsi que dans la redistribution de chaleur et de nutriments entre les eaux de surface et les plaines abyssales profondes (Océan et Climat, 2015). Le réchauffement de l’Arctique conduit donc au réchauffement global de la planète et par conséquent soulève la question de la gestion du réchauffement de la planète et de la montée des eaux, question à laquelle les États doivent répondre.

 

3. Un espace de plus en plus convoité par les grandes puissances

L’accélération des revendications territoriales

En 2007, l’expédition russe « Arctique 2007 » a planté un drapeau russe au fond de l’océan Arctique. C’était un message clair de la Russie quant à ses prétentions territoriales en terre arctique.

Le 23 mai 2019, le Canada a déposé son dossier pour un plateau continental étendu, en suivant la Convention des Nations unies sur le droit de la mer (UNCLOS). Le dépôt de cette demande s’inscrit dans la lignée d’une volonté politique du Canada d’affirmer son leadership dans l’Arctique. 

Par ailleurs, en août 2019, Trump s’est montré intéressé par un rachat du Groenland au Danemark. 

 

Les divergences d’intérêts entre États rendent inefficace la gouvernance régionale

Le positionnement des États au Conseil de l’Arctique rend difficiles des décisions communes… La question de plateaux continentaux est déterminante. Le Canada et la Russie revendiquent le statut d’eaux intérieures avec pleine souveraineté, alors que les États-Unis considèrent qu’il s’agit de détroits internationaux, où règne donc la liberté de naviguer. 

 

Un avantage économique contestable mais indéniablement stratégique sur fond de crise environnementale

Des études récentes, tenant compte des performances des navires dans des conditions de glaces polaires, sont beaucoup moins optimistes et estiment des réductions de coûts à 5-16 % seulement dans les conditions actuelles, 29 % en 2030 et 37 % en 2050 (Liu et Kronbak, 2010). Ces réductions de coûts doivent être comparées aux coûts plus élevés liés à la construction de navires pouvant naviguer dans les conditions arctiques, aux changements constants de vitesse de navigation, aux difficultés de navigation entraînant une navigation plus lente et au risque d’accident accru en raison d’une visibilité réduite et des conditions de glace, en plus de frais liés à l’utilisation des services d’un brise-glace. 

Par ailleurs, pour certains États comme la Russie, le dégel de l’Arctique présente un intérêt stratégique indéniable. Il permettrait à la Russie d’accéder à davantage de mers chaudes.

Aloïs Le Dorze