Type to search

Géopolitique

La conquête de l’espace et ses enjeux

Share

La conquête de l’espace est au centre de l’attention depuis près de 60 ans, depuis que la technologie développée par les hommes est devenue assez puissante pour tenter d’explorer de nouveaux mondes. Chaque pays tente de développer de nouvelles fusées, de nouvelles sondes, de nouveaux satellites, pour essayer de comprendre l’inconnu, pour tenter de marquer l’histoire comme les Soviétiques en 1961 et leur premier homme dans l’espace ou les Américains en 1969 et leurs premiers pas sur la Lune. Cette « course à l’espace » entamée en pleine Guerre froide n’a jamais cessé depuis et est aujourd’hui un véritable enjeu à la fois économique et de pouvoir pour les grandes puissances et pour les pays qui ont vocation à le devenir.

 

I – Le développement de la conquête spatiale

1) La Guerre froide déclenche l’engouement pour la conquête spatiale

Après la Seconde Guerre mondiale, les États-Unis apparaissent comme les grands vainqueurs, et sortent de leur isolationnisme, mais les Soviétiques, qui ont participé à la libération des pays de l’est du joug de l’armée allemande, se sentent eux aussi vainqueurs de cette guerre. Dans ce contexte et dès 1947, les célèbres discours du président Truman et du secrétaire du Parti Communiste de l’Union soviétique Andreï Jdanov marquent le début d’une guerre très particulière, une première dans l’histoire, une guerre idéologique sans affrontements directs entre deux grandes puissances. Celles-ci s’affrontent sur plusieurs terrains : idéologique, économique et géopolitique, dans le but de prouver au reste du monde que leur idéologie – capitalisme ou communisme – est la plus légitime.
Grâce au développement de nouvelles technologies, l’espace devient rapidement un nouveau terrain d’affrontements : jamais exploré, il constitue à la fois un véritable défi et une source nouvelle de tensions.

 

2) Les États-Unis et l’URSS en font une véritable arme idéologique

Dès 1957, les Soviétiques réalisent le premier exploit spatial ; en octobre, à l’aide de la fusée R-7ils envoient le premier satellite artificiel, Spoutnik (« compagnon de voyage »), en orbite autour de la Terre à une altitude de 900 km. En novembre, Spoutnik 2 est lancé avec à son bord la chienne Laïka, le premier être vivant satellisé, qui ne survivra que sept jours.

Les Américains cherchent alors un moyen de riposter et lancent à leur tour, en 1958, le premier satellite américain, Explorer-1. Six mois plus tard, en juillet 1958, le président Eisenhower signe la loi instituant la National Aeronautics and Space Administration (NASA) qui prendra véritablement de l’ampleur en 1962 avec l’annonce par le président Kennedy du nouveau programme lunaire. Cependant, ce défi lunaire s’amorce en réalité dès 1959, d’abord avec l’envoi du satellite russe Luna en dehors de l’orbite terrestre, puis de Luna-3 qui dévoile des images de la « face cachée » de la Lune.

À partir de 1961, la « course à l’espace » s’intensifie ; les Soviétiques envoient le premier homme dans l’espace, Yuri Gagarine, et déclenchent la « course à la Lune », confirmée par le discours du président Kennedy en 1962 qui dévoile le nouveau programme qui sera baptisé Apollo 2 et dont l’objectif – atteint le 21 juillet 1969 par Neil Armstrong et Edwin Aldrin – est d’envoyer un homme sur la Lune avant la fin de la décennie.

À partir des années 1970, ce n’est plus seulement la Lune qui intrigue mais toutes les planètes. En 1970, les Soviétiques parviennent à envoyer une sonde sur Vénus (Venera 7), en 1976 les sondes américaines Viking se posent sur Mars, puis en 1977, deux sondes spatiales américaines du programme Voyager survolent les planètes Jupiter, Saturne, Uranus et Neptune ainsi que 48 de leurs lunes.
Entre 1986 et 2001, la station spatiale russe Mir devient la première station permettant le vol spatial habité à long terme, et en avril 1990, le télescope spatial Hubble, développé par la NASA, est mis en orbite et permet de faire des découvertes de grande portée dans le domaine de l’astrophysique.

La fin de la Guerre froide en 1990 est donc bien loin de mettre fin à cette conquête spatiale.

 

3) L’intérêt croissant pour cette conquête d’un autre monde

En 1998 commence la construction de la Station spatiale internationale (ISS) puis en octobre 2000, cette dernière commence à être habitée. De leur côté, des pays comme la Chine ou l’Inde ont profité de la Guerre froide pour entrer dans la course à l’espace et développer leur programme spatial.

En effet, dès 1978, Deng Xiaoping souhaite favoriser le décollage économique de son pays ; dans cette optique, les politiques en vigueur dans l’industrie spatiale sont revues pour une plus grande efficacité. En 1982, la Chine crée un ministère de l’Industrie spatiale qui devient en 1988 un ministère de l’Industrie aérospatiale dans le but d’améliorer la synergie entre les industries aéronautique et spatiale. À partir d’avril 1993, le ministère est remplacé par deux entités : le CNSA (Agence spatiale nationale chinoise) chargé de définir la stratégie spatiale de la Chine, et la CASC (Société de sciences et technologies aérospatiales de Chine) qui sera éclatée en plusieurs sociétés en 1998, chargée de réaliser les développements. En 2003, la Chine lance son  premier vol habité dans la capsule Shenzhou 5. Enfin, bien plus récemment, avec son programme Chang’e, Pékin espère devenir le premier pays asiatique à envoyer un homme sur la Lune. En effet, après deux orbiteurs en 2006 et 2010 (Chang’e 1 et 2), puis un atterrisseur en 2013 (Chang’e 3), le pays a lancé le 7 décembre 2018 son deuxième atterrisseur, Chang’e 4, en direction de la face cachée de la Lune.

Le programme spatial de l’Inde, lui, est lancé dans les années 1960. En 1961, le gouvernement indien attribue les questions spatiales au Département de l’énergie atomique indien. Celui-ci crée en février 1962 le Comité national indien pour la recherche spatiale (INCOSPAR). En 1975, les Indiens lancent leur premier satellite construit à l’aide de la technologie soviétique. Cependant, après plusieurs échecs, en particulier l’explosion au décollage d’un lanceur en 2010 et la perte de contact avec la sonde Chandrayaan en 2009, l’Inde affiche des ambitions plus modestes. En mars 2014, la sonde indienne Mangalyaan a été placée en orbite autour de Mars.

 

II – La conquête spatiale, un enjeu à toutes les échelles

1) Un enjeu scientifique et technique

Après avoir été un enjeu principalement idéologique pendant toute la période de la Guerre froide, la conquête spatiale est devenue aujourd’hui un enjeu scientifique. En effet, l’essor de ce secteur permet aux différents pays de démontrer leur puissance technologique et de la développer. Ils peuvent aussi communiquer entre eux pour un échange de technologies, même si les récentes découvertes sont de plus en plus lentes faute de pouvoir aller plus loin au niveau des performances.

 

2) Un enjeu économique

Cependant, cette conquête de l’espace pose également une question économique. Les États-Unis dépensent plus de 40 milliards de dollars chaque année pour leurs programmes spatiaux, l’Europe 7 milliards et la Russie tout comme la Chine environ 5 milliards. L’enjeu économique repose donc déjà là, c’est-à-dire dans la capacité à trouver le budget nécessaire pour réaliser ce type d’activité.

Mais il repose aussi sur les résultats que les puissances peuvent obtenir ; la Chine par exemple développe dans les années 1980 des lanceurs capables de placer des satellites en orbite géostationnaire. Puis elle lance la Compagnie de la Grande Muraille, chargée à partir de 1985 de commercialiser des lancements auprès de clients étrangers. L’objectif est ici bien économique : générer des revenus pour financer leur programme.

 

3) Le secteur spatial apparaît dès lors surtout une condition de la puissance

Il apparaît clair que le développement d’un programme spatial, même s’il n’est ni obligatoire ni indispensable, est toutefois nécessaire pour accéder au statut de puissance. Non seulement parce que ce secteur a gardé un enjeu idéologique, mais aussi parce qu’il a pris une importance considérable tant dans le domaine économique que dans le domaine géopolitique. Le domaine spatial est notamment devenu une aide militaire essentielle, comme le montre l’invention du GPS en 1978, suite à une demande du président Nixon.

Mais il est aussi devenu essentiel dans l’affirmation de la puissance, justement parce que chaque pays possède son programme spatial, et que si posséder un programme spatial performant n’est pas un signe d’une puissance supérieure, ne pas en posséder un est bien signe de faiblesse, à la fois technologique, économique et géopolitique.   

 

III – L’espace : un manque de réglementation qui en complique la conquête

L’espace reste une zone encore très peu réglementée parce que encore peu connue. Le 27 janvier 1967 a lieu la signature du Traité sur les principes régissant les activités des États en matière d’exploration et d’utilisation de l’espace extra-atmosphérique, y compris la Lune et les autres corps célestes (Traité de l’espace) qui entre en vigueur par la suite, le 10 octobre 1967. Ce traité a constitué un cadre juridique qui s’est ensuite développé.
En 1968, l’accord sur le retour et le sauvetage des astronautes et la restitution des objets lancés dans l’espace extra-atmosphérique est signé, puis en 1972, la convention sur la responsabilité internationale des États pour les dommages causés par des objets spatiaux est mise en place. Suivent respectivement en 1975 et 1979 une convention sur l’immatriculation des objets lancés dans l’espace et un accord sur les activités des États-Unis sur la Lune et sur les autres corps célestes. 

Cependant, le manque de réglementation touche à un autre domaine majeur, l’écologie. En effet, l’espace est aujourd’hui une zone qui abrite de plus en plus de « déchets spatiaux », dont la majorité reste en orbite et devient dangereuse pour les satellites qui risquent d’être endommagés, voire détruits. Pour pallier ce problème, de nombreuses idées émergent dont certaines très utopiques, mais la solution qui est pour l’instant la plus probable est celle d’un canon à ions qui permettrait de faire sortir les débris de leur orbite pour les précipiter vers l’atmosphère terrestre, où ils seraient désintégrés. Pour financer ce projet, l’idée serait de mettre en place une taxe de « pollueur-payeur », ce qui montre bien que l’espace est en train de devenir un marché comme les autres.

Ainsi, la conquête de l’espace est un véritable enjeu présent depuis la Guerre froide, et qui n’a cessé d’avoir de l’importance depuis. Même si cette conquête semble moins intense à nos yeux à l’heure actuelle, c’est simplement le fait d’une moindre médiatisation, parce que les avancées sont moins impressionnantes et plus lentes qu’au temps des premiers pas sur la Lune. Mais ce qu’il faut voir, c’est que c’est justement parce qu’elles sont tellement abouties qu’il devient de plus en plus difficile de faire mieux. Ce qui est certain, c’est que cette « course à l’espace » constitue un véritable atout pour les puissances, et qu’elle attire toujours plus de monde, notamment les particuliers, comme Space X et son idée de créer une fusée réutilisable. 

Tags: