Énergie : 2015, année du changement Énergie : 2015, année du changement
Oubliez tout ce que vous avez lu dans vos livres de géopolitique sur l’énergie. les bouleversements récents sont tels qu’aucun ouvrage de prépas ne... Énergie : 2015, année du changement

Oubliez tout ce que vous avez lu dans vos livres de géopolitique sur l’énergie. les bouleversements récents sont tels qu’aucun ouvrage de prépas ne vous permet de traiter le sujet correctement. Nous vous proposons donc une grande synthèse autour des nombreux bouleversements connus par le secteur en 2015 !

 

 

2014 s’achevait sur une vive hausse de la production en pétrole de certains acteurs, entraînant par la même occasion une chute vertigineuse du prix du baril et une modification des équilibres énergétiques mondiaux en 2015, qui a certainement culminé dans l’explosion de l’OPEP.

Mais 2015 n’a pas été qu’une année de grands changements dans le marché pétrolier, elle a aussi marqué l’affirmation d’objectifs extrêmement ambitieux lors de la COP21, qui a eu lieu en décembre à Paris, et l’avancement de très nombreux projets en rapport avec les énergies renouvelables.

Nous pouvons donc nous demander quelles seront les influences des nouvelles technologies sur le changement climatique et quels sont les rapports entre ceux deux points et l’avenir de l’énergie qui ont été mis à jour en 2015 ?

 

Après une étude des évolutions des marchés pétroliers, gaziers et charbonniers, nous allons nous intéresser aux différentes négociations diplomatiques relatives au changement climatique ayant eu lieu au cours de l’année, puis nous verrons quelles innovations technologiques révélées en 2015 pourraient changer la donne dans les années à venir.

 

 

 

La recomposition du marché des énergies primaires

 

Les différents acteurs du marché des hydrocarbures ont vécu une année extrêmement difficile dans la mesure où les matières premières cotées sur les marchés ont enfoncé les niveaux planchers de la fin 2014, année d’ores et déjà difficile.

Le gaz naturel est passé de 3$ à 2,33$ par million de btu, perdant ainsi près de 22% tandis que le pétrole a connu une année cauchemardesque en perdant de 53$ à 37$, alors qu’il atteignait encore plus de 105$ en juin 2014… Dans un autre registre, le charbon a également atteint des niveaux planchers jamais connus depuis de très nombreuses années. Ces trois ressources représentent 81% du mix énergétique mondial (31% pour le pétrole, 29% pour le gaz et 32% pour le charbon).

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Évolution du prix du baril WTI ces 5 dernières années

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Évolution du prix du gaz naturel (par million de BTU)

 

Principal facteur conjoncturel de cette baisse : la stagnation de la demande mondiale. En effet, le ralentissement de l’économie chinoise, premier consommateur d’or noir du monde, a fait craindre aux opérateurs de marché un ralentissement mondial et durable de la hausse de la demande en pétrole. De fait, de nombreux secteurs stagnent aujourd’hui en Chine : qu’il s’agisse de l’industrie automobile, de la sidérurgie ou du textile, les taux de croissance actuels n’ont rien à voir avec ceux connus par le passé.

A cette stagnation de la demande s’ajoute une recomposition de l’offre  est due à l’essor de nouveaux centres de production. SI certains, à l’image des gaz de schistes américains, ont permis de bouleverser les technologies de production et de retarder une fois de plus le moment du « peak oil », d’autres offrent une véritable recomposition du marché de l’énergie, à l’image de la nouvelle place de l’Iran sur la géopolitique internationale ou de la politique de gains de parts de marché menée par l’Arabie Saoudite. Ce que nous allons aborder dès à présent !

 

Une nouvelle géopolitique de l’énergie

 

L’énergie est au cœur des conflits géopolitique : en effet, sans énergie, un Etat ne peut fonctionner à l’heure des dépendances technologiques… C’est notamment en raison de cela qu’une région désertique a été au centre de la géopolitique de la fin du XXème siècle : le Moyen-Orient. Après tout, n’est-ce pas le choc pétrolier initié en 1973 qui a momentanément affaibli toutes les économies dites « avancées » et qui a engendré la crise du capitalisme fordiste ? En 2015, la géopolitique de l’énergie a encore rebattu ses cartes. De quelle manière ?

 

L’énergie est une manne : si l’Arabie Saoudite domine le monde islamique grâce à cette ressource placée là au titre d’une prétendue supériorité accordée par Dieu, c’est bel et bien cette même ressource qui permet au groupe terroriste Organisation de l’État Islamique de maintenir coûte que coûte des réserves stratégiques dans son maintien de la terreur en Irak et au Levant, lui rapportant des dizaines de millions de dollars par jour. Ce n’est pas pour rien non plus que les groupes terroristes libyens ciblent avant tout les puits de pétrole afin de s’accaparer la ressource et la revendre par des circuits de contrebande, auprès d’intermédiaires sans scrupules, préférant financer le terrorisme pour s’arroger des marges considérables en maquillant la provenance pétrolière. Le pétrole est un véritable outil de configuration géopolitique, encore plus en 2015.

Véritable manne pour l’Arabie Saoudite, le pays est le seul au monde, avec la Norvège (d’influence moindre), à pouvoir supporter des cours du pétrole aussi bas. Ainsi, le pays s’est lancé dans une politique extrêmement agressive de reconquête des parts de marchés, ayant laissé son statut de premier producteur mondial. En effet, les seuils de rentabilité des gaz de schistes américains se situent à des niveaux bien plus élevés que les 10 à 15$ des puits saoudiens, souvent autour de 70$. En menant cette offensive de l’offre, sans se douter que les prix allaient chuter autant, le pays s’est désolidarisé de pays de l’OPEP comme le Venezuela, dont la paix sociale ne se maintient qu’à travers des hydrocarbures subventionnés et une manne pétrolière qui représente 94% des entrées de devises étrangères…lorsque le baril s’affiche à plus de 100$. Nous pouvons désormais le dire : née en 1960, l’OPEP est tombée gravement malade en 2015, et nul ne sait si elle s’en sortira…

Le pétrole constitue aussi une manne pour la Russie, membre du podium des pays producteurs de cette ressource. A travers sa « géopolitique des tubes », la Russie exerce une influence que presque seule l’énergie légitime. 2ème producteur mondial de gaz, 3ème producteur mondial de pétrole, le pays bénéficie également d’une très puissante industrie du nucléaire. L’Europe et la Russie s’avèrent ainsi extrêmement interdépendants : si Gazprom assure une manne financière pour l’État russe et fait vivre de nombreux États satellites (comme la Biélorussie avec la compagnie biélorusse Beltransgaz, qui transporte près d’un cinquième du gaz russe vers l’Europe), ou les agite (comme l’Ukraine avec la guerre du gaz et les contrats renégociés après la guerre de 2014). La Russie joue également d’influence avec ses projets de gazoducs : avec par exemple Nord Stream, gazoduc russe fournissant l’Allemagne ou encore le projet de Nabucco passant par la Turquie et mis à mal par les divergences turco-russes en Syrie, avec notamment l’élimination de deux avions russes par Ankara près de sa frontière avec la Syrie à la fin de l’année… Néanmoins, la chute des cours met le pays en difficulté : son PIB s’est contracté de 3,7% en 2015 ! Construit autour d’un baril à 50$ en 2016, le budget russe devra être corrigé et les conséquences sociales risquent d’être lourdes, contrairement à l’Arabie Saoudite, forte d’une manne de 700 milliards de dollars, qui a prévu son budget autour d’un baril à 26$ !

Autre évènement majeur : la signature d’un accord historique à Vienne sur le démantèlement du programme nucléaire iranien ouvre la voie à un bouleversement des fragiles équilibres régionaux. Signé le 14 juillet 2015, l’accord prévoit la levée progressive des sanctions en échange de contrôles poussés du programme nucléaire iranien, devant n’être que civil et non militaire. Le retour en force du pays sur les marchés pétroliers a même littéralement balayé les cours du baril début 2016, celui-ci flirtant sur les 27$ début 2016 !

Enfin, la géopolitique de l’énergie promet encore de nombreuses tensions et conflits : si les tensions autour de zones riches en ressources comme les Senkaku/Diaoyu ou encore les îles Spratleys font couler beaucoup d’encre, d’autres zones conflictuelles promettent de faire couler beaucoup d’encre dans les années à venir, comme l’Antarctique ou encore les zones de prospection offshore situées à la frontière entre deux pays. Finale de la CAN 2015, le match Ghana-Côte d’Ivoire a aussi eu lieu à La Haye, au tribunal international pour le droit de la mer, où les deux pays se sont finalement entendus en mai pour…repousser l’échéance à 2017 et ne rien exploiter en attendant, au plus grand désarroi de Tullow Oil, minor pétrolière qui avait signé avec le Ghana…

 

 

 

 

 

 

La COP21 : une volonté politique à accompagner dans les années à venir

 

Les préparatifs

 

La COP21, ayant eu lieu au Bourget du 30 novembre au 12 décembre, et débouchant sur l’Accord de Paris promet de modifier l’avenir énergétique mondial. Bien qu’incomplet, ce texte adopté par les 195 pays de la planète (ainsi que l’UE) a vu les différentes diplomaties s’entendre pour limiter le réchauffement climatique dans une fourchette de 1,5 à 2 degrés.

Héritage de la CCNUCC (Convention Cadre des Nations Unies sur les Changements Climatiques), adoptée par 154 Etats en 1992 au sommet de la Terre à Rio et par 41 autres depuis, cette convention cadre prévoit le rassemblement de tous les Etats chaque fin d’année, aux côtés de représentants de la société civile et d’ONG et vise à aboutir à un consensus total en matière de réduction des émissions de gaz à effets de serre. Elle se base sur trois grands principes :

  • le principe de précaution qui vise à affirmer que l’absence de certitude scientifique absolue ne peut être une excuse pour repousser l’adoption de mesure de protection de l’environnement,
  • le principe de responsabilités communes mais différenciées historiquement
  • le droit au développement

Cette année, les acteurs mondiaux se sont évertués à produire de nombreux textes et engagements en vue de la COP21. Par exemple, Barack Obama a engagé son pays sur la voie extrêmement ambitieuse de réduction des émissions de gaz à effet de serre de l’ordre de 26 à 28% entre 2005 et 2025, en s’attaquant notamment aux centrales à charbon, responsables d’un tiers des émissions de gaz à effet de serre. Il faut dire que son pays n’est pas en reste : la Californie souffre de sécheresses récurrentes avec ses sols devenus de véritables catalyseurs à incendies estivaux. En 2015, ceux-ci avaient ravagé 800km² (7,5 fois la superficie de Paris). D’après le LDEO de l’université de Columbia, le réchauffement climatique contribuerait à hauteur de 14 à 20% à ces feux… D’où la nécessité d’agir et de s’engager vers une voie vertueuse d’un monde moins pollueur.

 

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Mais la COP21 n’a pas été que l’apanage des grandes diplomaties. De très nombreux acteurs de taille plus modeste ont pesé sur les négociations, à l’image du PACT signé par les Etats insulaires d’Océanie, et qui vise des objectifs plus ambitieux que les 2°C qui faisaient office de marque à ne pas franchir.

 

L’accord

 

La COP21 s’est avéré être un succès, à l’inverse du retentissant précédent de Copenhague en 2009, relançant ainsi le multilatéralisme après les échecs du cycle de Doha (OCM) ou encore l’accord conclut à l’arraché à Bali en 2013. Il est clair qu’un échec de plus aurait achevé de décrédibiliser ces grandes rencontres, jusque-là productrices de très peu de résultats depuis Montréal (1987) et Kyoto (1997)…et généralisé le principe d’accords bilatéraux, comme c’était le cas entre la Chine et les Etats-Unis en novembre 2014.

Cet accord de Paris prévoit le maintien de l’élévation de la température bien en-dessous de 2 degrés, avec même une mention d’un objectif à 1,5 degré, obtenu de la part de petits Etats insulaires comme les Maldives. Ne représentant que 0,0001% des émissions mondiales, ces derniers ont réussi à exercer une influence sans commune mesure avec leur poids « climatique » ou encore économique.

Pour la mise en application, il faut désormais que 55 États représentant 55% des émissions mondiales de gaz à effet de serre ratifient effectivement l’accord !

La prochaine COP sera la 22ème du genre et aura lieu à Marrakech, au Maroc, elle permettra notamment d’organiser l’attribution de l’aide promise aux États du Sud à travers le Fonds Vert.

 

Des avancées technologiques majeures

 

Les nouvelles technologies ayant le plus modifié le paysage mondial de l’énergie en 2015 ne sont pas forcément celles que l’on croit. La fracturation permettant de libérer les gaz de schistes constitue une technique connue depuis des décennies. Néanmoins, son application industrielle et ses couts toujours plus bas ont permis une véritable recomposition du marché de la production d’hydrocarbures en 2015.

Les nouveautés technologies proviennent également du nucléaire. Areva, fleuron nucléaire français en crise, a dû faire passer de fortes dépréciations et enchaîne les déconvenues depuis de nombreuses années sur l’EPR, pourtant prometteur d’économies d’émission de gaz à effets de serre en terme de production électrique.

2015 sonne peut-être également comme l’avènement du solaire abordable. Auparavant aberration économique du fait de coûts de production élevés, et de localisation douteuse de centrales solaires en France : en 2013, 4 des 5 plus grandes centrales étaient situées dans le nord du pays, à l’image de la centrale de Toul-Rosières en Meurthe-et-Moselle, qui n’a pourtant une irradiation solaire de seulement 1340kWh/m²… Dans le même temps, nous comptons des dizaines de milliers de kilomètres carrés de surface dans lesquels cette irradiation dépasse les 2000kWh/m². Fort heureusement, de nombreux projets s’y implantent enfin. Mais EDF Energies Nouvelles nous montre que de nombreux progrès sont encore à faire : elle rachète de l’énergie solaire encore plus cher qu’elle ne le revend, pure aberration économique. Néanmoins, d’autres pays montrent le chemin inverse : l’Arabie Saoudite, riche en soleil est ainsi le premier pays ayant réussi à produire du solaire bon marché !

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2015 marque aussi les avancées dans la recherche sur les moyens de stocker l’énergie renouvelable. Ainsi, la batterie PowerWall de Tesla promet de stocker l’énergie solaire produite la journée pour l’utiliser pendant la nuit, promettant ainsi de mettre fin à la périodicité évidente de la production. D’autres initiatives sont testées grandeur nature, utilisant l’énergie de l’eau (en journée, des pompes permettraient de stocker l’eau en hauteur et la nuit, la chute de l’eau permettrait de produire de l’énergie), mais elles ne sont pas assez rentables en énergie dès à présent.

Enfin 2015 est aussi l’année de la prise de conscience de la possibilité d’aller encore plus loin, par exemple avec le développement de la voiture à hydrogène. Les innovations technologiques ont le don de pouvoir concilier croissance économique et développement durable. Après tout, ceci était bien l’intérêt de ce cours que de voir comment concilier les deux !

 

 

Comme nous l’avons vu, 2015 a été une année de grand changement, que ce soit au niveau des marchés avec des acteurs plus ou moins en difficultés, qu’il s’agisse d’une diplomatie du climat qui nous redonne espoir ou qu’il s’agisse d’innovations techniques semblant enfin devenir productives, l’avenir promet d’être très différent. Enfin, nous ne pouvons pas pronostiquer comment finira 2016 : en 2015, aucun analyste ne voyait le pétrole finir l’année sous les 45$, ce qui s’est pourtant passé… Le marché de l’énergie est plein de surprises, nul ne peut le prédire avec certitude…

Mehdi Cornilliet Fondateur

Ancien étudiant à HEC Paris après une prépa ECS au Lycée La Bruyère (Versailles) et fondateur de Major-Prépa.