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Entre 1913 et 1945, le Royaume-Uni voit sa puissance s’éroder sur la scène mondiale. En effet, depuis 1913, les États-Unis s’affirment progressivement comme la nouvelle puissance prééminente, incarnant le déplacement historique des centres de gravité politique et économique à l’échelle mondiale. Ainsi, dans Le Monde d’hier, souvenirs d’un Européen publié en 1942, Stefan Zweig décrit avec amertume l’effondrement de la civilisation européenne, et particulièrement la fin de l’hégémonie britannique, qu’il avait longtemps idéalisée. Face à la montée des nationalismes, qu’il qualifie de « pestilence des pestilences », Zweig évoque le « suicide européen ». Plongée au cœur de la hiérarchie des puissances du XXe siècle.

Introduction

« Les États-Unis et le Royaume-Uni : un chassé-croisé ? » est un sujet de colle souvent donné en première année pour couvrir la partie historique du programme. Cependant, il peut ressurgir aux concours.

Il y a deux difficultés majeures dans ce sujet : d’abord, la connaissance et la compréhension du terme chassé-croisé, qui est souvent mal compris des candidats. Ensuite, le contenu, qui n’est souvent pas assez dense sur la période de 1913.

Pour ce faire, Major-Prépa t’a concocté un article complet qui retrace les essentiels à savoir pour couvrir ce sujet.

Analyse des termes

L’expression chassé-croisé désigne un échange réciproque, parfois simultané, de positions ou de situations. C’est un mouvement où deux acteurs semblent se croiser sans jamais tout à fait prendre la même place. Appliquée aux relations anglo-américaines entre 1913 et 1945, elle interroge la dynamique d’un rapport de puissance en transformation.

Les États-Unis, encore puissance émergente en 1913, sortent enrichis de la Première Guerre mondiale et deviennent, après 1945, une puissance pleinement affirmée qui structure l’ordre international. À l’inverse, le Royaume-Uni, première puissance mondiale à la veille du conflit, voit sa suprématie progressivement rattrapée puis dépassée, au fil d’un effort de guerre coûteux et d’un empire fragilisé. C’est donc pour cela qu’on parle de chassé-croisé.

Bornes chronologiques

Les bornes chronologiques doivent aussi être justifiées lors de l’analyse du sujet. 1913, c’est le moment où le Royaume-Uni domine encore, contrairement à 1945, année où l’équilibre bascule nettement en faveur des États-Unis. Le terme chassé-croisé est donc légitime pour décrire cet échange hiérarchique. Car, au-delà de la rivalité, les deux pays possèdent un rôle commun : celui d’un couple allié contre des ennemis partagés qui instaure un ordre international fondé sur des valeurs communes.

Dès lors, comment se conçoivent les relations entre les États-Unis et le Royaume-Uni sur la scène internationale, de la veille de la Première Guerre mondiale jusqu’à la fin de la Seconde ?

Bilan des puissances en 1913 : une hégémonie britannique contestée

Tu dois retenir que l’année 1913 marque, pour le Royaume-Uni, la fin d’une ère de domination économique sans partage. Cependant, le pays conserve son statut de puissance dominante mondiale. Au niveau industriel, le pays a manqué le virage de la seconde révolution industrielle.

Pourtant, ses leviers de puissance, qui sont principalement son empire colonial et sa puissance financière, restent des atouts colossaux qui empêchent de parler de « chassé-croisé » avec les États-Unis. L’essoufflement de la métropole se confirme par des taux de croissance de PIB relativement faibles (1,9 % par an entre 1870 et 1914) et une perte de compétitivité face au « Made in Germany », qui inonde le marché britannique grâce au libre-échange.

Malgré ce déclin relatif, la machine économique mondiale britannique est encore largement régulée par les institutions et les capitaux britanniques.

Puissance militaire du Royaume-Uni

La puissance militaire du Royaume-Uni repose essentiellement sur sa maîtrise des mers, un héritage historique qui lui confère une domination stratégique. La flotte britannique représente encore, en 1913, 40 % du tonnage mondial, ce qui assure sa sécurité. Il faut retenir que l’Empire britannique regroupe près du quart de la population mondiale en 1901. Avoir une armée assez puissante pour se protéger est donc essentiel pour le pays.

Le contrôle des points de passage cruciaux sur les axes du commerce international (canal de Suez, détroit d’Ormuz, ou encore Gibraltar) permet à Londres de rester la première puissance commerciale du monde en 1914. Cette projection militaire est d’ailleurs réaffirmée au début du siècle par la guerre des Boers, menée pour garantir l’accès aux ressources vitales (l’or et les diamants sud-africains).

Même si l’Allemagne lance une ambitieuse politique navale (Weltpolitik), le Royaume-Uni maintient une avance technologique qui lui permet de conserver sa puissance militaire.

Puissance économique et industrielle

La véritable puissance britannique en 1913 réside dans sa suprématie financière, qui compense largement son déclin industriel relatif. Londres demeure le centre névralgique incontournable de la finance mondiale grâce à deux choses : son niveau d’expertise et une abondance de capitaux. Le Royaume-Uni est le premier exportateur de capitaux, avec l’équivalent de 32 % de son revenu national investi hors de l’île en 1914. Cela est un facteur de puissance qui fait tourner la machine économique globale.

Le système monétaire international est par ailleurs structuré autour du système de l’étalon-or, dont la Banque d’Angleterre est la garante, conférant à la livre sterling un rôle pivot. Même si le PIB de la métropole a été dépassé par les États-Unis et l’Allemagne, l’Empire britannique, pris comme un tout économique, reste le PIB le plus important de la planète.

Cependant, la puissance économique britannique en 1913 présente tout de même un bilan contrasté. Le Royaume-Uni est en retard sur la seconde révolution industrielle, laissant les grandes innovations technologiques et leurs applications commerciales aux États-Unis et à l’Allemagne. Ce retard se traduit par une chute de sa part dans la production mondiale. Celle-ci passe de 32 % en 1870 à 14 % en 1913.

De plus, l’adhésion indéfectible au libre-échangisme exacerbe cette vulnérabilité. Face au protectionnisme des rivaux, les produits étrangers (notamment ceux labellisés « Made in Germany ») inondent le marché britannique. Cette situation fragilise donc la balance commerciale et fait chuter l’autosuffisance alimentaire. Elle atteint seulement 30 % en 1914, révélant la nécessité de se relever.

Puissance culturelle et soft power

La puissance du Royaume-Uni en 1913 ne se mesure pas uniquement à sa flotte ou à sa capacité financière. Elle réside également dans un rayonnement culturel et un soft power immenses qui ancrent sa domination. Par exemple, l’anglais, véhiculé par l’étendue de son empire et l’importance du commerce international, est déjà en passe de devenir la langue des affaires. La Grande-Bretagne exporte non seulement ses produits, mais aussi son modèle politique, social et ses institutions.

En outre, le modèle parlementaire britannique inspire de nombreuses nations, et l’existence d’un modèle social est avancé pour l’époque. Par exemple, la « semaine anglaise », introduite dès 1854, l’allocation chômage en 1908, ou l’assurance sociale en 1911 lui permettent d’éviter l’éclatement social tout en projetant une image de stabilité. Ces réformes, bien que modestes, conféraient au pays une aura de progressisme.

Enfin, la puissance culturelle britannique est renforcée par la diffusion des valeurs de la société victorienne à travers son vaste réseau impérial (Inde, Canada, Australie) et ses liens économiques, assurant ainsi une influence durable sur les élites des autres continents.

Puissance géopolitique

Cependant, la puissance géopolitique britannique en 1913 est indissociable de l’existence de son Empire. En effet, celui-ci lui confère une assise mondiale inégalée, rendant l’idée de « chassé-croisé » avec ses rivaux prématurée. L’Empire est d’abord une puissance démographique et territoriale colossale. Il regroupe près du quart de la population mondiale (300 millions d’habitants) et 30 millions de kilomètres carrés à la mort de la reine Victoria en 1901. Cette emprise territoriale permet aussi un accès important aux ressources nécessaires, comme l’or et les diamants.

Empire britannique - Wikipédia
Ampleur de la puissance coloniale britannique en 1913

Cette immense entité politique constitue le PIB le plus important de la planète, servant de marché captif pour la métropole. De plus, l’empire est diversifié. Il inclut des colonies de peuplement (dominions comme le Canada et l’Australie) dont le développement est proche de celui des États-Unis.

Il a aussi des entités stratégiques comme l’Inde. Celle-ci pèse encore 7,5 % du PIB mondial (selon Angus Maddison). Ce réseau impérial garantit l’influence et le contrôle des axes maritimes mondiaux (Suez, Ormuz, Gibraltar), assurant au Royaume-Uni non seulement sa sécurité, mais surtout le maintien de son statut de première puissance commerciale mondiale et de gendarme des mers.

Puissance économique américaine

Cependant, le statut de première puissance économique du monde revient sans conteste aux États-Unis en 1913, surpassant la Grande-Bretagne en matière de PIB et de production industrielle. Ce leadership quantitatif est le fruit d’une croissance fulgurante et ininterrompue, caractérisée par un taux annuel moyen de 3,94 % entre 1870 et 1914.

Ainsi, l’industrie américaine se distingue par sa productivité supérieure à celle de la Grande-Bretagne dès le début des années 1870. En outre, c’est l’impressionnante capacité d’innovation dans les nouvelles techniques (seconde révolution industrielle) qui ancre la suprématie américaine.

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Une exception économique américaine

Cette dynamique est alimentée par une forte demande intérieure, elle-même soutenue par une démographie explosive : l’immigration européenne a fait passer la population de 39 à 96 millions d’habitants entre 1870 et 1913. Ainsi, les bénéfices considérables générés par cette croissance ont attiré d’importants investissements étrangers, notamment britanniques, créant un cercle vertueux.

En outre, les grandes fortunes de l’« âge doré » (comme John Rockefeller dans le pétrole) témoignent de l’ère des grands trusts capitalistes. Cependant, le mouvement progressiste, notamment sous Wilson, tente de réguler ces abus via des lois antitrust et l’introduction de l’impôt sur le revenu.

Suprématie de la puissance financière britannique

Bien que les États-Unis soient la première puissance industrielle, leur rôle sur la scène financière mondiale reste encore secondaire par rapport à Londres. En effet, l’économie américaine, axée sur son développement interne, ne projette pas ses capitaux avec la même intensité que le Royaume-Uni ou l’Allemagne. Les capitaux américains ne rivalisent pas encore avec la « force de frappe » de l’épargne britannique et leurs investissements restent principalement concentrés dans leur zone d’influence (Amérique Centrale et Pacifique).

Politiquement, la période est marquée par une tension entre la montée du « big business » et la nécessité de réformes. Ainsi, le dernier quart du XIXe siècle a été le théâtre d’une forte agitation ouvrière. Cela traduit le fossé entre les magnats et les classes laborieuses. Cela affaiblit considérablement la puissance américaine.

Par ailleurs, le mouvement progressiste, incarné par Theodore Roosevelt et plus tard par le démocrate Woodrow Wilson, a cherché à y répondre en renforçant le rôle du gouvernement fédéral. Par exemple, l’élection des sénateurs au suffrage universel et le droit de vote des femmes en 1913 montrent comment ils cherchent à tempérer le pouvoir des intérêts privés qui dominaient les partis républicain et démocrate.

Puissance sociale du modèle américain
Défilé de militants en faveur du droit de vote pour les femmes à New York en 1917. Cela illustre la puissance novatrice du modèle américain.

Puissance géopolitique américaine

La puissance des États-Unis est celle d’une nation dont l’expansion territoriale est achevée. En effet, l’Alaska est annexé en 1867, témoignant du contrôle total du territoire. Cependant, l’influence mondiale est encore largement contenue par un isolationnisme historique. Le pays se concentre avant tout sur son propre développement et son environnement immédiat. Par exemple, la guerre hispano-américaine de 1898 a marqué le tournant impérialiste. Cela s’illustre par l’acquisition des Philippines, de Porto Rico et l’établissement d’une tutelle sur Cuba.

Par ailleurs, sous l’impulsion de Theodore Roosevelt et de sa politique de « Big Stick », Washington intervient activement dans les affaires latino-américaines (ex. : sécession du Panama pour le percement du Canal). Malgré ces incursions, l’essentiel de la politique étrangère reste orienté vers la « doctrine de la Porte Ouverte » pour favoriser le commerce, plutôt que vers la domination militaire globale. L’immense puissance américaine, bien que quantitativement la première du monde, est encore régionale dans ses préoccupations géopolitiques.

Puissance culturelle des États-Unis

Tu dois retenir que la puissance culturelle américaine se développe en 1913 sur la base de l’attractivité de son modèle. Ainsi, le rêve américain, alimenté par une immigration massive, incarne l’idée d’une société dynamique, progressiste et méritocratique qui contraste avec les hiérarchies figées de la vieille Europe.

Sur le plan des institutions, les mouvements progressistes renforcent l’image d’une démocratie capable de se réformer. Culturellement, la diffusion de la musique populaire (le ragtime) et la montée en puissance de l’industrie naissante du cinéma à Hollywood commencent à jeter les bases d’une culture de masse destinée à être exportée. Ainsi, bien que l’influence culturelle britannique reste dominante au niveau des élites, le modèle américain de dynamisme industriel et social exerce une attraction puissante.

Bilan des puissances en 1913

La position britannique est cependant mise sous tension par l’essor fulgurant des États-Unis et de l’Allemagne. D’une part, l’Allemagne a rattrapé son retard industriel. Elle combine une organisation efficiente (Konzern et cartels) et une haute productivité (5 % supérieure à celle du RU en 1913). À cela s’ajoute aussi une capacité d’innovation dans les nouvelles filières (chimie, électricité). Ainsi, le pays impose son « Made in Germany » comme un label de qualité.

Le Royaume-Uni est donc un « Titan fatigué » dans la métropole. Pourtant, il est toujours le régulateur et le garant du système économique et politique mondial. En 1913, tu ne peux donc pas parler de chassé-croisé entre les deux puissances anglophones.

De 1913 à 1945 : une montée en puissance du pouvoir américain

L’importance de l’industrie

Vecteur de puissance économique

L’industrie s’est imposée entre 1913 et 1945 comme le critère de puissance par excellence. En effet, les deux conflits mondiaux ont transformé le critère économique en une question de survie stratégique. La guerre totale exige une mobilisation intégrale des ressources et la conversion de l’appareil productif en un « arsenal ».

Dans ce contexte, les États-Unis ont pu exploiter à pleine puissance leur système de production de masse (taylorisme et fordisme). En effet, le taylorisme est formalisé par l’ingénieur américain Frederick Winslow Taylor à la fin du XIXe siècle. Il repose sur le principe d’organisation scientifique du travail qui consiste à décomposer le travail en gestes élémentaires.

L’exemple le plus célèbre d’application du taylorisme est le travail à la chaîne. Il a été mis en place par Henry Ford dans ses usines automobiles à partir de 1913 pour la Ford T. Cela fait donc de l’industrie un critère de puissance essentiel dès 1913.

Organisation scientifique du travail : taylorisme - Sherpas
Atelier industriel appliquant le taylorisme au début du XXᵉ siècle. C’est un symbole de la puissance américaine fondée sur la production de masse.

Vecteur de puissance normative

Au-delà du simple volume, l’industrie est aussi devenue la source de la puissance normative. Par exemple, la loi prêt-bail de 1941 (Lend-Lease Act) a démontré que la quantité et la qualité de la production industrielle américaine étaient la clé de voûte de la survie alliée. Ainsi, en fournissant sans contrepartie immédiate des milliards de dollars de matériel aux Alliés, les États-Unis ont créé une dépendance matérielle et une dette politique gigantesques. Cette position de fournisseur indispensable a conféré à Washington un leadership stratégique incontesté. On peut donc parler de puissance normative : les États-Unis dictent les conditions de la coopération future en instaurant les normes de commerce internationales.

Cette puissance industrielle a été formalisée lors de la conférence de Bretton Woods en juillet 1944. Avec la majorité de l’or mondial et une économie intacte, les États-Unis sont la seule puissance capable de reconstruire le système financier international. Par exemple, ils ont imposé le dollar comme seule monnaie convertible en or (étalon-change-or), faisant de leur monnaie la norme centrale du commerce mondial. On peut donc parler de chassé-croisé économique à partir de 1944, car les États-Unis s’imposent comme la première puissance financière.

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Bilan de la Première Guerre mondiale

Mise à mal de la puissance libre-échangiste

À l’issue de la Première Guerre mondiale, le Royaume-Uni sort vainqueur mais profondément fragilisé. Partisan historique du libre-échange, il considère longtemps l’intervention de l’État comme néfaste pour l’économie. Pourtant, l’effort de guerre contraint Londres à instaurer un contrôle étatique inédit. Les secteurs concernés par ce contrôle sont la production alimentaire, la distribution, les transports et la main-d’œuvre. L’État refuse donc de financer l’effort par l’impôt, jugé trop impopulaire. Cela plonge le pays dans un endettement massif. Ainsi, le pays s’endette à près de 30 %. Il faut aussi noter qu’une grande partie est envers les États-Unis, pourtant alliés du Royaume-Uni.

Ce dernier rompt également avec son dogme libre-échangiste en adoptant des mesures protectionnistes, comme le tarif McKenna. Ce tarif était une série de droits de douane protecteurs introduits au Royaume-Uni en 1915, principalement sur l’importation de produits considérés comme non essentiels (luxe, automobiles, horlogerie, etc.). Son objectif était de conserver les devises étrangères pour l’effort de la Première Guerre mondiale et de libérer de l’espace sur les navires, marquant une rupture temporaire avec la tradition britannique de libre-échange.

Pertes humaines

Par ailleurs, si les pertes humaines directes sont relativement limitées pour les Britanniques, l’empire colonial s’affaiblit. Ce sont 1,3 million d’Indiens qui servent dans l’armée britannique et 74 000 y trouvent la mort. Au final, malgré la victoire militaire, le Royaume-Uni ressort affaibli économiquement et dépendant de ses créanciers : une véritable victoire à la Pyrrhus.

La puissance des États-Unis confortée par l’effort de guerre

À l’inverse, les États-Unis apparaissent comme les grands bénéficiaires du conflit. Avant 1914, leur économie reste dépendante des capitaux britanniques et de l’approvisionnement européen. Pourtant, la guerre renverse totalement cet équilibre. La livre sterling se déprécie, le dollar s’impose comme nouvelle monnaie internationale.

Ainsi, les États-Unis deviennent les créanciers de l’Europe. Ils accumulent 44 % du stock d’or mondial en 1918. De plus, leur puissance navale bondit spectaculairement. Ils représentent désormais 50 % du tonnage mondial, alors qu’en 1913, ils dépendaient à 90 % de la flotte britannique. L’État finance la guerre en empruntant directement auprès de sa population et en dynamisant l’industrie. Les prix agricoles doublent entre 1913 et 1918, tandis que l’achat massif de produits américains en Europe stimule une prospérité exceptionnelle. Cela va jusqu’à favoriser des fusions d’entreprises, pourtant rarement tolérées par les lois antitrust.

Bilan de la puissance géopolitique

Sur le plan géopolitique, l’entrée en guerre rompt le cadre traditionnel de la doctrine Monroe. Le torpillage du Lusitania en 1915 provoque la mort de 1 200 civils, dont 128 Américains. Cet évènement choque profondément l’opinion publique, malgré la promesse de Wilson (« He kept us out of war »). La reprise de la guerre sous-marine en 1917 pousse finalement les États-Unis à intervenir. Cela permet d’apporter un soutien décisif à la Triple-Entente. Ainsi, 53 000 soldats américains périssent, mais cette mobilisation permet la naissance d’une véritable armée nationale : en 1913, on compte 1 soldat pour 516 habitants aux États-Unis, contre 1 pour 53 en France.

Enfin, malgré son isolationnisme persistant, Washington adopte une posture de plus en plus internationale à travers les 14 points de Wilson, l’initiative de la SDN, la conférence de Washington ou encore le pacte Briand-Kellogg. En définitive, malgré l’inflation et la dette, les États-Unis ressortent du conflit comme la nouvelle puissance montante, engagée sur la voie de la prospérité et de l’hégémonie mondiale.

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Bilan de la hiérarchie en 1945

En 1945, la question de savoir qui « gagne » entre les États-Unis et le Royaume-Uni ne fait plus de doute : c’est Washington qui l’emporte. Pour le prouver, tu peux utiliser le bilan matériel de la Seconde Guerre mondiale, l’élément le plus tranchant. Tandis que l’Europe subit les bombardements et que son industrie s’épuise par l’effort de guerre, l’économie américaine prospère.

Par exemple, la production industrielle des États-Unis double entre 1939 et 1945, tandis que le Royaume-Uni perd plus de 25 % de sa richesse nationale. Les États-Unis détiennent alors les deux tiers des réserves d’or mondiales et produisent plus de la moitié du produit manufacturé mondial. Cette puissance s’est donc traduite par une capacité financière colossale, symbolisée par les accords de Bretton Woods de 1944.

Un renversement de la puissance financière

Cependant, le basculement de puissance le plus symbolique s’est joué sur le plan monétaire. Historiquement, la livre sterling dominait la finance mondiale, mais les conférences de l’après-guerre ont institutionnalisé l’hégémonie américaine.

Par exemple, lors des accords de Bretton Woods en juillet 1944, le dollar américain s’impose officiellement comme la seule monnaie convertible en or (au taux de 35 $ l’once). Il devient ainsi la monnaie de référence internationale. La livre sterling passe alors au rang de monnaie secondaire.

Tu noteras que c’est une déchéance que l’Empire britannique en déclin n’a pu que ratifier. Ce rôle conféré au dollar permet aux États-Unis de financer leur expansion mondiale par l’endettement sans craindre l’effondrement monétaire. Tu peux retenir que ce privilège se nomme « exorbitant privilege », que le Royaume-Uni avait définitivement perdu.

Institutions de Bretton Woods : la réforme pour survivre | Les Echos
22 juillet 1944. À Bretton Woods, les délégués de 44 pays sont parvenus à mettre d’accord des nations encore engagées dans la Seconde Guerre mondiale afin de réguler le système monétaire mondial et reconstruire les pays dévastés.

Point sur la puissance militaire

Sur le plan du hard power, le Royaume-Uni passe du statut de leader à celui de partenaire nécessaire, mais subordonné. Le désengagement américain de l’isolationnisme, forcé par la guerre, a placé les États-Unis au centre de l’architecture sécuritaire mondiale. Ainsi, en 1945, les États-Unis sont la seule puissance à posséder l’arme atomique. Cela s’est fait grâce au projet Manhattan de 1942. En effet, il aboutit sur les bombardements d’Hiroshima et de Nagasaki en août 1945. Cela donne un avantage technologique stratégique qui les place dans une catégorie de puissance radicalement différente du Royaume-Uni.

Même si Londres développera sa propre bombe atomique quelques années plus tard, la supériorité de Washington est actée. Géopolitiquement, les États-Unis ont aussi pris la tête de la création de l’Organisation des Nations unies (ONU) en 1945, forçant le monde à adopter une structure multilatérale. Il faut tout de même noter que le Royaume-Uni y conserve un siège permanent.

La fin de la puissance impériale

Finalement, l’année 1945 a également marqué le début de la fin du modèle impérial britannique. En effet, les promesses d’autonomie faites aux colonies durant la guerre affaiblissent la puissance coloniale. En outre, le soft power américain du libéralisme et de l’anticolonialisme gagne du terrain. Par exemple, la crise de Suez en 1956 voit les États-Unis s’opposer fermement à l’intervention militaire franco-britannique en Égypte. C’est un exemple clé pour montrer que Londres ne peut plus entreprendre d’actions géopolitiques majeures sans l’aval de Washington.

Cependant, les germes de cette subordination sont déjà présents en 1945. En effet, cela s’est déjà vu lorsque les États-Unis conditionnent l’aide financière à la libéralisation du commerce impérial britannique. Finalement, le modèle du way of life américain remplace l’austérité de l’Empire. Ce sont le cinéma et la culture de consommation qui véhiculent ce modèle. Cela confirme définitivement que le leadership mondial passe de la Couronne à l’Oncle Sam. Tu noteras donc que cela achève le chassé-croisé commencé en 1913.

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Conclusion

En 1945, l’équilibre mondial bascule donc nettement en faveur des États-Unis. En effet, ils dépassent désormais le Royaume-Uni dans tous les domaines constitutifs de la puissance. Tu peux donc parler de chassé-croisé, mais seulement à partir de 1945. Avant cette date, les deux pays se battent pour être la plus grande puissance mondiale. Cependant, cela se fait sans pour autant échanger radicalement de place dans la hiérarchie.

Une suprématie américaine financière et économique

La supériorité actuelle des États-Unis sur le Royaume-Uni est d’abord une question d’échelle et de contrôle des secteurs stratégiques de la mondialisation. Cela marque ainsi un contraste saisissant avec la situation antérieure à 1913, où la Grande-Bretagne régnait en maître sur l’économie mondiale grâce à la livre sterling et à son empire industriel. Ce renversement est particulièrement visible dans le domaine technologique et financier. Alors que la City de Londres dominait autrefois la finance, les États-Unis captent aujourd’hui la quasi-totalité de la valeur boursière mondiale dans l’économie du futur.

Par exemple, en 2024, la capitalisation boursière des GAFAM (Google, Apple, Meta, Amazon, Microsoft) et de NVIDIA dépasse largement celle de l’intégralité du marché boursier britannique (le FTSE 100). C’est une disproportion impensable au début du XXe siècle. De plus, la suprématie monétaire américaine reste incontestée. Le dollar américain conserve son rôle de principale monnaie de réserve mondiale. En effet, il représente environ 60 % des réserves des banques centrales. Cela relègue la livre sterling, pourtant reine avant 1913, à une part marginale et symbolique.

Ainsi, cet exemple révèle l’influence extraterritoriale décisive de Washington via son contrôle sur les transactions financières internationales.

Un chassé-croisé incontestable

Ce déplacement de la hiérarchie est tout aussi net sur le plan militaire et géopolitique. Cela confirme le « chasse-croisé » où la projection militaire mondiale américaine dépasse la puissance maritime impériale britannique. La Royal Navy, qui imposait la Pax Britannica dans le monde avant la Première Guerre mondiale, est devenue une force de second rang par rapport à la capacité de déploiement des forces armées américaines. Ainsi, en 2024, le budget militaire annuel des États-Unis avoisine les 997 milliards de dollars. Cela équivaut à plus de douze fois celui du Royaume-Uni (environ 81,8 milliards de dollars). Tu peux donc utiliser cet exemple pour montrer le fossé en matière de hard power.

Sur la scène diplomatique, le Royaume-Uni agit désormais comme un partenaire essentiel. Il se range derrière les initiatives stratégiques de Washington pour maintenir son propre rang. Ainsi, la signature du pacte de sécurité AUKUS en septembre 2021 entre l’Australie, le Royaume-Uni et les États-Unis illustre cette dynamique. Londres s’engage donc dans une stratégie Indo-Pacifique majeure. Cependant, celle-ci reste clairement impulsée et dirigée par les intérêts stratégiques américains pour contrer l’influence chinoise. Le rôle britannique est donc celui d’un allié fiable plutôt que celui d’un décideur hégémonique.

Ainsi, en 1945, les États-Unis ne se contentent pas de dépasser le Royaume-Uni. Ils deviennent la première superpuissance globale, inaugurant un ordre mondial centré sur Washington.

 

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