La mondialisation est-elle réellement « immobile » (Daniel Cohen) ? La mondialisation est-elle réellement « immobile » (Daniel Cohen) ?
En 1998, Stephen Castels déclarait dans son ouvrage The Age of Migration que « la mondialisation entraîne un accroissement de toutes les catégories de... La mondialisation est-elle réellement « immobile » (Daniel Cohen) ?

En 1998, Stephen Castels déclarait dans son ouvrage The Age of Migration que « la mondialisation entraîne un accroissement de toutes les catégories de flux transfrontaliers, y compris des mouvements de population ». 6 ans plus tard, en 2004, Daniel Cohen comparait, dans La mondialisation et ses ennemis, notre mondialisation à une « mondialisation immobile ». En effet, pour l’auteur alors qu’en 1913 10% de l’humanité était considérée comme migrants, aujourd’hui ce chiffre est tombé à 3%. Ce qui pose problème dans la mondialisation contemporaine est alors la grande difficulté qu’ont les individus à s’en rendre acteurs. C’est une mondialisation où les images circulent mais pas les hommes. En effet, tout le paradoxe semble résider dans l’idée que plus les capitaux bougent facilement et moins les hommes ont à le faire. Pourtant, dans les décennies à venir les migrations internationales pourraient devenir majeures. L’ONU par exemple estime que si rien n’est fait 140 millions de personnes pourraient migrer du fait du réchauffement climatique d’ici 2050. La mondialisation des flux humains est-elle alors réellement une « mondialisation immobile » ?

 

Les mobilités, vecteur de la mondialisation

Les migrations : mobilités volontaires et de longue durée

Les migrations se sont multipliées sous l’effet de la mondialisation. Entre 1975 et 2015, le nombre de migrants internationaux passe de 75 millions à 230 millions de personnes.

La géographie des migrations s’est également diversifiée car mondialisation a rimé avec facilité à se déplacer. Trois endroits deviennent des foyers d’appels majeurs : les États-Unis, accueillant 20% des migrations légaux de la planète, l’Europe occidentale (avec l’Allemagne, le Royaume-Uni et la France en tête) et le Golfe Persique (où la population est peu nombreuse et nécessiteuse en main d’œuvre – 90% des habitants du Koweit par exemple sont des migrants). 72% des migrants proviennent des pays du Sud et depuis 2013 la majorité des migrations sont sud-sud.

De ces migrations découlent les diasporas, phénomènes de dispersion communautaire. La première est la diaspora chinoise, à 80% intra-asiatique et concernant environ 50 millions de personnes. On peut citer également la diaspora indienne ou encore la diaspora libanaise. Ces dernières véhiculent avec elles des pans de leur culture (comme la langue ou la religion). Elles constituent également des relais actifs de leurs pays d’origine.

Les déplacements de travail et de loisir : mobilités volontaires et de courte durée

Les mobilités pendulaires ont pris de l’importance avec l’industrialisation et l’étalement urbain. Les franciliens par exemple passent 80 minutes en moyenne dans les transports par jour pour aller au travail.

En outre, le tourisme est le secteur qui a connu le plus fort impact de la mondialisation. Le nombre de touristes internationaux est passé de 25 millions en 1950 à 1 milliard en 2010. Le tourisme est devenu l’un des principaux secteurs des services, représentant  10% du PIB mondial et 1 emploi sur 11. Outre sa multiplication, il y a eu une diversification de ses motifs et il a été un outil de développement dans plusieurs pays pauvres.

Réfugiés et déplacés : migrations de la contrainte

Aujourd’hui, la majorité des déplacés sont internes à leur pays. Les guerres, épidémies, raisons climatiques ou sanitaires en sont les principaux facteurs. On dénombrait en 2015 plus de 35 millions de réfugiés internes. Dès 1951, dans la Convention de Genève, l’ONU définissait un réfugié comme « une personne qui a quitté son pays d’origine en raison d’une crainte fondée de persécution due à sa race, sa religion, sa nationalité, son appartenance à un groupe social ou à ses convictions politiques, et qui ne peut, du fait de cette crainte, ou ne veux se réclamer de la protection de ce pays ».

 

La mondialisation, synonyme de renouveau pour la nature et la forme de ces mobilités

La révolution des transports, liés à la mondialisation a facilité les mobilités. Celle-ci a en effet permis de réduire la distance. Ceci a été fait notamment grâce à la généralisation de la voiture, voire de deux autos par foyers (notamment aux États-Unis), au développement des lignes à grande vitesse et à la généralisation du low cost (en 2015 par exemple, 30 millions de vols ont transporté 3 milliards de personnes).

De surcroît, la mondialisation a acecntué les push et pull factors. Parmi les push factors on compte la pauvreté par exemple : si selon l’OCDE la planète est aujourd’hui 40 fois plus riche qu’en 1900, le nombre de pauvres a augmenté en nombre absolu. D’autres facteurs encouragent le départ des populations : des motifs politiques aux motifs religieux en passant par la variable environnementale et naturelle (qui risque même de devenir la plus importante).

Les pulls factors ont eux aussi été renouvelés. Les politiques migratoires de chaque pays peuvent par exemple être des facteurs attractifs ou repoussants : les États-Unis, premier pays d’immigration légale du monde, ont fait le choix d’un brain drain notamment avec la distribution d’environ 10 000 Visas H1B par an. De même, durant les Trente Glorieuses la France a mis en place une migration de l’emploi. La situation économique et le marché de l’emploi jouent également ; c’est pourquoi le Royaume-Uni, pays plus « dynamique » que la France est attractif, engendrant le phénomène de jungle à Calais. Finalement, les facteurs culturels, tels que la langue, l’histoire ou le Soft Power sont aux premiers plans.

 

De nouveaux enjeux du fait des mobilités

Le premier enjeu est économique. Les migrations sont en effet une perte pour les pays de départ et notamment dans le cas des migrations des élites. Celle-ci signifie la perte du capital intellectuel et de travail et compromet le développement de certains pays. Par exemple, ¾ des médecins formés au Mozambique exercent dans un pays de l’OCDE.

À l’inverse, les pays récepteurs ont beaucoup à gagner car les migrations sont facteur de croissance pour l’économie nationale, permettent de palier les réalités démographiques et constituent un gain cérébral en cas de brain drain. Dans le cas des États-Unis par exemple, 50% des doctorants sont étrangers et la moitié des ingénieurs formés en Inde migrent aux États-Unis. Pour finir, l’enjeu économique est marqué par le flux primordial pour certains pays que sont les remises. La Banque Mondiale estimait en 2015 que la toutes les remises représentait trois fois plus que la somme de l’Aide Publique au Développement.

Mais l’enjeu est également politique. L’immigration clandestine pose problème dans sa régulation. Les politiques de restriction et de gestion des mobilités sont de plus en plus questionnées ; on dénombrait par exemple 3 000 morts en Méditerranée en 2014 et près d’un millier en 2020. Le problème se pose également aux États-Unis avec la construction du mur à la frontière avec le Mexique, démarré sous l’administration Bush et promis par Donald Trump. Cette régulation est un véritable enjeu car elle a un coût. Les autorités américaines ont évalué le coût de l’attente à la frontière americano-mexicaine à 10 milliards de $ en 2010. Finalement, d’un point de vue socio-politique, les mobilités engendrent des tensions, et ce notamment lorsque la croissance est faible, créant une intégration sociale compliquée ; en témoigne la montée des partis extrêmes en Europe.

Louise Roussel

Après 3 ans de prépa au Lycée Saint-Louis, je suis maintenant étudiante à l'EDHEC. Je rédigerai cette année, avec grand plaisir, des articles de géopolitique !