“Nous devons construire un Maroc plus résilient et plus équitable” déclarait Mohammed VI à l’issue de la crise sanitaire de 2020. La gestion de la pandémie du Covid-19 au Maroc a souvent été citée en exemple, révélant la capacité du pays à mobiliser rapidement ses infrastructures et à innover. Mais cette réussite a aussi mis en lumière les profondes disparités sociales. Si les grandes villes marocaines ont largement profité de la croissance et des investissements, une partie de la population reste fragilisée. Ce contraste incarne l’essor du Maroc. Un pays en pleine transformation, porté par de grands projets, mais encore confronté au défi de l’inclusion.
Le Maroc, un moteur économique en pleine mutation
Sous le règne de Mohammed VI (depuis 1999), le PIB du Maroc a quasiment triplé, même si la croissance économique a à peine dépassé les 3 %. La politique économique est une politique libérale assumée, avec une volonté sociale de temps à autre, selon les gouvernements. Le roi lui-même est un homme d’affaires, notamment à travers la plus grosse holding du Maroc, Al Mada, et désire, par ses investissements (par exemple dans l’énergie solaire), mener la marche vers un développement économique profond. Cette politique a eu un grand succès au niveau de l’impact économique. Aujourd’hui, le Maroc est l’un des plus grands réceptacles d’IDE sur le continent.
Le secteur industriel a quant à lui un poids important, à la fois grâce à la zone franche de Tanger Med, mais aussi du fait d’une volonté de diversification du tissu industriel. Le Maroc a ainsi annoncé récemment la première voiture 100 % marocaine (Neo Motors), censée représenter la qualité d’innovation de cette industrie Made in Morocco. Le fait que le roi lui-même assiste à la présentation de cette voiture en dit long sur l’importance de cette nouvelle orientation vers un investissement plus productif, notamment dans les filières de pointe et de haute technologie.
Explication du développement marocain
Focus : Le développement industriel marocain
Le Maroc connaît une véritable transformation industrielle, moteur central de son émergence économique. Le pays concentre ses efforts sur des filières stratégiques comme l’automobile, l’aéronautique, l’électronique et la chimie. Voici les points clés à retenir :
- Automobile : Plus de 400 000 véhicules produits/an, avec +200 fournisseurs locaux.
- Aéronautique : 80 entreprises et 14 000 emplois, exportations croissantes vers l’Europe.
- Électronique et high-tech : Développement de zones industrielles spécialisées à Casablanca et Tanger.
- Chimie et phosphates : Premier exportateur mondial de phosphates, secteur en forte croissance.
- Zones industrielles : Tanger, Casablanca, Kénitra, 6 parcs industriels majeurs en 2025.
- Investissements : 3,5 milliards € investis entre 2020 et 2023 dans les filières industrielles stratégiques.
Cette dynamique industrielle contribue non seulement à la création d’emplois, mais aussi à l’attraction d’investissements étrangers, à l’amélioration des exportations et au renforcement de la compétitivité du Maroc sur le marché mondial. Un vrai pilier de l’émergence économique nationale.
Au niveau commercial, les principaux partenaires commerciaux du Maroc sont la France et l’Espagne, et, de plus en plus, les pays africains. En effet, depuis le retour du Maroc à l’Union africaine en 2017, la majorité des investissements marocains à l’étranger est consacrée à l’Afrique, notamment à travers les grandes entreprises marocaines, souvent liées à la monarchie ou à ses alliés du patronat.
Un pays fier de sa stabilité politique
Il n’est pas exagéré de dire que la première raison expliquant les progrès économiques du Maroc réside dans la stabilité politique qui le caractérise tant. Un rapide coup d’œil vers les autres pays arabes du Maghreb, sans parler du Sahel, suffit pour s’en convaincre.
La structure monarchique forte permet une continuité et une stabilité sans pareilles, y compris lors des changements de gouvernements ou lors des crises. À cela s’ajoute une identité culturelle et nationale forte, fondée sur une histoire millénaire et un esprit de coexistence. Cela lui évite les ennuis que peuvent connaître des pays comme le Liban, l’Égypte ou la Syrie.
Le risque de guerre civile est ainsi inexistant au Maroc. Cela permet aux autorités de s’atteler à des priorités économiques et sociales, surtout depuis la révision de la Constitution en 2011, qui renforce un peu la démocratie et octroie un certain nombre de droits politiques et civils, même si des défis subsistent dans la mise en œuvre effective de ces droits. Par exemple, cette stabilité et cette cohérence nationale ont été essentielles lors de la crise de la Covid, avec des décisions fortes et appliquées immédiatement.
Politique des grandes œuvres
Grands projets d’infrastructures et transition énergétique au Maroc
Toute personne qui se renseignerait sur les récents progrès du Maroc serait impressionnée par les projets de grande envergure entrepris depuis les années 2010. Tanger Med Port, Casablanca Finance City, le TGV (premier d’Afrique), les centrales solaires de Ouarzazate (Nour), le projet de dessalement à Agadir, la Coupe du Monde 2030… Pour reprendre des propos du roi du Maroc, l’objectif assumé est de passer à la vitesse supérieure.

C’est ainsi que le Maroc s’est donné pour objectif de produire plus de 50 % de son électricité à partir d’énergies renouvelables d’ici 2030. Cela est d’autant plus important que le Maroc est vulnérable face aux variations du prix du baril de pétrole et est surtout victime du changement climatique, avec de nombreux barrages quasiment vides. Les projets de dessalement, quoique très coûteux, s’inscrivent dans ce cadre. Un partenariat sur le nucléaire avec la Russie est même envisagé depuis quelques années.
Sauf que, souvent, cette vitesse très élevée contraste avec des régions (pas que les zones rurales) qui souffrent d’un manque cruel d’infrastructures, notamment de santé et d’éducation, et, dans certains cas, manquent tout simplement d’eau pour boire. Ce qui donne parfois l’impression qu’il y a en réalité deux Maroc, distincts, opposés, ayant du mal à vivre ensemble, en harmonie.
Ambitions écologiques et valorisation des ressources
Par ailleurs, le Maroc se veut un champion de l’écologie. La COP 2022, organisé à Marrakech zn 2016, a marqué une étape majeure après l’accord de Paris. Le Maroc s’impose depuis comme un acteur clé du climat. Le complexe solaire Nour d’Ouarzazate figure parmi les plus vastes au monde. Le pays mise aussi sur la ville durable de Zenata, près de Casablanca. En plus des énergies solaires et éoliennes, le royaume chérifien mise beaucoup sur son phosphate. En effet, le Maroc possède 70 % du phosphate mondial. Or, il s’agit là d’un engrais très important, du fait de son rôle dans l’agriculture (nutriment pour les plantes) et l’industrie (industrie chimique, biocarburants, médicaments…).
Enjeux et Défis du Développement du Maroc en 2025
| Enjeu | Défi principal | Indicateur 2025 | Objectif 2030 |
|---|---|---|---|
| Croissance économique | Réduire le chômage des jeunes | Taux actuel : 19,2% (contre 22% en 2020) | Passer sous 15% en 2030 |
| Éducation et compétences | Améliorer la qualité de l’enseignement | Taux de scolarisation secondaire : 85% | Atteindre 95% et réduire le décrochage scolaire |
| Santé publique | Améliorer l’accès et l’équité des soins | Couverture médicale universelle : 72% en 2025 | Atteindre 90% d’ici 2030 |
| Transition énergétique | Accroître la part des renouvelables | Part actuelle : 42% du mix énergétique | Atteindre 52% d’ici 2030 |
| Cohésion sociale | Réduire les disparités régionales | Indice de Gini actuel : 38,4 | Descendre sous 35 d’ici 2030 |
Ce tableau présente les principaux enjeux et défis du Maroc en 2025, ainsi que les objectifs fixés à l’horizon 2030.
Problème de productivité du royaume marocain
Le défi majeur du Maroc contemporain réside dans le développement humain. Bien que de grands efforts aient été entrepris, notamment à travers d’importants investissements dans les infrastructures publiques et une diversification de l’économie au-delà des phosphates et des transferts de fonds, la productivité reste à la traîne. Ce manque de dynamisme nuit à la compétitivité de l’économie et réduit l’impact de l’offre exportable. Par ailleurs, les exportations marocaines demeurent largement concentrées sur des produits à faible valeur ajoutée.
Pour revenir sur l’exemple du projet du complexe solaire de Ouarzazate, celui-ci, pourtant lancé en 2016, a mis plusieurs années avant de fonctionner effectivement, montrant bien ce décalage entre actions et ambitions.
Même au niveau des exportations, sur lesquelles reposait traditionnellement le Maroc, comme l’agriculture, celles-ci connaissent de très grandes difficultés avec les sécheresses qui s’accumulent et qui accentuent la désertification et obligent à importer plus. En 2024, le Maroc a en effet connu sa sixième année de sécheresse consécutive, du jamais-vu.
Colère sourde des populations délaissées
La stabilité politique du Maroc repose sur une monarchie millénaire. Les printemps arabes, souvent dégénérés en guerre civile, ont renforcé cette prudence. Le peuple marocain ne se perçoit pas comme révolutionnaire ni partisan du désordre. Mais il assume d’exprimer sa colère envers les gouvernements lorsque ceux-ci échouent à préserver un minima de contrat social. Les réseaux sociaux servent d’amplificateur de cette colère sourde.
Le mouvement du Hirak est ainsi né en 2016, dans la région du Rif, pour dénoncer les corruptions et les inégalités. En 2018, un mouvement de boycott a visé plusieurs grandes entreprises marocaines. Il dénonçait la hausse des prix et du coût de la vie, qui pesait lourdement sur les plus modestes.
Ce sont par ailleurs les jeunes qui n’hésitent pas à exprimer leur mécontentement. Le Collectif GenZ 212, du nom de l’indicatif téléphonique marocain, a clairement manifesté sa colère en septembre/octobre 2025. Le groupe réclamait des réformes sociales ainsi que la démission du gouvernement. Ces manifestations sociales sont nées après la mort de huit femmes admises en césarienne dans la ville d’Agadir. Elles interrogent la soutenabilité du système politique marocain.
Maroc international : diplomatie, rayonnement et enjeux géopolitiques
La priorité de la diplomatie marocaine reste la question de la marocanité du Sahara occidental. Sous Bouteflika, l’Algérie avait relégué le dossier au second plan. Le Maroc, lui, a choisi l’offensive. Nasser Bourita, son ministre des Affaires étrangères, multiplie les initiatives diplomatiques. Le royaume a obtenu le soutien de grandes puissances comme les États-Unis, l’Espagne, l’Allemagne et désormais la France.
Le Maroc se distingue également par une diplomatie culturelle efficace. Celle-ci passe par le tourisme, la profonde diaspora ainsi que l’organisation de grands événements. Le Maroc affiche sa puissance culturelle avec le festival de Mawazine, qui attire chaque année des stars mondiales comme Shakira. Le sport renforce aussi cette diplomatie culturelle. Le pays accueillera bientôt la CAN 2025 et la Coupe du Monde 2030.
À cette diplomatie culturelle s’ajoute une importance croissante du cinéma, car de nombreux films et blockbusters sont tournés au Maroc. C’est une stratégie récente et assumée du ministère de la Culture afin de promouvoir le branding du Maroc, tout en favorisant le tourisme.
La normalisation avec Israël reste impopulaire, surtout depuis le 7 octobre 2023. Pourtant, elle offre au Maroc un puissant levier diplomatique. Le pays profite d’un soutien stratégique, notamment en matière de renseignement et de satellites.
Le territoire marocain : Pivot africain
Rappelons que le Maroc a longtemps été un pays marginal en Afrique, à la fois du fait de sa position excentrique et du caractère tourné vers l’Europe du roi Hassan II, celui-là même qui quitta l’OUA en 1984.
Le grand retour du Maroc au sein de l’UA en 2017 est un tournant majeur et historique pour la diplomatie et l’économie marocaines. Aujourd’hui, le Maroc est le premier investisseur africain en Afrique, devançant l’Afrique du Sud. Les entreprises marocaines, elles, investissent de plus en plus en Afrique, dans de nombreux secteurs : la banque (Attijariwafa), le secteur minier (Managem), la téléphonie…
Le Maroc se distingue notamment par la promotion d’un islam modéré, fermement opposé au terrorisme de Boko Haram ou Daesh. En tant que “Commandeur des croyants”, le roi mène une politique religieuse d’influence. Il finance la construction de mosquées et forme des imams en Afrique, surtout en Afrique de l’Ouest.
Conclusion
Le Maroc du XXIe siècle est sans aucun doute un nouveau Maroc. Il est aujourd’hui, avec l’Afrique du Sud, une puissance africaine. Le royaume a connu une émergence rapide et a désormais une économie en pleine diversification, construisant son essor sur les liens avec l’UE et sa position d’interface avec l’Afrique. Il projette désormais sa présence sur le continent, remplaçant parfois même économiquement l’ancien colon européen. Ses grandes entreprises sont ainsi devenues une force de frappe incroyable.
Mais une grosse ombre demeure sur le tableau : le chômage persiste à 12 %, les inégalités de revenus sont les plus élevées de tout le Maghreb, la mal-gouvernance a du mal à être éradiquée (corruption…) et la misère quotidienne concerne encore de nombreux millions de Marocains.
Le tremblement de terre de septembre 2023 n’a fait que lever le voile sur certaines des contradictions du régime marocain. De très grosses vitrines et une locomotive économique, d’une part, une pauvreté endémique et un enrichissement des élites, de l’autre. Pourtant, la volonté ne manque pas. Après tout, l’État marocain n’a-t-il pas montré avec la crise Covid que lorsqu’il le voulait, il était capable d’appliquer des politiques publiques avec succès, malgré les obstacles ?
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