Une typologie ? Qu’est-ce que cela signifie ? Dans cet article, tu découvriras comment maîtriser les typologies en dissertation de géopolitique, méthode indispensable pour faire la différence dans une copie de concours.
Qu’est-ce qu’une typologie ?
Une typologie se définit comme un système de classification par élaboration des formes typiques d’une réalité complexe. En géopolitique, faire une typologie revient donc à décomposer un terme général en sous-catégories mutuellement exclusives et collectivement exhaustives, contribuant chacune à expliquer un phénomène global.
Point sur la méthodologie de la dissertation
Tu les retrouves souvent en troisième partie d’une dissertation de géopolitique, avec trois sous parties distinctes qui permettent d’avoir une approche en fonction des régions, des acteurs, mais aussi en fonction des échelles. Retiens bien que l’approche multiscalaire est très appréciée des correcteurs, à conditions qu’elle soit bien réalisée !
Pourquoi faire une typologie ?
Faire une typologie a plusieurs avantages :
- Faire preuve d’un niveau d’analyse fin et précis.
- Éviter les généralités en distinguant les cas et leurs implications.
- Créer des distinctions parfois à l’origine du plan choisi (parties ou sous-parties).
- Être exhaustif en traitant tous les aspects du sujet, notamment les moins instinctifs.
- Réaliser une meilleure introduction et différencier sa copie.
- Trouver facilement des idées grâce à une analyse plus poussée des termes du sujet.
De plus, cela permet de trouver une troisième partie aisément si tu manques de temps ou d’inspiration, ce qui peux te sauver sur certains sujets de concours, surtout avec carte ! Par exemple, sur un sujet sur l’environnement, tu peux facilement finir en trois sous-parties avec : A) Les actions à l’échelle locale, B) Les actions à l’échelle nationale C) Les actions à l’échelle internationale. C’est une approche multiscalaire qui te permets d’ajouter la dimension géographique souvent oubliée par les étudiants.
Cependant, attention à ne pas faire l’écueil de tomber dans des généralités. Il est vrai que l’exemple cité ci-dessus sur l’environnement n’est pas le plus pertinent et ne peut pas être collé à tous les sujets sur l’environnement. Tu dois réfléchir à ta typologie en fonction de la spécificité des termes du sujet.
Où et quand ?
Les typologies doivent être faites dès l’analyse des termes du sujet, c’est-à-dire dès les premières minutes au brouillon. Elles seront présentées de manière rédigée dans l’introduction, plus précisément dans l’analyse du sujet après l’accroche.
Chaque terme sujet à une typologie devra être défini puis décomposé en sous-catégories. Si le terme est espaces, on choisira par exemple comme sous-catégories le maritime, l’aérien, le spatial et le numérique. Il n’existe pas de minimum ni de maximum pour ces catégories. Toutefois, il est préférable de se limiter à quatre ou cinq sous-catégories par terme pour ne pas citer des notions qui ne seront jamais traitées dans la copie. Idéalement, si tu fais le choix de traiter une typologie en troisième partie, essaie d’avoir trois sous catégories distinctes pour rentrer dans les codes de la dissertation.
Concernant le nombre de typologies à effectuer, pas de maximum, mais les multiplier rendra la dissertation illisible dans son déroulé. Mieux vaut se limiter à une ou deux typologies, en priorité pour les termes du sujet qui en nécessitent une.
Comment ?
Voici quelques exemples de termes qui doivent te donner le réflexe de sortir une typologie. Tu peux ensuite les adapter en fonction de leur pertinence dans le cadre du sujet.
Les termes géopolitiques à connaître absolument
- Espaces : maritime, aérien, extra-atmosphérique, numérique.
- Régimes : démocratie, autoritarisme, totalitarisme, dictature, monarchie, monarchie parlementaire.
- Acteurs : États, FTN, associations, ONG, instances intergouvernementales, individus, milices.
- Puissances : révisionnistes, émergentes, dominantes, tiers-monde.
- Ressources : naturelles, économiques, humaines, numériques, cognitives.
- Guerres : économiques, numériques, traditionnelles ou directes, indirectes, par pays interposés.
- Migrations : climatique, économique/de travail, politique, migration forcée (déportation), migration d’études.
- Frontières : réelles, symboliques, numériques.
- Pouvoir : soft power, hard power, sharp power ou capacité de faire, faire faire, empêcher de faire et refuser de faire, voire aussi de laisser faire (Serge Sur).
- Maîtrise : contrôle, influence, résistance (face aux risques, par exemple).
La typologie des termes clés doit être, au minimum, brièvement développée dans l’introduction. Il ne faut pas avoir peur de développer la typologie plus longuement, car c’est un véritable atout dans la copie et un facteur différenciant. On doit ensuite retrouver ces distinctions au cœur de la dissertation.
Un indice pour repérer une typologie nécessaire : lorsque l’un des termes du sujet est au pluriel (les puissances, les frontières…).
Exemples clés de typologie
Sujet 1
Pour les sujets avec des approches continentales, c’est-à-dire lorsque le mot Afrique, Europe ou Amérique du Sud est contenu dans le sujet, le réflexe est de penser à une typologie. Tu peux la faire durer trois sous parties si tu juges cela pertinent, mais une seule sous-partie peut aussi suffire.
Prenons l’exemple du sujet : “Le développement de l’Afrique à l’épreuve de la guerre de 1960 à nos jours”. Sur ce sujet, le mot “Afrique” doit être un réflexe pour la typologie. En effet, tu peux proposer le plan suivant. En première partie, une analyse des années 60 à la fin de la guerre froide. Tu dois montrer que le continent africain doit surmonter l’épreuve de la guerre, inscrite dans le conflit de la guerre froide. Ensuite, en deuxième partie, tu analyses la fin de la rente stratégique, et comment la guerre devient une guerre interétatique de basse intensité sans intervention des États extérieurs. Finalement arrive la typologie en troisième partie. Tu nuances ton propos en montrant les différentes position des États.
Plus précisément cela donnerait :
III. À l’échelle du continent africain, le développement est contrasté entre guerre et paix.
A) Les pays qui ont su surmonter l’épreuve de la guerre : Le Maroc et l’Afrique du Sud.
B) Les pays qui sont en reconstruction et qui peuvent connaître une dynamique de rattrapage économique : l’exemple du Rwanda.
C) Les pays dans la précarité extrême qiu résulte des guerres du passé et alimente les guerres actuelles : exemple de la Somalie.
Sujet 2
Pour le deuxième sujet, nous allons analyser : “la nature sur le continent américain, entre outil de puissance et préoccupations environnementales”. Déjà, la notion de nature se rattache au concept de territoire, qui se caractérise par sa diversité. Ainsi, le réflexe d’une typologie doit être immédiat.
Ainsi, dans la troisième partie, on retrouve la typologie suivante. La partie traite des dilemmes que la nature pose à la puissance. D’un côté, elle est mise au service de la puissance, de l’autre, elle reste surexploitée, difficile à maîtriser, donc aussi une malédiction à la puissance. Son utilisation dépend donc de la conception de la puissance. Ainsi, la typologie est thématique. Elle traite de la manière donc les Américains tranchent entre exploitation de la nature au service de la puissance et protection de l’environnement. Elle s’appuie sur des pensées d’experts.
A) La nature doit être préservée, et c’est justement sa préservation qui permet la puissance (soft power). C’est l’argument défendu par Doctor Jekyll. Tu peux citer l’exemple du Costa Rica qui est devenu un champion du tourisme vert.
B) Le besoin de croissance justifie la destruction de la nature. C’est le profil de Mister Hyde. Ici, tu dois citer les politiques environnementales de Donald Trump aux États-Unis.
C) La protection de l’environnement est un luxe que certains pays ne peuvent pas s’offrir à cause de leur précarité sociale ou économique. Par exemple, une déforestation massive a lieu à Haïti pour le bois de chauffage, qui peut être considéré comme une énergie de survie.
On retrouve bien la typologie : les leaders, les prédateurs, et les victimes qui subissent la nature.
Exemple d’une typologie dans une copie
Pour terminer, tu peux jeter un œil à cet extrait de l’introduction d’une copie notée 20/20 à l’ESSEC (2021) mettant en place des typologies. Le sujet était le suivant : la maîtrise des espaces communs (maritime, aérien, extra-atmosphérique et numérique), enjeu de puissance par les États depuis 1945.
Pour accéder au sujet de concours : le lien ici !
Extrait d’une typologie en introduction
La maîtrise est synonyme de contrôle et de bonne gestion. Maîtriser les espaces communs, c’est exercer une souveraineté sur l’espace, le placer sous influence et domination au détriment des autres États qui désirent potentiellement être des acteurs dans la même zone. Mais la maîtrise est aussi associée à la résistance face aux risques, notamment naturels. Par exemple, la maîtrise du territoire est une explication à la montée en puissance du Japon après 1945.
Les espaces sont à distinguer des territoires, qui sont des espaces appropriés par les hommes. Ainsi, les espaces deviennent de plus en plus des territoires, avec des phénomènes tels que la territorialisation de la mer. Il existe bien une typologie des espaces communs (maritime, aérien, extra-atmosphérique et numérique), c’est-à-dire en partage mais sur lesquels vont apparaître des conflits de souveraineté. L’espace maritime est historiquement un espace de projection de puissance selon les théories de Mahan qui développe le concept de « thalassocratie », tandis que l’espace numérique (ou cyberespace) est un nouvel enjeu apparu dans le cadre de la mondialisation (extension de l’économie marchande à l’ensemble de la planète, mettant en relation les territoires et les hommes qui y vivent) et d’un « nouveau capitalisme numérique » (Daniel Cohen et Pierre Royer).
L’enjeu est ce que l’on met en jeu, ce que l’on peut espérer gagner ou perdre, et il se distingue du défi qui concerne davantage des thématiques d’avenir. Les enjeux sont actuels et sont des enjeux de puissance, capacité de faire, faire faire, refuser de faire et empêcher de faire selon Serge Sur, voire capacité de laisser faire.
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