Les ONG, nouveaux acteurs de la gouvernance mondiale Les ONG, nouveaux acteurs de la gouvernance mondiale
À l’heure d’une gouvernance mondiale de plus en plus remise en question, de nouveaux acteurs géopolitiques émergent. Face aux États et aux institutions internationales,... Les ONG, nouveaux acteurs de la gouvernance mondiale

À l’heure d’une gouvernance mondiale de plus en plus remise en question, de nouveaux acteurs géopolitiques émergent. Face aux États et aux institutions internationales, la société civile s’est organisée pour peser dans les affaires du monde. Cela s’est fait notamment avec l’émergence d’organisations non gouvernementales (ONG) dont le rôle est grandissant et les spécialisations variées.

 

Une histoire ancienne, remise sur le devant de la scène après la Seconde Guerre Mondiale

Les ONG naissent au 19ème siècle (la Croix Rouge naît en 1863) mais se développent et se diversifient après 1945. Leur essor date de l’après-guerre autour de trois objectifs majeurs à l’époque : l’humanitaire, l’aide au re-développement de l’Europe et la lutte contre le sous-développement. La mobilisation est d’abord essentiellement étasunienne, du fait de la mentalité américaine qui recourt moins à la solidarité de l’État qu’à la charité.

Dans les années 1960, les ONG se spécialisent dans l’aide au développement et les droits de l’Homme. Amnesty International est fondée en 1961. Son but est de défendre les droits des citoyens, se battre contre les arrestations arbitraires ou tortures en prison. En 1977, l’association reçoit le Prix Nobel de la paix.

Durant la décennie 70, les ONG se restructurent autour du sans-frontiérisme. Cette idéologie fait référence au droit d’ingérence, idéologie selon laquelle il n’y a pas de frontières aux Droits de l’Homme. Elle apparaît à la suite de la guerre du Biafra au Nigeria (1967-1970), qui a vu l’intervention unilatérale d’un certain nombre d’ONG, pour aider les populations. Cela mène à la création en 1971 par Bernard Kouchner de Médecins sans Frontières regroupant les french doctors qui se consacrent à l’aide d’urgence. En 1980, à la suite d’un désaccord sur l’affaire des boat people vietnamiens (MSF ne voulait pas intervenir au Vietnam du fait du contexte géopolitique tendu), il quitte l’association avec une quinzaine de cadres pour fonder Médecins du Monde. Les french doctors continuent d’intervenir encore aujourd’hui, à l’image de Jacques Bérès dont une mission est décrite dans cet article.

De même, Action contre la faim naît en 1978 et Handicap International en 1982. Cette période voit également la naissance d’ONG dans le domaine de l’écologie : WWF en 1968, Greenpeace en 1979. À partir des années 1990, les ONG prennent une forme nouvelle et se colorent d’altermondialisme : ATTAC voit le jour par exemple en 1998.

 

Des acteurs très influents sur la scène publique

En effet, certaines sont même devenues des forces multinationales. Cela s’est fait notamment grâce à leur légitimité non pas politique mais liée à la société civile voire à l’environnement. Plus qu’un nouveau pouvoir, les ONG sont donc devenues un contre-pouvoir majeur. Preuve en est d’ailleurs, elles participent à tous les Sommets sur le Climat, sur l’environnement …

Les ONG sont aujourd’hui nombreuses : environ 40 000 dans le monde. Elles opèrent dans tous les domaines, allant des droits de l’Homme à l’environnement en passant par la Santé ou l’aide d’urgence. En outre, elles sont riches. On estime que quinze associations en France ont des budgets annuels supérieurs à 100 milliards d’euros. C’est le cas de MSF par exemple (240 milliards en 2013) ou encore d’Action contre la faim (100 milliards).

Finalement, du fait de la mondialisation, elles ont gagné en influence. Amnesty International en est le meilleur exemple. L’association attaque ouvertement des chefs d’États ou des États. En 1973, l’ONU adopte une résolution contre la torture inspirée d’un rapport de l’ONG. En 2006, sa campagne Gun Control pour contrôler les ventes d’armes aux États en guerre se transforme en groupe de travail aux Nations Unies dans le but d’élaborer d’un traité.

 

Néanmoins, leur action rencontre d’importantes limites

Elles font, en effet, face à une forte concurrence entre elles, ce qui parfois nuit à leur action. C’est le cas au niveau des dons par exemple. Un véritable charity business se développe, les poussant à se spécialiser et à faire appel à des cabinets pour développer une réelle stratégie de fund rising. Cela entraîne non seulement une augmentation de leur frais de fonctionnement mais surtout de profondes critiques. Sylvie Brunel a déclaré à la suite de son départ d’Action contre la faim en 2002 et après 17 ans passés à travailler pour l’ONG : « Je me suis vite rendu compte que j’étais confrontée à un business. J’ai malheureusement l’impression que ces organisations roulent davantage pour elles-mêmes que pour leurs prétendus bénéficiaires ».

De surcroît, les ONG sont soumises aux politiques publiques. Handicap International est par exemple financée à 75% par des dons publics. Des liens incestueux entre les ONG et le milieu politique se développent donc. De 2007 à 2010, Bernard Kouchner est Ministre des Affaires Étrangères. Il fait créer un Secrétariat d’État aux droits de l’Homme, auquel il nomme Rama Yade. Mais il déclare en 2007, à la suite de la visite de Kadhafi à Paris : « Je pense que j’ai eu tort […] car il y a une contradiction permanente entre les droits de l’Homme et la politique étrangère d’un État. Même en France ».

Finalement, certaines ONG souffrent d’un déficit de légitimité. Elles sont notamment devenues des symboles de la fracture Nord-Sud, car provenant du Nord mais prétendant parler au nom du Sud.

 

Ainsi, depuis leur essor considérable à la suite de la Seconde Guerre Mondiale, les ONG ont su s’imposer comme nouveaux acteurs géopolitiques incontournables. Preuve que les acteurs traditionnels de la gouvernance mondiale, les États, reconnaissent sur certains sujets globaux et complexes, l’influence de la société civile.

Louise Roussel

Après 3 ans de prépa au Lycée Saint-Louis, je suis maintenant étudiante à l'EDHEC. Je rédigerai cette année, avec grand plaisir, des articles de géopolitique !