La dénonciation du traité INF par Washington puis Moscou, tout comme la possible non-reconduction du traité START, ravivent les inquiétudes d’une nouvelle escalade militaire entre les deux puissances. Cette situation rappelle les heures les plus tendues de la Guerre froide, époque marquée par une intense pactomanie américaine : un enchevêtrement d’alliances militaires et économiques destiné à contenir l’influence soviétique. Comprendre cette période, c’est saisir comment la diplomatie des blocs a façonné l’équilibre mondial — et pourquoi son héritage continue encore aujourd’hui d’alimenter les tensions internationales.
| Date | Organisation / Alliance | Objectif principal |
|---|---|---|
| 1948 | OECE (Organisation européenne de coopération économique) | Gérer l’aide du plan Marshall et renforcer le camp occidental. |
| 1949 | OTAN (Organisation du traité de l’Atlantique Nord) | Alliance militaire défensive entre États-Unis, Canada et Europe de l’Ouest. |
| 1949 | CAEM / COMECON | Organisation économique soviétique pour contrer le plan Marshall. |
| 1951 | ANZUS (Australie, Nouvelle-Zélande, États-Unis) | Alliance de sécurité dans le Pacifique face au bloc communiste. |
| 1954 | OTASE (Organisation du traité de l’Asie du Sud-Est) | Endiguer l’expansion du communisme en Asie du Sud-Est. |
| 1955 | Pacte de Varsovie | Alliance militaire soviétique regroupant l’URSS et ses satellites. |
| 1955 | Pacte de Bagdad (OTM, devenu CENTO) | Freiner l’influence soviétique au Moyen-Orient. |
Plan Marshall et OECE : début de la pactomanie américaine
L’Europe sort exsangue de la seconde guerre mondiale, aussi bien d’un point de vue humain que d’un point de vue financier. Afin d’aider l’Europe à se redresser économiquement, mais également par peur de propagation du communisme – la misère étant la porte ouverte à la propagation de ce dernier – Marshall alors Secrétaire d’État américain propose à tous les pays d’Europe (URSS incluse) une assistance économique et financière moyennant une coopération européenne plus étroite.
Ce plan est une arme géopolitique et un moyen de relever l’économie européenne tout en obligeant les Européens à coopérer ensemble pour se partager cette aide. Adhérer au plan Marshall revient également à intégrer le camp américain.
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Les pays bénéficiaires du plan Marshall
Seize pays acceptent immédiatement la proposition américaine : Autriche, Belgique, Danemark (avec les îles Féroé et le Groenland), France, Grèce, Irlande, Islande, Italie (et Saint-Marin), Luxembourg, Norvège, Pays-Bas, Portugal (avec Madère et les Açores), Royaume-Uni, Suède, Suisse (avec le Liechtenstein) et Turquie.
Afin de partager cette aide, les États-Unis exigent de la part des pays signataires que ces derniers gèrent eux-mêmes la distribution et la gestion des fonds. le 16 avril 1948, l’OECE (Organisation Européenne de Coopération Économique) voit le jour sous à l’initiative de ces États européens.

L’URSS refuse la proposition d’aide américaine et convainc également les pays satellites ainsi qu’un de ses pays voisins, la Finlande, de faire de même. Ce refus entérine la rupture entre les deux pays mais également la division entre l’Europe de l’Ouest et l’Europe de l’Est.
Le plan Marshall fonctionne donc par le biais de prêts et de distribution d’argent. En tout près de 13 milliards de dollars furent distribués pendant les quatre premières années de l’aide.
Encouragés par le succès de l’OECE et dans la perspective d’étendre ses travaux à l’échelle mondiale, le Canada et les États-Unis se sont joints à ses membres en signant la Convention de l’OCDE le 14 décembre 1960. L’Organisation de Coopération et de Développement Économiques (OCDE) est donc officiellement née le 30 septembre 1961, date d’entrée en vigueur de la Convention.
Pactomanie soviétique de l’OECE : l’alliance du COMECON/CAEM
En réponse à la création de l’OECE, sur le modèle capitaliste, Staline, alors à la tête du pays, décide de créer le CAEM (Conseil d’Assistance Économique Mutuelle) le 5 janvier 1949. Cette création s’inscrit donc dans un contexte de contestation du plan Marshall par l’URSS : c’est le début de la Guerre Froide. Cette institution augmenta la dépendance économique des pays satellites à l’égard de Moscou mais jouait aussi un rôle politique essentiel pour l’URSS puisqu’elle lui permettait d’obtenir en échange un grand poids dans les affaires intérieures grâce à des subventions, des prêts ou l’envoi de main-d’œuvre. L’organisation a ainsi permis la réduction de l’influence américaine en Europe de l’Est et l’avancée du communisme, tant sur un plan militaire que politique et culturel.

Liste des pays membres (affiliés ou non au bloc communiste) :
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Les États membres
- Union des républiques socialistes soviétiques (janvier 1949), État membre fondateur ;
- République populaire de Bulgarie (janvier 1949), État membre fondateur ;
- Hongrie (janvier 1949), État membre fondateur ;
- République de Pologne (janvier 1949), État membre fondateur ;
- République populaire tchécoslovaque (janvier 1949), État membre fondateur ;
- République populaire de Roumanie (janvier 1949), État membre fondateur ;
- République populaire d’Albanie (de février 1949 à décembre 1961 car rupture russo-albanaise) ;
- République démocratique allemande (septembre 1950) ;
- République populaire mongole (juin 1962) ;
- République de Cuba (juillet 1972) ;
- République socialiste du Viêt Nam (juin 1978).
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États associés
- République fédérative socialiste de Yougoslavie (1964).
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Les États observateurs
- République démocratique d’Afghanistan (novembre 1986) ;
- Gouvernement militaire provisoire de l’Éthiopie socialiste (novembre 1986) ;
- Laos (novembre 1986) ;
- République démocratique populaire du Yémen (novembre 1986).
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Les pays coopérants « non-socialistes »
- Finlande ;
- Irak ;
- Mexique ;
- Nicaragua (novembre 1986) ;
- République populaire du Mozambique.
Pactomanie: le COMECON/CAEM, une alliance géopolitique efficace ?
L’ambition limitée d’une alliance économique
Contrairement à l’OTAN, le CAEM avait un rôle d’alliance économique et non militaire, ce qui limite sa portée et l’engagement des pays membres. C’est pourquoi il est plus volontiers comparé à l‘OECE qu’à l’OTAN.
L’objectif majeur de cet organisme était avant tout d’assurer le bon déroulé de la planification communiste, et de desservir les lignes de transport entre l’URSS et ses satellites. Si le CAEM avait donc un rôle de liant entre les différents pays du bloc communiste, il ne représentait qu’une menace symbolique pour les Etats-Unis. Il n’aurait, par exemple, eu aucune légitimité à réagir sur le plan militaire à une attaque du bloc occidental !
Ouverture et dissolution de l’alliance du COMECON/CAEM
Dans les années 1970, la CAEM s’est illustrée en initiant un timide rapprochement avec la Communauté Economique Européenne (CEE), ouvrant donc ses frontières historiquement impénétrables aux échanges extérieurs. Pourtant, cette ouverture à des marchés capitalistes a eu un effet néfaste sur les finances des pays du bloc communiste : il s’agissait en réalité d’une manœuvre politique d’apaisement avec l’Ouest.
En tant qu’entité économique liée à la Guerre Froide, la CAEM a disparu avec la dissolution du bloc communiste de 1989 à 1991.
Les alliances militaires américaines
Les Etats-Unis se lancent donc dans une “pactomanie” américaine pour encercler le bloc soviétique avec l’OTAN, l’OTASE, l’ANZUS, l’OECE et le Pacte de Bagdad.

Une organisation née de la pactomanie de la Guerre Froide : l’OTAN
La création à Washington en 1949 de l’Organisation du traité de l’Atlantique nord communément appelée O.T.A.N. est une conséquence directe de la Guerre Froide et de la séparation de l’Europe selon l’expression “rideau de fer” de Winston Churchill. L’organisation regroupe donc dix États d’Europe de l’Ouest (Belgique, Danemark, France, Islande, Italie, Luxembourg, Norvège, Pays-Bas, Portugal, Royaume-Uni) qui le 4 avril 1949 signent une alliance militaire défensive avec le Canada et les États-Unis. L’O.T.A.N. est le pendant militaire de l’alliance économique OECE. En pratique, l’O.T.A.N. fait des États-Unis, alors seule puissance nucléaire, le garant de la défense d’un monde occidental désormais engagé dans la « guerre froide » contre l’U.R.S.S et ses alliés. Elle n’est pas strictement considérée comme faisant partie intégrante de la pactomanie américaine, mais elle s’inscrit dans une stratégie de démultiplication des alliances.
ANZUS
Parallèlement à la lutte entre les États-Unis et l’URSS, l’Asie, déstabilisée, organise donc un repli défensif par le biais d’alliances. L’instabilité régionale, marquée par la proclamation de la RPC et la guerre de Corée, ainsi que la montée des tensions entre les blocs. Cela conduit l’Australie, la Nouvelle-Zélande et les États-Unis à s’unir. Sous l’initiative du secrétaire d’État américain Dean Acheson, celui-ci et les ambassadeurs des deux autres pays signent, le 1er septembre 1951, le traité créant l’ANZUS. Ce pacte engage les signataires à s’entraider en cas d’agression, notamment armée du camp soviétique. Dès lors, les États-Unis remplacent le Royaume-Uni comme puissance tutélaire dans le Pacifique, rôle autrefois lié au Commonwealth. Peu après, en 1954, l’OTASE prend le relais de l’ANZUS, élargissant donc le dispositif de sécurité régionale face au bloc communiste.
OTASE
L’OTASE (Organisation du Traité de l’Asie du Sud Est) était un pacte militaire. Créé le 8 septembre 1954, il avait pour but de faire barrage au communisme ainsi qu’à l’expansion de l’Union soviétique en Asie. Il regroupait :
- les États-Unis,
- la France (jusqu’en 1965),
- le Royaume-Uni,
- l’Australie,
- la Nouvelle-Zélande,
- le Pakistan,
- les Philippines,
- la Thaïlande.
Son siège se trouvait à Bangkok, en Thaïlande. L’organisation fut dissoute le 30 juin 1977, après la fin de la guerre du Vietnam.
Le Pacte de Bagdad
Toujours dans la logique d’empêcher l’expansion du communiste dans le monde, l’Irak, la Turquie, le Pakistan, l’Iran et le Royaume-Uni, rejoints par les États-Unis en 1958, fondent alors le Pacte de Bagdad ou Traité d’Organisation du Moyen-Orient le 24 février 1955. L’Irak se retire en 1959 changeant ainsi le nom du Pacte de Bagdad en Organisation du Traité Central. L’alliance dura théoriquement jusqu’à la Révolution iranienne de 1979.
L’alliance militaire soviétique : le Pacte de Varsovie
Huit années après le début de la Guerre Froide, dans la continuité de la création et de la consolidation du bloc communiste, initiée par la création CAEM. Nikita Khrouchtchev parachève donc la division avec les États-Unis en créant, le 14 mai 1955, le Pacte de Varsovie. Autrement appelé OTAN oriental, le Pacte de Varsovie regroupe en plus de l’URSS sept pays communistes d’Europe de l’Est: l’Albanie, la Bulgarie, la RDA, la Pologne, Roumanie, Tchécoslovaquie, et Hongrie. Il est important de souligner que seule la Yougoslavie ne faisait pas partie de cette pactomanie.

Ce pacte constitue alors un organe de répression pour Moscou car quitter cette organisation se révèle être une entreprise risquée. Budapest en avait donc fait l’expérience en 1956.
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