Les pandémies, fléau géopolitique ? Les pandémies, fléau géopolitique ?
A défaut d’être le sujet des écrits 2020, les pandémies seront surement présentes dans les sujets des oraux HEC et des oraux de langues... Les pandémies, fléau géopolitique ?

A défaut d’être le sujet des écrits 2020, les pandémies seront surement présentes dans les sujets des oraux HEC et des oraux de langues dans l’ensemble des écoles (si tant est que des oraux se tiennent cette année…). Dans un contexte perturbé par le Covid-19, revenons sur les enjeux historiques et géopolitiques liés aux pandémies.

 

Rappel de définition et problématisation

On a tout d’abord utilisé le terme d’épidémie pour désigner une maladie infectieuse et contagieuse frappant en même temps un grand nombre de personne. L’épidémie désigne un phénomène de masse, limité dans le temps et dans l’espace et souvent cyclique ou saisonnier. Par extension, une pandémie est une épidémie qui touche des continents entiers.

Il ne faut pas la confondre avec l’endémie, maladie latente et chronique, qui se manifeste de façon plus répétitive dans un pays.

S’interroger sur les pandémies, c’est se demander dans quelle mesure elles sont le reflet de la mondialisation, parce que l’ouverture des économies favorise la transmission des contagions par les mobilités. C’est aussi soulever des enjeux de gouvernance mondiale pour mieux gérer ces crises aux conséquences économiques lourdes.

 

Les pandémies, phénomène de la mondialisation

Si certains ne parlent de pandémies qu’à partir du XVIe siècle, celui de l’essor des échanges entre les continents, certaines épidémies antérieures à cette époque ont déjà touché de larges parties du monde. C’est notamment le cas de la Peste Noire (1347-1351), qui fit en Europe et au Proche-Orient environ 25 millions de victimes. Elle se diffusa d’ailleurs en Europe à partir de Marseille, ville portuaire par excellence.

Ainsi, une des premières pandémies reconnue comme mondiale est la grippe espagnole de 1918-1919. Originaire de Chine, elle tua entre 30 millions et 100 millions de personnes selon les estimations.

 

Le tournant des années 1950

Après la seconde guerre mondiale, et avec la création de l’OMS en 1948, l’espoir d’un monde sans pandémies renaît. L’état sanitaire mondial s’améliore, notamment grâce aux campagnes de vaccination menées par les gouvernements, à la diffusion des antibiotiques et à l’amélioration de la qualité de l’eau. Cette décennie est celle de la transition épidémiologique : on ne meurt désormais plus de maladies infectieuses, mais de maladies liés à la dégénérescence. Le développement économique est  alors un levier important pour éradiquer les pandémies : le choléra disparaît en Europe mais se propage dans d’autres pays moins développés.

Cependant, les pandémies ne sont pas totalement éradiquées : la grippe asiatique, touchant la Chine en 1956 puis Hong-Kong de 1968 à 1969, fait au total près de 5 millions de morts. Les maladies endémiques, comme la grippe saisonnière, se multiplient également.

 

A partir de 1980, des pandémies nouvelles

Le premier cas de patient atteint du SIDA est déclaré aux Etats-Unis en 1981. Cette maladie devient une urgence mondiale dès le milieu des années 1980,  en raison de son taux de mortalité élevé (environ 40 millions de morts depuis le début de l’épidémie). Elle touche en priorité le continent africain (2/3 des personnes infectées dans le monde vivent en Afrique), et est devenue à l’échelle du continent la principale cause de mortalité. Le SIDA provoque également un affaiblissement du système immunitaire, favorisant l’apparition d’autres maladies comme la tuberculose.

D’autres épidémies se multiplient également. Ebola, identifié en 1976, se diffuse progressivement en Afrique de l’Ouest, avant de devenir véritablement épidémique de 2013 à 2015. Mal maîtrisée,  la maladie touche d’abord la Guinée, le Liberia et la Sierra Leone avant de contaminer le Nigéria.

 

Des conséquences économiques importantes

Les deux secteurs les plus affectés par les pandémies sont le tourisme et les transports (fermeture de frontières, quarantaine, etc.) D’autres secteurs au contraire, comme l’e-commerce, peuvent en bénéficier en offrant des solutions alternatives à l’échange des biens et des services.

Les conséquences économiques d’une pandémie sont difficiles à mesurer, à court comme à long terme. Cependant, elles ralentissent l’activité économique durablement. Dans un rapport du FMI publié par David Bloom, Daniel Cadarette et JP Sevilla ,les chercheurs montrent par exemple que le PIB du Liberia a baissé de 8 points de pourcentage entre 2013 et 2014 lors de l’épidémie d’Ebola. Autre exemple : le SRAS, qui a amputé 2% du PIB hongkongais.

A partir de 2003, la grippe aviaire (ou grippe H5N1) oblige à l’abattage massif de volailles en Asie, en Turquie et en Afrique occidentale, alors même que ces élevages sont un élément vital de l’économie et de l’alimentation de ces populations. L’OMS a décompté 350 décès liés à ce virus entre 2003 et 2013, principalement en Asie. Après la résurgence du virus en 2013, Shanghai a temporairement fermé son marché aux volailles et fait abattre 20 000 oiseaux. Si le faible nombre  de décès dus a la grippe aviaire montre que l’épidémie a été plus potentielle que réelle, les mesures drastiques mises en place par les autorités chinoises soulignent combien une pandémie peut mettre en péril une économie.

 

Les pandémies, enjeux de la gouvernance mondiale

Entre 2002 et 2003, le SRAS (syndrome respiratoire aiguë sévère), parti de Chine, fait 800 morts. Si cela reste relativement peu, ce syndrome a créé une véritable psychose à l’échelle mondiale. Il a également révélé les lacunes des politiques de santé chinoises, les autorités ayant initialement dissimulé l’infection au monde entier. Hors, la concentration des hommes dans les villes et la mobilité accrue des populations facilitent la transmission des pandémies. Ces dernières nécessitent donc une vigilance permanente à l’échelle mondiale et la mise en place d’une vraie gouvernance mondiale. 

Les pandémies doivent également faire l’objet d’une forte coopération entre les différents acteurs de la santé publique et privée (ONG, OMS, laboratoires pharmaceutiques). L’OMS ne dispose que de faibles moyens, et a été dépossédée de son rôle de leader dans la gestion des maladies. Par exemple, l’ONU a créé un programme spécifique ,nommé UNAIDS, qui coordonne les acteurs de la lutte contre le SIDA. Vaincre les pandémies est également un défi car cela nécessite de concilier logique commerciale (les laboratoires veulent faire payer leurs vaccins) et logique d’équité (tout le monde doit avoir accès au traitement).

Ainsi, alors que les années 1950 étaient optimistes sur la santé mondiale, les années 1980 et la mondialisation ont fait renaître craintes et peurs. En effet, le  potentiel pandémique est de plus en plus grand aujourd’hui. Les pandémies sont également un danger à cause des psychoses qu’elles provoquent, qui accélèrent la désorganisation de l’économie et de la société.

Ysaline Bortone-Bouvet

Etudiante à HEC Paris