Panorama de la malnutrition dans le monde Panorama de la malnutrition dans le monde
Loin de Trump et Hillary, loin du Brexit, loin des bombardements d’extrémistes religieux… la malnutrition est une catastrophe qui passe relativement inaperçue malgré sa gravité... Panorama de la malnutrition dans le monde

Loin de Trump et Hillary, loin du Brexit, loin des bombardements d’extrémistes religieux… la malnutrition est une catastrophe qui passe relativement inaperçue malgré sa gravité et son ampleur à travers le monde.

Nairobi (Kenya), 2013 : 35% des moins de 5 ans sont sous-nourris ou mal nourris. Au Congo, ce chiffre est de 45%. Mais il n’y a pas qu’en Afrique Subsaharienne que ce fléau frappe de plein fouet : chaque année, elle tue 3.5M d’enfants de moins de 5 ans et constitue la source de 11% de maladies dans le monde.

Mais qu’est-ce que la malnutrition ? Et surtout, quelle différence avec la sous-nutrition ?

Le plus important, c’est de se souvenir que le terme « malnutrition » est beaucoup plus large. Plus spécifiquement, la malnutrition désigne un état pathologique causé par la déficience ou l’excès d’un ou plusieurs nutriments. Elle englobe ainsi la sous-nutrition mais aussi d’autres troubles alimentaires comme l’obésité.  Néanmoins, dans les pays en développement, le plus grand problème reste la sous-alimentation, due à un apport calorique insuffisant.

En 3 étapes, nous allons voir quelles sont les régions les plus touchées, l’évolution de ce phénomène dans les dernières années et l’efficacité des processus mis en œuvre pour en venir à bout.

Géographie de la malnutrition

La sous-alimentation affecte quelque 800 millions de personnes dans le monde, tandis que l’obésité affecte plus de 300 millions de personnes. En moyenne sur 2009, un enfant est mort de malnutrition toutes les six secondes (soit plus de 5 millions sur l’année).

Mais concrètement, quelles en sont les conséquences ? A part la haute mortalité infantile, qui découle directement d’une carence prolongée de nourriture, le reste mérite qu’on se penche un peu sur les détails. Par exemple, en 2006, 200 million d’enfants en bas âge étaient victimes d’insuffisance en vitamine A. La conséquence la plus répandue est la cécité complète, mais aussi le rachitisme (qui empêche le développement normal des os de l’enfant). Par ailleurs, le rapport de 2004 de l’Unicef et la Banque Mondiale a dressé un bilan terrifiant : les carences en fer parmi les bébés de 6 à 24 mois affectent le développement mental de 40 à 60% des enfants des pays en développement.

Enfin, petit détail qui mérite notre attention : 65% des personnes qui ont faim dans le monde vivent dans sept pays : l’Inde, la Chine, la République démocratique du Congo, le Bangladesh, l’Indonésie, le Pakistan et l’Ethiopie.

Même si l’obésité touche moins d’individus, elle mérite aussi qu’on se penche sur l’ampleur de cette maladie.

Graphique : données montrant le % d’individus de 15 ans et plus qui ont un IMC de plus de 30 par pays (OCDE) en 2003. Un IMC de 30 ou plus qualifie un individu d’obèse.

 

Comment a évolué la situation dans les dernières décennies ?

(Dans cette partie, nous allons uniquement traiter de la malnutrition due à un apport insuffisant de nutriments.)

En 2010, il existait 920 millions d’individus en malnutrition dans le monde, soit 80 millions de plus qu’en 1990, bien que la planète fabrique assez de nourriture pour nourrir toute sa population. (« Fun » fact : dans l’état actuel, le monde pourrait théoriquement nourrir 12 milliards d’individus).

Les principaux foyers de malnutrition dans le monde restent en Asie, en Afrique et en Amérique du Sud avec l’évolution constante des cas en Asie. Pour Dr Francesco Branca, les conflits et les guerres sont les premiers responsables de ces situations de malnutrition. L’exemple de la Corne de l’Afrique illustre bien ses propos : « En Somalie, les conflits ont causé le déplacement d’environ 1.5 millions de personnes. Aujourd’hui, le pays est totalement déstructuré, il n’y a plus d’infrastructures pour faire vivre la population, tout est détruit ». La Somalie a en plus souffert d’une période de sécheresse très grave, ce qui aggrave doublement sa situation. Le pays est finalement tombé sous le coup d’une grave famine fin 2010, très vulnérable à la spéculation mondiale sur les prix agricoles.

Graphique montrant l’évolution de la sous-nutrition dans les pays en développement en millions de personnes et en %, ainsi que l’objectif fixé par WFS pour 2015.

 

Quels sont les acteurs et les solutions dans la lutte contre la malnutrition ?

« On veut dire aux dirigeants du G20 de placer la malnutrition au cœur de leur débat et leur rappeler qu’en 2009 ils avaient promis 22 milliards de $ à l’agriculture et à la sécurité alimentaire et que depuis seulement 22% ont été engagés »

– Action Contre la Faim.

La lutte contre la malnutrition est l’un des huit Objectifs du Millénaire pour le Développement, initiés en 2000 par l’ONU. La troisième cible de cet objectif visait à réduire de moitié le nombre de personnes souffrant de malnutrition entre 1990 et 2015.

Etant donné que cette maladie cause la mort de 2,6 millions d’enfants dans le monde chaque année, l’action contre la malnutrition vise particulièrement cette population.

Voici une liste non exhaustive d’acteurs à tous les niveaux :

  • L’Unicef, qui s’efforce de prévenir les pires effets de la malnutrition en accordant aux pays des financements et des aides pour distribuer des micronutriments essentiels au renforcement du système immunitaire (distribution de fer, vitamine A, aliments enrichis). Dans les situations d’urgence, cette organisation va jusqu’à créer des espaces protégés pour les femmes enceintes ou qui allaitent, en les pourvoyant en lait riche en énergie, spécialement fabriqué pour les enfants sévèrement malnutris.
  • Les gouvernements et les producteurs de sel et des organisations du secteur privé tentent d’éliminer la carence en iode, qui est la principale cause des retards mentaux et des lésions cérébrales évitables.
  • Les communautés (avec l’aide de l’Unicef), expliquent comment offrir aux enfants une bonne nutrition, en pratiquant l’allaitement maternel, par exemple.
  • De nombreux acteurs privés, dont le plus révolutionnaire est ANTENNA Technologies. Cette entreprise a développé des outils pour produire de manière locale un complément alimentaire exceptionnel : la spiruline. Cette micro-algue apporte des nutriments indispensables tels la vitamine A, le fer, les acides aminés essentiels etc. En relation avec des structures locales, ANTENNA développe dans différents pays d’Afrique et d’Asie des bassins de production de spiruline.

Mais bien que les ressources soient multiples, le problème est de taille : selon des estimations recensées par WFP, il faudrait 3.2 milliards de $ par an pour nourrir les 66 millions d’enfants en âge d’aller à l’école qui ont faim.

 

Le Défi Faim Zéro

Une initiative ressort pourtant parmi les autres : le Défi Faim Zéro, qui vise à rassembler des soutiens autour d’un même objectif : éliminer la faim. Il a été lancé par le Secrétaire général de l’ONU Ban Ki-moon et demande à tout le monde (gouvernements, secteur privé, ONG, le public), de contribuer à la réussite de ce challenge.

Le Défi Faim Zéro, qu’est-ce que c’est ? Il repose sur 5 objectifs :

  • Aucun enfant de moins de 2 ans souffrant d’un retard de croissance
  • 100% d’accès à une alimentation adéquate toute l’année
  • tous les systèmes agro-alimentaires sont durables
  • 100% d’augmentation de la productivité et des revenus des petits exploitants
  • zéro perte ou gaspillage de produits alimentaires.

Les trois itinéraires vers la Faim Zéro sont :

  • un soutien nutritionnel
  • des repas scolaires
  • une aide pour les agriculteurs les plus pauvres.

 

De nombreuses autres voies sont exploitées aujourd’hui, reposant sur le lien entre la nutrition et la croissance économique mais aussi le statut des femmes ou encore les dépenses sociales.

 

Malgré tous ces efforts, actuellement 25 000 personnes meurent chaque jour de faim et de maladies liées et 1 personne sur 9 souffre encore de la faim dans le monde.

 

Violeta Campos

étudiante à HEC Paris. J'ai passé toute ma scolarité au Lycée Français de Madrid, puis j'ai intégré Janson de Sailly (Paris) en prépa ECE. Mon amour pour les maths, l'éco (un peu) et les langues me poussent à écrire pour vous aujourd'hui !