La politique étrangère américaine sous Obama La politique étrangère américaine sous Obama
D’après les travaux de Maya Kandel (chercheur à l’Institut Stratégique de l’Ecole Militaire). Alors que l’ère Obama touche à sa fin en cette année... La politique étrangère américaine sous Obama

D’après les travaux de Maya Kandel (chercheur à l’Institut Stratégique de l’Ecole Militaire).

Alors que l’ère Obama touche à sa fin en cette année 2016, revenons sur 8 ans de politique étrangère américaine. A ce propos les termes abondent : Repli, pivot, ou encore leadership en retrait… Qu’en est-il réellement ? Le gendarme américain aurait-il définitivement pris sa retraite, ou bien n’assiste-t-on qu’à un changement de méthode de l’Oncle Sam dans ses relations avec le reste du monde ? Tâchons d’éclaircir un peu ce thème essentiel, car transversal à bien des sujets de géopolitique et même d’essais ou d’oraux d’anglais.

Soldiers of 1st Brigade Combat Team, 34th Infantry Division salute the American flag as the United States anthem is being played during their departure ceremony at historic Fort Snelling May 22, 2011. 1st BCT will be deploying to Kuwait in support of Operation New Dawn.

Cette politique étrangère a eu deux objectifs majeurs : mettre fin aux guerres de Bush et adapter la posture internationale des Etats-Unis au nouveau monde. Il s’agissait de tourner la page de l’interventionnisme (notamment militaire) tous azimuts qui a caractérisé la politique étrangère américaine depuis la fin de la guerre froide. Cela va de paire avec une volonté de remettre à l’honneur la diplomatie, et plus largement le Soft Power américain qui avait été mis à mal avec leurs dernières interventions.

Au cours de ses deux mandats, Obama aura essayé de transformer par la diplomatie les relations de l’Amérique avec le reste du monde, du pivot vers l’Asie à une possible réconciliation avec l’Iran. Mais la rupture avec Bush a été moins radicale qu’il n’y parait. L’Amérique n’a pas cessé d’intervenir militairement dans le monde, mais elle le fait aujourd’hui de manière plus discrète.

Est-ce alors un désengagement de l’Amérique, ou simplement une hégémonie plus discrète ? A-t-on déjà basculé dans un monde post-Américain ? Voire Asiatique ?

I. Désengagement ou hégémonie discrète ?

Ce solde des années Bush a été fait de ruptures mais aussi de continuités :

1. De la guerre globale aux guerres secrètes. Obama considère les guerres en Irak et en Afghanistan comme des erreurs stratégiques majeurs, et une de ses priorités aura été d’y mettre fin le plus rapidement possible.

  • Changement = réduction rapide de la présence militaire dans ces deux pays.
  • Continuité = l’administration Bush avait déjà posé les fondamentaux d’une guerre parallèle, menée par les forces spéciale et les drones.

L’usage plus sélectif de la force est très bien illustré par l’augmentation sans précédents du nombre d’assassinats ciblés. On dénombre 49 frappes de drones sous Bush, 500 uniquement sur les 6 premières années de l’ère Obama !

La cybersécurité prend également une part plus importante qu’auparavant. L’administration Obama a notamment hérité et développé le programme secret de cyberdéfense : CYBERCOM.

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2. The light footprint (l’empreinte légère). Réduire l’empreinte dans le budget et dans l’esprit des gens. La guerre en Libye en 2011 est le premier exemple, où les EU participent à une opération multilatérale sans exercer le leadership. C’est un nouveau modèle d’intervention : les EU se retirent après 10 jours de combats et laissent les alliés finir le travail ne fournissant que le soutien logistique (indispensable cependant !).

C’est la stratégie du Leading from Behind : définition différente du leadership, motivée par :

  • Le déclin relatif de la puissance américaine.
  • Le fait que les EU sont « mal-aimés » dans de nombreuses parties du monde, ce dont l’armée a bien conscience, comme le prouve ce communiqué de la défense : « La défense de nos intérêts et la diffusion de nos idéaux requièrent donc désormais discrétion et modestie aux côté de notre puissance militaire ».
  • Le coût ! dette abyssale et volonté de réduire le déficit budgétaire.

Cette stratégie du Leading from Behind consiste à:

  • Privilégier une approche par les partenariats.
  • Utiliser surtout les forces spéciales.
  • Utiliser les drones au maximum.
  • Former les armées locales pour qu’elles affrontent elles-mêmes les terroristes.

 

II. De nouvelles relations avec le reste du monde

Il s’agit d’adapter la posture et l’engagement international américain à un monde en pleine recomposition, en transition, vers ce que Fareed Zakaria (journaliste) appelle « le monde post-américain ».

  • Le pivot vers l’Asie. Déplacement du centre de gravité mondial vers l’Asie. Par conséquent nouvelle direction pour la politique étrangère américaine. Leur défi est de savoir comment gérer au mieux de leurs intérêts l’ascension des nouvelles puissances qui s’affirment. Cela suppose de choisir entre coopter ou contester, voire empêcher cette ascension.

Les EU ont d’abord cherché à faire de la Chine un partenaire responsable pour gérer le monde, mais ils se sont heurtés à la réticence chinoise. Depuis 2010, la Chine adopte un discours plus nationaliste qui pousse les EU à un  repositionnement de leurs forces de l’Atlantique vers le Pacifique. Mais cela a peu d’impacts sur la stratégie de la Chine de réaffirmation de sa puissance dans son environnement. Par ailleurs Le TPP (accord de libre-échange transpacifique) ne progresse pas, alors que les EU en ont fait la pierre angulaire du pivot.

  • Etats-Unis – Moyen-Orient : la rupture. Accord intermédiaire signé sur le nucléaire iranien et dialogue renoué entre les Etats-Unis et l’Iran. Les EU ont désormais une « stratégie plus modeste » au Moyen-Orient, ce qui se traduit par une mise à distance et une acception par Washington d’une plus grande volatilité dans la région. Il n’est plus question pour l’instant d’engagement militaire américain direct majeur. Cela clôt une période ouverte en 1991 avec la première guerre du Golfe et signe le retour d’une approche plus traditionnelle d’équilibre à distance caractéristique des périodes antérieurs (on voit ici que ce n’est pas une nouvelle stratégie mais le retour à une ancienne). Volonté de clore la période des engagements directs et massifs mais aussi de se concentrer ailleurs (Pivot). Pour cela la menace de Daech est venue troubler les plans d’Obama, qui jusqu’à lors était resté en retrait des affres syriens mais qui n’a pu qu’ordonner des frappes pour contrer l’expansion de l’Etat Islamique.

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  • Redéfinitions transatlantique. L’Europe a semblé faire les frais du pivot Asiatique. La part de l’Asie dans les dépenses militaires mondiales a dépassé celles de l’Europe en 2011. Obama voulait faire comprendre aux européens que pour Washington la page de la guerre froide était tournée, et que les Européens devaient désormais prendre en charge leur sécurité. Cependant la crise ukrainienne a un temps replacé l’Europe au cœur des préoccupations. En 2009, Obama avait mis en œuvre une remise à plat de la relation américano-russe, faisant de la Russie un partenaire de l’Amérique. Mais l’annexion de la Crimée est clairement venue remettre en question cette évolution et a de nouveau jeté une vague de froid sur les relations entre les deux pays.

 

III. Le monde de demain : post-américain, post-atlantique, asiatique ?

  • La résilience de l’Amérique. Il ne faut pas oublier que les EU disposent d’atouts persistants et d’une capacité de la société à absorber les chocs et se rétablir :
    • Puissance économique : la part des EU dans l’économie mondiale demeure plus ou moins constante à 20-22% du PIB mondial depuis trois décennies.
    • Potentiel d’innovation : système d’enseignement supérieur qui reste attractif pour les étudiants du monde entier.
    • Puissance énergétique : parmi les premiers producteurs mondiaux de gaz et de pétrole.
    • Atout démographique : pyramide des âges favorable et une immigration de qualité.
    • Atout géographique : position centrale entre 2 Océans.
    • Puissance militaire : les dépenses militaires ont augmenté de 80% entre 2001 et 2008, ainsi la réduction des dépenses depuis 2009 est surtout liée à la fin des interventions en Irak/Afghanistan. Mais il y a bien une redistribution mondiale des équilibres militaires régionaux (budget militaire de la Chine en hausse rapide).

La Défense américaine est à la pointe de l’innovation : robotisation de la guerre avec drones. Grâce à cela, il est moins nécessaire d’obtenir le soutien de la population américaine, indispensable lorsqu’il s’agit d’envoyer des soldats sur le terrain. Réseau de bases qui couvre le monde entier. Réseau d’alliances inégalé et structuré par l’OTAN : plus de 50 alliés formels, en comparaison on a pu dire que la Chine en a deux : la Corée du Nord et la Birmanie…

U.S. President Barack Obama, right, smiles after a group of children waved flags and flowers to cheer him during a welcome ceremony with Chinese President Xi Jinping at the Great Hall of the People in Beijing, China Wednesday, Nov. 12, 2014. When Xi Jinping took the reins of a booming China two years ago, President Barack Obama saw an opportunity to remake America's relationship with the Asian power. But even after Obama's unusually robust efforts to forge personal ties with Xi, the two leaders are meeting in Beijing amid significant tensions, both old and new. (AP Photo/Andy Wong)

  • Etats-Unis/Chine, une nouvelle bipolarité ? Cette annonce demeure prématurée. La puissance de la Chine vis-à-vis des Etats Unis est pour l’instant plus économique que militaire. Mais il existe bien une compétition économique, idéologique, et un affrontement direct dans le domaine du cyberespace. De plus Pékin se montre réticent à prendre en charge les responsabilités globales que Washington dit vouloir lui confier.

 

L’évolution du rôle international des Etats-Unis.

La multiplicité des pôles de puissance constitue sans doute le principal défi du monde actuel, qu’il soit ou non post Américain. Plus il y a d’acteurs, et plus le consensus global et les possibilités d’actions collectives diminuent.

Aujourd’hui il y a une absence claire de consensus aux Etats-Unis sur la politique étrangère à adopter. Scepticisme croissant du public américain vis-à-vis de l’action internationale de leur pays. Et cette fracture entre isolationnisme et interventionnisme traverse les deux partis. Il sera intéressant de voir comment Donald Trump ou Hilary Clinton vont choisir de faire évoluer cette politique. Résurgence de l’interventionnisme, statu quo, ou replis sur soi ? Réponse dans 4 ans….

 

 

Guillaume Hénault

Cofondateur du groupe Up2School (Major-Prépa, Business-Cool et Forum-Commerce) et étudiant à ESCP Europe.