Rapport de jury – Géopo ESSEC 2020 Rapport de jury – Géopo ESSEC 2020
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Tu peux retrouver le sujet de l’épreuve ici : Géopo ESSEC 2020 – Sujet

Et l’analyse là : Géopo ESSEC 2020 – Analyse du sujet

 

Les statistiques

2018 2019 2020
Nombre de candidats 2 305 3 245 3 241
Moyenne 10,50 10,45 10,78
Ecart-type 3,43 3,62 3,62
Nombre de copies évaluées à 15 et plus 366 copies,

soit 16 %

516 copies,

soit 15,89 %

571 copies,

soit 17,62%

 

Le rapport de jury de géopo ESSEC 2020

Les attentes du jury

En choisissant comme question « Le bassin méditerranéen, espace de crises et de rivalités internationales depuis la fin de la Guerre froide », le président du jury invite les candidats à effectuer une analyse synthétique et à mobiliser un ensemble large de connaissances sur les bouleversements géopolitiques d’une des régions les plus sensibles au monde. Il appelle aussi à se réapproprier les concepts fondamentaux de la géopolitique.

L’approche géopolitique est un élément central de la dissertation. Elle se définit comme l’étude des rivalités de pouvoirs entre des acteurs sur un territoire

La dimension spatiale et territoriale est donc entendue comme un élément essentiel du traitement du sujet en évitant de le traiter uniquement sous l’angle des relations internationales. En d’autres termes, il s’agit de mettre en évidence les stratégies d’acteurs révélant des rivalités d’acteurs à des échelles géographiques différentes. La pluralité des approches de la géopolitique est aussi mise en évidence : politique, militaire, économique, sociale et culturelle.

La formulation du sujet demande également la maîtrise d’un certain nombre de concepts géopolitiques. L’expression « d’espace de crises » fait référence aux ruptures d’équilibre de différentes natures pour les sociétés et les États du bassin méditerranéen pouvant entraîner l’effondrement d’un régime politique, l’accentuation de fortes rivalités de pouvoirs entre des États et des mouvements sociétaux inattendus. Celle de « rivalités internationales » induit des concurrences, également de différentes natures, entre les États riverains, entre ceux-ci et des puissances extérieures à la région, entre celles-ci également.

La zone géographique est entendue comme l’espace qui couvre la mer Méditerranée ainsi que les États riverains (450 millions d’habitants, 22 États). Elle se caractérise par son milieu géographique : l’espace maritime, ses paysages et son climat méditerranéens, ses genres de vie, son héritage historique comme bassin millénaire de civilisation.

Enfin, la temporalité du sujet demande de porter l’attention sur la période qui suit la Guerre froide. Il peut être inclus des références à des périodes antérieures puisque les grandes dynamiques géopolitiques s’inscrivent généralement sur le temps long, en particulier lorsqu’il s’agit de l’un des berceaux de civilisations les plus anciens au monde. Le raisonnement géopolitique suppose également de maîtriser les principales dynamiques dans un passé proche (depuis le début des années 1990) ainsi que leur évolution à partir du XIXe siècle au moins.

Sur le plan méthodologique, il est attendu la maîtrise de la structuration du devoir :

– Une introduction parfaitement structurée (amorce, définition des termes, problématique, annonce de plan)

– La rédaction d’une démonstration : la dissertation doit donner un sens et ne pas être une récitation des connaissances. Toute l’argumentation doit aboutir à raisonnement clair et argumenté d’exemples.

– La présentation d’un plan en deux ou trois parties suivies d’une conclusion.

– Des exemples concrets et territorialisés, si possible à partir de schémas de synthèses lisibles.

– Des références scientifiques peuvent être valorisées sur ce sujet (citations, références bibliographiques)

 

Remarques de correction

Un sujet à la fois géo historique, géoéconomique et géopolitique

Le sujet aborde un espace essentiel de la géopolitique mondiale en présentant une approche transversale avec le programme du concours. Il s’inscrit bel et bien dans l’esprit du programme en mobilisant les trois dimensions géohistorique, géoéconomique et géopolitique. Il apparaît ainsi accessible à tout candidat capable de synthétiser avec efficacité ses acquis. Au-delà des connaissances relevant de la culture générale, il fait appel à toutes les thématiques devant être maîtrisées, notamment le module II (mondialisation contemporaine : acteurs, dynamiques et espaces) et le module III (Géodynamique continentale de l’Europe de l’Afrique du Nord et du Moyen- Orient).

Parallèlement, le sujet demande aux candidats de suivre une démonstration et d’éviter un exposé descriptif des faits. Cette démonstration doit mettre en évidence la dimension croissante de tensions et de rivalités dans le bassin méditerranéen entre différents acteurs. Elle pouvait ainsi suivre cette orientation : le bassin méditerranéen deviendrait un espace marginal pour les grandes puissances mondiales depuis les années 1990, synonyme d’une aire pacifiée et sans intérêt stratégique majeur. En réalité, il réunit tous les enjeux et les défis de la mondialisation. Depuis la fin des années 2000, il connaît de nouveaux déséquilibres géopolitiques et apparaît confronté à un ensemble de risques, de menaces et de vulnérabilités. Il est assimilé à une des zones les plus « crisogènes » au monde.

 

Les qualités soulignées par le jury

1) Des capacités de réflexion et de raisonnement géopolitique valorisées

Un certain nombre de candidats ont su démontrer cette dynamique à partir d’exemples concrets et en mobilisant des connaissances qui tendaient à y répondre. Ceux-ci ont maîtrisé le « décloisonnement de leurs cours » en établissant des relations entre les connaissances acquises et en construisant un raisonnement géopolitique. Ils présentent également de bonnes connaissances sur l’actualité récente (crise syrienne, crise migratoire, crise libyenne, etc.), une bonne utilisation des documents (6 documents dont 2 cartes).

D’autres qualités sont relevées par le jury témoignant de capacités de réflexion et d’organisation des connaissances :

La capacité à centrer le sujet sur les relations entre crises et rivalités de pouvoirs, à problématiser le bassin méditerranéen comme espace « crisogène ». Certaines problématiques traduisent une véritable réflexion géopolitique et une analyse d’un très bon niveau. Par exemple, l’une d’entre elles peut être formulée de la manière suivante : « En quoi le bassin méditerranéen est devenu le centre d’un nouveau Grand Jeu de puissances aux motivations et aux ambitions multiples ? ». Une autre pose la question suivante : « Dans quelle mesure la mondialisation a-t-elle contribué à la recomposition géopolitique et géoéconomique du bassin méditerranéen en provoquant des crises et des rivalités internationales depuis la fin de la guerre froide ? ». Enfin, un autre candidat propose : « Cette mer, qui avait été qualifiée de « mer intérieure de l’OTAN » est-elle en train d’échapper au contrôle des Européens et des Américains au profit de nouvelles puissances régionales ? »

– Une approche territorialisée qui valorise soit des types d’espaces à différentes échelles (l’espace maritime, les littoraux, les îles comme enjeux géopolitiques), soit des axes géopolitiques (les oppositions Nord-Sud souvent bien citées, mais aussi l’axe Est- Ouest qui montre une concentration des crises et des rivalités internationales en Méditerranée orientale).

– Une approche spatialisée qui s’appuie sur les effets d’échelles géographiques : le bassin méditerranéen dans la mondialisation, la Méditerranée orientale concentrant les rivalités d’acteurs (puissances internationales, puissances régionales), les régions de crises (Syrie occidentale, Chypre, Libye, etc.).

– La capacité à mettre en perspective les ruptures temporelles depuis 1991 : la période d’apaisement et de marginalisation de la région dans les années 1990 où les États-Unis et l’Union européenne structurent des dynamiques de stabilisation et de coopération, la césure entre 2008 et 2011 marquée par l’échec de la politique de stabilisation américaine et l’impuissance de l’Union européenne, la période 2012-2020 qui révèle un espace redevenu parmi les plus « crisogènes » au monde.

– Des copies soignées et claires, certaines présentant des schémas de synthèse utiles et démonstratifs.

– La maîtrise de la technique de la dissertation : introduction concise, développement structuré, conclusion pertinente rédigés dans un style clair et précis.

– Des références bien maîtrisées pour appuyer la démonstration (Elisée Reclus, Fernand Braudel, Yves Lacoste entre autres). Il est à souligner que cette croissance des crises et des rivalités dans cet espace a fait l’objet de publications récentes.

 

Un exemple de traitement du sujet

Depuis la fin de la Guerre froide, en 1991, le centre de gravité géoéconomique et géopolitique mondial s’oriente vers l’Asie orientale.

Le bassin méditerranéen ne serait plus le centre du monde comme il l’a été depuis des millénaires en tant que berceau de civilisations. Dans La Méditerranée au temps de Philippe II, Fernand Braudel l’a considéré comme l’espace de l’« économie Monde » au XVIe siècle. L’ouverture du canal de Suez en 1869 en fait un axe maritime décisif entre l’Europe et l’Asie tant sur le plan économique et financier que politique et militaire. Il en serait autrement depuis 1991. Le bassin méditerranéen deviendrait un espace marginal pour les grandes puissances mondiales, synonyme d’une aire pacifiée et sans intérêt stratégique majeur. En réalité, il réunit tous les enjeux et les défis de la mondialisation. Par définition, cet espace correspond à l’étendue de la mer semi- fermée ainsi que ses rives du détroit de Gibraltar à l’Asie occidentale, du Sud de l’Europe à l’Afrique du Nord, réunissant 450 millions d’habitants et 22 États riverains. Il se caractérise aussi par un milieu naturel spécifique (ses paysages, son climat, ses ressources, ses genres de vie et ses héritages historiques comme civilisationnels). Il connaît de nouveaux déséquilibres géopolitiques et apparaît confronté à un ensemble de risques, menaces et vulnérabilités. Il est assimilé à une des zones les plus « crisogènes » au monde. Il devient un « espace de crises » majeur qui se définit par des ruptures d’équilibre de différentes natures pour les sociétés et les États du bassin méditerranéen pouvant entraîner l’effondrement d’un régime politique, l’accentuation de fortes rivalités de pouvoirs entre des États et des mouvements sociétaux inattendus. Il se situe aussi au centre de nouvelles « rivalités internationales » qui induit des concurrences, également de différentes natures, entre les États riverains, entre ceux-ci et des puissances extérieures à la région, entre celles-ci également. Comment le bassin méditerranéen devient-il de nouveau un espace de crises et de rivalités internationales ? Trois aspects peuvent être abordés : les enjeux géopolitiques majeurs dans la mondialisation, un espace de rivalités de pouvoirs et de crises entre les États riverains, les ambitions des puissances majeures en Méditerranée.

Concernant la structure du plan, plusieurs développements pouvaient être suivis. L’un d’entre eux pouvait s’organiser de la manière suivante :

I. Des enjeux géopolitiques majeurs dans la mondialisation

1. L’espace maritime, enjeu de contestation : Un bassin de civilisations mais un espace commun fragile ; la découverte de nouveaux gisements de ressources naturelles réveille de vieux conflits ou antagonismes récurrents entre les États ; le processus de délimitation de la Zone Économique Exclusive depuis les années 1990 (Convention des NU sur le droit de la mer de 1982/1994) conduit à soulever de nombreux problèmes de chevauchement des ZEE.

2. Des ressources maritimes convoitées et source de tensions : la Méditerranée est un des principaux axes commerciaux au monde ; les ressources anciennes et nouvelles ; la découverte de nouveaux gisements d’énergies fossiles (gaz) concerne trois pays essentiellement en MEDOR (Égypte, Israël, Chypre) et ravive des tensions anciennes.

3. Des équilibres environnementaux, sécuritaires et sociétaux précaires : une zone de friction entre États développés et États en développement ; la dégradation du milieu maritime liée aux activités anthropiques ; l’instabilité régulière en Méditerranée orientale, fébrilité politique et sociale des sociétés d’Afrique du Nord, le risque migratoire Nord-Sud.

 

II. Une zone « crisogène » majeure dans le monde révélant des rivalités régionales fortes

1. De nombreux foyers de crise déclarés ou potentiels depuis plus de 30 ans : un nouveau cycle crisogène depuis les années 1990 qui touche de manière directe ou indirecte une majorité de ses riverains ; un espace renforcé de rivalités de pouvoirs conduisant à l’éclatement de crises diverses ; des déséquilibres Nord/Sud accentués.

2. La compétition économique se surimpose aux frictions géopolitiques : pour l’exploitation des ressources gazières ; pour les approvisionnements de gaz de la MEDOR à l’Europe ; le renforcement de la compétition entre la Turquie et la Grèce.

3. L’Union Européenne : grande absente du jeu des puissances, entre indifférence et dépendance : des projets de stabilité lancés par l’UE, l’impuissance face aux crises, le retour de la Turquie d’Erdogan pourtant isolée au centre du jeu géopolitique.

 

III. Le bassin méditerranéen, espace de concurrence dans le jeu des grandes puissances (États-Unis, Russie et Chine)

1. Un nouvel espace stratégique pour les États-Unis : le retour de la puissance américaine ; un point central des intérêts américains malgré une stratégie jugée inadaptée car orientée vers l’Asie depuis la fin des années 2000, le maintien de la puissance globale américaine.

2. Les ambitions de la Russie en Méditerranée : des ambitions anciennes, la recherche d’une posture de grande puissance militaire révélant une capacité de nuisance et donc d’influence sur les affaires européennes, une puissance riveraine dans le bassin méditerranéen par le Hard et le Soft Power.

3. Un espace de premier plan pour la Chine : le point d’aboutissement géographique de la « Nouvelle route de la Soie », la stratégie d’influence globale ; un acteur nouveau dans la compétition pour la suprématie commerciale, financière, scientifique, technologique, militaire et culturelle.

 

Conclusion : Présenté comme un espace pacifié jusqu’aux années 2000, le bassin méditerranéen redevient un espace de compétition et de concurrence, de crises multiples et d’instabilité.

 

D’autres types de plans sont également envisageables. Le plan description-explication- typologie et le plan chronologique se révèlent difficiles à mettre en œuvre. Il est plutôt préféré des plans thématiques conduisant à un raisonnement géopolitique pertinent. Certains candidats ont ainsi présenté des plans originaux et cohérents :

Exemple 1 :
I. Des rivalités internationales se superposant aux crises endogènes

II. Des rivalités internationales déclenchant ou visant à accroître l’instabilité

III. Un espace au de bord de l’embrasement

Exemple 2 :
I. Le bassin méditerranéen : les enjeux d’un nouveau pivot géostratégique

II. Des crises protéiformes et « la course à la puissance »

III. Le bassin méditerranéen au cœur des rivalités de puissances

 

Les principaux défauts remarqués dans les copies

Le président de jury invite les candidats à bien lire l’énoncé du sujet et à faire preuve d’esprit d’analyse et de synthèse. Un certain nombre de défauts et de lacunes pouvaient être évités à la fois sur le fond et sur la forme.

 

Des lacunes dans la compréhension et le traitement du sujet

Les membres du jury soulignent des défauts de traitement du sujet lié à un manque d’esprit d’analyse et de synthèse, voire à des défauts de connaissances fondamentales :

L’espace géographique est souvent mal délimité conduisant à des contresens et à un hors- sujet. Trop de candidats appréhendent l’Afrique (pour parler des accords de Cotonou, de Lomé, du franc CFA, du Sahara occidental, de l’AGOA, etc.), l’Europe du Nord (digression sur Calais ou sur le Brexit), l’Arctique et l’Afghanistan. La difficulté de délimitation géographique a conduit à des développements laborieux, parfois longs, sur le Moyen-Orient et l’Union européenne.

– La juxtaposition des espaces de crises et de rivalités internationales apparaît sans relation logique, sans esprit de discernement à travers ces deux notions. Le vocabulaire n’est pas toujours maîtrisé et des assimilations maladroites créent des confusions ou des contresens : bilatéralisme-multilatéralisme avec bipolaire-multipolaire ; crises et rivalités ; conflits et guerres assimilés comme des synonymes

– Des difficultés à définir l’espace géographique, les notions fondamentales du sujet et les césures chronologiques, il résulte des problématiques maladroites, souvent hors- sujet : « la situation en Méditerranée va-t-elle perdurer ? », « Quelle gouvernance mettre en place pour résoudre les conflits en Méditerranée ? », « Comment les grandes puissances marquent- elles leur ancrage dans le BM (sic) ? », « En quoi le BM (sic) est-il une interface de la mondialisation contemporaine ? », « l’Union européenne a-t-elle les moyens de réguler la région ? », « L’Europe peut-elle retrouver la Méditerranée ? ».

Un récit maladroit des crises conduit à un déséquilibre des parties, c’est-à-dire à un développement hypertrophié dans la première partie, trop réduit dans la dernière. Cette tendance manifeste un défaut de hiérarchisation des connaissances.

Des développements trop longs traitent du conflit israélo-palestinien, de la question de l’eau dans le bassin du Jourdain, de l’échec de l’adhésion de la Turquie à l’Union européenne, de la guerre contre l’État islamique, de certaines théories des relations internationales (le Heartland et le Rimland par exemple).

–  L’absence de connaissances sur les puissances dans cet espace fait apparaître des analyses géopolitiques décevantes : les États-Unis rapidement cités, la Russie souvent oubliée, la Turquie à peine évoquée. Les ambitions et les projets géopolitiques de ces puissances sont rarement traités. Le retour de la puissance russe en MEDOR (Méditerranée orientale) depuis 2015 est très rarement mentionné et expliqué.

–  Un traitement partiel sur les ressources énergétiques et sur les approvisionnements en hydrocarbures témoigne de la faiblesse de connaissances en géoéconomie. Trop peu de candidats sont capables d’apporter des connaissances sur les champs d’hydrocarbures découverts et exploités depuis la fin des années 2000, sur les gazoducs existants ou en projet (comme EastMed cité dans le document 4) comme sur les pays producteurs de pétrole (Libye et Algérie par exemple).

–  La polarisation des crises sur la rive Sud du bassin méditerranéen (Algérie, Libye) conduit à oublier la diversité des crises sur la rive Nord. Un certain nombre de devoirs concentrent avec excès leur analyse sur la crise migratoire Sud-Nord.

–  La spécificité du milieu méditerranéen, les risques environnementaux, les mutations des territoires politiques dans le temps sont trop souvent occultés. Parallèlement, la territorialisation de l’espace maritime, à travers le processus de délimitation maritime, échappe à un grand nombre de candidats. Plus largement, les aspects maritimes sont sous-estimés (Zones économiques exclusives, enjeux énergétiques) en Méditerranée orientale. La distinction entre la Méditerranée occidentale et la Méditerranée orientale demeure exceptionnelle dans les copies.

–  Enfin, certains candidats ont tendance à accumuler les références d’auteurs, parfois sans lien avec le sujet lié à la Méditerranée. S’il est toujours recommandé de citer quelques personnalités dans une copie, il est aussi souhaitable que l’information donnée apporte un élément renforçant la démonstration. Il est préférable ainsi de mentionner quelques auteurs bien assimilés, correctement reliés au sujet, plutôt qu’une longue liste qui masque
parfois la pauvreté de la réflexion personnelle.

 

Une démonstration mal comprise qui conduit à un plan maladroit

Certaines copies ont présenté une problématique inversée, insistant plus sur la dynamique de coopération régionale que sur celle de rivalités croissantes. Quelques rares candidats ont pu conclure que le bassin méditerranéen devient actuellement l’une des régions les plus stables au monde.

Certains devoirs ont assimilé le traitement du sujet uniquement à la politique de l’Union européenne face aux crises, ce qui conduit à une démonstration partielle et à une marginalisation du rôle des puissances internationales (malgré les références apportées par les documents). Dans certains cas, les événements entre 1990 et 2008 sont ignorés, conduisant de fait à se concentrer sur l’actualité récente et à oublier un certain nombre d’enjeux géopolitiques importants (comme les questions environnementales).

D’autres devoirs révèlent une maîtrise très partielle de la méthodologie. Certains présentent une contextualisation du sujet en introduction trop longue (plus d’une page recto-verso) avant de poser la problématique. D’autres achèvent le développement par une conclusion qui ne répond à aucune problématique. Nombreuses sont les copies sans dates ni chiffres, ou qui reprennent seulement ceux figurant dans les documents d’accompagnement. Certains candidats usent des abréviations sans jamais expliquer les sigles : PESCO, IEI, TSCG entre autres. Des efforts de clarté doivent permettre d’apporter précision et explication.

Il est recommandé également de préserver la cohérence de la démonstration. L’un des types de plan, souvent suivi, consiste à aborder 1) les atouts de cet espace, 2) les crises et les rivalités, 3) les tentatives de sortie de crises pour aboutir à la « pacification » de la région. Cette structure de plan s’éloigne maladroitement du cœur de la démonstration attendue. D’autres types de plan traduisent l’absence d’esprit de synthèse. Par exemple, l’un d’entre eux aborde 1) les types de flux (touristes et migrants), 2) les sources de rivalités, 3) les conflits. Un autre plan traite 1) des crises croissantes, 2) des raisons, 3) de l’intensification des crises et des rivalités.

Enfin, l’absence de connaissances sur le sujet ne permet pas de construire une démonstration pertinente et sérieuse. Certains candidats ont eu tendance à paraphraser les documents proposés qui sont une aide au raisonnement et non l’objet même de la dissertation.

 

Des défauts de forme révélant un « relâchement » de l’expression écrite

Les membres du jury ont relevé des défauts de forme dans les copies en trop grand nombre cette année. Il est vivement recommandé de se relire en fin d’épreuve et de corriger des erreurs qui pourraient être facilement évitées.

Certaines copies ont ainsi présenté des fautes d’orthographes et de graves lacunes syntaxiques (phrases sans verbe, commençant par « d’autant plus que », ponctuation hasardeuse) dommageables à la qualité d’ensemble. Les membres du jury ont remarqué un « relâchement » dans l’expression écrite tant pour les noms propres (« Tucidide », « Shengen », « Maashtrich », « Magreb », « Sarkosy ») que pour les noms communs en géopolitique (« traffic », « dévellopement », « Model » entre autres).

Des banalités révélant une faiblesse des connaissances sur le sujet auraient dû être évitées, telles « la Méditerranée comme une vaste étendue d’eau salée, la « mère de toutes les crises », « les guerres ont fait rage dans la région », « la Méditerranée, autoroute des migrants ».

D’autres devoirs expriment des anachronismes et des fautes majeures de connaissances relevant des acquis fondamentaux. Par exemple, « Atatürk peut demander l’adhésion de la Turquie à l’Union européenne », « Carter signe les accords d’Oslo », « les années 1990 sont des années sans conflits ». Des fautes de localisation sont aussi relevées : « le Portugal, pays méditerranéen », « le détroit de Bal el Mandeb entre Maroc et Espagne », « le détroit d’Ormuz en Méditerranée », « l’Azerbaïdjan sur la mer Noire ». Des maladresses d’expression dévalorisent le fond de la réflexion pourtant pertinente : « la Turquie a même tenté d’engloutir Chypre pendant la Guerre froide ».

Parallèlement, il est toujours recommandé de soigner la présentation générale de la copie. Trop de devoirs ont une apparence « brouillonne », voire illisible, suscitant une impression peu positive pour le correcteur au premier abord. Ces défauts, toujours sanctionnés, peuvent être corrigés par une plus grande rigueur dans l’organisation de la gestion du temps de travail et dans la préparation de la rédaction.

 

Conseils aux futurs candidats

Le président du jury renouvelle les conseils donnés l’année passée aux futurs candidats. Il est recommandé de s’exercer aux techniques méthodologiques avec régularité. Il convient aussi de maîtriser les connaissances sur l’ensemble des modules et de ne pas faire l’impasse sur certaines questions importantes du programme du concours. Les sujets à dimension géopolitique s’appuient sur une profondeur historique dont les fondements apparaissent traités au cours des deux années de la classe préparatoire.

La qualité de travail du candidat est évaluée à sa capacité à conduire une réflexion sur un sujet donné. Le traitement d’un sujet révèle la maîtrise d’un raisonnement en histoire, géographie et géopolitique, la capacité critique qui apparaît dans l’organisation du plan, la précision de l’argumentation (comme la datation et la localisation des faits cités), la qualité de l’esprit de synthèse qui permet de retenir les connaissances indispensables au traitement du sujet (en évitant de réciter des connaissances acquises en cours en dehors du sujet).

Il est recommandé de renforcer les connaissances académiques par des lectures extérieures comme la presse ou certains essais.

Un soin tout particulier doit être apporté à l’organisation de l’introduction. La première partie de l’introduction sert à formuler l’intitulé du sujet et à amener l’attention du lecteur à la problématique de votre devoir. Elle doit démontrer que vous avez compris le sens du sujet. Elle se compose de plusieurs ensembles qui s’enchaînent graduellement : une présentation très brève du contexte du sujet en délimitant son cadre spatial et temporel ; la définition des termes essentiels du sujet qui s’effectue avec nuance et réflexion car de votre capacité à définir justement les termes clefs dépend la pertinence de votre problématique ; le sens général du sujet de sorte que l’annonce de votre problématique soit préparée par cette première partie de l’introduction. Cette première partie est suivie de la problématique. Celle-ci se présente par une seule interrogation qui constitue le point de départ de votre réflexion. Tout votre plan doit ensuite tendre à y répondre. C’est pourquoi une introduction sans problématique pertinente conduit généralement du moins à un hors- sujet sinon à un devoir où les connaissances sont platement récitées. Votre plan doit donc être démonstratif et construit autour d’un problème. Il doit être dynamique et aller vers une idée claire : disserter, c’est démontrer. Toute introduction s’achève par l’annonce du plan. Cette dernière partie de l’introduction constitue la colonne vertébrale de votre devoir. Elle doit démontrer que votre argumentation répond rigoureusement à la problématique.

Toute dissertation est une démonstration qui demande de maîtriser les fondements méthodologiques pour la construction du développement : les localisations et la datation des faits ; un plan démonstratif utilisant un plan en adéquation avec le sujet ; des exemples diversifiés ; une réflexion portant sur des échelles géographiques différentes et des temporalités insistant sur les césures (selon le sujet). Concernant les références bibliographiques, il est toujours important de les employer à bon escient en évitant de les multiplier. L’intérêt est que la référence bibliographique ou la citation apporte un élément renforçant la démonstration.

Il est recommandé, enfin, de suivre plusieurs principes fondamentaux de l’organisation du devoir. Le premier est celui de l’équilibre des parties. Votre dissertation doit représenter un ensemble cohérent et logique. La longueur de votre devoir participe de cet effort visant à présenter un tout harmonieux, agréable à l’esprit. La règle de l’équilibre de vos parties doit être rigoureusement suivie : un plan déséquilibré (longue première partie, dernière partie bâclée) est le symptôme d’un mauvais plan, donc d’une mauvaise démarche. Un plan en trois parties se compose généralement de trois sous-parties dans chacune d’entre elles ; un plan en deux parties (chacune en deux sous-parties).

Le second renvoie à la gestion de votre temps de travail. La règle d’équilibre de vos parties dépend étroitement de votre capacité à vous organiser en temps limité. Il est généralement envisagé de prévoir un premier temps de réflexion (plan détaillé au brouillon). Il convient ensuite de rédiger le développement directement sur votre copie. Enfin, vous devez réserver un temps de rédaction de la conclusion et de relecture de votre devoir.

Le troisième porte sur les passages de transition qui sont parfois négligés dans les copies. Chaque partie se termine par un paragraphe de transition de quelques lignes dont l’objet est de vous permettre de constituer le devoir, en douceur. Il n’est en rien un résumé de ce qui précède, mais une manière d’enchaîner le raisonnement avec la partie suivante. Afin de rendre cette rédaction harmonieuse, il convient « d’aérer » votre devoir pour le rendre plus lisible : sauter une ligne entre chaque partie, aller à la ligne entre chaque sous-partie.

Nicolas Doan

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