Le 15 août 2025, Donald Trump a rencontré Vladimir Poutine pour la première fois depuis 2018. À Anchorage, en Alaska, les deux se sont entrevus dans un échange à huis clos pendant trois heures. Pour l’instant, aucun espoir de cessez-le-feu n’en est ressorti. Mais quels sont les enjeux de ces rencontres à propos d’une guerre dont on oublie un des deux protagonistes ?
Introduction
La Russie et les États-Unis sont deux pays qui ont des intérêts particuliers dans cette guerre qui dure depuis le 24 février 2022. La Russie cherche, depuis 2014 avec l’annexion de la Crimée, à rallier des territoires adjacents à la Russie en se basant sur la présence de populations russophones soutenant le régime de Poutine.
Trois ans après, Poutine a-t-il toujours le même projet ?
Avec des ressources humaines et économiques qui s’épuisent, Poutine peut-il encore se permettre de mener ce conflit ?
Si la réponse tend vers le négatif, plus l’épuisement de ses ressources avance, il ne peut pas non plus admettre la défaite. En effet, ce n’est pas seulement Poutine contre Zelensky qui se joue, mais l’opposition entre deux visions : l’Ukraine pro-européenne qui désire adhérer au mouvement de l’UE et à la coopération entre les peuples, contre une vision russe nostalgique de la grandeur de l’URSS et dont l’autoritarisme politique reste ancré au XXe siècle.
Le seul avantage d’un cessez-le-feu pour la Russie serait alors ce que l’Ukraine n’est pas prête à céder : la paix contre les territoires qui sont revendiqués par Poutine. Et le président Trump, dans son habituelle controverse, semble être en accord avec cette idée. En effet, selon un article du Guardian, qui a suivi la rencontre, Trump aurait indiqué soutenir l’idée que l’Ukraine cède le Donbass à la Russie afin d’atteindre un « traité de paix ».
Qu’en est-il des États-Unis ?
De leur côté, cette guerre est une porte ouverte économique. Si, par principe, les États-Unis ont commencé à soutenir économiquement et militairement l’Ukraine sous Biden, Trump a tout de suite rappelé que l’aide américaine n’était pas bénévole.
Dès son retour au bureau ovale, il martèle que l’aide américaine à l’Ukraine s’élève à environ 350 milliards de dollars américains depuis 2022, une somme falsifiée puisqu’elle était d’environ 175 milliards de dollars en février 2025. Mais cette somme permettait au président Trump de faire pression sur l’Ukraine, notamment dans le cadre de la signature d’accords d’exploitations minières, pétrolières et gazières sur le territoire ukrainien par des entreprises américaines.
Les États-Unis ont en fait un double agenda. Ils se doivent de supporter l’Ukraine dans cette guerre, ne serait-ce que par rapport à leur relation avec l’Europe. Cependant, celle-ci leur permet aussi d’asseoir un poids sur les ressources primaires ukrainiennes (5 % des réserves mondiales de « matières premières critiques »), un avantage d’appropriation des ressources et d’exploitation dans le cadre de leur guerre technocommerciale avec la Chine de Xi Jinping.
Face à ça, l’Europe n’est pas en reste
Les chefs d’État de nombreux pays européens, de l’Ukraine et des États-Unis, se sont rencontrés à Washington pour jouer, eux aussi, leurs cartes dans la médiation de ce conflit.
Si les chefs d’État français et anglais ont allégé leur agenda en urgence afin d’assister à ce meeting, c’est parce qu’ils sont profondément inquiétés par l’enlisement du conflit. La volonté de Donald Trump d’atteindre rapidement et directement un traité de paix sans passer par la voie du cessez-le-feu constitue une menace pour le bon règlement de la guerre.
Emmanuel Macron a transmis un message ferme sur son compte Instagram : il est « indispensable de continuer à soutenir l’Ukraine et de faire pression sur la Russie tant que sa guerre d’agression se poursuit ». Cependant, il avance aussi une inquiétude : « Sur les 15 dernières années d’expérience avec le président Poutine, nous savons que, s’il pense pouvoir gagner la guerre par la force, il ne négocie pas la paix. »
Les doutes quant à la volonté de paix du président Poutine restent donc entiers face à une Europe qui poursuit sa tentative de médiation avec un président russe entêté, un président américain qui paraît jouer sur deux tableaux et un président ukrainien fatigué de l’immobilité du conflit.
Où en est l’Ukraine dans cette histoire ?
Zelensky prend part aux négociations de médiation depuis le début de la guerre et affirme tout refus d’une médiation et d’une fin de guerre sans Kyiv. Beaucoup d’options sont envisagées, des coopérations bilatérales, voire trilatérales, et de nouvelles avancées sont faites. Selon le Moscow Times, Sergueï Lavrov, le chef de la diplomatie russe, a assuré « ne refuser aucun format de travail, bilatéral, trilatéral ou autre ».
Il affirme également que le président Poutine se tient prêt à rencontrer le président ukrainien seul à seul, ce qu’il refusait auparavant. Est-ce une avancée dans le conflit ? Oui, même si elle est la marque que Poutine se voit forcé de chercher une fin à ce conflit qui ne peut pas s’éterniser.
In fine, l’Ukraine avance avec ses partenaires. Le 20 août dernier, une réunion s’est tenue entre les 32 chefs de la défense de l’OTAN afin d’avancer sur le projet d’un traité de paix. L’objectif principal, selon AP News, serait d’assurer la fin de l’invasion de l’Ukraine, aujourd’hui comme dans le futur.
Malgré cette situation encore enlisée, Zelensky pense déjà à l’après-guerre
Depuis 2024, des accords bilatéraux sur la sécurité et l’armement pour renforcer l’Ukraine pendant et après la guerre sont en négociation. 32 pays avaient signé, en 2024, la déclaration du G7 à Vilnius sur les garanties sécuritaires pour l’Ukraine.
Zelensky en parlait lui-même : « Tout est là : de l’argent aux armes, de l’aide humanitaire à la reconstruction, cybersécurité, défense aérienne … » Le dirigeant ukrainien croyait en « un résultat puissant » à l’issue de ce sommet.
Peut-on alors dire que l’Ukraine fera partie de la solution à la guerre ?
La réponse est oui, elle le doit et elle le veut. Outre le fait que Zelensky mette un point d’honneur à trouver lui-même une solution conjointement avec la Russie, c’est aussi l’Europe qui ne laissera pas Poutine conclure cette guerre selon ses préférences. Si cette rencontre entre Trump et Poutine marque un évènement important dans ce conflit qui évolue, il est cependant encore trop tôt pour penser que la guerre touche à sa fin.
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