Shenzhen, ou la réussite des zones économiques spéciales Shenzhen, ou la réussite des zones économiques spéciales
La semaine dernière, Major-Prépa s’est rendu à Hong Kong puis à Shenzhen dans le cadre d’un voyage de presse organisé par Audencia Business School.... Shenzhen, ou la réussite des zones économiques spéciales

La semaine dernière, Major-Prépa s’est rendu à Hong Kong puis à Shenzhen dans le cadre d’un voyage de presse organisé par Audencia Business School. L’école nantaise est en effet implantée au cœur de la Shenzhen University à travers une entité créée par les deux établissements, « Shenzhen Audencia Business School – SABS ». Ce fut l’occasion de constater sur le terrain le dynamisme économique prodigieux de cette région.

Nous allons parler dans cet article de Shenzhen, l’une des villes les plus fascinantes d’Asie, sous un angle géopolitique et économique, histoire que cela puisse nourrir vos dissertations pour les concours qui approchent à grands pas. Bonne lecture ! 🙂

 

Le retour de la Chine au premier plan, conséquence directe de l’ouverture du pays à l’économie de marché

En 2010, le romancier chinois le plus célèbre du pays, Yu Hua, publiait La Chine en 10 mots, dans lequel il faisait la réflexion suivante : « La Chine a vécu en 40 ans ce que les Européens ont vécu en 400 ans. » Aussi frappant soit-il, ce constat n’est pourtant en rien une exagération des faits. Ce réveil chinois, soutenu par un rythme de croissance sans commune mesure dans l’Histoire, est avant tout le fait d’un homme, Deng Xiaoping (1904-1997). C’est lui qui, après les décennies calamiteuses qu’a connues l’Empire du Milieu, initie l’ouverture de la Chine à l’économie de marché. Cette stratégie de rupture par rapport à la politique menée par son prédécesseur s’est concrétisée par l’ouverture des premières zones économiques spéciales (ZES) au début des années 1980.

Autrefois nation prospère et scientifiquement très avancée, la Chine réalise au XIXe siècle le retard qu’elle a progressivement accumulé vis-à-vis des nations européennes. Cette période, connue sous le nom de « siècle de la honte », sera synonyme d’humiliation pour l’Empire du Milieu autrefois si puissant. Suite à une défaite militaire cinglante lors de la « guerre de l’opium » (1839-1842), la Chine subit un déclin inexorable marqué par l’asservissement commercial à l’Empire britannique. Celui-ci imposera notamment la cession de Hong Kong et, par la suite, la légalisation des importations d’opium, drogue qui fera des ravages parmi les élites chinoises. À la même période, les « Traités inégaux » morcellent le territoire chinois en zones d’influence attribuées aux grandes puissances occidentales.

Le XXe siècle s’annonce d’abord sous des auspices peu favorables pour la Chine. Dès 1912, Sun Yat-sen, fondateur du Kuomintang, proclame l’avènement de la République de Chine. Ni lui ni son successeur Tchang Kaï-chek ne parviendront pourtant à fédérer l’ensemble du territoire. Leurs desseins seront entravés par Mao Zedong à partir de 1931 ; le leader de la « République soviétique chinoise » revendique lui aussi sa légitimité à incarner la volonté du peuple. Ces luttes intestines seront un temps laissées en suspens par la Seconde guerre mondiale, qui éclate en Asie à l’été 1937. Les Occidentaux injectent massivement de l’argent dans le parti du Kuomintang au nom de l’effort de guerre contre les Japonais. Les Traités inégaux sont quant à eux abrogés.

Après 1945, la lutte entre Mao et Tchang Kaï-chek reprend jusqu’à l’abdication de ce dernier en 1950 et son exil sur l’île de Taïwan. Mao Zedong a désormais le champ libre pour proclamer la République populaire de Chine et la communisation de l’ensemble du pays.

Les premières décennies de cette nouvelle République ne sont cependant pas jalonnées uniquement par des succès, loin s’en faut. Le « Grand Bond en avant » (1958) se solde par un effondrement du PIB, une paupérisation généralisée dans les campagnes et surtout la plus vaste famine de l’Histoire, responsable de 30 millions de décès. Écarté un temps du pouvoir par les hauts dignitaires du parti unique, Mao fera son grand retour sur le devant de la scène politique grâce à la révolution culturelle dont il sera l’instigateur. Cette mobilisation de la jeunesse contre les élites de la nation aura elle aussi un effet dévastateur sur la société chinoise.

 

L’avènement de la Chine moderne

En réalité, c’est véritablement l’accession au pouvoir de Deng Xiaoping qui va permettre à la Chine d’exploiter tout son potentiel. En 1979, celui-ci prend deux décisions qui vont changer à jamais la face du pays : la mise en place de la politique de l’enfant unique et l’ouverture de zones franches le long du littoral, les premières zones économiques spéciales (ZES).

La limitation d’abord drastique pour les familles chinoises à un enfant par ménage va permettre à la Chine de profiter pleinement de sa fenêtre démographique extrêmement avantageuse. C’est là le fondement même de son avantage comparatif : la Chine dispose alors d’une main-d’œuvre jeune, abondante, docile et avec des exigences salariales extrêmement faibles. Les ZES vont justement faciliter l’implantation des compagnies étrangères. Si la Chine reste officiellement communiste, le début des années 1980 marque donc sa conversion à l’économie de marché et au capitalisme.

Depuis cette date, la Chine connaît une ascension irrésistible et peut se targuer de chiffres édifiants : la croissance annuelle oscille entre 7 et 15 %. C’est depuis 2014 la première puissance économique en PIB parité pouvoir d’achat. En valeur nominale, elle devrait dépasser les États-Unis à l’horizon 2030. La Chine compte pour plus de 12 % du PIB mondial, contre moins de 1 % en 1979 !

 

Shenzhen, symbole de la réussite des ZES chinoises

La ville de Shenzhen incarne presque à elle seule l’éclosion spectaculaire de la Chine à la fin du XXe siècle. Alors qu’en 1970, Shenzhen est une petite municipalité rurale de quelque 40 000 habitants, la ville compte aujourd’hui – au bas mot – 13 millions d’habitants. Cette croissance démographique est bien sûr corrélée à la croissance économique, qui s’élève à 25 % par an en moyenne depuis 1980 (30 % jusqu’en 2000, 10 % depuis). Sa situation géographique privilégiée, à quelques encablures de Hong Kong et à l’extrémité du delta de la rivière des Perles, a en effet incité Deng Xiaoping à faire de Shenzhen l’un des principaux laboratoires de l’ouverture aux investissements étrangers de la décennie 1980.

Le delta de la rivière des Perles

Autrefois portée par la production industrielle émanant de la demande des compagnies étrangères, la ville s’est depuis dotée d’un écosystème riche qu’elle partage avec Hong Kong, rétrocédée à la Chine en 1997. Shenzhen est ainsi le berceau d’entreprises d’envergure internationale comme Huawei, BYD (Build Your Dreams) ou encore Tencent. La Bourse de Shenzhen, fondée en 1990, a enregistré 222 entrées en bourse (IPOs) en 2017 ; aucune autre place financière n’a fait mieux. Les trois quarts des entreprises qui y sont cotées sont des compagnies high tech.

Le showroon de Tencent, dans lequel le groupe présente ses dernières innovations.

 

Enfin, le projet chinois de Greater Bay, que nous évoquions dans le premier article de cette série, va donner encore davantage d’importance économique à cette localité qui représente déjà 40 % du PIB chinois.

Dimitri Des Cognets

Rédacteur en chef de Major-Prépa