Depuis le 1e septembre 2025, la République fédérale de Somalie a pris le contrôle d’un du Nord-Est du Somaliland. Cela s’explique par des volontés sécessionnistes au sein du Somaliland. Une partie du territoire choisit dont de rejoindre la Somalie, illustrant les faiblesses d’un Etat non reconnu. Le représentant somalien pour la Communauté des Etats d’Afrique de l’Est a même annoncé une proximité avec “l’unité somalienne” sur les réseaux sociaux. Cette annonce marque-t-elle le glas du Somaliland ? Plongée au coeur de cette exception africaine pour mieux comprendre les enjeux.
Le Somaliland, un territoire divisé
Géographie du Somaliland
Le Somaliland est un État situé dans la Corne de l’Afrique, dont la capitale est Hargeisa. Il partage des frontières avec le Djibouti, l’Éthiopie. La Somalie borde aussi le pays, comme son nom l’indique. Il dispose également d’une ouverture maritime sur la mer Rouge, avec une côte de 800 km.
Le Somaliland n’est pas reconnu internationalement comme un État indépendant, malgré la déclaration de son indépendance en 1991. La Somalie revendique son territoire, reconnu par la communauté internationale comme un État fédéré de la République fédérale de Somalie. Sa population s’élève à 6 200 000 habitants en 2024.
Conflits interclaniques au Somaliland
Les fractures claniques présentes au moment de la proclamation de l’indépendance du Somaliland en 1991 perdurent encore . Dès 1991, la bataille pour Erigavo voit les clans Dhulbahante et Warsangeli fuir face aux forces de l’Isaaq, après que le SNM (mouvement dominé par l’Isaaq) ait pris le contrôle de Sanaag. Puis, de 1993 à 1997, éclata la guerre civile du Somaliland, un affrontement entre factions de l’ancien SNM : la factionpro-union avec la Somalie dirigée par Abdirahman Ahmed Ali Tuur, et le gouvernement séparatiste sous Egal. Ce conflit interne provoque entre 80 000 et 180 000 déplacés et se conclut par la Conférence de Hargeisa en 1997.
Après cette phase, les tensions se sont surtout portées à l’est du Somaliland. Dès 2009, les clans Dhulbahante lancèrent le mouvement SSC (Sool-Sanaag-Cayn) pour contester l’autorité de Hargeisa dans ces zones. En 2023, les affrontements autour de Las Anod voient les milices Dhulbahante repousser l’armée du Somaliland, entraînant le retrait des forces de la ville le 25 août 2023 et la déclaration de la nouvelle administration SSC-Khatumo. Ces conflits récurrents montrent que, malgré une unité proclamée, les divisions entre clans (Isaaq d’un côté, Darod, surtout Dhulbahante, de l’autre) continuent de fragmenter le contrôle réel du Somaliland.
Finalement, la formulation du « pays qui n’existe pas » renvoie souvent au Somaliland… Ironiquement, il est, dans la Corne de l’Afrique, le seul pays non reconnu officiellement et pourtant le seul avec des institutions avec des fondements démocratiques. Il est aussi l’un des pays les plus sûrs et les plus pacifiques du continent. Son statut l’handicape fortement, car il est exclu des accords commerciaux et ne peut entretenir aucune relation officielle directe avec les autres pays. Aucune banque internationale n’est présente sur le territoire, ce qui complique le transferts de fonds et les IDE.
Somaliland : une construction laborieuse
Un territoire colonisé pour son intérêt stratégique
Le Somaliland est un territoire qui a connu différents colons sur son sol. Le pays a été un protectorat britannique depuis 1888, dont l’utilité pour le Royaume-Uni était surtout de contrôler le très stratégique détroit Bab el-Mandeb. Les colons ne s’intéressaient guère à l’intérieur du pays, ne s’ingérant pas et laissant les indigènes nomades vivre comme bon leur semblait, dans le respect de leurs us et coutumes. Les Britanniques créèrent ainsi quelques écoles permettant à une poignée d’élites de poursuivre leurs études en Angleterre.
La Somalie italienne (actuelle Somalie) connut quant à elle un sort bien différent, plus brutal, devant se plier aux exigences politiques et économiques de l’Italie qui, notamment dans les années 1920, considérait les indigènes comme des peuples inférieurs, à civiliser et à soumettre. Plusieurs affrontements eurent ainsi lieu. En parallèle, les autorités italiennes mirent en place une politique de scolarisation de masse, mais de bas niveau.
Indépendance du Somaliland
Le Somaliland obtient son indépendance en 1960 et fusionne avec la Somalie italienne qui prend son indépendance quatre jours plus tard. Si l’enthousiasme est de mise face à cette unité, l’héritage de la colonisation fait que les deux territoires sont quand même très différents. Par exemple, les uns parlaient anglais, les autres italien, tandis que le somali n’était pas encore une langue écrite.
Les choses se compliquent en 1978, lorsque le dictateur somalien Syaad Barre, au pouvoir depuis son coup d’État de 1969, perd sa guerre contre l’Éthiopie et fait porter la responsabilité de cette défaite à l’ex-Somaliland. À partir 1981 commencent des années de guerre civile très meurtrières, jusqu’à la chute du régime de Syaad Barre en janvier 1991. Le 18 mai 1991, le Somaliland déclare son indépendance, optant ainsi pour un retour aux frontières coloniales. Le chaos, l’anarchie et la vacance politique qui continuèrent de régner au sud de la Somalie confortèrent les indépendantistes dans leur décision de faire sécession.
Si les choses ne furent pas faciles au Somaliland après 1991, la notion d’État étant totalement inconnue des Somalis avant la colonisation, le pays se stabilise à partir de 1996, avec un État incontesté et deux assemblées élues. La Constitution est approuvée en 1997.
La situation actuelle au Somaliland
Diplomatie
Pour un jeune pays dans une telle situation, la priorité diplomatique est bien sûr d’obtenir une reconnaissance internationale. En effet, celle-ci est essentielle afin d’exister en tant qu’État. Sur ce point, un long chemin reste à faire. Par exemple, le pays ne dispose quasiment d’aucune aide internationale, ni humanitaire ni financière, contrairement à ses voisins. Étant un État à la démographie modeste et majoritairement pauvre, le Somaliland a du mal à se créer un récit fédérateur à l’international et n’a donc d’autre choix que de tenter de mobiliser un maximum de leviers économiques, afin d’obtenir une reconnaissance de sa souveraineté. Et des atouts économiques, le Somaliland en a !
Quant à l’aide internationale, le Somaliland n’en bénéficie pas et ne s’en plaint pas beaucoup d’ailleurs, beaucoup jugeant que la communauté internationale n’a apporté que des guerres et des divisions aux peuples africains, notamment aux Somaliens du Sud. L’ONU tenta en effet d’intervenir dans le pays en 1993, proposant un nouveau plan de partage territorial fondé sur les clans et sans une véritable réalité sur le terrain. Le président élu du Somaliland, jugeant ce plan totalement absurde, pria le représentant onusien M. Kapungu de remonter tranquillement dans son avion. Cet épisode, qui rappela à beaucoup la conférence de Berlin de 1815, engendra dans le pays une méfiance vis-à-vis de l’ONU et de la communauté internationale.
Pour en savoir plus sur l’ONU : le lien ici !
Reconnaissance du Somaliland par Israël : un tournant historique
Le 26 décembre 2025, un séisme diplomatique secoue cette zone du continent. Le premier ministre israélien Benjamin Netanyahou annonce que son pays reconnait la souveraineté du Somaliland. Des manifestants en liesse sortent dans la capitale fêter cette première grande reconnaissance. Cette victoire, plus de 30 ans après l’indépendance du pays, est un soulagement pour le pays. Mais le fait que ce soit Israël qui reconnaisse en premier la souveraineté du Somaliland pose toutefois pas mal de problèmes. Plusieurs imams du pays ont ainsi condamné ce deal. Certains d’entre eux ont même été arrêtés, fragilisant l’image démocratique du Somaliland. Surtout, ce sont les voisins musulmans qui ont condamné ce pacte sécuritaire avec virulence. Les Houthis du Yémen et les djihadistes d’Al Chabab ont même menacé le pays de représailles.
Pour Israël, cette opération est plutôt un bon coup. L’Etat hébreu devrait obtenir en échange un poste avancé et stratégique au détroit de Bab El-Mandeb. De plus, c’est le Somaliland qui est menacé par les Houthis et les djihadistes somaliens. En cas d’attaque, c’est Hargeisa qui devrait en payer les frais.
Désormais, le Somaliland cible Washington et lui fait les yeux doux. Hargeisa est même prête à accorder l’exclusivité de l’accès à ses minerais (dont du lithium) aux Américains. La construction d’une base militaire pour contrecarrer la base chinoise de Djibouti est également proposée. Si l’offre parait très alléchante pour les diplomates trumpistes du deal, les Etats-Unis rechignent à se mettre à dos les autres pays de la Corne de l’Afrique, dont le soutien est crucial pour la lutte contre les terroristes de la région.
Économie
Le port de Berbera donne sur la mer Rouge. Il est l’un des principaux leviers économiques du Somaliland, lui octroyant un rôle stratégique au sein de l’Afrique. Il constitue surtout, dans une zone criblée de conflits, une alternative intéressante aux ports de Djibouti et de l’Érythrée.
L’Éthiopie est ainsi l’un des pays les plus intéressés par le port de Berbera, car il lui permet de se passer de l’ouverture maritime de Djibouti notamment. Rappelons que l’Éthiopie est un pays aride et enclavé, sans façade maritime, étant bloqué par l’Érythrée, le Djibouti et la Somalie. Le port relie en effet l’Europe et l’Asie, tout en étant un port en eaux profondes. La nature de l’actionnaire principal de ce port illustre très bien cet aspect stratégique : il s’agit de DP World, groupe émirati et troisième exploitant portuaire mondial.
Au-delà des activités portuaires, l’économie du Somaliland repose beaucoup sur des activités agraires. Par exemple, l’exportation du bétail demeure la première source de revenus du pays. Cependant, elle se veut de plus en plus irrégulière, du fait des conditions climatiques changeantes. Les transferts de fonds provenant de la diaspora sont aussi un levier économique important pour ce petit pays. Et c’est aussi le cas pour de nombreux pays africains !
Relations avec la Somalie
Le divorce avec la Somalie a laissé un goût très amer du côté de Mogadiscio. En plus des différends politiques, la Somalie dénonce tous les accords économiques. Par ailleurs, elle ne cautionne pas non plus les relations bilatérales entre Hargeisa et d’autres capitales.
Par exemple, la Somalie a vivement critiqué l’installation de DP World, évoquant même une violation de sa souveraineté. Elle ne voit pas d’un très bon œil non plus les relations accentuées entre le Somaliland et l’Éthiopie, rival historique. Les deux pays signent en 2024 un mémorandum. Celui-ci prévoit l’installation d’une base militaire éthiopienne au Somaliland, permettant à l’Éthiopie d’accéder à la mer Rouge.
Pour en savoir plus sur la Mer Rouge
Démocratie et stabilité
Si la Corne de l’Afrique est connue pour son instabilité politique, le Somaliland est une exception régionale. L’État exerce de manière exemplaire les principales fonctions régaliennes, ce qui assure une stabilité durable. De plus, le pays connaît des élections qui ont lieu de manière régulière et démocratique, avec des alternances politiques qui se font de manière pacifique et sans heurts.
Certains qualifient même le Somaliland de modèle pour le continent. La différence avec son voisin somalien est en tout cas incontestable. Il se passe rarement une journée en Somalie sans que ne soit commis un attentat ou un enlèvement. Cela est dû à la proximité du territoire avec les terroristes d’Al-Chabab. Pour autant, les différends claniques se font de plus en plus nombreux. Certains dénoncent une confiscation du pouvoir.
Un terreau du terrorisme : l’exemple de Dadaab
Le camp de Dadaab, au Kenya, a été créé en 1991 pour accueillir les réfugiés fuyant la guerre civile somalienne. Il est devenu l’un des plus grands du monde avec jusqu’à 500 000 réfugiés à son pic en 2011. Cette concentration de populations déracinées a fait de Dadaab un terrain fertile pour la radicalisation.
Dès les années 2000, des cellules d’Al-Chabab ont commencé à y recruter, profitant de la porosité de la frontière somalo-kényane. En 2014, les services kenyans ont identifié plusieurs commandants d’Al-Chabab issus du camp, impliqués dans les attaques de Westgate et de Garissa. Un commando d’Al-Shabaab mène une attaque du centre commercial Westgate à Nairobi, en septembre 2013, tuant 67 civils et blessant plus de 200 personnes. Cette opération visait à punir le Kenya pour son intervention militaire en Somalie. Deux ans plus tard, en avril 2015, le massacre de l’université de Garissa a fait 148 morts. Les victimes sont majoritairement des étudiants, après que des assaillants les aient séparées selon leur religion. Ces attentats révèle la profondeur de la menace terroriste issue du chaos somalien. Cela montre que l’instabilité du Somaliland encourage fortement la radicalisation.
Pour en savoir plus sur les relations du Somaliland et de l’Éthiopie : le lien ici !
Finalement, selon l’ONU, environ 10 à 15 % des jeunes hommes de Dadaab ont été exposés à des discours extrémistes. Cette infiltration montre comment l’instabilité chronique en Somalie — marquée par l’absence d’État et la misère — nourrit directement le terrorisme régional. En outre, le Somaliland subit aussi les effets de débordement.
Conclusion
Pour être sûr que tu as bien compris l’article, voici un quiz de révision :
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Le Somaliland est certes pauvre et isolé, mais il demeure une expérience particulière et originale en Afrique. Il allie désormais démocratie et traditions. Disposant de peu d’atouts, mais d’une grande maturité politique, le pays tente d’avancer, préférant ne pas brûler les étapes.
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