Je te propose une dissertation corrigée sur le thème des souverainetés nationales (module 2). Cette thématique n’est pas tombée au concours et est très actuelle… Je t’ai donc rédigé la dissertation, en la commentant au fur et à mesure. La thématique de la souveraineté peut tomber sous cette forme au concours, c’est un sujet très large où il est simple de faire la différence.
Je te conseille de prendre une feuille blanche et de noter tout ce que tu sais sur ce sujet avant de lire ma dissertation. C’est un bon exercice que je conseille pour mieux affronter les concours.
Introduction
Lors de son discours prononcé à Mar-a-Lago en janvier 2025, Donald Trump a réaffirmé sa volonté de renforcer la souveraineté nationale états-unienne. Ainsi, il a promu l’America First et la suppression de toute dépendance, notamment énergétiques (drill baby drill), avec le désir d’annexer le Groenland, et géoéconomiques, avec la récupération du canal de Panama. De ce fait, la construction de la souveraineté nationale américaine semble paradoxalement passer par l’injonction de celle d’autres États, en l’occurrence ici le Danemark et le Panama.
Cette accroche contradictoire interroge alors d’emblée les souverainetés nationales dans le monde actuel et leur compatibilité. (Il faut montrer simplement au correcteur la contradiction de l’accroche vis-à-vis du sujet.)
En premier lieu, la souveraineté nationale se définit comme une situation dans laquelle un État bénéficie d’une maîtrise totale de son territoire. La souveraineté nationale repose donc sur un contrôle souverain des frontières nationales et sur une autonomie stratégique et une autosuffisance multisectorielle, notamment alimentaire, militaire, économique, technologique, énergétique…
De plus, le monde d’aujourd’hui se définit comme le monde en 2025, autrement dit un monde très largement mondialisé qui fonctionne selon une économie réticulaire où les souverainetés nationales paraissent donc fragilisées par une interdépendance accrue. De plus, le monde en 2025 semble à la fois post-westphalien et néo-westphalien. Il se caractérise donc par une pluralité d’acteurs étatiques ou non (ONG, organisations intergouvernementales, ZIR [zones d’intégration régionale], mafias, firmes…), pouvant affaiblir le pouvoir des États et donc les souverainetés nationales.
De ce fait, les souverainetés nationales peuvent-elles persister dans le monde d’aujourd’hui caractérisé par un « système Lego » (Suzanne Berger) ?
Conseil : mettre une thèse d’auteur bien maîtrisée dans la problématique est pertinent.
Annonce de plan
D’une part, la mondialisation et la division internationale du processus productif (DIPP) semblent avoir fragilisé les souverainetés nationales (I). Les États ne sont plus libres dans leurs prises de décision du fait des interdépendances et de la concurrence d’autres acteurs (II). Toutefois, le monde d’aujourd’hui semble se caractériser par le retour d’aspirations néo-nationales, particulièrement des grandes puissances (III).
Conseil : reprendre les mots du sujet dans l’annonce du plan. Cela permet que le lecteur ne se perde pas…
Première partie : La mondialisation et la DIPP, une fragilisation des souverainetés nationales
Premièrement, malgré les vagues d’indépendances, le XXe siècle semble annoncer le déclin des souverainetés nationales avec l’avènement du « système-monde » (I-A). Cela est renforcé par la montée des interdépendances géoéconomiques (I-B) et illustré par des violations incessantes des frontières dans le monde d’aujourd’hui (I-C).
Conseil : noter le numéro de la partie et le souligner dans une couleur. Cela permet au lecteur sur son ordinateur de ne pas se perdre, évitant alors une catastrophe…
I) A) Un déclin des souverainetés nationales avec l’avènement du « système-monde » (O. Dollfus)
Tout d’abord, le XXe siècle a connu une montée des souverainetés nationales. En effet, dès la fin de la Première Guerre mondiale, de nombreuses nations ont émergé dans le sillage du 14e point du président Wilson qui promeut le « droit des peuples à disposer d’eux-mêmes ». Ainsi, le traité de Lausanne permet, par les dissolutions de l’empire austro-hongrois et de l’Empire ottoman, d’accorder la pleine souveraineté à des nations autonomes, comme la Tchécoslovaquie, par exemple.
Conseil : en rédigeant une sous-partie, toujours avoir en tête idée-argument-exemple.
De plus, dans cette première moitié du XXe siècle, les grandes puissances assurent leur souveraineté et y tiennent, comme le montrent les systèmes de préférence impériale coloniaux, l’isolationnisme états-unien et l’échec de la Société des Nations (SDN). Malgré l’émergence de nouvelles nations souveraines politiquement, la deuxième moitié du XXe siècle semble bouleverser cette dynamique. En effet, les rapports de dépendances s’exacerbent, notamment à cause des anciens liens coloniaux qui persistent, comme le montre le maintien du pré carré français en Afrique. Ce pré carré est à la fois politique et économique.
De la même manière, l’ensemble de la planète connaît un déclin des souverainetés nationales, à quelques exceptions près. En effet, l’hégémonie soviétique et le leadership états-unien érodent les souverainetés nationales de deux façons. D’une part, de façon directe, avec le système de prédation économique et politique soviétique qui vassalise ses satellites. D’autre part, de façon indirecte, les autres États doivent coopérer pour peser dans cet ordre bipolaire et se protéger.
Ainsi, des zones d’intégration régionale émergent, comme la CEE (Communauté économique européenne) en 1959. Elle suppose une délégation partielle de la souveraineté nationale. À l’échelle mondiale, l’établissement d’organisations intergouvernementales, comme l’ONU en 1945, et des conventions, comme Montego Bay, érodent de la même manière les souverainetés nationales.
I) B) Le renforcement des interdépendances géoéconomiques bouleverse les souverainetés nationales
À partir des années 1980, l’essor de la mondialisation contemporaine renforce ce déclin. Le monde d’aujourd’hui en est héritier, puisque ce « système-monde » demeure en 2025.
D’une part, l’invention du conteneur, l’émergence des TIC et la baisse des barrières tarifaires et non tarifaires ont contribué au déclin des souverainetés nationales. En effet, avec l’avènement de la division internationale du processus productif (DIPP), l’économie mondiale s’est libéralisée.
Ainsi, il en résulte un découplage des chaînes de valeurs, selon la théorie des avantages comparatifs de Ricardo. Par conséquent, les chaînes de valeurs ne sont plus nationales et échappent à la maîtrise des États qui dépendent donc les uns des autres. Par exemple, la Chine maîtrise 90 % de la production de terres rares. Selon Guillaume Pitron, dans La Guerre des métaux rares : La face cachée de la transition énergétique et numérique, cet accaparement affecte donc la souveraineté états-unienne dans le cadre de la révolution technologique et énergétique.
Conseil : n’hésite pas à lire et ficher cette série d’articles d’Éco pour faire la différence. Une partie d’économie bien maîtrisée sur la mondialisation dans cette dissertation fait la différence.
Ainsi, en favorisant les flux humains, la mondialisation peut aussi fragiliser la souveraineté nationale dans le monde d’aujourd’hui.Les diasporas peuvent constituer de formidables leviers d’influence dans d’autres États. La diaspora israélienne aux États-Unis illustre bien cet aspect. Il faut également noter que les origines de ces diasporas peuvent être liées à l’histoire, comme les Russes en Asie centrale.
I) C) Une augmentation des violations des frontières
De plus, la multiplicité des conflits armés dans le monde d’aujourd’hui semble ébranler les souverainetés nationales. En effet, les tracés frontaliers sont bafoués, ce qui illustre la difficulté des États à « l’ère des affrontements » (Thierry de Montbrial) à maîtriser leurs territoires et donc à être souverains.
Ce déclin des souverainetés nationales dans le monde est d’autant plus frappant que ces conflits à grande échelle sont multiples, comme en Ukraine. Ainsi, la multiplication des guerres à petite échelle témoigne de la fragilité des souverainetés nationales dans le monde d’aujourd’hui.
Deuxième partie : Interdépendances et concurrences, des limites à la liberté des États
Ce déclin apparent des souverainetés nationales est la conséquence de multiples facteurs et notamment du fait que « les États n’ont plus le monopole de la fonction d’acteur des relations internationales » (Pascal Boniface). Ainsi, dans le monde d’aujourd’hui, les souverainetés nationales sont affaiblies par l’arrivée de nouveaux acteurs internationaux (II-A). Ces nouveaux acteurs les fragilisent (II-B). De plus, une persistance de la domination des grandes puissances empêche la pleine autonomie de nombreux États, comme le montre l’étude de cas géoéconomique de l’emprise du dollar (II-C).
II) A) L’explosion de nouveaux acteurs
La mondialisation contemporaine a favorisé l’émergence et la prise d’importance d’acteurs non étatiques dans les relations internationales qui concurrencent la suprématie des États à toutes les échelles.
D’une part, à petite échelle, comme explicité dans la première partie, les États délèguent souvent une partie de leurs compétences à des organisations intergouvernementales. Par conséquent, leur souveraineté est fragilisée, car ils perdent le monopole de la prise de décisions. Par exemple, les dix membres de l’ASEAN ont délégué une partie de leur souveraineté économique à l’organisation avec la mise en place d’une zone de libre-échange en 1992 (AFTA) et d’un marché unique en 2015.
De plus, à moyenne échelle, l’essor des flux financiers et les marchés modifient les modes de fonctionnement des États, « alors que les États étaient jadis les maîtres des gouvernements nationaux », selon Susan Strange. Donc, les États sont en concurrence pour adapter les fiscalités les plus avantageuses et attirer les IDE. Par exemple : l’Irlande a un taux d’imposition des sociétés à 12,5 %.
II) B) Ces nouveaux acteurs fragilisent alors les souverainetés nationales des États
À grande échelle, le pouvoir de l’État est aussi réduit par la pression des organisations non gouvernementales, comme Greenpeace qui, par ses actions, influence le débat public. Les mafias et les acteurs de la mondialisation grise concurrencent les souverainetés nationales, comme l’explique Gaïdz Minassian dans Zones grises : quand les États perdent le contrôle.
À très grande échelle, les sociétés civiles se mobilisent et fragilisent la souveraineté de l’État. Cette influence est particulièrement renforcée avec le rôle des réseaux sociaux qui participent à construire la mobilisation citoyenne. Par exemple, l’Espagne a reconnu la Palestine en 2024 et soutient le Sahara occidental marocain du fait de ses liens avec le Maroc.
Conseil : il est important d’avoir un raisonnement multiscalaire dans une copie de géopolitique.
En outre, à l’âge de la mondialisation contemporaine, les fragmentations intraétatiques se multiplient, du fait de la hiérarchisation des territoires qui en découle. Ainsi, conserver l’homogénéité d’un État-nation est de plus en plus compliqué, car les territoires sont profondément hétérogènes.
II) C) Étude de cas sur le monopole du dollar
De plus, les rapports de puissance empêchent la pleine souveraineté de la plupart des nations dans le monde de 2025. À cet égard, l’étude de cas géoéconomique du dollar témoigne de la persistance de rapports hégémoniques dans les relations internationales. En effet, depuis 1945, le dollar est la monnaie de référence et de réserve du système monétaire international. Le dollar, grâce à sa confiance, s’est imposé dans toutes les banques centrales et de réserve. Ainsi, malgré le coup de Nixon de 1971 et le passage aux taux de changes flottants, une décision prise aux accords de la Jamaïque de 1976, il représente aujourd’hui 59 % de la réserve des banques centrales et 50 % des transactions mondiales.
Cela permet aux États-Unis de consommer ce que le monde épargne, ce « privilège exorbitant » (Valéry Giscard D’Estaing) leur confère une hégémonie majeure. Ils peuvent ainsi mener des politiques monétaires qui s’appliquent à tous et mettent en place l’extraterritorialité de leur droit. Ainsi, Ali Laïdi dans Le Droit, nouvelle arme de guerre économique : Comment les États-Unis déstabilisent les entreprises européennes, démontre que le dollar empêche la montée en puissance d’autres pôles économiques. Par exemple, l’amende infligée à Alston en 2014 a favorisé le rachat de l’entreprise par l’Américain General Electric.
Troisième partie : Le retour des aspirations néo-nationales des grandes puissances
Ainsi, les souverainetés nationales semblent être fragilisées dans le monde en 2025. Néanmoins, selon Bertrand Badie et Michel Foucher, dans Vers un monde néo-national ?, le monde serait à l’aune d’un renfermement des États autour de leurs nations. Cette dynamique de « monde néo-national » se constate dans la crise du multilatéralisme illustrée par l’étude de cas de la COP 29 de Bakou (III-A). Bien que tous les États n’aient pas la capacité d’assurer une souveraineté nationale (III-B), ce qui pourrait laisser entrevoir un retour des souverainetés nationales pour les grandes puissances (III-C).
III) A) Étude de cas sur la COP 29 de Bakou
D’une part, la crise actuelle semble présager un retour des souverainetés nationales. Pour illustrer cette idée, l’étude de cas de la gouvernance mondiale sur l’écologie est assez parlante. À la fin de l’année 2024, les conférences de Bakou et de Cali (COP 16) pour le climat et la biodiversité se sont soldées par des échecs. La COP 29 souligne que les pays pauvres doivent accepter des miettes par peur de voir s’effondrer le processus entier de la COP.
De plus, c’est le seul forum dans lequel ils peuvent faire entendre leurs voix, pendant que les pays riches (dont l’Occident) esquivent leurs obligations morales et historiques. En effet, l’accord conclu lors de la COP 29 à Bakou prévoit le versement de 300 milliards de dollars par an aux États du Sud afin de les aider à affronter les changements climatiques. Une somme jugée insuffisante par certains, alors même que l’Afrique avait plaidé pour 1 300 milliards de dollars. Cette crise semble donc montrer un déclin des intérêts communs par rapport aux intérêts nationaux.
Cependant, ce regain de souveraineté nationale doit être nuancé. En effet, la plupart des États sont dépendants ou connaissent de trop importantes frictions internes pour devenir souverains. De fait, la souveraineté nationale ne peut demeurer qu’une chimère, car la plupart des États n’ont pas les moyens d’assurer seuls leurs besoins.
III) B) La souveraineté nationale, un privilège rare et inégalement réparti
De plus, les États les plus faibles ont des problèmes internes colossaux rendant inenvisageable la souveraineté nationale. Par exemple, la République démocratique du Congo fait face à un Straddling. Elle subit l’offensive du terrorisme et la mainmise d’acteurs exogènes sur ses ressources. Ainsi, la souveraineté nationale semble être réservée aux grandes puissances.
III) C) Les grandes puissances, seules véritables détentrices de souveraineté
Seules les grandes puissances peuvent donc prétendre à la souveraineté nationale. En effet, elles semblent bénéficier des ressources nécessaires pour être complètement autonomes. Or, être complètement autonome suppose souvent une extension territoriale puisque les besoins augmentent particulièrement dans le monde d’aujourd’hui avec les besoins énergétiques croissants pour assurer la transition verte.
De fait, il semble qu’obtenir la « souveraineté nationale » suppose éroder celle des autres. Les États-Unis illustrent bien cet aspect, avec la « nouvelle doctrine impériale américaine » (Gilles Gressani) qui vise à satisfaire la souveraineté nationale américaine. De fait, au « temps des prédateurs » (François Heisbourg), l’adoption de telles stratégies pour l’ensemble des grandes puissances pourrait entraîner le retour des empires. Ce retour renforcerait la souveraineté nationale des grandes puissances et éliminerait celles des autres.
Conclusion
Pour conclure, les souverainetés nationales apparaissent aujourd’hui fragilisées. Seules les grandes puissances semblent encore capables de les préserver, ce qui limite l’évolution des États plus faibles. Comme le souligne Asle Toje dans Conflits, l’éventualité d’un traité de paix en Ukraine négocié avant tout par les grandes puissances illustre l’émergence d’une nouvelle ère impériale, où chacun cherche avant tout à maximiser ses propres intérêts.
Conseil : finir par une référence d’un article ou d’un podcast est pertinent.



