Signature officielle du Traité de Versailles en 1919, symbole de la paix imposée.

On te propose ici d’explorer le Traité de Versailles, cet accord de paix signé à la fin de la Première Guerre mondiale, le 28 juin 1919, et qui fut élaboré au cours de la Conférence de la paix à Paris. Il établit la création de la Société des Nations (SDN) et détermine les principales sanctions prises à l’encontre de l’Allemagne. Qualifié de “diktat” par les Allemands qui y voient une vengeance de la France, il est décrit par les historiens comme un accord imparfait, qui a eu des conséquences importantes sur les décennies qui ont suivi.

Le déroulement de la Conférence de la paix 

Déroulement et premiers désaccords

Lors de la Conférence de la paix à Paris, ouverte le 18 janvier 1919, les États victorieux de la Première Guerre mondiale invitent les représentants des pays du monde entier, à l’exception notable des États vaincus. L’Allemagne ne prend donc pas part aux discussions. Le traité de Versailles est donc un traité symbolisant la paix des vainqueurs.

Mais dans le camp des pays vainqueurs, des divergences majeures naissent rapidement. Les États-Unis de Woodrow Wilson souhaitent mettre en place une nouvelle diplomatie internationale, dont ils détaillent les principes au sein des fameux quatorze points. Ils souhaitent également éviter de sanctionner économiquement l’Allemagne pour ne pas l’affaiblir et éviter de générer une certaine rancune. Ces 14 points wilsoniens sont souvent qualifiées d’idéalistes, avec des principes comme le désarmement, le libre-échange, le droit à l’autodétermination. Le traité de Versailles n’en incluera finalement que quatre points. Il s’agit là d’une défaite personnelle du président américain, auquel s’ajoute rapidement le refus du Congrès de ratifier le traité, rendant caduc son pacifisme idéaliste.

Approches du Royaume-Uni et de la France

Quand au Royaume-Uni de Lloyd George, s’il veut d’abord affaiblir au maximum l’Allemagne, sa position change en mars 1919, et devient plus favorable à un équilibre des puissances. En effet, le Royaume-Uni voit en l’Allemagne un partenaire commercial de poids. De plus, une Allemagne faible risque de renforcer considérablement le poids de la France. Nul ne pourra alors contrebalancer Paris.

Mais pour la France de Georges Clemenceau, les volontés sont totalement différentes. La France souhaite profiter du rapport de forces et imposer de lourdes sanctions économiques à l’Allemagne et récupérer l’Alsace-Lorraine perdue lors de la guerre franco-allemande de 1870-1871. De son côté, l’Italie souhaite récupérer quelques terres, comme le lui avaient promis les Britanniques, lors d’un accord secret signé en 1915 (le Pacte de Londres de 1915).

Signature du Traité de Versailles en 1919 à la Galerie des Glaces de Versailles.
Délégués et vainqueurs se réunissent pour signer le Traité de Versailles.

Conditions du traité

Le contenu du projet de traité suscite de vives réactions au sein de la population allemande et la délégation allemande envoie des contre-propositions le 29 mai. De très légères modifications sont apportées et le projet définitif est remis le 16 juin à l’Allemagne.

Les Alliés imposent un délai de cinq jours à l’Allemagne pour signer ce traité de paix, délai au-delà duquel l’armée française pourrait envahir le pays. L’Assemblée allemande adopte et accepte le traité, à l’exception des articles 227 à 231. En effet, l’article 227 affirme la volonté de traduire devant la justice internationale l’ancien empereur Guillaume II, et l’article 231 déclare l’Allemagne et ses alliés seuls responsables des pertes et des dommages liés à la Première Guerre mondiale.

Notion de Diktat

“Diktat” provient de l’Allemand et signifie “chose dictée”. L’utilisation de ce terme est donc une dénonciation du fait que le traité de Versailles est un traité imposé, et non pas négocié. L’Allemagne n’a pas eu son mot à dire. Le Conseil des Quatre (Big Four : Etats-Unis, France, Royaume-Uni et Italie) décide à lui seul de la responsabilité de chacun et des sanctions à imposer. Les Allemands tentent de protester, et refusent d’abord de ratifier les articles portant sur la responsabilité et le déclengement des hostilités (articles 227 à 231). Mais Georges Clemenceau exige la « signature inconditionnelle dans les 24 heures » du traité, ce que l’Allemagne fera.

Cette paix imposée scandalise le peuple allemand qui ne comprend pas l’absence de négociation entre vainqueur et vaincu, comme il est de coutume de faire. D’autant plus que beaucoup considèrent que l’armée allemande n’a pas vraiment perdu la guerre. L’armistice du 11 novembre ne définissait en effet pas clairement qui étaient les vaincus et les vainqueurs. Les circonstances particulières de la signature et de la ratification par les Allemands ajoute de la confusion à l’humiliation. Un profond sentiment de ressentiment et d’injustice s’installe progressivement. Il suffira de souffler sur ces braises pour que ce sentiment se transforme en nationalisme et soif de vengeance.

Contenu du traité de Versailles

La première partie du traité met en place une charte pour la Société des Nations en reprenant les volontés du Président des Etats-Unis Woodrow Wilson (ses 14 points). Une autre partie vise à construire et à diffuser la paix sur le continent européen. Mais le traité de Versailles consacre une grande partie aux sanctions à l’encontre de l’Allemagne.

D’abord, les sanctions sont territoriales : l’Allemagne est amputée de 13 % de son territoire et de 10 % de sa population. Des départements, cantons et territoires sont restitués à la France, à la Belgique, au Danemark ou encore à la Pologne. On peut penser à la restitution à la France de la Lorraine. L’Allemagne perd également toutes ses colonies et renonce définitivement à son Empire colonial. C’est un gros coup porté à la fierté allemande. Le Cameroun et le Togo sont ainsi partagés entre la France et le Royaume Uni, le Sud-Ouest africain allemand (actuelle Namibie) passe sous mandat de l’Union sud-africaine tandis que le Rwanda et le Burundi vont à la Belgique.

Sur le plan militaire, le traité limite le réarmement de l’Allemagne, tout comme son armée. De plus, quelques territoires allemands sont démilitarisés. Enfin, sur le plan économique et financier, l’Allemagne doit payer d’importantes réparations aux Alliés (132 milliards de marks-or). Le montant des réparations est tellement élevé que son remboursement semble irréaliste. De plus, l’Allemagne perd la propriété de tous ses brevets. On le voit donc, les sanctions territoriales, militaires et économiques sont très importantes.

Récapitulatif des sanctions

Le tableau ci-dessous synthétise les principales clauses et sanctions du Traité de Versailles afin d’offrir un aperçu clair des objectifs et effets du texte.

Tableau récapitulatif du Traité de Versailles : contenu et sanctions
Catégorie (Traité de Versailles) Disposition du Traité de Versailles Effet / Objectif principal Exemples
Territoriale Restitutions et cessions de territoires Réduire la puissance allemande et redessiner les frontières Alsace-Lorraine à la France ; Eupen-Malmedy à la Belgique ; couloir polonais
Militaire Armée limitée à 100 000 hommes, service militaire aboli, zones démilitarisées Empêcher la reconstitution rapide d’une force offensive Démilitarisation de la Rhénanie ; interdiction des chars et des avions
Économique / Réparations Responsabilité financière et paiement de réparations Financer la reconstruction alliée et affaiblir l’économie allemande Montant global fixé à 132 milliards de marks-or
Coloniale Perte de l’empire colonial au profit de mandats SDN Diminuer l’influence mondiale et les ressources de l’Allemagne Mandats en Afrique (Cameroun, Togo, Tanganyika, etc.) et dans le Pacifique
Légale Reconnaissance de la “culpabilité” allemande (article 231) Base juridique des réparations ; légitimation des exigences alliées Clause dite de “responsabilité de guerre”, source du ressentiment allemand
Industrielle / Ressources Contrôles sur la production et livraisons Limiter les capacités stratégiques Contrôle sur la Ruhr ; livraisons de charbon et matériel
Diplomatique Encadrement international via la SDN Institutionnaliser la sécurité collective Adhésion et obligations vis-à-vis de la Société des Nations

Ce tableau du Traité de Versailles met en évidence la logique d’ensemble : affaiblissement militaire, aménagements territoriaux, réparations économiques, perte coloniale et encadrement juridique international.

Signature du traité

Le 28 juin 1919, les différentes parties signent le traité dans la galerie des Glaces du château de Versailles. Il est important de noter que c’est dans cette même galerie que le Prussien Otto von Bismarck avait proclamé l’Empire allemand en 1871 (à la suite de la guerre franco-allemande de 1870-1871).

La France avait vécu cette proclamation à Versailles comme une véritable humiliation. Le fait de signer le traité qui sanctionne l’Allemagne dans cette même salle permet dans une certaine mesure d’effacer cette humiliation. Le traité est aussi symboliquement signé le 28 juin 1919, soit cinq ans, jour pour jour, après l’attentat de Sarajevo, considéré comme l’élément déclencheur de la Première Guerre mondiale.

Cependant, pas tous les pays ratifient le traité de Versailles. Tout d’abord, le Congrès Américain refuse de le faire. La Chine refuse également, car le traité restitue certains de ses anciens territoires occupés au Japon. Quant à l’URSS, les Alliés ne songent pas vraiment à la convier. La Russie avait en effet signé un traité de paix séparément avec l’Allemagne en 1918. C’est le traité de Brest-Litovsk. De plus, les Alliés n’ont toujours pas reconnu le gouvernement bolchévique.

Principaux articles du Traité de Versailles

Article 43. Sont également interdits dans la zone définie à l’article 42, l’entretien ou le rassemblement de forces armées […].
Article 51. Les territoires cédés à l’Allemagne […] par le traité de Francfort du 10 mai 1871 sont réintégrés dans la souveraineté française à dater de l’armistice du 11 novembre 1918.
Article 160. […] la totalité des effectifs de l’armée des États qui constituent l’Allemagne ne devra pas dépasser 100 000 hommes […].
Article 198. Les forces militaires de l’Allemagne ne devront comporter aucune aviation militaire ni navale.
Article 231. Les Gouvernements alliés et associés déclarent et l’Allemagne reconnaît que l’Allemagne et ses alliés sont responsables, pour les avoir causés, de toutes les pertes et de tous les dommages subis par les Gouvernements alliés et associés.
Article 232. Les gouvernements […] exigent […] que soient réparés tous les dommages causés à la population civile des Puissances alliées et associées et à leurs biens.

 

A ce sujet, tu peux visionnier ce reportage d’Arte sur le traité de versailles.

Une paix d’abord visible dans les années 1920

Tentative de reconstruction économique

Entre 1921 et 1924, l’Allemagne fait face à une crise de l’hyperinflation. Toutefois, la République de Weimar (nom donné au régime politique allemand entre 1918 et 1933) crée une nouvelle monnaie, le Rentenmark, visant à stabiliser la situation économique. Cette stratégie fonctionne et entre 1924 et 1929, l’économie allemande se stabilise.

Par ailleurs, le plan Dawes mis en place en 1924, permet d’instaurer un cercle vertueux entre les États-Unis, l’Allemagne et les Alliés. Les États-Unis prêtent de l’argent à l’Allemagne, l’Allemagne paye ses réparations aux Alliés et les Alliés remboursent leurs dettes de guerre aux États-Unis. Les Allemands semblent donc bien partis pour rembourser (au moins) une partie des réparations prévues par le Traité de Versailles.

Tentative de reconstruction politique et diplomatique 

Après avoir mis en place le Rentenmark, Gustav Stresemann, alors ministre allemand des Affaires étrangères, souhaite ramener l’Allemagne dans le concert des nations. Par conséquent, Gustav Stresemann et Aristide Briand (ministre français des Affaires étrangères) se rapprochent.

En 1925, la signature du traité de Locarno symbolise la politique de réconciliation franco-allemande. L’Allemagne reconnaît officiellement ses frontières avec la France et la Belgique. Un an après, en septembre 1926, l’Allemagne entre à la Société des Nations. À ce titre, Gustav Stresemann et Aristide Briand reçoivent conjointement le prix Nobel de la Paix.

Enfin, en 1928, le pacte Briand-Kellogg déclare la guerre hors-la-loi. 63 pays, dont l’Allemagne, signent ce pacte. L’avenir semble bien radieux à ce moment.

Mais la crise de 1929 remet tout en cause

Alors que le ministre français Aristide Briand proposait en septembre 1929, devant la Société des Nations, l’établissement d’un lien fédéral entre les pays européens, une crise économique majeure éclate un mois plus tard. En effet, le krach boursier du 24 octobre 1929 plonge les États-Unis dans la grande dépression. Les conséquences se diffusent dans le monde entier et en particulier en Allemagne (très liée aux États-Unis avec le plan Dawes de 1924 puis le plan Young de 1929).

La crise affecte la production industrielle qui chute, entraînant avec elle l’activité économique. Les licenciements se multiplient. En résulte un chômage de masse, qui atteint 25% de la population active en 1932. Pour faire face à la crise, le gouvernement privilégie une politique d’austérité. Il acte l’interdiction de sortie des capitaux étrangers. Les impôts augmentent et les dépenses publiques diminuent. La situation met beaucoup de temps avant de s’améliorer. Le mécontentement de la population est grandissant, alors que l’Allemagne est encore d’avoir entièrement payé les réparations. Le souvenir du traité de Versailles n’est jamais loin : les réparations et l’amputation de l’Allemagne sont perçus comme étant à la source des tribulations de l’économie allemande. D’autant plus que les Etats-Unis englués dans la crise exigent rapidement le remboursement de leurs prêts.


En savoir plus sur la crise de 1929

Le retour à la guerre du côté allemand

Émergence d’Adolf Hitler et montée en puissance du nazisme

Suite à un putsch raté en 1923, Adolf Hitler est incarcéré. C’est en détention qu’il commence l’écriture de son livre Mein Kampf, qui lui permet de se faire connaître. Il devient alors chef du parti national-socialiste (NSDAP), aussi appelé parti nazi. Il n’obtient que 2 % des voix en 1928.

Toutefois, à la suite du mécontentement grandissant de la population allemande après la crise de 1929 et d’une rhétorique nationaliste, son parti fait un score spectaculaire en 1930, avec 18 % des voix. En 1932, le NDSAP réalise un score de 38 % et prend le pouvoir. En 1933, Adolf Hitler devient chancelier allemand.


Montée de l’Allemagne nazie

Remise en cause du Traité de Versailles et marche à la guerre

A la tête du gouvernement allemand en 1933, Adolf Hitler annonce clairement son ambition : reconstituer la grande Allemagne. Pour cela, il réclame un espace vital (Lebensraum) pour le peuple allemand. Il veut abroger le traité de Versailles perçu comme un Diktat. Ce traité, qui demande des réparations trop importantes, est également source de rancune au sein de la population allemande. Pour Hitler, l’Allemagne n’a de comptes à rendre à personne, et doit s’étendre à l’intérieur de l’Europe, et en particulier vers l’Est. Sur le plan économique, l’autarcie, la production militaire ainsi que les purges aident grandement le pays dans sa lutte contre le chômage de masse. En 1939, après plusieurs années et un endettement colossal, il n’y a plus de chômeurs en Allemagne.

Malgré l’interdiction du service militaire et de la militarisation de la Rhénanie par le traité de Versailles, Hitler décide la réintroduction du service militaire en 1935 et la remilitarisation de la Rhénanie en 1936. C’est le coup de grâce pour le traité de 1919. Au prétexte de réunir tous les germanophones sous le Reich, Hitler annexe l’Autriche et les Sudètes en 1938. La Conférence de Munich ne fait que le renforcer, et les autres puissances européennes, notamment le Royaume-Uni et la France, le laissent faire. Le 1er septembre 1939, l’Allemagne envahit la Pologne et les démocraties réagissent : c’est le début de la Seconde Guerre mondiale.

Conclusion

En définitive, le traité de Versailles a conclu officiellement et définitivement la Première Guerre mondiale. La création de la Société des Nations permet de donner espoir au dialogue international, même si elle ne fera pas long feu. Dans le même temps, les lourdes sanctions, en particulier économiques, imposées à l’Allemagne génèrent de la rancune contre les Alliés au sein de la population allemande.

Si l’Allemagne parvient progressivement à se stabiliser économiquement et diplomatiquement, la crise de 1929 remet tout en cause et ses conséquences favorisent l’émergence du parti nazi. Hitler devient chancelier allemand en 1933 et met en place sa politique de marche à la guerre, aboutissant en 1939 au début de la Seconde Guerre mondiale. Censé assurer la paix, le traité de Versailles semble ainsi avoir jeté les bases de la Seconde Guerre mondiale.


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