Major Prépa > Grandes Écoles > Rentrée en école de commerce : impressionner, inspirer et rassurer
Patinoire, cinéma, salle de spectacle… Pour une partie des étudiants qui font leurs premiers pas en école de commerce en ce mois de septembre, la rentrée s’est jouée loin des campus. Aux traditionnelles prises de parole des directions générales, venues souligner la solennité du moment, se sont ajoutées des rencontres avec des personnalités aux parcours inspirants. Souvent Alumni, parfois marraines ou parrains de promotion, ces « speakers » viennent raconter des trajectoires qui font rêver sans en gommer les détours et les difficultés. De quoi donner le ton d’une rentrée que les business schools imaginent de plus en plus comme une expérience à part entière.
Après deux années de prépa, le marathon des écrits, le Tour de France des oraux et le verdict de SIGEM, la première rentrée en école a forcément une saveur particulière. Elle ouvre une nouvelle étape de la vie académique, souvent la dernière avant l’entrée dans la vie professionnelle, et reste pour beaucoup d’Alumni l’un des souvenirs forts de leur scolarité, au même titre que la cérémonie de remise des diplômes. Pour faire de ce premier jour du dernier chapitre de la vie étudiante un événement à la hauteur des attentes, les écoles de commerce soignent leur mise en scène : quel format imaginer, quels messages faire passer et quelles personnalités choisir pour les incarner ?
Premier jour en école : impressionner d’entrée de jeu !
La rentrée est d’abord l’occasion d’impressionner les nouveaux intégrés, en investissant un lieu exceptionnel ou original, avant que l’emploi du temps ne ramène les étudiants sur leur campus. Des lieux d’étude et de vie auxquels les écoles consacrent, rappelons-le au passage, beaucoup d’attention et de moyens. Les annonces de rénovations, d’extensions et de déménagements se sont multipliées ces derniers mois. Le 2 septembre dernier, les 120 ex-préparationnaires qui ont choisi de vivre leur première année de PGE sur le (nouveau !) campus parisien d’Audencia ont ainsi eu rendez-vous au cinéma. Non pas pour assister à une projection classique, mais pour vivre une rencontre avec un champion du monde. Les 1 400 nouveaux étudiants de GEM, tous programmes confondus, se sont pour leur part retrouvés à la Patinoire, lieu d’entraînement des Brûleurs de Loups, l’équipe de hockey de Grenoble, pour une cérémonie de rentrée 2026 tout aussi sportive !
Pour accueillir leurs nouvelles promotions, ces deux écoles ont en effet choisi de programmer des sportifs de haut niveau. Et c’est bien de « programmation » qu’il s’agit, tant ces moments sont pensés et mis en scène comme de véritables événements ne laissant rien au hasard. Matthias Dandois, dix fois champion du monde de BMX flatland, fait son entrée à vélo devant les étudiants d’Audencia ; pas de démonstration, en revanche, pour Emily Harrop, championne de ski-alpinisme médaillée d’or en relais mixte aux JO de Milan-Cortina. Mais aucun de ces deux sportifs n’a négligé l’entraînement avant de se présenter face aux étudiants. Sollicités par Audencia et GEM dès le printemps dernier, ils ont participé à plusieurs échanges et séances de « répétition » afin de préparer leur prise de parole.
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Des parcours inspirants, mais pas inaccessibles…
Tout a pourtant l’air très naturel dans cette grande salle du Pathé Batignolles, quand Matthias Dandois, auquel Vincent Monfort le directeur « Offres et solutions entreprises » d’Audencia donne la réplique, raconte son enfance, ses échecs au foot, sa découverte du BMX, son choix de traverser l’Atlantique pour participer à une compétition la veille des résultats du bac ou encore l’équilibre à trouver entre sa vie de sportif et celle d’entrepreneur. Les États-Unis, son partenariat avec Red Bull, son succès dans la création de contenus, la création de La Farm (le complexe éco-sportif qu’il développe aux portes de Paris)… tout fait rêver dans le récit de Matthias. Mais il n’esquive pas la réalité : le combat pour faire connaître le BMX en France, les blessures parfois très graves, la nécessité de penser à l’après-carrière… De quoi faire briller les yeux des étudiants attentifs à son histoire, sans donner le sentiment que la réussite est hors d’atteinte.
Même état d’esprit à GEM, où l’ambiance a réveillé quelques souvenirs chez Emily Harrop : « J’ai ressenti un peu de nostalgie en rentrant dans cette patinoire, en voyant ces nouveaux étudiants à bloc, qui s’apprêtent à vivre leurs plus belles années et l’énergie déployée par les associations pour rendre cette rentrée inoubliable. À l’époque, j’ai été très fière d’intégrer cette belle école, de rentrer dans le monde professionnel, de découvrir un monde plein d’innovation, de performance et de belles choses à venir pour moi. » Seule au micro, face aux étudiants dont certains rêver de décrocher l’or eux aussi, elle a pourtant choisi de ne pas insister sur « la médaille » : « Bien sûr, j’ai parlé de mon expérience d’athlète, j’avais en particulier un message à faire passer autour du chemin et de l’échec. En fait, quel que soit le but visé, il n’y a aucune ligne droite permettant de l’atteindre sans heurt. J’ai connu plusieurs échecs. Jamais ils n’ont signifié la fin de l’histoire ! Ils sont le chemin et c’est exactement ce qui est le plus enrichissant, le chemin plus que le but, le travail plus que la performance. »
Du champion au dirigeant : le même récit de la réussite ?
À ESCP, pas de champion du monde ni de médaillée olympique en cette rentrée 2026, mais un récit de la réussite construit sur des ressorts assez proches. Rémy Baume effectuait sa rentrée sur les bancs de l’école il y a tout juste trente ans. Devenu PDG du Printemps, il est revenu, début septembre, devant les nouveaux étudiants de la business school, sur son parcours et les détours qui l’ont jalonné. « Prononcer un “speech” inspirant devant 500 étudiants est un exercice difficile, que Rémy Baume a parfaitement accompli, en mobilisant notamment la figure de Thésée. Il est revenu sur sa scolarité, la naissance d’amitiés profondes durant ses études à ESCP, sur ses choix et leurs conséquences sur le développement de sa carrière, le tout en insistant sur la force du réseau. Il n’a pas esquivé les difficultés et c’est notamment ce qui en a fait un discours naturel et direct », estime Thomas Jeanjean.
Lui aussi vivait sa première rentrée à ESCP : nommé directeur général de la business school quelques semaines plus tôt, il accueillait pour la première fois une nouvelle promotion. Un moment « solennel et impressionnant » que l’école a choisi de placer sous le signe du partage et de la sincérité.
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Des grands patrons pour motiver mais aussi rassurer
À NEOMA, TBS Education ou encore KEDGE, les figures qui ont accueilli les nouveaux étudiants cette année viennent aussi du monde de l’entreprise. Justine Ryst, DG de YouTube France et diplômée promo 1999 de NEOMA, Anne Grably Besson, DG de Mattel France et diplômée de TBS Education en 1997, ou encore Jean-Roch Varon, président d’EY France et diplômé de KEDGE en 1992 sont trois Alumni aux carrières impressionnantes, venus raconter leurs succès à ceux qui ont pris aujourd’hui la même place qu’ils occupaient il y a quelques années sur les bancs d’écoles avec lesquelles ils gardent un lien significatif. Le tout sans passer sous silence les détours et les échecs qu’ils ont pu rencontrer. De quoi aider les étudiants et futurs Alumni à se projeter et, surtout, mettre des visages sur la promesse de réussite que portent les Grandes Écoles. Derrière les titres, les responsabilités et les trajectoires professionnelles impressionnantes, il y a des histoires qui ont débuté exactement là où ils se trouvent aujourd’hui. Des personnalités inspirantes, donc, mais aussi rassurantes.
« Rassurer » fait en effet aussi partie des objectifs que les écoles se fixent dans le cadre de ces premières prises de parole face aux nouveaux étudiants. « On est dans un monde d’anxiété, d’éco-anxiété. Il n’y a plus de parcours tout tracés, de voies royales, estime Justine Ryst. À mon époque, le CDI, c’était le Graal ; aujourd’hui, ce n’est plus du tout ça. On a des guerres à deux heures de la France. On ne pense même plus à la retraite. Tout ça peut être très anxiogène, donc arriver à les rassurer, c’est une énorme responsabilité. Être marraine, c’est comme dans la vie : accompagner sans “faire à la place”, et donner le juste retour d’expérience. »
Faire rêver sans laisser penser aux nouveaux intégrés que tout est écrit, ni qu’ils sont « arrivés » alors qu’ils viennent tout juste d’arriver… Les discours prononcés pendant ces cérémonies de rentrée en école de commerce servent peut-être enfin à accompagner un changement de perspective. Pendant deux années, en prépa, l’objectif était parfaitement identifié : réussir les concours et décrocher l’école espérée. En septembre, la ligne d’arrivée se transforme en ligne de départ et que viser désormais ? Sportifs ou grands dirigeants, leur expérience professionnelle et leur regard sur la vie en école peut aider à prévenir le « blues de la prépa » et convaincre les étudiants qu’il y a encore du travail qui les attend. Dans tous les sens du terme. Cette année, pas de concours à l’horizon, mais un diplôme et une carrière à propos de laquelle peu d’entre eux sont déjà très au clair. Les « lettres à [leur] futur moi » que les nouveaux étudiants d’Audencia ont scellées en cette rentrée et que la business school leur rendra le jour de leur diplomation contiennent certainement des pistes de réponses. Rendez-vous à la sortie…
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