Major Prépa > Classement > Classement SIGEM Elo 2025
Il y a quelques semaines (le 17 juillet, à 14h00), les résultats d’affectation SIGEM sortaient. Les étudiants des classes préparatoires qui souhaitaient intégrer une Grande École de management en 2025 ont vu quel vœux leur a été attribué. Ces derniers permettent de dresser le classement SIGEM. Pour beaucoup, les résultats SIGEM représente l’aboutissement de deux ou trois années de travail acharné. Ils sont aussi la réponse définitive à une question obsédante : vais-je intégrer une école et, si oui, laquelle ?
Pour aller au bout de cette démarche d’orientation, les candidats de prépa inscrits aux concours BCE et ECRICOME ont dû réaliser la procédure SIGEM. Elle consiste à hiérarchiser les écoles, qui à l’issue des oraux, ils ont été déclarés admis, soit dans la liste principale, ou bien en liste d’attente. L’algorithme mouline par la suite ces données, et affecte les admis selon leurs préférences… Dans la mesure du possible. Évidemment, sont prioritaires ceux qui ont obtenu les meilleurs rangs pour chaque école considérée.
De cette procédure découle un tableau, celui des “désistements croisés”, qui récapitule ainsi l’ensemble des préférences des étudiants.
Principe du classement SIGEM
Le classement SIGEM est une construction officieuse, qui émane de médias comme Major Prépa, et qui se fonde sur ces données. En compilant les désistements croisés dont nous venons de faire mention, on parvient à établir une hiérarchie entre les écoles. Cette hiérarchie ne dit donc rien du niveau de chaque école. C’est d’ailleurs ce que tentent de faire, avec plus ou moins de sérieux et de pertinence, les classements “traditionnels” conçus par les médias (Financial Times, Le Figaro, Challenges, etc.). Pour autant, ce classement est sans conteste celui de référence pour les étudiants de prépa, celui auquel ils se réfèrent en priorité. On comprend dès lors sa dimension autoreproductrice par essence !
En 2025, le classement SIGEM, qui a été publié à la suite des résultats SIGEM, était le suivant :

NB : il est impossible cette année de départager NEOMA et Audencia. En effet, le vainqueur de ce duel dépend de la population que l’on considère (prépa EC ou prépa EC + littéraire).
Retrouve ici le classement SIGEM 2025 :
Les limites du classement SIGEM
Pour autant, ce classement SIGEM tel qu’établi aujourd’hui présente certaines limites. On ne parle pas ici de sa légitimité ou de son bien-fondé. On parle uniquement de l’écart entre ce qu’il présente et l’attractivité réelle des différentes écoles. Voici quelques exemples :
- Le classement SIGEM invisibilise les écarts relatifs entre les écoles. HEC (1er) et l’ESSEC (2e) se suivent dans le classement, tout comme GEM (9e) et KEDGE (10e). Pourtant, le premier duel est sans appel (372 à 1 pour HEC). Tandis que le second est nettement à l’avantage de GEM, mais tout de même plus disputé (307 à 141 pour GEM). Or, cette distinction n’est absolument pas lisible dans le classement traditionnel.
- À partir de certaines écoles, les duels deux à deux sont trop peu significatifs (quelques étudiants à peine). Il devient donc difficile d’établir une hiérarchie. Par exemple, en 2024, IMT-BS gagne son duel face MBS et contre Rennes SB. Mais a perdu contre ICN et BSB, chaque fois à quelques étudiants près. Dans ces conditions, chaque média a classé ces écoles selon sa sensibilité statistique, forcément subjective.
- Les duels ne se jouent pas uniquement entre deux écoles adjacentes au classement, contrairement à ce que pourrait laisser penser le classement SIGEM. Par exemple, si emlyon parvenait à perdre son duel face à l’ESSEC non pas 271 à 0, mais “seulement” 100 à 171, ce serait une sacrée performance et une hausse incontestable de son attractivité ! Pour autant, cela ne changerait rien à son classement SIGEM, et elle resterait sagement derrière l’EDHEC. Cet exemple est saugrenu, certes. En revanche ces duels “éloignés” ont bel et bien de l’impact à partir du top 5 ou 10, où certaines écoles prennent des candidats sur des duels a priori hors de portée pour elles.
Intérêts du score Elo pour expliciter le SIGEM
Qu’est-ce que le système Elo ?
Le système Elo est utilisé depuis les années 1960, et permet d’évaluer le niveau relatif de joueurs dans le cas d’un jeu à somme nulle. Lorsque A et B s’affrontent, si A gagne, B perd, et réciproquement (à la rigueur, selon le jeu considéré, ils peuvent faire match nul).
Si le classement Elo est surtout iconique aux échecs, le système Elo ou certaines de ses variantes sont désormais utilisés dans les jeux en ligne. On le retrouve notamment dans League of Legend, et même… sur les applications de rencontre (oui, cela fait un peu froid dans le dos). Pour en savoir plus sur le classement Elo, vous pouvez regarder l’excellente vidéo du youtubeur ScienceEtonnante.
Mais comment faire le lien avec le classement SIGEM ?
C’est très simple : chaque fois qu’un étudiant choisit une école A plutôt qu’une école B, on peut considérer que A gagne un match contre B. Ainsi cette année, HEC a joué 1 376 matchs contre divers adversaires : ESSEC, ESCP, EDHEC, etc. Elle a gagné 1 373 matchs et n’en a perdu que trois (un face à l’ESSEC, deux face à l’ENS Paris-Saclay).
En analysant le choix de tous les étudiants, on se retrouve dans le cas de figure d’un tournoi entre une vingtaine d’écoles qui ont joué plus de 7 000 matchs. Évidemment, le nombre de matchs entre deux écoles est inégal. En effet, certaines ont joué l’une contre l’autre des centaines de parties (HEC vs. ESSEC, Audencia vs. NEOMA, etc.). D’autres, moins d’une dizaine de matchs (HEC vs. NEOMA, Audencia vs. Excelia, etc.)
Ainsi, ce classement surpasse les limites précédemment évoquées et donne une vue plus précise de l’attractivité intrinsèque de chaque école.
NB : L’analyse présentée dans cet article est effectué par la rédaction de Major Prépa. Cependant, le classement ELO des écoles de commerce en tant que tel est réalisé par Lionel Magnis, professeur de mathématiques en ECG au lycée Gaston Berger. Pour les lecteurs curieux, la méthode mathématique pour établir ce classement est détaillée ici. Pour toute question/critique/commentaire, écrire à lionel.magnis[@]ac-lille.fr (retirer les crochets)
Le classement Elo du SIGEM 2025

Classement SIGEM-ELO 2017-2025
| rang 2025 | École | 2025 | 2024 | 2023 | 2022 | 2021 | 2019 | 2018 | 2017 |
| 1 | HEC Paris | 1504 | 1502 | 1500 | 1496 | 1491 | 1485 | 1481 | 1480 |
| 2 | ESSEC | 1281 | 1285 | 1292 | 1298 | 1309 | 1311 | 1315 | 1316 |
| 3 | ESCP | 1143 | 1145 | 1139 | 1139 | 1138 | 1140 | 1144 | 1148 |
| 4 | EDHEC | 910 | 894 | 889 | 886 | 863 | 827 | 806 | 807 |
| 5 | emlyon | 822 | 813 | 807 | 803 | 825 | 873 | 899 | 897 |
| 6 | SKEMA | 698 | 677 | 659 | 657 | 621 | 544 | 506 | 475 |
| 7 | Audencia | 592 | 595 | 592 | 614 | 614 | 663 | 667 | 653 |
| 8 | NEOMA | 591 | 580 | 580 | 563 | 540 | 527 | 508 | 489 |
| 9 | GEM | 491 | 491 | 507 | 524 | 567 | 610 | 626 | 644 |
| 10 | KEDGE | 456 | 461 | 463 | 455 | 451 | 415 | 422 | 427 |
| 11 | TBS Education | 413 | 425 | 422 | 435 | 439 | 475 | 507 | 553 |
| 12 | Rennes SB | 335 | 342 | 353 | 355 | 363 | 372 | 370 | 381 |
| 13 | IMT Business School | 326 | 317 | 316 | 302 | 311 | 330 | 339 | 347 |
| 14 | MBS | 314 | 319 | 331 | 342 | 330 | 320 | 330 | 327 |
| 15 | ICN | 292 | 308 | 309 | 304 | 292 | 246 | 248 | 251 |
| 16 | BSB | 288 | 308 | 326 | 323 | 325 | 312 | 307 | 290 |
| 17 | Excelia | 263 | 277 | 265 | 253 | 254 | 256 | 246 | 232 |
| 18 | EM Strasbourg | 252 | 235 | 231 | 246 | 269 | 281 | 291 | 307 |
| 19 | INSEEC | 202 | 203 | 197 | 194 | 201 | 207 | 212 | 218 |
| 20 | ISC Paris | 188 | 184 | 189 | 187 | 178 | 187 | 195 | 197 |
| 21 | Clermont SB | 186 | 187 | 182 | 174 | 166 | 162 | 148 | 133 |
| 22 | SCBS | 130 | 131 | 129 | 129 | 128 | 133 | 130 | 141 |
| 23 | Brest BS | 103 | 104 | 103 | 105 | 109 | 116 | 117 | 119 |
Analyse du classement ELO SIGEM 2025
Sans surprise, ce classement est très proche dans sa hiérarchie du classement SIGEM traditionnel. Néanmoins, le ELO SIGEM met en évidence un phénomène. Les écoles forment, par grappe de une à trois, des « ilots » qui semblent de plus en plus éloignés les uns des autres. Cela se vérifie surtout sur le top 11, les autres duels étant par la suite plus ouverts.
En clair, cela veut dire que les évolutions sont très fréquentes, voire spectaculaires, au sein d’un ilot (cf. Audencia / NEOMA cette année). Mais qu’il est de plus en plus impensable pour un prépa de choisir une école située dans un ilot en dessous de celui dont il est admis à au moins une école.
Détail des ilots
Ilot 1 : HEC, ESSEC, ESCP
Celui-ci stagne (il ne peut pas vraiment progresser de toute manière). Le duel ESSEC / ESCP est lui resté stable cette année. HEC n’est en concurrence avec personne. On pourrait allègrement séparer cet ilot 1 en deux parties.
Ilot 2 : EDHEC, emlyon
Cet ilot progresse légèrement. En effet un nombre plus faible d’étudiants qu’avant choisissent une école hors top 5 lorsqu’ils sont admis à EDHEC et/ou emlyon. Le rapport de force EDHEC versus emlyon est quant à lui stable.
Ilot 3 : SKEMA
L’école enregistre la plus belle progression du top 10 (+21 points). Elle grapille 5 étudiants de moins au top 5 que l’an passé ! La raison est identique : SKEMA domine encore plus qu’en 2024 les deux ilots suivants.
Ilot 4 : Audencia, NEOMA
Duel très intéressant au demeurant ! NEOMA progresse fort logiquement (+11). Cependant, l’ilot dans sa globalité progresse très légèrement. D’une part, il perd encore plus de duels qu’avant face à SKEMA. De l’autre il écrase encore davantage l’ilot suivant.
Ilot 5 : GEM, KEDGE, TBS
GEM parvient à se maintenir tandis que les deux autres perdent des points. GEM est en effet la gagnante des duels internes à cet ilot 5. Pour le reste, elle perd encore en attractivité face aux ilots 3 et 4, comme cela a été dit précédemment.
Ilot 6 : Rennes SB, IMT Business School, MBS
L’école rennaise, celle d’Evry et de Montpellier font la jonction entre le top 11 et le reste des écoles. La perte de points de Rennes SB s’explique par la plus faible proportion de duels gagnés « au-dessus ». On en compte 50 en 2024 (pour 1 086 matchs joués) contre 34 en 2025 (pour 1 172 matchs joués). IMT Business School ne gagne que marginalement des duels face au top 11 (12 matchs remportés). Cependant, elle a dominé la deuxième partie du tableau des écoles plus qu’à l’accoutumé. IMT Business School grille d’ailleurs la politesse à MBS, pour se classer 13e cette année (ce qui se vérifie également au SIGEM traditionnel).
Évolutions
Par la suite, la notion d’ilot n’est plus pertinente car les duels sont beaucoup plus resserrés. On note tout de même une grande gagnante dans ce dernier groupe. L’EM Strasbourg gagne 17 points, c’est la deuxième plus belle progression de tout le classement.

De la dérive des continents
L’histoire récente du SIGEM nous démontre que ces ilots, ces grappes d’écoles, sont de plus en plus imperméables. Les étudiants de prépa semblent vouloir faire le choix qui leur apparait le plus rationnel possible. Cela intervient dans un contexte où les frais de scolarité deviennent un sujet de crispation majeure. L’idée d’un retour sur investissement (ROI) corrélé au classement SIGEM reste ainsi ancrée dans l’esprit des préparationnaires.
Par ailleurs, la moindre sélectivité des écoles au-delà du top 8 vient amplifier ce phénomène. Cela se traduit notamment par des barres d’admissibilité en forte baisse depuis la fin des années 2010.
Le ELO SIGEM ne met d’ailleurs pas en exergue l’augmentation importante des démissionnaires du SIGEM. Ces derniers décident de cuber ou, de ne pas intégrer d’école de management. Il aurait pu être judicieux de placer le score ELO des affectés qui n’ont rejoint aucune école. Celui-ci progresse d’année en année, et se situe autour du top 10 actuellement.
Un manque à gagner de 22,5 millions d’euros pour 16 écoles du SIGEM 2025
Être du bon côté de l’histoire
Pour les écoles de management post-prépa, le recrutement des étudiants de classe prépa est une manne financière importante d’une part. C’est aussi un outil de rayonnement de la marque important d’autre part. Un prestige découle de la capacité d’une école à attirer ces étudiants – voire à se montrer sélective -. Ce dernier facilite le remplissage de tous les autres programmes dont elle dispose.
Se placer dans ce cercle fermé d’écoles est de plus en plus exigeant. En 2025, on peut établir la typologie suivante :
- Ilots 1, 2 et 3. Aucun risque sur le recrutement post-prépa, capacité certaine à augmenter les tailles des promotions et les frais de scolarité
- Ilot 4. Risque modéré à moyen terme sur le recrutement post-prépa, limite à moyen terme sur l’augmentation de la taille des promotions et les frais de scolarité
- Ilot 5 et 6. Risque court terme sur le recrutement post-prépa, limite imminente sur l’augmentation de la taille des promotions et des frais de scolarité, notamment si l’État baisse drastiquement les subventions accordées à l’alternance.
- Au-delà de l’ilot 6. Grande précarité du recrutement prépa, a fortiori si l’augmentation de la taille des promotions au sein du top 10 se poursuit.
Toute la question est maintenant de savoir si cette étanchéité manifeste entre les groupes d’écoles va se vérifier dans les années à venir, et si les écoles de l’ilot 5 et au-delà vont parvenir à maintenir leur attractivité dans l’absolu.
Les limites du classement SIGEM-Elo
Sans trop rentrer dans les détails techniques, la système Elo choisi pour bâtir ce modèle comporte des paramètres qui ont été fixés arbitrairement. Ces paramètres influent, entre autres, sur le nombre de points gagnés ou perdus par les deux écoles à l’issue de chaque “match” d’admis. On aurait donc pu avoir des scores finaux légèrement différents avec d’autres paramètres.
Par ailleurs, et cela est vrai pour le SIGEM “classique” comme pour le SIGEM-Elo, les désistements croisés sur lesquels nous nous basons ne sont que des données partielles. Un étudiant admis ou sur liste d’attente pour trois écoles (A, B,C) et choisissant d’abord A, puis B, puis C, les désistements croisés indiquent que A a gagné un duel contre B et un autre contre C. En revanche, il n’est pas indiqué que B a gagné contre C. De ce fait, un grand nombre de matchs ne sont pas pris en compte.



