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Pour bien te préparer au concours de l’ENS, et notamment à la dissertation d’histoire, il est important que tu t’imprègnes de la lettre de cadrage histoire ENS 2027. Elle te donne les clés pour comprendre le programme : « Voter en France de 1848 à 2002 ». L’article a pour objectif de répondre aux questions suivantes : pourquoi les jurys ont choisi ce thème? Quels sont les grands enjeux historiques et historiographiques soulevés par les concepteurs ? Et, surtout, qu’attend le jury de l’ENS dans une dissertation sur ce thème ?

Les véritables enjeux révélés dans la lettre de cadrage histoire ENS 2027

S’il y a bien une phrase à retenir dans la lettre de cadrage, c’est celle-ci : « Si voter au suffrage universel découle de la reconnaissance de la souveraineté populaire, l’acte ne suffit pas à fonder la démocratie. »

Tout le programme repose sur cette tension : d’un côté, le vote apparaît comme le fondement de la légitimité politique ; de l’autre, un régime peut organiser des élections sans être démocratique. Par exemple le vote peut être contrôlé, restreint ou instrumentalisé. Voici donc les deux enjeux les plus saillants.

Enjeu n° 1 : le vote ne préexiste pas au citoyen, il fabrique le citoyen 

La lettre de cadrage histoire ENS 2027 met un point d’honneur à ce que le candidat centre son étude sur les acteurs du vote. Deux éléments le disent explicitement. D’une part, le choix du verbe voter n’est pas anodin : il déplace le regard vers une action. Tu vas devoir étudier les institutions du point de vue de ceux qui participent (ou ne participent pas !) à la vie politique. D’autre part, la lettre mentionne explicitement que l’acte de voter « fait le citoyen et la citoyenne ». Il te faut garder cet élément en tête car il signifie que l’acte électoral participe à la construction de la citoyenneté.

Par exemple, l’historien Yves Déloye, dont l’œuvre L’Acte de vote figure parmi les recommandations de la lettre de cadrage, a fait beaucoup de recherches sur le lien entre l’école et la citoyenneté. Je te conseille de développer cet exemple pour démontrer que l’apprentissage du vote se fait au travers d’un ensemble plus large d’institutions.

Dans cette perspective, tu dois étudier le citoyen comme un individu à part entière et le démontrer dans tes dissertations. En effet, le citoyen vient individuellement, exprime un choix, respecte la procédure et accepte le résultat. Les travaux d’Yves Déloye et Olivier Ihl, dans L’Acte de vote, reviennent sur l’importance des objets électoraux qui participent à la formation du citoyen.

L’isoloir en est un très bon exemple : avant la loi de 1913, le vote pouvait être soumis au regard du clergé, des militants ou des employeurs. Après cette loi, c’est une nouvelle figure de l’électeur qui émerge : un individu supposé autonome et temporairement séparé de ses appartenances particulières.

Enjeu n° 2 : la croyance dans le vote

Cet enjeu est crucial, car il désamorce d’emblée une généralité. Il ne suffit pas que la loi nous donne le droit de voter. Il faut aussi croire que le vote est libre et que les institutions respecteront le résultat. Ce qui est en jeu ici, ce sont les « perceptions de la crédibilité du vote », selon les concepteurs du programme. On comprend donc que l’abstention n’est pas un hors sujet, tu dois le mentionner comme étant le miroir du vote. En effet, si tu veux comprendre pourquoi les citoyens votent, il faut également comprendre pourquoi ils peuvent décider de ne pas voter.

Cette croyance dans l’efficacité du vote est loin d’être acquise en 1848. Le suffrage universel coexiste avec les pressions administratives du Second Empire, l’absence d’isoloir mais aussi les restrictions pesant sur la presse et les réunions politiques. C’est ce qui est rappelé dans la lettre de cadrage pour montrer que la reconnaissance du suffrage universel ne suffit pas à rendre une élection légitime et démocratique.

Analyse précise des bornes chronologiques

En 1848, le vote apparaît comme une promesse

La lettre histoire ENS 2027 formule cette date charnière en ces termes : « Un basculement dans le suffrage universel. » Mais tu dois te méfier du mot universel, car le droit de vote est exclusivement réservé aux hommes. En effet, les femmes n’obtiennent ce droit qu’en 1944 et les habitants des colonies sont inégalement intégrés dans le corps électoral. 

La contradiction est donc la suivante : comment un suffrage qui se proclame universel peut-il durablement organiser des exclusions ? C’est précisément cette tension qui te permet de faire la véritable histoire du vote. La lettre exige de penser la construction de l’universel en question.

En accroche, tu peux réutiliser une citation que j’ai trouvée dans le rapport du jury 2023 dans un passage consacré aux violences populaires. Victor Hugo à l’Assemblée législative, le 21 mai 1850 : « Le suffrage universel, en donnant un bulletin à ceux qui souffrent, leur ôte le fusil. […] Or qu’est-ce que tout cela, messieurs ? C’est la fin de la violence, c’est la fin de la force brutale, c’est la fin de l’émeute […] le droit d’insurrection aboli par le droit de suffrage. »

Avec cette accroche tu peux impressionner le jury, car tu rappelles à juste titre que le bulletin et la barricade coexistent encore en 1848. 

Retrouve nos conseils pour insérer cette accroche dans une introduction d’histoire efficace.

En 2002, l’élection présidentielle est un véritable moment de réflexion collective

Plusieurs faits font de l’élection de 2002 un véritable tournant dans l’histoire du vote. On peut retenir l’abstention au premier tour, la mobilisation au second, la dispersion des suffrages entre de nombreux candidats. La qualification de Jean-Marie Le Pen et le débat autour du front républicain sont également essentiels.

Le plus intéressant est la différence entre les deux tours. Le droit électoral ne change pas, mais le comportement des électeurs évolue. Tu comprends ainsi mieux que la notion de « vote comme acte qui engage » mentionnée dans la lettre de cadrage est importante.

Ce que le jury attend de toi en dissertation le jour du concours

Pourquoi ce programme en 2027 ?

Les concepteurs insistent sur l’importance d’étudier ce programme à la lumière des « enjeux actuels sur le fonctionnement et l’avenir de la démocratie ». Ainsi, étudier le vote entre 1848 et 2002 t’aide à penser le présent.

Une petite mise en contexte semble donc nécessaire pour comprendre et nuancer l’enjeu du programme. Lors des dernières élections présidentielles en 2022, l’Insee constate que seulement 36 % des inscrits avaient voté à tous les tours, tandis que 48 % avaient eu un vote intermittent et 16 % s’étaient abstenus.

Il est donc important pour toi de nuancer et d’éviter de faire des généralités. Ne dis pas que les citoyens ont cessé de voter. Démontre plutôt que le vote n’est plus une pratique systématique car désormais les citoyens arbitrent davantage selon les enjeux et l’offre politique.

C’est précisément sur ce point que tu peux te démarquer le jour du concours avec ce type de questionnement : Qui vote ? Quand ? Comment ? Pourquoi ? Avec quelle représentation ?

Tu peux également trouver notre méthodologie de la composition d’histoire en A/L.

Les erreurs à éviter

  • Si l’historiographie du vote t’invite à penser le présent, tu ne dois pas pour autant conclure ou même écrire dans ta copie que l’histoire du vote depuis 1848 explique la crise démocratique actuelle. Le rapport du jury de la session 2023 rappelle que la dissertation n’est ni un récit orienté vers une fin connue d’avance (sinon c’est de la téléologie) ni une « tribune » plaquant les faits actuels sur le passé.
  • Ne pas transformer le programme en une lutte contre l’abstention. Tu pourrais être tenté(e) de relier le choix du programme à la question actuelle de la participation politique et la lettre de cadrage te l’autorise. Mais sois vigilant(e) à ne pas adopter un ton normatif dans ta dissertation en argumentant pour ou contre le vote. Pose-toi plutôt les questions suivantes : comment le vote est-il devenu le mode privilégié d’expression de la souveraineté, et pourquoi cette centralité historiquement construite est-elle aujourd’hui fragilisée ? 
  • Inutile de commencer par apprendre tous les résultats électoraux depuis 1848. En ce début d’année, tu dois d’abord construire l’ossature du programme. En effet, retiens cette remarque du rapport du jury 2022 : « La dissertation est un art de synthèse raisonnée et informée. » En d’autres termes, les jurys n’évaluent pas l’érudition mais la capacité à construire un raisonnement problématisé et informé.

Comment problématiser une dissertation sur le vote ?

  • Ne te demande pas pourquoi les Français ne votent plus, mais ce qui fait qu’un individu considère, à un moment donné, que le vote vaut la peine et qu’il est efficace.
  • Les rapports du jury rappellent chaque année qu’il faut trouver une tension, voire une contradiction entre les termes du sujet, « une difficulté constitutive et de longue haleine », selon les termes du rapport de 2023. Nous avons parlé de la contradiction portant sur l’universalisme proclamé et les exclusions réelles. Mais il y a d’autres tensions comme la généralisation du vote sous la IIIe République d’un côté et l’apprentissage progressif de son autonomie. Entre 1944 et 1946 l’extension de la citoyenneté coexiste avec la persistance d’un modèle colonial asymétrique. Enfin, en 2002, la liberté électorale n’a jamais été aussi tangible, alors même que l’usage du vote et son efficacité sont remis en question. 
  • Dans l’année et surtout pendant tes révisions, je te conseille d’aborder les grandes périodes en distinguant les règles du jeu électoral, les électeurs et leurs pratiques, les cultures politiques, les exclusions, ce que cela relève de la démocratie et le sens accordé au vote.

Bonus : quelques sujets de dissertation plausibles

En se basant sur la lettre de cadrage histoire ENS 2027 et les formulations des sujets déjà tombés, nous avons pensé à quelques sujets d’entraînement :

  • Voter et être citoyen en France
  • Voter et s’abstenir
  • Le vote, expression de la souveraineté populaire ?
  • L’État et les électeurs

 

Pour aller plus loin, tu peux retrouver l’ensemble du programme de l’ENS résumé sur notre site.