Assiste-t-on à la fin du vivre-ensemble aux États-Unis ? Assiste-t-on à la fin du vivre-ensemble aux États-Unis ?
Le vivre-ensemble est un concept qui exprime les liens pacifiques et de bonne entente qu’entretiennent des personnes, des populations ou des ethnies avec d’autres,... Assiste-t-on à la fin du vivre-ensemble aux États-Unis ?

Le vivre-ensemble est un concept qui exprime les liens pacifiques et de bonne entente qu’entretiennent des personnes, des populations ou des ethnies avec d’autres, dans leur environnement de vie ou leur territoire. Dans un tel modèle, les différences sociales, religieuses ou ethniques sont censées se fondre dans un tout.

Dans certains territoires, et particulièrement aux États-Unis, ce concept semble fragilisé face à la montée du communautarisme et du repli identitaire. Les modèles du « citoyen sans étiquette » et du mélange, qui ont tant enrichi le pays par le passé à travers les métaphores du melting pot ou du salad bowl, sont menacés.

 

L’éventuelle fin du rêve américain ?

On le rappelle, le rêve américain est la croyance selon laquelle n’importe quelle personne vivant aux États-Unis, par son travail, son courage et sa détermination, peut devenir prospère. Malgré l’attractivité toujours forte du pays, cette idée est de plus en plus menacée, contestée, et ce pour trois raisons.

 

#1. Une société inégalitaire et cloisonnée, de plus en plus marquée par la reproduction sociale

La révolution de la société américaine sous Ronald Reagan à travers ses Reaganomics promeut dans les années 1980 le libéralisme, la dérégulation et affaiblit fortement le rôle de l’État à l’échelle nationale. Ce recul de l’interventionnisme étatique jusque là fort (Welfare State – État-providence) creuse les écarts entre les groupes sociaux. Le pays est alors le plus inégalitaire de l’OCDE, avec 1 % de la population possédant 1/3 des ressources du pays (20 % en moyenne pour les autres pays de l’OCDE).

Un exemple le démontrant est la forte hausse des frais de scolarité au sein du système éducatif étasunien. On observe dans l’enseignement supérieur du pays une sous-représentation des minorités noires et latinos. En revanche, il y a une importante représentation des WASP (White Anglo-Saxon Protestants) et des Asiatiques. Les frais de scolarité sont un frein et un facteur d’endettement majeurs de la classe moyenne du pays. En effet, les ménages étasuniens sont en moyenne deux fois plus endettés que les ménages français. Cette spirale de l’endettement pour l’accès à l’éducation, mais également à la propriété immobilière ou aux soins par exemple, questionne la durabilité du modèle économique du pays.

Thomas Piketty dans Le capital au XXIe siècle (2013) travaille sur cette « envolée des inégalités » et cet écrasement des classes moyennes. En effet, il explique que les revenus salariaux stagnent tandis que les revenus du capital (ceux des professions plus intellectuelles) s’envolent ; on parle de dumping social vis-à-vis des classes sociales inférieures.

 

#2. L’essor de la pauvreté

15 % des citoyens des États-Unis sont considérés comme pauvres, c’est-à-dire vivant avec moins de 1,90 $ par jour. Cette paupérisation croissante de la population, et en particulier de la lower middle-class, touche des groupes sociaux et des territoires définis : minorités ethniques (populations noires et latinos), jeunes et seniors, ainsi que les personnes peu qualifiées. On observe quatre poches de pauvreté dans le pays :

a) Le Sud (Mexamérique – Nouveau-Mexique).
b) Le Nord-Ouest (région des Rocheuses), parfois assimilé à « l’Amérique de la déprise ».
c) La Black Belt (Arkansas, Alabama, Louisiane).
d) La région des Appalaches.

 

#3. L’essor de la violence

L’enrichissement inégal de la population va de pair avec la hausse de la violence dans le pays. Cette dernière est huit fois plus élevée qu’en France, et le pays semble faire exception au monde développé qui a tendance à se pacifier.

Après un pic dans les années 1980/1990, la violence aux États-Unis connaît une décrue, puis une recrue à partir des années 2010, en particulier au sein des minorités ethniques et chez les jeunes. On parle de violence urbaine.

Ainsi, bien que le pays demeure attractif et dynamique, la société américaine semble de plus en plus fragmentée. À défaut d’un réel mélange, la coexistence parfois forcée semble prendre place.

 

La dérive communautaire

Contrairement à l’époque du Civil Rights Movement, les revendications identitaires semblent fragmenter la société américaine. Les regroupements ethniques, sexuels ou religieux priment sur l’appartenance à une nation et représentent une dérive communautaire parfois inquiétante qui met à mal le vivre ensemble. On peut évoquer par exemple :

a) Le repli communautariste autour de la religion mormone, notamment dans la région de Salt Lake City (Utah), ou celui autour de la communauté amish en Pennsylvanie, dans l’Ohio et dans l’Illinois.

b) L’activisme identitaire des Hispaniques, notamment dans le sud du pays (Mexamérique), où la langue espagnole et le bilinguisme sont fortement revendiqués. Dans Qui sommes-nous ? (2004), Samuel Huntington décrit cette volonté croissante de la communauté hispanique non pas de s’intégrer, mais davantage de latiniser le pays.

 

Analyse sociologique

Face à cela, d’autres populations (WASP ou Asiatiques) construisent progressivement un entre-soi social et spatial, et ce notamment dans la Sunbelt. Le concept « d’insécurité culturelle », souvent utilisé à mauvais escient, pousse chacun à se retrancher dans sa bulle et à éviter au maximum les points de contact sociaux et spatiaux.

La forte diversité culturelle au sein du pays et ses conséquences rendent difficile de cerner les règles qui prévalent dans chaque territoire. Ainsi, les groupes sociaux similaires se regroupent selon leurs règles et usages. La société se voit donc morcelée en archipels où chacun se regroupe avec sa communauté.

L’assimilation, modèle selon lequel les spécificités culturelles propres à un individu sont intégrées à la société de laquelle il fait partie, n’est plus d’actualité. Après que les vagues d’immigrations se sont regroupées dans les mêmes territoires, les sociologues observent un morcellement territorial et un effet « ghetto ». Par ailleurs, la cohabitation est de plus en plus difficile.

 

Vocabulaire utile sur la notion du vivre ensemble

  • Assimiler : to assimilate
  • Chercher un abri : to seek shelter
  • Chercher une vie meilleure : to seek a better future
  • Des facteurs d’attraction : pull factors
  • Des tests d’alphabétisation : literacy tests
  • Être déraciné : to be uprooted
  • L’expulsion : deportation
  • La pauvreté : poverty
  • La société : society
  • Le regroupement familial : family reunification
  • Prendre un nouveau départ : to make a fresh start/to start afresh
  • S’élever socialement : to work one’s way up
  • Des barrières linguistiques : language barriers
  • S’établir, s’installer : to settle
  • Travailler au noir : to work on the side
  • Un climat xénophobe : an anti-immigrant mood
  • Un étranger : a foreigner
  • Un ghetto : a ghetto
  • Un immigrant : a immigrant/a migrant
  • Un locuteur natif : a native speaker
  • Un pays d’accueil : a host country
  • Un permis de travail : a work permit
  • Un quartier pauvre : a slum
  • Un réfugié : a refugee
  • Une carte verte : a green card

 

Egalement dans la thématique du vivre ensemble aux Etats-Unis : notre article sur les tensions raciales aux USA.

Pierre Ducasse

Après 2 ans de prépa ECS au Lycée Saint-Vincent Rennes, je suis étudiant en première année à ESCP Business School