Télévision Netflix avec spectateur

Depuis quelques années, la rubrique « true crime » de Netflix fascine l’opinion publique qui, en entraînant des relectures médiatiques, influe sur le système judiciaire. Des Menendez Brothers à Mr Bates en passant par Jeffrey Dahmer, ce phénomène, bien qu’ancien, semble atteindre son paroxysme au XXIe siècle. Mais quel avenir pour un système judiciaire influencé par l’industrie du divertissement ? Dans cet article, tu découvriras l’ampleur du pouvoir de l’empire Netflix.

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Etude de cas : les frères Menendez sur Netflix

Que s’est-il passé ?

En 2024, Netflix sort sur sa plateforme une série documentaire qui raconte l’histoire des frères Menendez, réalisée par Ryan Murphy. Intitulée Monsters : The Lyle and Erik Menendez Story, la série retrace le double homicide des parents perpétrés par leurs enfants, Lyle et Erik. En 1989, les deux frères Menendez ont prémédité l’assassinat de leurs parents et sont passés à l’acte. La série retrace ainsi les faits en collant le plus possible à la réalité, en retournant sur des évènements marquants de leur vie de famille qui aurait pu les conduire au meurtre.

Mais voilà : le réalisateur fait le choix de souligner grandement les sévères abus sexuels qu’ont subi les deux frères, commis par leur père. Ainsi, de nouvelles questions se posent. L’audience fait face à une empathie pour les meurtriers, qui jusqu’à présent avaient été accusés de l’homicide de leurs parents pour cause d’argent. A présent, dans une ère où les mouvements #MeToo prospèrent, où la lutte contre les abus devient la norme, l’idée qu’un procès effectué cinquante ans plus tard serait plus juste s’ancre dans l’opinion publique et altère les décisions judiciaires prises précédemment.

Une série qui entraîne une révision de la peine

En effet, lors de leur jugement, la justice américaine a refusé d’entendre leurs attestations d’abus et les a condamnés à la prison à perpétuité sans droit de parole. Et ça va de soi : entendre en 1989 qu’un homme a subi un viol commis par un autre homme semble impensable, d’autant plus que c’est une période encore marquée par l’homophobie.  A l’origine, les deux frères étaient plutôt accusés d’enfants gâtés qui ont assassiné leurs parents dans le but d’acquérir une fortune encore plus grande. A l’époque, c’était donc un cas de justice pour lequel l’opinion publique n’avait pas d’empathie.

Mais les choix de mises en scène, qui montrent clairement des abus à répétition (humiliation, viols…) de la part de leur père, et la négligence de la part de leur mère, façonnent une nouvelle image du cas dans l’opinion publique, qui laisse entrevoir les coupables comme eux-mêmes victimes. Ainsi, ce documentaire Netflix offre un nouveau point de vue sur le procès, et donne un nouvel élan aux décisions de justice prises a priori.

Un tournant s’opère alors en 2025 : une juge de Californie réduit leur peine à 50 ans et abolit alors leur incarcération définitive. Cela arbore uniquement un rôle symbolique, puisque leur peine demeure inchangée : ils passeront le restant de leur vie en prison. Mais en les rendant éligibles à la parole, cette diminution symbolique de la peine souligne l’effet Netflix : la plateforme influence la justice et permet de revenir sur les failles judiciaires. Ce tournant illustre parfaitement l’influence de plateformes de streaming comme Netflix dans la justice anglo-saxonne : en altérant l’avis de l’opinion publique, la justice peut revenir sur des décisions prises dans le passé suite à une pression de la population.

Une influence croissante des séries dans le système judiciaire

Ces documentaires « true crime », de plus en plus en vogue, sont loin d’être de simples histoires policières attrayantes. Elles retracent la chronologie des faits et explorent des zones d’ombre parfois sous-estimées par la justice.  Ainsi, en prétendant représenter une réalité passée, ces séries possèdent une véritable influence sur la perception du système judiciaire. Voici quelques exemples que tu peux retenir.

Un phénomène ancien qui perdure

En 1966, le show télévisé intitulé « Cathy Come Home » sort : le succès est immédiat. En prenant à bras le corps le problème du logement au Royaume-Uni, la série télévisée réaliste confronte son audience à l’urgence de la situation. L’histoire d’un couple tombant dans la pauvreté devenant sans-abris a touché l’opinion publique de l’époque en suscitant leur empathie.

Cet évènement marque le début des séries ayant un impact social et judiciaire : Cathy Come Home a changé les lois en Angleterre et au Pays de Galles. En effet, cette série conduit à la création de l’association Shelter, en faveur des personnes vivant dans la précarité, mais aussi pousse l’Etat à agir pour des politiques de logement plus inclusives. Par exemple, elle donne lieu à la mise en place du Housing Subsidies Act (1967) suivi du Housing Act (1969), deux nouvelles lois aidant les classes précaires à se loger.

Mr Bates V The Post Office : un premier tournant

En 2024, le show Mr Bates V The Post Office a eu un impact très similaire sur le public, mais va même plus loin en entraînant la révision de décisions judiciaires. Racontant l’histoire d’un groupe de personnes ordinaires se livrant dans un combat acharné contre le Post Office, à l’instar d’un David contre Goliath, la série met en exergue l’ampleur du scandale. En effet, le scandale du Post Office a vu l’accusation de centaines de salariés à cause d’une faute informatique. Il a fallut attendre la sortie de la série pour que la justice américaine décide d’exonérer les coupables injustement accusés.

On note ainsi que l’effet Netflix renvoie à une généralisation des séries influençant la justice et la société par une démocratisation du streaming. Ce ne sont pas uniquement les séries Netflix qui peuvent avoir un effet social : mais elles le sont en grand majorité.  Ainsi, on ne parle pas d’effet Netflix pour une série comme Cathy Come Home, bien que l’effet soit très similaire à ce qu’on observe aujourd’hui.

L’effet Netflix avec l’exemple d’Adolescence

Un exemple pour vraiment pouvoir parler de l’effet Netflix, autre que les frères Menendez, est la série Adolescence. La série met en scène les rouages de la justice juvénile, qui incarcère Jamie Miller. Loin d’être un thriller où on découvre qui est le coupable, la série sait déjà qui l’est, mais montre pourquoi un adolescent de 13 ans a commis un meurtre. La série illustre alors les changements radicaux qui s’opèrent dans notre société ultra-digitalisée, notamment avec une radicalisation des jeunes par la violence, à cause de leur exposition aux réseaux sociaux. Poutr parler de cette immersion digitale constante, tu peux citer Jonathan Haidt. Cet expert a d’ailleurs créé le concept d’« anxious generation », qui renvoie à une rupture de la génération actuelle avec les générations passées.

Quels changements pour la justice ?

Adolescence restructure ainsi l’opinion publique et permet de faire un choc à son audience. Par exemple, dans le troisième épisode, l’interview dérangeante entre Jamie Miller et une psychologue infantile met en exergue l’attitude pathologique développée par le jeune adolescent, qui la violente psychologiquement. La réaction de celle-ci, choquée par l’attitude de l’adolescent, en dit long sur les conséquences nocives causées par le tournant digital. Cette série a d’ailleurs été recommandée par le premier ministre Keir Starmer et sera peut-être diffusée dans les écoles britanniques dans un but éducatif.

Alors quel effet concret sur la justice ? La série, en explorant l’impact négatif d’une overdose digitale, influence l’opinion publique. A présent, l’idée d’une régulation nécessaire des contenus disponibles en ligne n’est plus si folle : elle semble devenir même la clé pour résoudre une partie de la délinquance juvénile. Le show illustre aussi à quel point le gap générationnel formé par les réseaux sociaux complexifie le système judiciaire, avec un manque de représentativité auprès des jeunes adolescents. Par exemple, de nombreux médias ont critiqué l’inefficacité de la défense de Jamie dans la série, à cause d’une incapacité à combiner la culpabilité d’un crime avec des jeunes adolescents.

A présent, si la série a démocratisé l’urgence d’adapter le système judiciaire à une société ultra-digitalisée, c’est aux gouvernements de lancer la marche. Par exemple, le Royaume-Uni doit décider si le Online Safety Act est suffisant pour limiter les menaces posées par une radicalisation digitale.

Une influence bénéfique

Sensibiliser le public sur l’injustice de la justice

Les séries Netflix du genre « true crime » permettent de revisiter des cas anciens, souvent mal jugés à cause d’un manque d’analyse de l’arrière-plan du coupable. Par exemple, sur le cas des frères Menendez, l’inceste qu’ils avaient subi avait été complètement ignoré lors de leur jugement dans les années 90, alors qu’aujourd’hui il occupe une place prépondérante quant à l’explication des actes – bien qu’il ne justifie pas l’acte du meurtre. Ainsi, avec une démocratisation des mouvements #MeToo, qui dénoncent de plus en plus les abus, la justice se rend compte aujourd’hui de l’influence des traumatismes dans les cas judiciaires.

Au-delà de la mise en lumière de certaines zones d’ombre judiciaires, ces séries permettent aussi de montrer que la justice n’est pas infaillible, et qu’elle peut commettre des erreurs.

L’effet Netflix : quels dangers ?

Une mauvaise représentation des systèmes judiciaires

Cependant, ces séries posent aussi un problème majeur : elles offrent souvent une vision biaisée des systèmes judiciaires. Les scénaristes privilégient des rebondissements et des récits manichéens, au détriment de la complexité réelle des procédures. Par exemple, la série Netflix Making a Murderer a été critiquée pour son montage partiel, accusé d’occulter certains éléments de preuve qui pouvaient incriminer Steven Avery, afin de renforcer l’idée d’une injustice systémique. Ce genre de choix éditorial peut influencer le public en lui donnant une image erronée de la justice, parfois jusqu’à pousser à la mobilisation militante sur des bases incomplètes.

Pour en apprendre plus sur les biais judiciaires aux Etats-Unis : le lien ici !

Une manipulation de la réalité à des fins de divertissement

Netflix fait de ces séries des succès internationaux qui démocratisent un divertissement fondé sur le meurtre et le crime. Le problème, c’est que la plateforme priorise souvent le sensationnalisme au-dessus du bien-être des familles. Par exemple, la série Monster : The Jeffrey Dahmer Story, réalisée elle aussi par Ryan Murphy, a suscité de vives critiques : plusieurs proches de victimes ont dénoncé le fait de revivre leurs traumatismes sans avoir été consultés ni indemnisés.

Mais c’est aussi le cas pour la série des frères Menendez. Après sa publication, Eric Menendez a dénoncé publiquement sur les réseaux sociaux le détournement des décisions judiciaires. Il écrit ainsi : “It is sad for me to know that Netflix’s dishonest portrayal of the tragedies surrounding our crime have taken the painful truths several steps backward—back through time to an era when the prosecution built a narrative on a belief system that males were not sexually abused, and that males experienced rape trauma differently than women. Is the truth not enough? Let the truth stand as the truth.”

En outre, le réalisateur de la série interroge la sexualité d’Erik, en s’appuyant sur ses accusations d’homosexualité en 1993 dans le but de discréditer ses accusations d’inceste. L’idée naît alors chez certains médias, notamment le Time, que Ryan Murphy a voulu créer « un vilain queer », touchant alors une plus grande audience – une distorsion de la réalité dérangeante.

Pour en lire plus sur l’analyse du Time sur le cas des frères Menendez : le lien ici !

Romanticisation des coupables

Un autre effet problématique est la romanticisation des criminels. Sur TikTok, de nombreux montages esthétisants des frères Menendez circulent, les transformant en « icônes » victimes de leur charme, dans une logique de pretty privilege qui banalise le meurtre. De même, l’acteur Evan Peters, choisi pour incarner Jeffrey Dahmer, a contribué à renforcer l’image d’un « criminel séduisant », au point de créer un véritable fandom autour d’un tueur en série cannibale. Cela passe aussi par les choix de mise en scène de la part du réalisateur : montrer les acteurs torse-nu, musclés, en faisant du sport, semble détourner l’audience du but originel de la série, à savoir découvrir les faits passés sur un meurtre, et non admirer la beauté du criminel.

Ces dérives montrent que le rôle principal de ces séries n’est pas d’informer, mais de capter l’attention du public en exploitant sa curiosité morbide. La frontière entre sensibilisation et divertissement devient floue : si la justice peut être influencée par ces représentations médiatiques, elle perd son impartialité, ce qui soulève un problème éthique majeur.

Que retenir pour tes concours ?

S’il était important de connaître des séries actuelles qui ont fait beaucoup parler d’elles à leur sortie (2025), à l’instar d’Adolescence, au moment où tu passeras tes concours (2026 ou après), ces séries seront probablement dépassés. Il faut donc que tu surveilles l’actualité pour voir si des séries suivent le même schéma d’influence sur la justice comme celles qu’on a cité le font. C’est très bien de connaître des films qui ont marqué l’histoire comme Cathy Come Home, parce qu’elles parlent à ton examinateur. Cependant, n’hésite pas à réactualiser tes exemples pour montrer que tu suis l’actualité assidûment.

Attention aussi : c’est un sujet très social. Il ne faut donc pas tomber dans le piège de raconter des banalités. Pour éviter cela, n’hésite pas à mobiliser des auteurs ou des thèses plus construites, comme celle Jonathan Haidt.

Finalement, ce sont des exemples mobilisables à l’écrit sur des sujets qui portent sur les dangers de l’industrie du divertissement (réseaux sociaux, streaming), ou encore l’ultra digitalisation de notre siècle. Petite astuce : tu peux utiliser une partie de la citation de Eric Menandez, “let the truth stand as the truth”, en guise d’accroche de colle. C’est original et efficace !

Vocabulaire

  • Être reconnu coupable : to be found guilty
  • Être mis en examen : to be indicted
  • Etre acquitté : to be acquitted
  • Une affaire (de justice) : a case (et pas an affair = une affaire amoureuse)
  • Une accusation : a charge
  • Un témoin : a witness
  • Un procès à huis clos : a trial behind closed doors
  • Un détenu : an inmate
  • Respectueux des lois : law-abiding
  • Un casier judiciaire : a criminal record
  • Un avocat : a lawyer / an attorney (US)
  • Porter plainte contre quelqu’un : to lodge a complaint against somebody
  • Placer quelqu’un en détention provisoire : to remand somebody in custody
  • Le dysfonctionnement de la justice : the shortcomings of the justice system

Pour approfondir ton vocabulaire sur le sujet : le lien ici !